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Le Pardon ultime

De
454 pages

Mélina est une jeune fille qui subira très tôt les affres de la vie. Elle sera durement éprouvée et trouvera réconfort auprès de sa tante Arianne, avocate émérite qui jouera tant le rôle de mère que celui de tante.

Au cours de sa longue marche parsemée d’embuches qu’elle réussira à franchir avec opiniâtreté et détermination, elle s’ouvrira à l’amour puis rencontrera un être exceptionnel, compréhensif et tolérant : Un ange.

Il l’aidera à surmonter moultes épreuves, à garder courage et surtout SAVOIR SE RELEVER, AVOIR FOI EN L’AVENIR. Face à ces péripéties, quel regard la société africaine portera-t-elle sur Mélina?


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-64039-0

 

© Edilivre, 2014

Prologue

DRIIIIIIIIIIIIING DRIIIIIIIIIIIIIIIIIIING DRIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIG

Moi : purée, déjà ? On ne peut même pas profiter de la recréation, il faut déjà retourner en classe.

San : je te dis. Quand je pense que dois encore me taper deux heures de philo avec le mec relou (lourd) là, il me les casse M. Faubert.

Moi : Faubert, tu entends d’abord ? C’est un nom à coucher dehors.

San : il aurait mieux fait de s’appeler Monsieur Poubelle.

Moi : Faubert, Faubert de médeux.

Nous entrons en file indienne. Comme nous le pensions, le zygoto est déjà en place.

« Non mais franchement, il faut vraiment qu’il y ait des nègres dans cette salle de classe ? Pourtant il y a des écoles de pouilleux dans ce pays. »

« Un pays à l’image de ses habitants, c’est-à-dire nul ! »

« Après, ils s’étonnent qu’on les traite comme des chiens ! »

Moi : toi la grosse pétasse-là, oui je m’adresse à toi, la donzelle rouge, le cochon gratté breton. Crois-tu qu’on ait quelque chose à faire de ta personne ? Si tu n’aimes tellement pas ce pays qui est à l’image de ses habitants, qu’y fais-tu encore ? Pétasse !

San : cela fait 4 ans que je te vois matin et soir, voir ta sale face de rat suffit à gâcher mes journées.

Moi : si vous n’aimez pas les noirs, que faites-vous donc ici ?

San : votre président, le nabot spécialiste de la démagogie et toute sa clique de fascistes, je parle des autres partis politiques, n’ont-ils pas dit « la France aux français ? » Shut up ! Ça s’appelle du na-tio-na-lis-me, tout simplement.

Moi : l’Afrique aux Africains et le Cameroun aux Camerounais.

« Sans notre pays, vous ne seriez rien ! »

Moi : que sais-tu de notre pays, toi ? Toi qui vis dans une bulle. Tu parles du Cameroun, qu’en sais-tu ?

San : t’es-tu déjà rapprochée du Camerounais alpha ou béta afin de connaître un peu de sa culture ?

« On s’en fout ! Le fait est que je suis dans votre pays et je vis mieux que vous. »

Moi : peut-être, peut-être pas. Si les vôtres et vous, ne voliez pas notre pétrole et nos richesses minières pour survivre, comment feriez-vous ?

« Notre pays est un pays de droits, nous ne pouvons le faire. Et puis quoi, même si c’est vérifié, c’est vous qui nous les donnez ! »

Moi : tu répètes ce que racontent tes parents, les médias ou alors c’est le produit de ton cogito ? C’est pathétique.

San : ferme-la ! Sale mégère, cochon gratté !

« Pourquoi voulez-vous la museler ? »

San : qui veut la museler ?

Moi : il faudrait qu’il y ait d’abord, une personne en face. J’aime bien avoir des discussions enrichissantes ; avec vous, tout est à l’image de votre niveau scolaire, c’est-à-dire moyen !

San : estimez-vous heureuses, vous faire la conversation est une faveur. Que croyez-vous ?

« On n’a pas besoin de nègres pour vivre ! »

Moi : voyez-vous ça ! Tu sais cuisiner princesse ? Es-tu capable de laver tes sous-vêtements ? Faire ton ménage ? Non et non, tu ne sais rien faire du tout. Tu crois que c’est une vie de se lever le matin et se pomponner, puisque se laver est en option chez vous.

San : krkrkrkrrrk, OUCCCCCCCCH ! Alors là, tu marques un point.

Moi : Le jour où tu seras supérieure à moi, il faudrait que ton niveau scolaire et ton Q.I. aient augmentés sinon toute discussion est nulle, vaine et stérile. Madame mon père travaille dans une société pétrolière de la place ! Tchiiiiip !

