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Le Printemps arabe

De
320 pages
Des préoccupations identitaires et revendicatrices aux réalités sociohistoriques du Maghreb d'après les indépendances, la littérature s'est résolument tournée vers la dénonciation dans les années 1990-2000, en orientant l'attention du lectorat sur la misère des peuples maghrébins. Cet ouvrage se veut le décryptage du caractère prémonitoire des écrits des auteurs maghrébins contemporains qui, d'une même voix, avaient prédit le soulèvement finalement dénommé le "Printemps arabe".
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Le Printemps arabe
Écritures maghrébines de part et d’autre du Sahara Collection dirigée par Faustin Mvogo Cette collection spécialisée est la vision, au sud du Sahara, du champ littéraire et social maghrébin, avec pour objectif la destruction du mur d’incompréhension entre peuples africains. Ceci passe aussi par l’étude des littératures et la maîtrise des civilisations, de part et d’autre du Sahara. Les objectifs spécifiques suivants sont assignés : - publier en priorité les travaux de recherche sur la littérature orale, écrite et/ou comparée du champ du Maghreb ; - aider à constituer une classe d’intellectuels au sud du Sahara aptes à contribuer à l’innovation dans la recherche en matière d’études de la littérature et des civilisations maghrébines ; - reproduire des scientifiques et satisfaire la demande en travaux de haute qualité sur les littératures et les civilisations maghrébines. Avec la collection « Écritures maghrébines de part et d’autre du Sahara », L’Harmattan poursuit simplement son entreprise de construction de la pensée universelle. Contacts : faustin_mvogo@yahoo.fr / littafric@gmail.com
Faustin Mvogo (éd.) Le Printemps arabe
Prémisses et autopsie littéraires
Préface de Jacques Fame Ndongo Postface de Marcelline Nnomo Zanga
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-57655-1 EAN : 9782296576551
Préface
Une lumière scintille sur la colline du savoir. Elle brille, elle illumine le temple de la science. Qu’est-ce que cela peut bien être ? Ses couleurs qui se distribuent en d’innombrables beautés, distillent des révélations troublantes et c’est ici qu’apparaît leur charme. À peine admirées, elles éblouissent. Il est des beautés de forme et de pensée que le regard embrasse sans jamais les voir. C’est comme un rayon doré du soleil qui se prolonge sur la mer. Jusqu’à l’extrême bord de la nuit, des plumes d’universitaires camerounais éclairent d’une lumière éblouissante, les faits lointains d’où découle un récentprintemps, faits à jamais scellés dans la littérature des pays arabes.
La littérature justement, plus que d’autres formes d’arts contemporains, a l’avantage de partager l’épistémologie de plusieurs sciences. Aussi constitue-t-elle une source d’information dynamique et une plateforme d’expression active. Les secousses politiques d’humeur, rapidement métamorphosées en une inquiétude, forme de revendication baptisée sous la métaphore dePrintemps arabe, apparaissent comme un cas patent de la puissance, prémonitoire, de la littérature, si tant est que les différents auteurs abordés dans cet ouvrage, aient toujours été perçus comme des vibrants défenseurs d’une grande idée, dangereuse mais nécessaire pour la transformation positive de leurs sociétés. Leurs œuvres sont soigneusement disséquées et examinées ici, par une équipe de chercheurs particulièrement raffinés et imaginatifs, regroupés autour du Pr Faustin Mvogo, homme de culture et d’écriture dont la grande vocation s’abreuve aux sources pures de la littérature et des civilisations africaines. La qualité des contributeurs rime avec le génie du maître qui s’épanouit dans l’informe. L’informe c’est l’espace vide où souffle l’esprit du critique.
Le Printemps arabe : prémisses et autopsie littéraires, (prémisses à distinguer de prémices), apparaît comme un livre sur les oracles. Semblables à Apollon qui, à Delphes, avait annoncé à Laïos qu’il serait tué par son fils Œdipe, les écrivains du Maghreb, alors que l’écriture se contorsionnait entre les interdits, avaient prédit les bouleversements sociopolitiques en fermentation dans l’inconscient collectif de la communauté nord-africaine. Si on écrit, c’est justement pour inventer un nouveau monde, on ne peut dévoiler qu’en projetant de changer.Le poète
en des jours impies vient préparer des jours meilleurs, faisait valoir Victor Hugo. L’idée fondamentale construite par la grande curiosité des contributeurs de ce livre révèle que les sociétés arabes restent écartelées entre les exigences d’une modernité tous azimuts avec son cortège de plaisirs d’une part, et d’autre part, les contraintes et les embrigadements d’une conscience morale extrêmement forte, coulée dans le moule d’une responsabilité socio-spirituelle aux normes inattaquables, sous peine de sanction suprême. La tâche serait très ardue si l’on voulait établir la liste des exégètes du présent ouvrage, collectif, que traverse le sillon ramifié de treize articles sortis des entrailles de quatorze plumes, fulgurantes, pour se rétablir dans la réflexion d’un génie créateur camerounais qui, en parcourant les chemins de son inspiration, réexamine la question grave et délicate du Printemps arabe, pour tenter, très minutieusement, à travers une dissection littéraire, de déterminer d’où découlent ses causes et ses conséquences.
