Le petit Louis, histoire véritable . (Signé : Le pasteur du petit Louis.)

Publié par

Vve Berger-Levrault et fils (Paris). 1864. Louis. In-32. Pièce.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : vendredi 1 janvier 1864
Lecture(s) : 5
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 27
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

HISTOIRE VÉRITABLE
AU PROJET DE LA SOCIETE DES MISSIONS ÈVANGELIQUES DE PARIS
VEUVE BERGER-LEVRAULT ET FILS, LIBRAIRES-ÉDITEURS
Paris
Rue des Saints-Pères, 8
Strasbourg
Rue des Juifs , 26
1864.
Strasbourg, imprimerie de Ve Berger-Levrault.
AU LECTEUR.
Ainsi que son titre l'indiqué, ce récit est
une histoire véritable. Je ne rapporte que des
choses qui se sont bien gravées dans ma
mémoire; je raconte simplement ce que j'ai
vu et entendu.
J'ai souvent recueilli de douces bénédic-
tions en visitant mon cher Louis, et j'en
trouve encore aujourd'hui dans mes souve-
nirs. Ces bénédictions, je voudrais les faire
partager à d'autres qui ne l'ont pas connu.
Louis aimait d'un amour tout particulier
l'oeuvre des missions; il a fait pour elle ce
qui était en son pouvoir: croyant, il a prié;
6
pauvre, il a donné; infirme et malade, il a
travaillé. En me léguant pour elle ce qu'il
pouvait lui donner encore après sa mort, il
m'a semblé qu'il me léguait aussi le devoir
de continuer son oeuvre d'amour et de tra-
vail pour les pauvres païens. C'est ce qui
m'a décidé à publier ce récit en faveur de la
Société des missions évangéliques de Paris...
Le Seigneur veuille y ajouter sa grâce et
sa bénédiction.
Le pasteur du petit Louis.
M*** novembre 1868.
LE PETIT LOUIS.
HISTOIRE VÉRITABLE.
Au moment où j'allais me décider à tirer de
son obscurité le nom de Louis, je ne sais
quel sentiment de respect, quels scrupules m'ont
presque arrêté. Livrer au public les secrets in-
times de cette existence modeste et cachée, c'é-
tait, me semblait-il, ôter à des souvenirs si vivants
pour moi une partie de leur charme et de leur
fraîcheur. Et puis, ce que je me rappelais de
l'humilité profonde de cet enfant venait aussi
me faire hésiter à le présenter comme un per-
sonnage, un héros d'histoire, que sais-je? —
Tous ceux qui ont beaucoup et réellement aimé
comprendront ce sentiment d'une délicatesse
un peu exagérée peut-être. Il n'a cédé chez moi,
je dois l'avouer, qu'au désir de montrer ce que
8
peut la force du Seigneur dans notre infirmité
et de quelle puissance de foi son. amour peut
remplir un coeur d'enfant.
On ne doit chercher ici ni une biographie ni
une histoire; il n'y aura que peu ou point de
faits. Comment analyser un parfum? il se res-
pire et ne se décrit pas : la courte existence de
Louis fut un parfum. Puissé-je, cher lecteur,
rendre vivante pour vous la pâle et douce image
de cet enfant dont la gloire sera grande au jour
de la manifestation du Seigneur.
Louis appartenait à une famille pauvre; son
enfance fut négligée, et une rougeole mal soi-
gnée devint la première cause de la douloureuse
maladie qui le fit admettre, en 1854, à l'âge de
onze ans, à l'hôpital de M***.
Il se passa quelque temps avant que je fisse
particulièrement attention à lui.,
... « Comment vas-tu? » lui demandai-je un
jour.
—«Pas bien, je ne suis pas toujours sage.»
—«Le Seigneur n'est-il donc pas avec toi?»
—«Pas toujours.»
—« Et pourquoi pas, mon enfant?»
9
— « Parce que je ne le cherche pas toujours.»
—« Eh bien! j'espère que, la première fois
que nous nous reverrons, tu pourras médire
quelque chose de meilleur.»
Il me prit la main: «Oh! je le désire,» me
dit-il, «je le veux... je veux essayer.»
Une ferme résolution, un effort sincère, voilà
ce qu'il faut pour entrer, avec le secours de
Dieu, dans le chemin qui mène à la vie.
Quinze jours plus tard, je fis, à l'hôpital, une
méditation sur ces paroles: «Prépare-toi à la
rencontre de ton Dieu.» (Amos, iv, 12.) Louis