« Vous êtes de vraies bécasses ! Nous venons du pays des droits de l’Homme et mes parents disent que vous êtes tous des animaux. »

San : comme quoi, les chiens ne font pas des chats !

Moi : si vous arrêtiez de créer des coups d’état partout en Afrique et essayiez de vivre sans opprimer les pauvres, vous mériteriez tout notre respect. Pfffffff !

« Vous faites donc quoi dans une école française ? »

San : vous emmerder ! Si vous nous polluez l’air et la vue, pourquoi pas nous ?

« Pfffffff ! Des gamines ! »

Moi : c’est ça, Poubelle latchoin ou Chaussure mazette, il faut toujours que tu veuilles te la péter alors que tu es nulle de chez nulle !

San : même si on emprunte une dizaine, cela n’aidera pas ton cerveau à aller plus vite et mieux. Pays de droits… pffff !

M. Faubert : mesdemoiselles, lorsque vous en aurez terminé avec cette tirade que je qualifierais de dithyrambique, faites-nous signe et nous pourrons enfin commencer le cours ; certains voudraient s’instruire. »

Le silence se fit dans la salle, nous étions tellement occupées à nous balancer des douceurs en plein visage, que nous avons oublié M. Faubert ; le pauvre avait dû assister à tout ceci sans mot dire.

Lia, Sophie, Sandrine et moi, nous regardions en chiens de faïence. Le cours a pu commencer, j’étais super contente à la fin car la philosophie est l’une de mes matières préférées ; elle concourt à l’ouverture de mon esprit. Ce cours m’instruit, mais arrive aussi à me détendre comme pas possible, pour tout vous dire, je suis dans mon élément.

Deux heures plus tard, après une pause méritée de trente minutes, nous rentrons en classe pour le cours de chimie. Sandrine et moi, sommes sommes déjà préparées moralement car ce prof est une vraie erreur de la nature. Il se plaît à faire de nous des têtes de turc mais malheureusement nous n’avons pas pour habitude de nous laisser marcher sur les pieds et terminons souvent le cours dans le bureau de la directrice, Mme Serpaud.

Lap : bonjour à tous, comment avez-vous passé le week-end ? Je suis content parce que j’ai retrouvé la recette des bonbons de mon enfance, LES TETES DE NEGRES.

Eh voilà ! En veux-tu, en voilà ! C’est parti, les hostilités peuvent commencer.

« Bien, merci Lapeche ! » « Moyen, Lapeche ! » « Mieux que vous, en tout cas ! ». Chacun des élèves y va de son petit commentaire mais Sandrine et moi, ne répondons pas ou ne prêtons même pas attention à ses « gentillesses ».

Lap : mesdemoiselles, devons-nous vous supplier afin d’entendre le son de vos voix ou ne sommes-nous pas assez bien pour vous ?

Moi : c’est fort possible ! C’est fort possible !

Lap : alors que faites-vous dans cette salle ?

San : à peu près la même chose que vous. Écouter votre verbiage !

Lap : encore une réponse pareille et vous irez terminer le cours dans le bureau de la directrice.

Moi : tchiiip !

Lap : la sauvagerie, c’est propre à votre culture.

San : comme sentir des grillades de porc dès le réveil !

M. Lapeche est devenu rouge et s’est tourné vers le bureau pour ouvrir sa sacoche et en sortir ses manuels.

Lap : ce matin, nous parlerons de l’autoprotolyse de l’eau et des caractéristiques de cette réaction.

Oh ! Je ne me suis pas présentée, excusez mon manque de savoir-vivre, hi hi hi. Je suis Melina, mes amis, mes intimes et ma famille m’appellent tout simplement « mel ». Je suis une digne fille du Cameroun, mes parents sont des pures produits de l’Afrique en miniature, c’est-à-dire toute l’Afrique dans un pays et je suis fille unique. Vous en saurez plus sur notre famille tout au long de mon histoire. Sandrine est ma « best friend », si vous voulez « ma cota » (copine). Sandrine est une métisse, son père est blanc, il est concessionnaire et sa mère est maîtresse d’école.

Nombreux sont, ceux qui ont devinés que nous sommes dans un établissement français de la capitale économique du Cameroun, Douala. Nous sommes en terminale « S », si vous voulez scientifique et ici le racisme est une institution. C’est la jungle dans cet établissement, soit on est loup, soit on est brebis, alors accrochez-vous !

