Le palais de Longchamp : notice, le monument, les collections (3e édition refondue et considérablement augmentée) / Louis Brès,...

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impr. de Barlatier-Feissat père et fils (Marseille). 1870. 48 p.-[1] p. de pl. : ill. ; in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1870
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LE PALAIS DE LONGCIIAMP
LOUIS BRÈS
\s DE LONI"'
'l
J.;q NOTICE
-
LE MONUMENT - LES COLLECTIONS
TROISIÈME ÉDITION
Refondue et considérablement augmentée.
MARSEILLE
TYP. ET LITH. BARLATIER-FEISSAT PÈRE ET FILS,
rue Venture, 19.
1870.
LE PALAIS
DE
LONGCHAMP
LE MONUMENT
A l'extrémité de l'avenue de Longchamp existait, il
y a.de cela plusieurs années déjà, une suite de terrains
vagues formant une sorte de mamelon et présentant à
leur sommet un plateau d'où le regard pouvait embras-
ser un vaste horizon. On y arrivait par un escalier
établi dans l'axe de la promenade. Rien d'étrange
d'ailleurs comme ces gradins de pierre blanche con-
duisant dans le vide. Cet escalier endormi au soleil
avaitla tristesse d'une ruine.
Le plateau lui-même, avec ses terrains d'ocre jaune,
caillouteux et ravinés, ses petites guinguettes borgnes,
ses mûriers paralytiques, ses larges plaques animées
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par de rares joueurs de boules ou illustrées de quel-
ques loques séchant au soleil, son ciel bleu taché de
cerfs-volants, respirait cette mélancolie énervante du
Midi, mille fois plus redoutable que le spleen brumeux
du Nord.
L'arrivée des eaux du canal de la Durance donna le
signal de la transformation de ce plateau désolé. La
verrue allait devenir grain de beauté.
M. de Montricher creusa sur ce terrain un vaste
réservoir destiné à l'épuration des eaux du canal. Ce
filtre, formé d'une double galerie supportée par un
système de voûtes et de piliers, est une construction fort
curieuse, mais qui n'a pas, il est vrai, donné les résultats
qu'en attendait son auteur. Les seuls avantages que la
ville devait retirer de ces travaux, ce fut d'abord la
création d'un jardin public sur les voûtes du réservoir
et enfin l'édification d'un Château d'Eau, projet long-
temps caressé et dont la réalisation ne devait avoir lieu
que de nos jours.
On ne pouvait choisir un emplacement plus heureu-
sement situé. Le volume d'eau réuni sur ce point et la
pente des terrains permettait d'établir dans l'axe même
de Longchamp une chute magnifique.
Il appartenait aux arts d'encadrer ce motif hydrauli-
que dans une décoration en rapport avec la grandeur
de notre ville et la lumière de notre ciel.
- 7 -
Au Château-d'Eau sont venus s'adjoindre dans le
programme municipal un Musée des Beaux-Arts et
un Musée d'histoire naturelle. Ces diverses construc-
tions, entreprises en août 1862 et achevées par consé-
quent dans l'espace de sept années, constituent le
Palais de Longchamp. Ce monument est en même
temps comme le portique de vastes jardins publics.
Cet ensemble de constructions et de jardins occupe
( le Jardin Zoologique non compris ) une superficie de
37000 mètres carrés.
Le choix de cet emplacement pour y élever un
Musée avait soulevé un certain nombre de critiques.
On lui reprochait notamment son éloignement du
centre de la ville ; certains eussent voulu même voir
réunis du coup dans un seul palais le Musée, l'Ecole des
Beaux-Arts, la Bibliothèque, toutes nos richesses artis-
tiques et littéraires, et il eût fallu forcément pour cela
choisir un point plus central.
Je ne veux pas revenir sur des questions aujourd'hui
tranchées par la vertu du fait accompli et me lancer dans
des récriminations stériles.
L'œuvre est achevée ; il ne nous appartient plus que
de la juger telle qu'elle est. Je crois d'ailleurs qne nous
aurons lieu de nous déclarer satisfaits.
Le Palais de Longchamp a été établi à mi côte de la
butte rocailleuse dont je parlais tantôt, sur une ligne
perpendiculaire à la promenade de Longchamp, à la-
quelle il est relié par des terrains en pente douce dis-
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posés en square. Il se présente ainsi du Nord au Sud
sur un développement de 135 mètres de façade, les
deux Musées formant les ailes du monument, le Châ-
teau-d'Eau en occupant le centre.