était assis en face de moi, sur le premier banc.
«Ettoi, mon enfant,» lui demandai-je, « veux-
tu te préparer à la rencontre du Seigneur?»
Il se lève, je m'avance vers lui, il vient à moi
en boitant, appuyé sur sa béquille, il me prend
la main et, la tenant serrée dans les,siennes, il
me regarde comme s'il avait quelque chose à me
dire. — J'avais complètement oublié notre der-
nier entretien; j'attendais. Après un moment de
recueillement, il me dit d'un ton solennel et pé-
nétré: «Monsieur le pasteur, Il est maintenant
toujours avec moi.» :
10
Cette parole, oh! je me souviens qu'elle re-
tentit alors au plus profond de mon coeur.
Peu de jours après, passant près de son lit,
je lui demandai comment il allait.
«Vous voulez dire avec le cher Sauveur?»
me répondit-il dans son naïf langage. «Oh! je ne
le laisse plus!» Et en effet, il n'a plus quitté le
Sauveur, et son fidèle Sauveur ne l'a pas quitté.
Quelques semaines plus tard, il y avait grande
fête dans notre hôpital; ce lieu de souffrance
et de deuil s'était transformé, pour quelques
heures, à la joyeuse lumière des arbres de Noël.
Les soeurs diaconesses, accompagnées des en-
fants, des malades en convalescence et d'un pe-
tit nombre d'amis, traversaient en chantant les
salles des malades, s'arrêtaient avec émotion
devant l'arbre chargé de bougies et entouré de
présents; puis, après quelques paroles du pas-
teur, la touchante procession reprenait sa marche,
le chant des cantiques retentissait toujours plus
faiblement dans les longs corridors, et peu à
peu revenaient l'obscurité et le silence; mais la
grande joie de Noël restait dans tous les coeurs.
Cette nuit-là fut bénie pour Louis.
11
«Ce bon Sauveur qui s'est fait pauvre pour
vous, qui, petit enfant, a été couché dans une
crèche, demande maintenant à venir.habiter en
vous,» avais-je dit aux enfants; «il veut votre
coeur, mais pour en faire un coeur nouveau et
le remplir de paix et de joie. Croyez-vous, mes
amis, que chacun de vous pourrait avoir un
nouveau coeur, et que, s'il le voulait bien, il l'au-
rait même avant qu'il fût demain?»
—«Oui,» avait répondu Louis, «car Jésus a
dit : Demandez et vous recevrez.»
Qui pourra dire ce qui se passa entre le petit
malade et son Sauveur pendant les longues
heures de cette nuit solennelle?
Le lendemain, dès qu'il aperçut la soeur qui
le soignait, il lui cria: «Ma soeur, je l'ai, je l'ai!»
—«Quoi donc, cher enfant?»
—« Le coeur nouveau.»
Dès lors il fut transformé. Grâce à Dieu,
j'ai vu plus d'une vie et d'une mort chré-
tiennes, mais un des plus beaux fruits de la
grâce que j'aie connus a été mon cher petit
Louis.
Il était si doux, si affectueux ! Son regard pro-
12
fond et serein avait souvent une expression vrai-
ment céleste; c'était le rayonnement d'une gloire
intérieure, quelquefois une sorte de transfigura-
tion. Ceux qui l'avaient vu ne l'oubliaient jamais.
Lui aussi, il savait se souvenir; il avait la mé-
moire du coeur. Souvent, je lui ai amené quel-
que ami, en lui disant: «Louis, tu prieras pour
M....» Plusieurs années après, s'il m'arrivait de
lui demander: «Te souviens-tu de M....? as-tu
prié pour lui?» il pouvait toujours me répondre
affirmativement. Du reste, on n'avait pas besoin
de l'exhorter à prier pour les autres. Quand quel-
ques personnes: avaient visité la salle et lui
avaient parlé, il ne manquait pas, dans sa prière
du soir, de parler d'elles au Seigneur.
Son affection pour la soeur diaconesse qui le
soignait avait un caractère touchant; s'il lui
voyait l'air un peu soucieux ou triste, il l'appe-
lait et lui disait: «Chère,soeur, voulez-vous une
bouchée de pain?» La bouchée de pain, c'était
un verset de la Bible qu'il tirait pour elje d'une
petite boîte. Que de fois, au milieu des difficultés
d'une vie toute de privations et de dévouement,
la douce voix du petit Louis ne vint-elle pas ra-

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.