Il est 17 h 30mn, lorsque je vois la voiture ayant à son bord, Serge, notre chauffeur de toujours. Après le bonjour d’usage, je m’assieds à l’arrière et dégaine mon portable. Cinq minutes plus tard, mon téléphone affiche 5 messages, 3 de mon copain Brice, 1 de Sandrine et 1 d’un numéro inconnu.

J’ouvre ceux de Brice et souris, le message du réveil, le tristement bonjour matinal puis le « tu me manques, bonne journée bichette » et enfin, « dès que tu rentres, fais-moi signe. ».

Sandrine : rhaaaaaa, c’est tout chaud, c’est tout frais, appelle-moi, je dois te raconter.

« Bonjour c’est Randy, comment vas-tu ? »

Je suis perplexe, le numéro est inconnu et je suis assez stricte concernant mes relations, mon numéro de téléphone, il faut le mériter.

Je mémorise le numéro, puis le compose et enfin, lance l’appel.

Moi : allô…

Partie 1
La lignée…

Moi : allô, bonjour.

« Bonjour. »

Moi : vous avez essayé de me joindre et laissé un message.

« Ah oui, c’est vrai. Je suis Randy, je fréquente le même établissement que vous. »

Moi : ah oui ? Comment avez-vous eu ce numéro ?

« Savoir qui me l’a donné je crois, n’a aucune importance. »

Moi : pour moi, si ! Si je n’ai pas de réponse dans les 30 secondes qui suivent, non seulement je bloque votre numéro mais aussi vos sms.

« C’est votre copine Sandrine, en fait elle est l’amie d’une de mes amies. »

Moi : que me voulez-vous ?

Ran : faire connaissance et plus, si affinités.

Là, il marque des points. Je déteste les gars prétentieux, ceux qui se croient tout permis, ceux qui confondent confiance en soi et effronterie.

Moi : hummm.

Ran : qu’en pensez-vous ?

Moi : je ne sais trop quoi répondre, nous verrons bien. Bonne soirée.

Ran : merci et à vous de même.

J’ai raccroché et ai rappelé Sandrine.

Moi : oui Sandrine, j’ai eu ton message. Qu’y a-t-il ?

San : pourquoi parles-tu comme un militaire ?

Moi : un certain Randy m’a laissé un message.

San : ah oui ? Justement, il veut ton contact depuis trois semaines mais à chaque fois, j’oublie de t’en parler.

Moi : comment as-tu pu lui donner mon numéro, alors que tu sais très bien que je suis avec Brice ? Toi, tu ne veux apparemment pas mon bonheur hein ?

San : comment peux-tu dire ça ? Excuse-moi, j’ai fait une erreur ma chérie, je ne voulais pas te mettre mal à l’aise ou en boule.

Moi : ok, c’est bon ! C’est tout ce que tu avais à me dire ?

San : oui et j’allais oublier il y a justement une piscine-party samedi chez le fameux Randy et nous sommes invitées comme presque tous les élèves de terminale.

Moi : ok. Sandrine, je suis crevée. Je te rappelle dès que je suis un peu reposée, je suis fourbue.

San : ok et désolée encore.

Moi : c’est oublié, je t’ai dit.

Je raccroche et compose le numéro de Brice mais il ne décroche pas, bah ce n’est pas grave. Dès mon arrivée à la maison, je prends une douche rapide, mange et me repose. Je suis couchée dans ma chambre, je crois que je somnolais lorsque j’entends des éclats de voix.

Mam : tu n’aurais pas dû ! Comment as-tu pu me faire ça ? Comment as-tu pu ?

Pap : je suis désolé Dalicya, je suis désolé mais tu savais que je le voulais depuis des années.

Mam : tu sais très bien que je ne peux plus en faire et tu as oublié m’avoir demandé de faire le contraire, il y a quelques années ? Tu as oublié ou quoi ?

Pap : je suis désolé Dalicya mais cela ne remet pas en cause l’amour et le respect que j’ai pour toi.

Tout à coup, j’entends des pas rapides devant ma porte, puis la porte du salon qui claque. Je dresse l’oreille et entends ma mère pleurer, je suis partagée, j’y vais ou pas. J’estime qu’ils ont des problèmes comme tout couple et doivent chercher à les régler comme des adultes.

J’ai serré le cœur pendant 30 mn, n’y tenant plus je suis allée toquer à leur chambre, pas de réponse ! Je vais au salon et je vois maman, assise à même le sol entrain de pleurer.

