Le Pacte

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En Amérique centrale, le musée de l'Infamie devait s'installer sur l'Ile du Caïman pour montrer les horreurs de la dictature déchue. Le bateau qui transportait les reliques, fait naufrage. Les chefs révolutionnaires envoient un détachement armé pour mener une enquête. Les militaires s'installent à Toboso, une des haciendas réquisitionnées à Don Gregorio.
Publié le : samedi 1 mars 2014
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EAN13 : 9782336341392
Nombre de pages : 212
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Le Pacte
roman
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MILAGROSPALMA
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Milagros Palma
Le Pacte
roman
Traduit de l'espagnol (Nicaragua) par Pierre RUBIRA et Claude COUFFON
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e vendeur de billets de loterie embarqua avec un mauvais pressentiment. Il avait passé sa journée à ratioLn, lui avait jeté un regard de mauvaise augure. châtrer des cochons et l’un d’entre eux, après l’opé-Le voyage dura cinq heures. Cinq heures d’agitation, de palpitations. L’estomac serré, réduit à la taille d’un haricot, Don Jacinto retenait son souffle, se mordait les lèvres, fai-sait craquer ses doigts, serrait les fesses pour empêcher un pet de le trahir et les gens de se mettre à lui dire : «Vieux cochon ! vous avez pété ». Il se sentait tout pâle, livide comme un cadavre. Comme d’habitude, à cette époque, le vent fouettait les eaux déchaînées du lac. Don Jacinto ne s’y habituait pas et, comme la première fois, il priait, se vouait à la Vierge du Bon Secours et à tous les saints de sa cour céleste. Parfois, sa médaille dans la bouche, il se sentait monter jusqu’au ciel avec le navire. Il faisait presque nuit quand le bateau « La Dame du Lac » arriva à bon port. Derrière l’horizon, les rayons du soleil illuminaient encore le panache effiloché de fumée noire du volcan Ardilla. Les marins avaient jeté l’ancre et transporté femmes et enfants à dos d’homme vers la plage.
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Don Jacinto touchait, une fois encore, la terre de cette île où, sur une superficie de deux cent soixante-quatorze kilo-mètres carrés, s’élèvent deux immenses volcans, tels les seins d’une femelle de l’ère des dinosaures. Cette île, la plus grande du monde dans un lac d’eau douce peuplé de requins, on l’appelle l’île Caïman car elle est le paradis de cette famille de reptiles. L’on dit que les hommes s’y transforment en caïmans pour regarder ce que les femmes qui lavent dans le lac ont entre les jambes. Don Jacinto débarqua, étourdi et nauséeux comme de coutume, car en plus il avait bu une bouteille de rhum. A quelques pas de là se trouvait l’hôtel Santa Teresa et le perroquet se mit à aboyer comme il le faisait toujours lors-que quelqu’un s’arrêtait devant la porte. — Tais-toi, ne fais pas l'idiote, dit la patronne, qui sortit immédiatement en reconnaissant son client. Doña Lorencita était une femme d’un âge indéfinissable, comme beaucoup de gens corpulents. Mais elle ne dépas-sait pas la cinquantaine. Sa tête, sans un seul cheveu gris, était coiffée avec deux nattes. Son unique vanité était le rouge à lèvres et l’épilation des cils, qu’elle s’arrachait en-t i è r e m e n t . — Comment s’est passé le voyage ? Quelles sont les nou-velles de là-bas ? — Tout va bien, mais vous n’y allez plus du tout, là-bas ? — Non, je n’y vais plus. Et elle ajouta : Combien de nuits voulez-vous rester ? En même temps elle lui tendit la clé du cadenas de la chambre dix. — Aujourd’hui et demain, car d’ici por que j’aille jusqu’au dernier client et que je revienne, ça me prendra toute la journée de demain et d’après-demain, répondit Don Jacinto. Sans donner plus de détails, il prit la clé et alla ouvrir la chambre qui lui avait été attribuée.
