Le Petit Troquet des Brèves de comptoir

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"Pendant trente ans, les Brèves auront été ma musique. Mon obsession. Mon bonheur. Les comptoirs ! Les gens qui parlent en buvant un verre. Qui rient. Qui pleurent. Qui rêvent. Qui déraisonnent. Qui déconnent. Pour moi, la vie est là. Je continuerai toute ma vie à traîner dans les bars. À écouter les gens. À les aimer. Mais désormais, ces mots resteront là où ils sont nés. Dans le bar. Collés sur les murs. Tombés au sol. Finie, la cueillette.
En 1985, elles naissaient dans la grande salle commune de rédaction de Hara-Kiri et Charlie Hebdo, où nous avions un comptoir. J'y ai entendu ma première Brève : "Est-ce qu'une plante carnivore peut être végétarienne ?' Choron, Cavanna, Reiser, Gébé, Wolinski, Cabu riaient ! Leurs visages illuminaient le coeur et l'esprit du jeune homme que j'étais. Aujourd'hui, ils sont tous morts, et ils me manquent. Ce livre de Brèves est le dernier de la série. Je ne ramasserai plus le raisin des mots. Ce qui n'empêchera pas la belle vigne de pousser. Entrez dans les cafés. Enivrez-vous ! Tout est là !"





Publié le : jeudi 22 octobre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782221189955
Nombre de pages : 203
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© Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 2015 En couverture : Illustration © Joël Renaudat / Éditions Robert Laffont ISBN numérique : 9782221189955
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On ferme !
Fin des Brèves de Comptoir
Ouvert en 1985, le Café des Brèves de Comptoir ferme définitivement ses portes. 60 000 brèves, notées sur un carnet, au cours de formidables balades dans les bars. Publiées, servies aux lecteurs comme on sert la tournée ! Vingt livres. Jouées trois fois au théâtre, mises en scène par Jean-Michel Ribes. Portées au cinéma, par le même Jean-Michel Ribes. Pendant trente ans, les Brèves auront été ma musique. Mon obsession. Mon bonheur. Les comptoirs ! Les gens qui parlent en buvant un verre. Qui rient. Qui pleurent. Qui rêvent. Qui déraisonnent. Qui déconnent. Pour moi, la vie est là. Je continuerai toute ma vie à traîner les bars. À écouter les gens. À les aimer. Mais ces mots resteront là où ils sont nés. Dans le bar. Collés sur les murs ! Tombés au sol ! Finie la cueillette. Je ne ramasserai plus le raisin des mots. Ce qui n'empêchera pas la belle vigne de pousser. Entrez dans les cafés. Enivrez-vous. Écoutez. Tout est là.
Jean-Marie Gourio
J'ai ma maison qui me boit mes bouteilles, je les planque, je les retrouve vides ! – Vous m'avez manqué ! j'ai soif soif soif soif ! – J'ouvre juste juste juste juste ! De loin ça fait une jolie lumière jaune dans la neige, on dirait le jour qui se lève mais en petit. Plus on vit vieux, plus on devrait être fort, puisqu'on a dans le corps la vie de toute une vie. – Les seuls pas dans la neige devant le café, c'est les miens. – Vous êtes le premier. Quand j'étais gamin, je voulais que personne marche dans la neige pour pas salir. – Vous allez en faire du vin chaud ? – Ça cuit. La nuit blanche, la lune elle y arrive et la neige aussi, c'est les deux seuls qui peuvent combattre. – Ils ont fait un beau bonhomme de neige dans la cour de l'école. – C'est bien, ça leur servira plus que l'orthographe ! C'est Giono qui marche bien dans la neige dans ses livres. – La neige c'est le blanc manteau, après, c'est le clair linceul. – Buvez quelque chose ! Même si à Noël je bois beaucoup plus, je suis saoul pareil que d'habitude. De nos jours, le corps de Jésus, c'est plus des huîtres qu'une viande. Quand je marche dans la neige, j'écoute mes pieds, sinon jamais. – Tu pars à gauche, tu reviens à droite. – La Terre est ronde. – Je suis catholique, je mange pas de cochon, comme quoi, ça veut rien dire. – Tu bois de l'alcool. – Bien sûr ! je suis catholique. Le vent dans le dos, c'est mon vent dominant. – Le givre sur la porte, je vous regardais à travers, vous bougiez pas, je me suis dit : « Hibernatus ! » Je me suis dit : « Je vais entrer lui dire ! » – Merci, et elle boit quoi ? Dans un congélateur, t'as pas de sud, t'as que du nord. La présence, l'absence, c'est bonnet blanc pas de bonnet ! Ça fait mystérieux les prés gelés.