Ma mère, une femme que j’ai toujours connue forte, toujours bien poncée (coquette) et bien mise. Elle porte un kaba (grande robe en tissu-pagne), les cheveux ébouriffés et des yeux bouffis, gonflés à force de pleurer. Je me suis juste assise à ses côtés et l’ai prise dans mes bras.

Ma mère m’a eu à 18 ans et est avec mon père depuis 20 ans. Mon père est donc le seul homme qu’elle ait toujours connu, elle a toujours été une femme soumise. Elle m’a toujours enseigné qu’une femme se devait de soutenir son mari, une femme devrait toujours faire honneur à son époux.

Moi : maman, que se passe-t-il ?

Mam : hein ? Dit-elle, l’air de se souvenir de ma présence.

Moi : je vous ai entendu crier depuis ma chambre et toi, pleurer.

Mam : ma fille, ce sont des affaires d’adultes.

Moi : maman, cela fait des semaines que ça dure ; bien que je sois encore jeune, je peux voir et entendre.

Mam : je ne peux rien te dire ma fille, ma mère m’a toujours appris que lorsque les parents ont des problèmes de couple, il faut toujours tenir les enfants à l’écart. Faire le contraire, serait obliger les enfants à prendre partie pour l’un ou l’autre des parents.

Moi : hummm.

Mam : ma fille, je sais que tu es une enfant précoce, tu es assez éveillée pour ton âge mais je souhaite encore conserver ton innocence.

Moi : mais,

Mam : non, fin de la discussion !

Sans un mot de plus, elle s’est levée et est allée s’enfermer dans sa chambre. Je suis restée là 5 mn sans bouger, je ne comprenais rien mais cela avait l’air d’être sérieux. J’ai pris mes cahiers et me suis mise à « potasser » (étudier) mes cours lorsque mon téléphone sonne.

Moi : allô.

Bri : bonsoir mon bébé, alors ces cours ?

Moi : ça va, tout se passe à merveille et toi ?

Bri : ça va ici, tout baigne. Tu as une toute petite voix, un souci ?

Moi : euh…non.

J’ai raccroché 20 mn plus tard, j’étais plus sereine et rassérénée. Mon chéri Brice est à Amiens, il a préféré y aller après le bac. Malgré la distance, nous faisons tout pour rester en contact, il m’appelle tous les soirs, il tient à garder un contact étroit avec moi. Le fait d’être « fils de ministre », lui donne la possibilité de pouvoir le faire.

Cela fait exactement 1 an que nous sommes ensemble, nous nous sommes rencontrés dans un snack, celui qui est situé à côté du Cinéma le Wouri. Sandrine et moi, étions entrain de siroter des jus lorsqu’ils nous ont accosté, son pote et lui.

Bri : bonjour, que font des demoiselles aussi charmantes que vous, toutes seules ?

Cette phrase a été le point de départ de tout, nous avons ensuite été voir le film de 23h tous les 4. Son copain a eu une relation assez courte avec Sandrine, Brice et moi avons tout de suite eu des atomes crochus. C’est un amour Brice, 1an que ça dure.

La journée a été difficile pour Sandrine et moi : journée sportive ! J’ai tant bien que mal essayé d’avoir une dispense de sport de la part de maman, mais elle a été catégorique.

Mam : non Mélina, faire de l’activité physique te fera un bien fou.

Nous revenions de la douche et nous dirigions vers la cafétéria lorsque Sandrine a été appelée, j’ai continué et suis allée m’asseoir après avoir passé nos commandes. 5mn plus tard, elle arrive avec un gars métis, d’un mètre 80, des lèvres roses, des pieds arqués (kaiiii, mon péché mignon, la première des choses que je regarde chez un homme). Il porte une chemise carrelée, un jean et une paire de ray ban. Je dirais sans ambages, qu’il est beau et très swagg !!

Il enlève ses lunettes et mon regard croise le sien, je m’y noie littéralement ; il a les yeux marrons. Brrrrr, mais qu’est ce qui m’arrive ? Je suis déjà en couple, moi !

Il s’avance vers moi.

« Salut, nous avons eu une petite conversation hier au téléphone, te souviens-tu ? Randy, c’est moi »

Moi : c’est vrai, enchantée Randy ; tu connais mon nom, je crois.

Ran : ça va ce matin ? Tu es très belle, tu sais.

Moi : merci Randy, toi aussi ; toute la gente féminine du bahut a déjà dû te le dire.

Ran : ton avis ou des compliments venant de toi primeront toujours et de loin.

Moi : humm.

Ran : Sandrine m’a dit que vous terminiez à peine le sport, je ne vais pas vous déranger plus longtemps. Tu permets que je t’appelle ou t’envoie des messages ? Juste des messages, je tiens à le préciser.