Les Musées orientés de l'Est à l'Ouest ne mesurent
pas moins de 63 mètres de longueur ; ils ont au dessus
du sol des jardins une élévation de 25 mètres.
La hauteur du Château-d'Eau, mesurée du pied du
perron au sommet de la corbeille de l'arc triomphal, est
de 39 mètres; celle de la chute d'eau, du point de
sortie jusqu'au niveau du grand bassin, est d'un peu
plus de 20 mètres. Le tout ensemble présente donc au
spectateur placé à l'entrée du jardin une décoration
étagée ayant environ 60 mètres d'élévation (1).
Les trois parties du monument, habilement ordon-
nées et parfaitement distinctes, offrent à l'œil un
ensemble imposant et gracieux.
Le style adopté rappelle celui des ouvrages de la
Renaissance. Par la combinaison des lignes droites et
des courbes, des retours et- des saillies, la disposition
variée des rampes, des perrons, des pavillons et des
toitures, enfin par le jeu de la lumière largement pro-
diguée à travers les colonnades et les arceaux qui
forment le motif central de l'édifice, l'architecte a donné
(1) Ces chiffres, comme tous ceux qui suivront , sont em-
pruntés à une notice officielle publiée par les soins de l'archi-
tecte en chef du Palais de Longchamp.
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à son œuvre, en dehors de l'effet grandiose inhérent à
un tel développement de constructions, un caractère de
légèreté, de grâce spirituelle et aérienne qui lui est
propre. Ajoutez à cela le prestige d'une riche décora-
tion sculpturale, songez à la féerie des eaux jaillissan-
tes, et vous comprendrez le ravissement que fait éprou-
ver au premier aspect le Palais de Longchamp.
L'oeuvre ne perd point à être étudiée dans ses diverses
parties et dans ses moindres détails.
Le Château-d'Eau saisit tout d'abord et captive le
regard. Imaginez un arc triomphal dont l'immense
baie s'ouvre sur un groupe de figures colossales qui
semblent amenées là par la nappe d'eau qui bondit à
leurs pieds. La chute franchit un double étage de
roches naturelles et. se repose dans un bassin aux con-
tours sinueux ; de là, se glissant sous un pont formant
terrasse, elle rejaillit en nappe et rebondit par une
suite de gradins jusque dans le bassin inférieur dont
elle emplit la courbe élégante. Des vases de métal
vomissant l'eau, placés le long des degrés et de larges
gerbes liquides, dans le bassin, ajoutent au mouve-
ment de cette partie de la cascade.
La chute doit, dans son ensemble, déverser environ
600 litres d'eau à la seconde.Ce volume, qui n'est guère
que la quatrième partie des quantités distribuées par
le réservoir, pourrait être augmenté au grand avantage
10-
de l'effet général. Celte eau reprise à une hauteur de
47 mètres au-dessus du niveau de la mer, est utilisée
pour le service des quartiers bas de la ville.
C'est sous la direction de M. Pascalis, ingénieur,
directeur du Canal, qu'ont été exécutés tous les travaux
hydrauliques.
A mi-hauteur de l'escalier, un palier donne accès,
par un pavillon percé d'arcades, à droite, aux bâti-
ments du Musée d'histoire naturelle, à gauche, à ceux
du Musée des Beaux-Arts.
Au niveau du perron , deux portes cintrées accolées
à l'arc triomphal conduisent à une galerie formée d'une
double colonnade à jour. La galerie traversant l'hémi-
cycle intérieur du Château-d'Eau, va, suivant une
courbe élégante, rejoindre les petits pavillons à arcades
placés en avant-corps au centre de chaque musée. Cette
double suite de colonnes ioniques, habilement espacées,
rattachées à leur base par une balustrade ajourée et
portant sur leur entablement une seconde galerie,
s'enlève avec une grâce idéale sur le ciel. Elle suffit
d'ailleurs à raccorder les parties extrêmes du monu-
ment au motif central et contribue ainsi d'une
façon toute particulière à l'unité de l'effet. On dirait, à
en voir la claire silhouette, d'un collier ouvert suppor-
tant au centre de sa courbe, quelque bijou d'un travail
merveilleux.
Le Château-d'Eau, avec ses arêtes en saillie, sa
décoration luxueuse et son groupe colossal, est en effet
11 -
un motif architectonique des mieux compris et des plus
brillants.