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C’était la première fois qu’un de ses clients gagnait à la loterie, et il gardait le secret de peur qu’il ne lui arrive la même chose qu’à un autre vendeur de billets, une femme qu’on avait tuée pour lui voler l’argent qu’un heureux ga-gnant lui avait offert. — Doña Lorencita, je n’arrive pas à ouvrir le cadenas de la chambre, vous pourriez me donner un petit coup de main ? Il a l’air rouillé, dit-il à haute voix pour que la femme vienne l’aider. — Oui, j’arrive, répondit elle, et elle se leva de sa chaise-longue avec beaucoup de difficulté. Elle marcha sans se presser car elle levait chaque jambe avec une certaine pru-dence, bougeant chaque fesse, de la taille d’un oreiller, en deux mouvements apparemment indépendants de la mar-che. De plus, sous l’effet de la chaleur et de l'effort, on aurait dit qu’elle fondait. Des gouttes de sueur perlaient sur ses moustaches. Pendant qu’elle s’essuyait le visage d’une main, elle s’éventait de l’autre avec un morceau de feuille de ba-n a n i e r. Cela faisait quelque temps que Doña Lorenza avait mis des cadenas aux portes des chambres qu’elle fermait aupa-ravant avec un bout de chiffon. Tout cela, depuis le jour où elle découvrit un couple en pleine étreinte amoureuse. En général, les lendemains de fêtes du village, elle trouvait des hommes soûls, inoffensifs, dans une de ses chambres et elle les en chassait avec un seau d’eau froide. Parfois, ce n’était pas suffisant. Mais depuis la honteuse découverte du couple, elle avait décidé d’installer des cadenas, malgré le désagrément que cela allait représenter pour elle et les clients. Elle devait porter un énorme trousseau de clefs dans la poche de son tablier. — Ce n’est pas si difficile, dit-elle en serrant les lèvres avec une grimace qui semblait influer sur la manipulation du cadenas ; et, en ouvrant les battants qui grincèrent
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comme s’ils se plaignaient, elle lui rendit la clé et referma le cadenas sur l’un des anneaux de la porte vermoulue. — Demain matin, je pars très tôt pour faire la tournée de mes clients. — Ne vous inquiétez pas, je suis levée avant le coq. Ici on est comme les poules. On se couche et on se lève avec le soleil. Doña Lorenza, qui ne se rendait plus dans la capitale, demandait toujours des nouvelles à ses clients. Son dernier voyage remontait au naufrage de « La Dame du Lac », avec son énorme chargement destiné au musée de l’Infamie qui devait s’installer dans l’Ile. Beaucoup de passagers avaient pu lire : « Documents photographiques sur le dicta-teur », « Bombardement », « Patte du cheval », « Bocaux Décombres » sur les caisses qui contenaient toutes les ma-nifestations du Mal que le peuple venait de renverser. Les passagers regardaient tout cela avec méfiance, mais personne n’osait rien dire. Le bateau montrait beaucoup de difficulté pour sortir du port, il avançait et reculait. Une fois au large, il navigua comme d’habitude mais une demi-heure avant l’arrivée sur l’île, il prit feu. Doña Lorenza n’eut même pas le temps d’attraper sa nièce avec qui elle voyageait. Lors-qu’elle voulut s’approcher d’elle, un homme lui obstrua le p a s s a g e . — Sautez, sautez, lui cria-t-elle désespérément mais l’homme restait là et ils furent tous deux repoussés par la meute de cochons et de vaches affolés. « Je brûle, je brûle, je suis en train de brûler », fut la seule chose qu’elle enten-dit de sa nièce de sept ans qui criait, mais elle ne réussit qu’à lui effleurer les doigts. Elle ne put rien faire, et elle-même ne sut pas comment elle resta en vie pour raconter cette histoire. — C’est par un miracle qu’une vache m’a sauvée et c’est pour cela que j’ai fait la promesse à saint Dominique de me
»,
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