Moi : oui. Pourquoi pas ?

Ran : bonne journée mesdemoiselles.

Nous : bonne journée.

Dès qu’il est sorti de notre champ de vision et que je me sois assurée qu’il soit hors de portée de nos voix,

Moi : Sandrine, à quoi joues-tu ?

San : à quoi, comment ? Un ami de plus, je ne vois pas où est le problème, il t’apprécie et puis quoi ? Ce n’est pas parce que ton copain est à l’étranger que tu vas vivre en ermite. Dit-elle d’un air innocent.

Moi : Sandrine, j’ai promis à Brice d’être fidèle.

San : je sais bien, mais dis-moi qu’il n’est pas ton genre, dis-moi qu’il ne te plait pas !

Moi : Il est beau et même très beau. Il est métis, j’ai l’impression.

San : oui, son père est camerounais et sa mère allemande.

Moi : je vois, humm.

Nous avons discuté pendant une heure, puis la cloche nous a rappelé qu’il était temps de rentrer en classe.

Là je suis en train de rentrer à la maison, je vais rapidement déposer mon sac dans la chambre et me dirige vers la cuisine quand j’entends deux personnes parler à voix basse. Je m’approche à pas de loup et constate que c’est maman et sa sœur Ariane. Maman et elle, sont assises côte à côte sur des petits bancs.

Mam : Ary, je te dis, je suis dépassée par ce qu’il veut faire. Je fais donc comment ?

Ary : Tu fais donc comment, comment ? Fais-lui en enfant, donne-lui un autre enfant avant qu’il n’aille voir ailleurs ou te ramène une autre femme à la maison.

Mam : tu sais bien que je ne peux plus en faire. J’ai eu Mélina parce que j’avais la jeunesse avec moi, nous avons réessayé par la suite, mais rien n’y a fait. J’ai fait des examens dans les hôpitaux et le verdict est tombé : mes trompes sont totalement ou partiellement obstruées après que j’ai conçu pour la seconde fois. Je ne peux plus accoucher Ary, je fais alors comment ? Je vais voler l’enfant ?

Ary : akiééééé, l’affaire-là est compliquée, mais cause avec ton mari, il doit pouvoir te comprendre.

Je n’ai pas compris grand-chose à ce qu’elles racontaient mais des mots revenaient encore et encore : lignée et héritage.

Partie 2
Fille ou garçon…

Deux jours que ces mots résonnent dans ma tête, deux jours. Deux jours que je me remémore la discussion que j’ai entendue, la discussion de maman et tata Ary.

J’ai du mal à comprendre, ce qui met maman dans cet état. Elle, qui d’habitude était si joyeuse, semblait s’éteindre de jour en jour malgré les apparences qu’elle essayait de préserver. Étant fille unique, j’ai construit une relation assez solide avec ma mère, si bien que lorsqu’elle va mal, je le sais. Manifestement, elle ne souhaitait en parler du moins, pas avec moi.

J’ai donc décidé d’aller chez mamie, la mère de mon père qui est à Douala mais reste chez ma tante, pour cette fois. Je suis arrivée chez tata Claudine, j’ai trouvé son mari Paul et leurs 4 enfants : Carleen, Agnes, William et Carlos. Ils sont tous assis à la terrasse, autour de mamie et profitent de la brise légère.

J’ai salué tout le monde mais ils m’ont comme d’habitude, répondu du bout des lèvres. Il faut dire que ce sont aussi des personnes complexées, des personnes qui n’ont jamais fait partie du même monde que nous. Tata Claudine est femme au foyer et tonton Paul, est un simple informaticien dans une boite de la place.

J’ai essayé tant bien que mal de fréquenter mes cousins et cousines, mais avons-nous une chance de nous comprendre ? Non, je ne crois pas ! Ils m’affublaient déjà de termes « enfants de tétés » ou enfants de riches. Nous avons essayé de faire des sorties ou d’avoir des discussions autres que celles du sous-quartier, mais ils n’ont malheureusement pas le niveau. Comme quoi, l’éducation peut parfois définir la personne.

Moi : bonjour à tous.

Eux : bonjour.

Tat : bonjour la grande, ça va ?

Moi : oui tata, je vais bien.

Tat : qu’est-ce qui t’amène ?

Moi : je voulais vous saluer et discuter avec mamie.

Tat : ça m’étonnait que tu viennes seulement ici pour nous, est-ce que nous pouvons vous bouger de votre château là-bas ?