Les enfants, ils sont toujours éblouis par la neige et par la mer, c'est quoi qu'ils ont de naissance, qu'on a encore vieux ? Mon cadeau de Noël que j'aimerais, c'est une connerie en bois. Un renard qui m'a traversé devant, à l'entrée du village, il venait vers ici, il cherche à se réchauffer, comme nous tous. On commence à boire à midi, minuit, c'est trop loin. D'un pied à l'autre, y a qu'un pas. À force de rouler les cigares, elles ont le cancer des dessous de bras à Cuba ! Le ciel est laïque, monsieur ! les cloches n'ont pas à sonner ! Je suis craintif et inadapté au vol. Au moins, le vin n'est pas gras. L'herbe gelée, toute droite, bleue, du poil de barbe, sur le talus, j'ai la roue droite qu'a touché, c'est parti dessus, zip, houla ! Ça sert à rien d'apprendre les dates à l'école ! les dates, de toute façon, ça change tout le temps. Sa connerie, c'est une barricade de fortune ! Une merde toute gelée devant la porte de l'église dure mais comme du bois, véridique. Un santon ? Pareil que Christophe Colomb, je croyais que c'était un resto indien, c'était un McDo. – Vous avez l'heure ? – Ici on apporte son manger ! C'est la voiture le danger public, pas le chauffeur, le chauffeur, il est pas en fer. – C'est de la torture le gavage des oies ! – Et les pédés ?! vous croyez que c'est mieux ce qu'ils font ?! Épicure, ça fait docteur. – Je regardais par le carreau, je voyais personne. – Évidemment, vous étiez dehors.
C'est fini le rap, ils mettent des violons. – Je sens plus mes doigts avec le froid. – Vous travaillez aujourd'hui ? non ? alors vous avez pas besoin de vos doigts. C'est l'ibis rouge qui met des plumes sur l'océan Indien. Il était bien gras Jésus pour un bébé de l'époque. On demande aux pauvres de nourrir les pauvres, j'aime pas Les Restos du Cœur ! Ça serait idiot que le boudin blanc et le boudin noir se détestent parce que c'est quand même que du boudin. – Les marmottes se font la bise. – J'en vois des marmottes, mais jamais se faire la bise. – Évidemment, si vous les regardez. La crèche vivante, je sais pas si je préfère pas l'autre, la petite qui bouge pas. Picoler dans le cristal, faut les lèvres en boudin, et pas les grandes dents. Les bonhommes de neige, ils sont normaux comme nous, ils ont pas les abdominaux. Tu me feras pas avancer une idée avec l'antagonisme primaire qui au contraire sera un frein à l'avancée que je te parle. T'as bu quoi à c't'heure ? – C'est bon le froid, ça réveille ! – Allez dire ça à ceux qui dorment dehors ! Si on se compare on est jamais content, moi je me compare à une poule morte, ça va. – Ils remboursent l'avortement et pas les lunettes ! – On peut pas comparer ! – Et les dents ?! ils remboursent la pilule et les dents rien ! – Chaque fois vous revenez là-dessus. – Bien sûr ! on rembourse que le cul en France ! – Mais non ! – Les capotes on en fait cadeau dans les hôtels, si ! si ! et le jus d'orange ? hein ? – J'y vais pas dans les hôtels. – Au prix où ça coûte ! vous avez raison ! vaut mieux se faire avorter gratuit nourri logé qu'aller une semaine au ski aujourd'hui ! La neige c'est pour les jeunes, la pluie pour les moyens, le soleil c'est pour les vieux. C'est qui le con qui lui a mis sa carotte dans le cul au bonhomme ?