Deux colonnes triomphales d'ordre corinthien, déco-
rées dans leur partie inférieure de filets et de poissons
et amorties à leur sommet par un génie portant des
flmirs, jaillissent au niveau des perrons, en avant des
pieds-droits de l'arcade. Un riche entablement règne
au-dessus de l'archivolte; une frise figurant des tritons
et des naïades y court sous une corniche à denticules
et à modillons. Par dessus l'entablement s'élance un
dôme couvert d'écailles imbriquées, couronné par une
corbeille chargée de fruits et d'oiseaux.
Sur les faces latérales du Château-d'Eau sont gravés
dans des cartouches, au milieu d'attributs, les noms des
principaux affluents de la Durance.
A l'intérieur, un élégant hémicycle a donné motif à
une décoration des plus originales. Des femmes prises
dans des stalactites entourent un bassin semi-circulaire
recevant la nappe d'eau qui, quelques pas plus loin,
va jaillir au pied de l'arc triomphal.
Le groupe colossal il ne mesure pas moins de
10 mètres de hauteur qui se présente dans la grande
baie du Château-d'Eau et domine la cascade, nous
montre la Durance sous les traits d'une femme robuste
et fière, ayant à ses côtés deux figures symbolisant la
Vigne et le Blé. La divinité fluviale est debout sur un
char que paraissent traîner quatre taureaux de la Camar-
gue. L'eau jaillit en nappe au dessous du char et semble
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bouillonner dans la conque naturelle sous l'effort
puissant des taureaux. On ne pouvait exprimer par une
idée plus heureuse et plus pittoresque la fertilité que les
eaux de la Durance ont apportée à notre sol.
Ce groupe, d'une allure si saisissante et d'un ensem-
ble si heureux, est l'oeuvre du sculpteur Cavelier,
membre de l'Institut. Il constituera, sans contredit, un
titre de plus à l'auteur de la Pénélope endormie, de la
Cornélie et de tant d'autres œuvres illustres.
Cependant le meilleur titre du maître aux yeux des
délicats sera encore la série des trois frises qui se déve-
loppent au front du monument de Longchamp, l'une
sur le Château-d'Eau, les deux autres sur les façades
des Musées. On ne saurait avec plus de bonheur se
rapprocher de l'inspiration qui animait les grands
sculpteurs de la Renaissance française, du grand art
qui nous a valu les Nymphes de la fontaine des Inno-
cents et les Chasseresses d'Anet et de Fontainebleau.
De chaque côté du Château-d'Eau et se détachant
sur la baie des portes latérales, se dresse un triton
sonnant de la conque. Ces figures très-mouvementées
et très-spirituelles sont de Lequesne, l'auteur du Faune
dansant, de la galerie du Luxembourg.
Au dessus de ces portes, l'architecte a fort habilement
placé deux griffons se silhouettant sur le ciel à droite
et à gauche de l'arc triomphal. M. Gilbert, l'auteur des
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belles voussures de la Bourse de Marseille, a donné à
ces figures un galbe très original. Le même artiste a
sculpté les têtes de femmes enveloppées par des pétri-
fications dans l'hémicycle intérieur, et les quatre termes
supportant la corniche circulaire derrière le Château-
d'Eau. On lui doit aussi les dbuze-signes du zodiaque
figurés dans la frise de la colonnade.
Ajoutons que les génies portant des corbeilles de
fruits sur les colonnes triomphales ainsi que les armes
de la ville placées au fronton du Château-d'Eau ont été
exécutés par M. Lequesne.
Il convient de ne pas quitter le Chàteau-d'Eau sans
parler des séductions de en promenoir aérien, autre-
ment dit de la galerie que supporte la colonnade.
Le panorama que l'on découvre de ce point culmi-
nant est des plus étendus et des plus variés. C'est ici que
l'expression de Fénelon, un horizon fait à souhait pour
le plaisir des yeux, trouverait naturellement sa place.
Au Midi, le cours ombragé du Jarret où mille petites
guinguettes s'enveloppent de feuillage et donnent la
main aux fraîches villas de la Rose et de Saint-Just, se
déroule comme une ceinture de moire verte. Un peu
plus haut, des pins aux teintes sombres s'étagent sur la
pente des terrains ou se pressent sur quelques mame-
lons isolés, ce sont les pinèdes. Plus loin, les collines de
Mazargues et de Montredon, la Tête de Puget et le pic
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de Marsio-veïré, profilent leurs masses bleuâtres
dont les dernières assises vont mourir à l'horizon.