J’ai fait mine de ne pas entendre, j’ai fait fi de la pique et suis allée l’embrasser. On sait tous que dans nos familles, tous les enfants n’ont pas le même caractère, tous les enfants n’ont pas accès au succès ou certains font tout pour se maintenir dans la médiocrité et se contentent de si peu. Tel fut le cas de Claudine, qui très jeune, a opté pour le concubinage communément appelé le « Viens, on reste » avec un Bamiléké, un homme de l’ouest-Cameroun.

Il a fallu du temps à la famille pour se faire à l’idée que la seule fille de la fratrie de 4, se soit installée avec un homme de l’ouest. Malgré l’avancée des technologies, du modernisme, certaines habitudes ont la dent dure, elles sont tenaces. Ma tante vivait avec son gars malgré le fait que la famille de ce dernier ne l’aime pas et voulait lui faire prendre une seconde épouse de chez lui. A dire que les enfants actuels du couple, sont des « persona non grata » dans leur famille paternelle. Voilà, pour la petite histoire de Tata Claudine.

Moi : bonjour mamie, ça va ?

Mam : nyamvoué (homonyme en Beti), ça va ?

Moi : oui mamie et toi ?

Mam : ça va, je suis venue rendre une pette visite à tes oncles et frères. Tes parents vont bien ?

Moi : oui, ils m’ont demandé de te passer le bonjour.

Mam : ok, c’est bien.

Moi : mamie, que peux-tu me dire au sujet de la lignée et l’héritage chez les Beti ?

Mamie avait l’air étonnée de m’entendre parler de cela, elle s’est carrément tournée vers moi et l’expression qu’elle arborait en valait le détour.

Mam : depuis quand t’intéresses-tu à l’histoire de la société Beti. Je croyais que tout ce qui t’intéressait était : les vêtements, les balades et le luxe.

Moi : mamie, je ne serais bientôt plus une enfant, j’ai 17 ans et j’aimerais en savoir plus sur l’histoire de chez moi.

Mam : je ne crois pas que tu sois assez mature pour écouter l’histoire de ton peuple, ton histoire.

Moi : mamie, le fait que je me sois déplacée exprès est pourtant une preuve du contraire.

Après un moment de réflexion qui m’a paru long, elle s’est raclée la gorge et s’est mise à parler les yeux dans la brume. On avait l’impression que son esprit était à présent, à des milliers de kilomètres.

Mam : humm… Les Beti ont des origines Bantous, les historiens sont unanimes sur le fait que nous venons du Nord de l’Afrique. Nous sommes aujourd’hui implantés en Afrique centrale et présents au Cameroun, Congo, Guinée Équatoriale et au Gabon. Ce peuple au Cameroun, compte plusieurs tribus à savoir Eton (ou Iton), les Kolos (qu’on appelle aujourd’hui Ewondo), les Bulu, les Menguiha (les Menguissa), les Etenga, les Mvele, les Omvang, les Maka, les Yebekolo, les Mbidambani…

Moi : mmm

Mam : plusieurs variantes de ce nom dérivent de NTI, qui signifie seigneur ; on peut lui attribuer d’autres significations selon les tribus. Pour les variantes, il y a Betis, Bati, Pahouin et plus communément Fang-Beti-Bulu. Jusque-là, tu me suis ?

Moi : oui.

Mam : il est bon ma fille, de savoir que notre société est patriarcale, la femme était mariée et suivait son époux, elle n’avait pas droit SAUF EXCEPTION, je dis bien SAUF EXCEPTION aux terres de la lignée paternelle. Du côté de son mari, elle était aussi considérée comme étrangère ; raison pour laquelle les terres revenaient aux enfants mâles, qui pouvaient et devaient pérenniser le nom de leur père.

Moi : en fait, il est question ici de la place de la femme dans la société africaine et précisément dans la société Beti ?

Mam : oui ! Si la femme avait eu des enfants hors mariage, ceux qu’on appelle généralement « moan ya dzang » pouvaient prétendre à l’héritage foncier de leur aïeul. En gros, la femme n’était pas maîtresse de sa destinée.

Moi : wow, mais c’est archaïque ! Si je comprends bien, dans la culture Beti, on préférait les garçons aux filles ?