Je suis venu au radar et le radar a bien fait les choses, je suis direct ici. – Faites voir vos mains, vous êtes Sagittaire. – Je lave les vitres. On a pas à copier l'Allemagne, on est plus pendant la guerre ! Un vin chaud ! j'ai pris les intempéries ! Si on lui parlait pas à ce monsieur, qui c'est qui lui parlerait, je crois que y a que nous qui lui parlons de toute la journée, il vient boire un coup, on lui dit quelques mots, il repart dans la rue, il dort sur le matelas derrière le Monoprix, on a jamais eu d'ennuis avec lui, si vous croyez qu'ils vont le laisser rentrer à la bibliothèque municipale pour parler, on est plus un livre pour lui que les livres là-bas qui veulent pas de lui, les mots qu'on lui dit ici c'est sa lecture à lui de tous les jours un peu, eh bien avec mon mari, on est fiers des mots qu'on dit ! Je l'ai fait le rite initiatique à treize ans, avec la cigarette et le verre de Bartissol. Le préjugé sur le ravioli chinois est absurde. La Terre est ronde, c'est l'homme qui veut du plat. – Et danseuse de l'Opéra ? – Non plus, c'est pas un métier ! un métier, faut de la farine ou du ciment. En vous regardant je pense à quelqu'un d'autre. La philosophie, à part ma grand-mère qui parlait jamais, j'en ai pas entendu de meilleure. – C'est quoi toutes les bouteilles ? – Les vides là ? c'était hier. – Ça a dû être la folie ! – Pas tellement, on était trois. Il a pas de sous, je le sais, il se parfume en bas avec le pschitt des cabinets. J'ai arrêté d'en acheter, c'est des slips qui tiennent pas la route. J'emmerde le monde, tous pays confondus ! – T'es allé au Cadran sur l'avenue ? – Non, au Savoy derrière. – Tu fais du hors-piste ? Faut pas servir un homme déjà gorgé de vin. Tous les tableaux sur les murs des musées, ça fait du lierre coloré, c'est de l'art grimpant !
Je bois pas d'alcool le matin, je suis un cornichon de l'après-midi. – Souchon, il perd ses cheveux. – Ça lui va bien, je trouve, ça fait oiseau. La nature a eu raison, ça va bien avec la neige les sapins. L'invention de l'homme va de la bombe atomique à la fraise gariguette. – Tu t'en vas ? – Oui, mais je re-vins ! J'aime bien être tout seul mais avec quelqu'un. Tout le centre de la France est dépeuplé, comme l'Australie chez nous. – Il a le cœur gelé c't'homme-là ! – Faudrait passer la saleuse ! Il vivait chez lui dedans-dedans et puis il est allé dans les cafés dedans-dehors et puis il vit dehors-dehors. – Quand on meurt, c'est comme quand on s'endort. – Moi je pète. J'étais mieux en prison, au moins, j'avais envie de sortir. Quand il va aux cabinets, il le dit, comme si ça intéressait les gens sa vie du ventre ! – Vous avez acheté quoi ? – De la saoulographie et des huîtres. On serait tous nains avec des petites voitures et des petites maisons, on pourrait être plus. Un seul être vous manque et le linge est pas plié. Mon chien il attaque les chats noirs, c'est pas le noir qu'il aime pas, c'est les chats, moi c'est pareil, je m'en fous de la couleur, c'est les hommes que j'aime pas, les Noirs, les Blancs, les Jaunes, j'aime que les chiens. Un bébé qui meurt le soir de Noël, ça fait naissance de Jésus à l'envers. Moi, rien me manque, quand je perds mes clés, je passe par la fenêtre. Un bulbe de tulipe en plein cerveau, après l'explosion de la serre. – Eh ben. – Ah oui ! eh ben ! Le poisson sait pas qu'il est dans la mer, il nage, il sait même pas qu'il nage dans l'eau, nous, on le sait, on est pas plus heureux pour autant, à la mer on nage pas dans l'eau, on
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