A l'Est et au Nord , la plaine toute reluisante de ver-
dure, toute piquée de notes blanches, toute lumineuse,
s'étend jusqu'aux contreforts montagneux de l'Etoile.
A l'Ouest, c'est la ville, couchée et comme endormie à
vos pieds. On dirait d'un immense filet étendu au bord
de la mer, mais d'un filet tout gonflé des richesses des
deux mondes. Au delà, ce sont les flots bleus qui se
confondent avec le ciel, c'est la splendeur fulgurante
du couchant.
Tout cela forme comme une immense corbeille aux
tons variés dont le spectateur occupe le centre, et sur
tous les points de laquelle il ne peut, qu'avec délices,
reposer le regard. Peut-être est-ce là le motif qui a
porté l'architecte à placer une corbeille d'abondance
au faîte de son monument. Ce serait certainement une
idée ingénieuse et littéraire dont il faudrait lui savoir
gré, s'il était prouvé toutefois qu'un motif purement
architectonique, aux lignes plus simples et aux arêtes
plus nettes, n'eût pas mieux couronné l'édifice.
Le Musée des Beaux-Arts et le Musée d'histoire
naturelle sont comme les deux ailes du monument. Ils
se rattachent en leur point central au Château-d'Eau et
à la colonnade par des avant-corps formant pavillon et
constituant une véritable loggia spirituellement décorée
15 -
de vases et de brûle-parfums. Ces deux grandes
ailes perpendiculaires à l'axe principal du monument
le bornent au Nord et au Midi.
Les Musées ne se présentent donc en façade que par
leurs extrémités Ouest. C'est pour ces faces que l'archi-
tecte a réservé la principale décoration de chacune des
ailes en même temps que les détails qui en indiquent
l'affectation. Ces extrémités sont d'ailleurs subordonnées,
au point de vue de l'effet général, à la partie centrale du
monument.
Au niveau des jardins s'élève un soubassement percé
d:œils-de-bœuf et de portes basses latérales ; les pare-
ments des pierres y figurent des refends et des bossages
à mille facettes. Deux rangs de fenêtres s'étagent au-
dessus entre des pilastres et des antes à assises plates
et à bossages alternés s'élançant jusqu'à l'entablement.
Chaque étage comporte cinq fenêtres cintrées. Les
ouvertures de l'étage d'honneur sont flanquées de
colonnettes et surmontées de frontons. Divers attributs
ainsi que les noms des grands artistes et des naturalistes
célèbres complètent sur ce point la décoration.
L'entablement occupe toute la hauteur d'un dernier
étage que trahissent des lucarnes. Nous apercevons
ici au-dessous de la corniche, une frise-figurant, pour
l'un des Musées , Minerve entourée par les Génies
des arts, et, pour l'autre, l'Homme et la Femme,
appuyés sur la Terre, recevant de la main de nom-
breux génies les produits de la création.
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Une balustrade court au-dessus de l'entablement
supportant à chacune de ses extrémités de grandes
lampes antiques à la flamme dorée. Cette légère bordure
termine heureusement les façades et sert à masquer les
combles, d'ailleurs fort bas, comme il convient dans le
Midi. *
Mentionnons maintenant les dispositions heureuses
du jardin, complanté de lauriers roses et de diverses
essences exotiques, qui, par leurs notes éclatantes et
l'originalité de leur port, prêtent un charme de plus à
l'ensemble.
C'est M. Alfred Lejourdan, directeur du Jardin-des-
Plantes, qui a présidé à ces plantations.
Quatre groupes d'animaux sont placés à l'entrée du
jardin sur de larges piédestaux. Ces compositions
représentent un lion terrassant un mouflon, un tigre
terrassant une biche, un lion et un sanglier, un tigre
et une gazelle. Barye est l'auteur de ces groupes. C'est
là un nom d'artiste justement populaire, c'est aussi
celui d'un membre de l'Institut.
Barye a le premier fait respirer les fauves et les
félins dans la pierre et dans le bronze. La sculpture ne
connaissait avant lui que ces lions à face humaine et à
perruque de procureur qui vous regardaient d'un air
solennel, la patte éternellement posée sur une boule de
billard. C'était à croire que tous les sculpteurs d'ani-
maux se repassaient les manchettes de M. de Buffon.