Mam : cela perdure jusqu’au jour d’aujourd’hui. Comme je disais tantôt, c’est le garçon qui est appelé à remplacer son père, donc à perpétuer la lignée ou le lignage : c’est le garçon qui est/était le sexe préféré chez l’homme Beti. Dès lors qu’une femme n’en faisait pas ou ne donnait que des filles, il avait le pouvoir d’imposer une seconde, voire une troisième épouse. Tant qu’il n’y avait pas un fils, les moyens le permettant, il pouvait prendre autant d’épouses qu’il le souhaitait ; c’était d’ailleurs l’une des raisons de la polygamie chez les Beti, juste après celle du nombre de femmes comme symbole de réussite et de puissance.

J’étais choquée par tout ce que je venais d’apprendre, je voulais LA vérité et je la connaissais, mais est-ce pour autant que mon problème était résolu ? Si je fais le parallèle avec ce que dit mamie, mon père voudrait à tout prix, un fils !

Moi : mamie, que transmettait-on spécialement aux garçons ?

Mam : la richesse matérielle, mais aussi celle issue du spirituel. Dans le cas où l’homme ne pouvait avoir de garçon, c’est son frère ou par défaut, le fils de son frère qui y avait droit. Je sais que tu dois être perdue, mais dis-toi que cette richesse est en fait le pouvoir et si tu m’as posé la question, c’est pour une raison, je crois. Ton grand-père était un patriarche et avant qu’il ne meurt, il a passé le flambeau à ton père et ton père devra le passer à son fils.

« Ton père devra le passer à son fils ! ». À son fils ? À son fils ? Mon Dieu, voilà l’origine de tous les problèmes de ma mère. UN FILS ! Il fallait à tout prix un fils à mon père, nous sommes au 21ème siècle mais nos traditions demeurent et perdurent. Certains côtés sont riches et positifs, mais d’autres contribuent à déstabiliser et signent la fin de certains foyers.

J’ai longtemps discuté avec ma grand-mère, nous n’avons pu « couper la poire en deux », elle était conservatrice et garante de sa culture ; moi, je représentais la culture vue par les générations futures et celles d’aujourd’hui.

Je suis rentrée à la maison, la tête pleine mais le cœur en miettes car je savais que le sort de ma mère était à jamais scellé. J’avais besoin de me « vider la tête », je suis donc partie à la petite fête donnée par Randy. Je me suis habillée avec soin, une robe orange-jaune qui dévoilait ma poitrine, des talonnettes ; dans le sac, un maillot deux pièces, un paréo et une serviette.

J’ai appelé Sandrine qui m’a rejoint à la maison et nous sommes arrivées chez Randy qui habitait à Bonapriso dans une maison extrêmement luxueuse, à croire que le maître mot était tape à l’œil. Il y avait presque tous les élèves de terminale, toutes spécialités confondues en plus des fils de bobos de Douala. Autant vous dire que ce soir, « LE Must du Must » était dans la place, c’est la soirée où il fallait surtout être, ici l’on pouvait tomber sur son futur mari ou sa future femme et assurer son avenir.

Nous étions en train de chercher Randy du regard, lorsque j’ai senti une main se poser sur mon épaule.

Ran : finalement, vous avez pu vous libérer ?

San : oui !

Ran : j’en suis heureux, je suis tellement content de vous voir. Dit-il en posant ses yeux avec insistance sur moi.

Si j’étais blanche, je crois que j’aurais viré rouge-pivoine. Il nous a dirigé vers un coin de la piscine et nous a trouvé deux chaises longues, il nous a ensuite accompagnées dans la salle qui servait de vestiaire. Après qu’il soit sorti, Sandrine et moi, nous sommes changées et sommes allées rejoindre le reste de la bande.

Il y avait des serveurs, serveuses mais Randy avait tenu à faire le service lui-même, il disait : « à invitées de marque, service de prestige. » Nous avons discuté pendant la soirée, j’apprenais à connaître Randy, je me plaisais beaucoup en sa compagnie. De prime à bord, je dirais que c’est quelqu’un d’assez intelligent, fin et très cultivé. Je me sentais différente en sa présence, mais penser à Brice me remettait toutes fois les pieds sur terre.

Sur ordre du maître des céans, une séquence zouk fut passée et je me suis retrouvée dans les bras de Randy. Au début, nous maintenions une assez bonne distance, mais petit à petit, nous nous sommes rapprochés comme si nous voulions nous fondre l’un dans l’autre. J’ai lentement levé la tête et nos yeux se sont rencontrés, le reste du monde avait disparu. Nos yeux étaient attirés tels des aimants et la chaleur, insidieuse au tout début, parcourait à présent tout mon corps. C’est la première fois que je me retrouvais dans une position pareille. Mon Dieu, que vais-je faire ? Que m’arrive-t-il ? J’en étais encore à me poser ces questions, lorsque j’entends.

« Mélina ! Mélina ! »

Je ne connais que trop bien cette voix, si c’est vraiment la personne à laquelle je pense, la minuterie de la bombe à retardement est enclenchée…

Partie 3
Le désespoir…

« Mélina ! Mélina ! »

Je me tourne et croise le regard de Melia, la petite sœur de Brice. Je ne sais où me mettre, à cet instant j’aurais voulu voir le sol s’ouvrir et m’engloutir. Je savais, je savais que cette information, l’information parviendrait rapidement aux oreilles de Brice.

Moi (toute souriante) : salut Melia.

Mel : salut Melia, ça va ? Tu ne me présentes pas ? Dit-elle en doigtant Randy.

Moi (toute gênée) : euh…Je te présente Randy, un ami. Randy, je te présente Mélia.

On croirait qu’elle attendait une précision, mais je n’avais pas le courage de rajouter qu’elle était la sœur de mon chéri ; elle a dû sentir la gêne.

Mel : ah, c’est vous qui recevez ? Votre maison est magnifique, je suis une amie d’Edouard.

Ran : ah ok ! Bienvenue chez moi et amusez-vous bien.

Mel : merci ! Mélina, à plus tard.

Elle s’est retournée, j’avais à présent un poids sur les épaules.

Ran : tu parais crispée, que se passe-t-il ?

Moi : Rien ! Vraiment, rien !

Ran : j’ai comme l’impression que ce n’est pas le grand amour entre vous. Comment s’appelle-t-elle déjà ?

Moi : Mélia ! C’est un malentendu.

Ran : puis-je t’inviter à prendre un verre demain ? Enfin, si tu as le temps.

Moi : bien sûr, mais il faut que je t’avoue un truc.

Ran : allons-nous asseoir.

Une fois assis, face à face.

Ran : je t’écoute.

Moi : Mélia est la petite sœur de mon copain, mon chéri Brice.

Ran : je vois, tu n’as pas à être gênée. Nous n’avons rien fait de mal, je crois.

Moi : nous avons failli nous embrasser Randy, je suis sensée être en couple avec Brice.

Ran : écoute Mélina, tu es une grande fille, nous savons toi et moi, qu’il y a une certaine alchimie entre nous. Pourquoi faire semblant lorsque tout est aussi clair ? Nous sommes attirés l’un vers l’autre.

Moi : je suis en couple, je suis désolée ; je ne peux pas, j’aime mon copain.

Ran : qui cherches-tu à convaincre, toi ou moi ? J’avoue avoir eu un coup de foudre pour toi.

Moi :…………………

Il s’est levé, est allé rejoindre une bande de garçons que je connaissais juste de vue ; Sandrine m’a aussitôt rejointe.

San : que se passe-t-il encore ?

Moi : Nous étions presqu’entrain de nous embrasser, devine qui nous a vu ?

San : j’aurais pu dire Brice, si je ne savais pas qu’il était à Amiens.

Moi : humm.

San : mais parle !

Moi : Mélia !

San : han,

Moi : comme je te dis là, je suis dans la mouise, la sœur de Brice m’a vue dans les bras d’un autre. Je suis mouillée là jusqu’au cou et je suis sure qu’elle lui fera un rapport en bonne et due forme.

San : c’est sûr, purée mais calme toi, ça va aller.

Moi : peut-on rentrer ?

San : il n’est que 21h30 et la fête ne fait que commencer. Avec d’autres filles, on prévoyait aller en boîte, au PRESTIGE pour terminer la soirée et se saouler la gueule.

Moi : je n’ai pas le moral, il faut que je rentre ; je vais essayer d’appeler Brice, je tiens à lui annoncer cela moi-même.

San : ok, je te comprends.

J’ai appelé le chauffeur qui est venu me récupérer, mais il avait l’air bizarre. Il avait envie de parler mais se retenait, nos regards se croisaient tout le temps sur le rétroviseur.

Moi : papa Serge, il y a un problème ? Il y a un problème, à la maison ?

Serge détourne les yeux et se concentre sur la route. Au bout de cinq minutes, il gare sur le bas-côté de la route et se tourne vers moi.

Ser : Mélina, tu as l’âge de ma fille, tu es assez grande pour comprendre certaines situations. Dans un couple, il peut y avoir des problèmes mais cela s’arrange presque toujours. Ma fille, je ne crois pas que ce soit judicieux de rentrer à la maison maintenant.

Moi : pourquoi Papa Serge ? Qu’est-ce qu’il y a là-bas ?

Loin de...