Les animaux de Barye bondissent et rugissent. On
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2
entrevoit sous leur rude manteau, le jeu d'une puis-
sante musculature. C'est la brute, prompte à l'assou-
pissement des plus redoutables instincts : on devine
des griffes lourdes comme des marteaux, des mâchoires
à ressort d'acier ; on croit sentir le souffle brûlant de
ces poitrines haletantes. On est saisi et on admire !
Ce réalisme n'exclut pas une singulière grandeur.
Par la simplicité de l'exécution, l'harmonie des lignes,
la fierté de l'allure, ces œuvres si franchement moder-
nes ont comme une lointaine parenté avec les créations
du ciseau grec.
Avant de pénétrer dans les Musées, dont il nous reste
à décrire les dispositions intérieures, remarquons de
chaque côté des portes d'entrée des médaillons en
- bronze enchâssés dans le mur, ici Puget et Poussin,
là, Aristote et Cuvier. Ces morceaux d'un assez beau
caractère ont été exécutés par M. Philippe Poitevin et
fondus par M. Maurel.
Notons aussi, à l'entrée des Musées, quatre têtes
avec attributs, formant la décoration de l'arcade du
premier étage ; auteur, M. Lucien Chauvet.
Le Musée des Beaux-Arts, au nord du Château-
d'Eau, comprend, à rez-de-chaussée, trois grandes
salles, deux salles accessoires et un vestibule. La salle
principale, au centre, est destinée à-la peinture et à la
gravure ; elle est percée de fenêtres et reçoit la lumière
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d'un seul côté. Mais un système d'écrans mobiles per-
mettra d'éclairer également tous les ouvrages exposés.
Elle ouvre d'une part sur la salle des aniiques et de
l'autre sur la salle de sculpture moderne.
Le premier étage nous offre trois vastes salles d'ex-
position pour la peinture, un atelier pour la réparation
des tableaux et divers cabinets. Ces salles sont très-
hautes et de belles proportions. Les parois en ont été
revêtues d'une couche de rouge brun destiné a faire
valoir l'or des cadres et à aviver l'éclat des peintures.
Dans la salle d'honneur, la lumière descend d'une zone
vitrée qui court le long des combles de la galerie. Cette
disposition est des plus heureuses, car elle place le
spectateur dans l'ombre tandis que les tableaux sont en
pleine lumière. La salle d'honneur est réservée aux
plus belles peintures des écoles anciennes ; des deux
salles qui l'avoisinent, l'une est affectée à l'école pro-
vençale, l'autre renferme les œuvres des peintres con-
temporains.
La surface que pourront occuper les tableaux , en
joignant à ces trois salles la salle de peintures du rez-
de-chaussée, est de 1522 mètres.
On arrive au premier étage soit par la colonnade du
Château-d'Eau, soit par un escalier à double révolution
qui prend naissance dans le vestibule du rez-de-
chaussée.
Cet escalier n'est pas une des parties les moins
réussies du monument. L'ordonnance en est somptueuse
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et élégante à la fois ; les moindres détails en ont été
arrêtés avec un art merveilleux. Rampes où la pierre
se découpe en rinceaux, colonnes de marbres précieux,
pavé de mosaïque, plafond aux fines arabesques imitant
le lapis et l'ivoire, murs revêtus de marbre, parés de
nombreuses statues et de vastes compositions décorati-
ves , tout concourt, dans un rayonnement plein de
charme, à révéler l'approche d'un sanctuaire artistique.
M. Puvis de Chavannes a peint pour cet escalier deux
grand panneaux placés vis-à-vis l'un de l'autre au-
dessus des paliers de repos. C'est Marseille, colonie
Grecque : le panorama d'une ville qui sort de terre au
bord de la mer, de blanches assises bondissant les unes
sur les autres comme un troupeau d'idylle ; au loin la
silhouette de notre golfe et au-delà l'azur infini. Un
petit nombre de figures animent ce paysage élyséen ;
par un artifice habile du peintre, elles s'enlèvent en vi-
gueur sur cet ensemble lumineux. Au premier plan on
remarque quelques personnages occupés à des travaux
domestiques; des femmes font cuire un poisson sur le
gril ; un petit garçon couché sur le ventre hume avec
délices le fumet de cette grillade. Toutes ces figures ont
grand air, quoique dessinées et peintes d'une main
un peu gauche. On retrouve en elles comme le flottant
- souvenir des créations immortelles des peintres de la
Renaissance.
J'en dirai autant de Marseille, porte d'Orient. Nous
sommes ici sur le pont d'un navire dont l'avant est

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