L’Afrique du Nord qui constitue l’objet de la réflexion vient, en moins d’un an, de connaître des changements pour le moins radicaux, avec des renversements spectaculaires et douloureux des leaders charismatiques qui ont pendant longtemps incarné la force et le dynamisme reconnus et loués de leur Nation. Cela est certain.
Mais à y regarder de très près, dans une lecture aiguisée par la peur qui étreint, force est de reconnaître que les symptômes de cette révolution, constituaient déjà le soubassement de la textualisation de cette société dépeinte, avec virulence, dans les œuvres d’éminents auteurs du Maghreb tels Rachid Mimoumi, Driss Chraïbi, Kateb Yacine, Maïssa Bey, Rachid Boujedra, Tahar Ben Jelloun, et bien d’autres dont l’engagement littéraire semble décliner dans la psychologie morbide et les traumatismes psychosomatiques de personnages, même collectifs, avec leur tonalité radicale. L’idéal de l’auteur incarné dans son héros ? L’écrivain arabe refuse d’être un faire valoir, en revendiquant une parole autochtone qui imprime son rapport à l’être et au politique. Il se veut un militant engagé, un défenseur acharné de la cause d’undroit-de-l’hommismefort, inspiré par un monde plus juste. En reléguant la gratuité esthétique de l’art pour l’art au second plan en faveur d’une muse plus ambitieuse, il revendique un engagement
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littéraire qui semble aller au-delà de celui prescrit par Jean-Paul Sartre dans le sens où l’écrivain arabe ne découvre pas la situation, mais naît avec elle. Face au défi d’une sorte d’hyperexistentialisme, il apparaît comme un être mis en demeure, par son environnement sociopolitique immédiat, de résoudre l’équation de la stabilisation d’une société névrosée dans laquelle chacun veut être le martyr libérateur.
Les différentes analyses critiques de cet ouvrage qui combinent harmonieusement les sources les plus diverses et transcendent le cadre littéraire, expliquent que lePrintemps araberésulte d’une criminalisation des États déjà délités par une perte progressive de souveraineté due elle-même, si l’on s’en tient aux récriminations des peuples allégoriques étudiées, à une façon étonnante de redistribuer les ressources qui ne rend pas toujours justice à l’humain. Au niveau international, cette option, figurée, semble devenir un moyen d’instrumentalisation politique de la précarité morale et psychologique exploitable pour des raisons de reconfiguration des équilibres géostratégiques, comme le montrent en d’autres termes les différents articles.
L’ouvrage, où les textes s’avancent dans un cortège de références, est un signal fort au regard de ce qu’il symbolise le retour systématique du Département de Littérature et Civilisations Africaines dans la production des savoirs au sein de l’agora universitaire autour des questions de mythologie, de sociologie, d’anthropologie, de philosophie, de politique internationale et de diplomatie contemporaine ; bref, du discours critique inspiré de la littérature perçue sous l’horizon de Paul Valéry, le maître de la poésie pure et de la méditation libre. La qualité et l’actualité de la question posée dévoilent la logique de refondation, de restructuration qui gouverne l’esprit de l’éditeur scientifique de cet excellent livre.
Appétence partagée, tels sont de manière lapidaire, les termes qui dévoilent la substantifique moelle de cet ouvrage sur l’éveil et le réveil arabes. Cette exigence commune, tenue depuis les origines du Département de Littérature et Civilisations Africaines (LCA) de la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines (FALSH) de l’Université de Yaoundé I, vient apporter un regard à la fois global et circonstancié sur l’actualité du monde arabe, mais surtout sur la vitalité scientifique de ce département de référence. On peut y voir un retour volontaire et stratégique aux fondements posés par les pionniers tels : Bernard Fonlon, Thomas Melone et bien d’autres parangons de la littérature africaine. Point de départ d’une longue tradition qui s’étire jusqu’à nos jours où il
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convient de mettre à leur crédit, la formation de critiques de renom à l’instar des professeurs Mathieu-François Minyono-Nkodo, Ambroise Kom, André Ntonfo, Rémy Sylvestre Bouelet, Tala Ibrahim Kashim, Marcelline Nnomo, la liste est loin d’être exhaustive. On voit avec quel rare bonheur les générations actuelles d’émules tirent partie de la grande clairvoyance de ses anciens modèles.
Dans le contexte rude et très peu favorable à l’édition de l’époque, les travaux d’équipe étaient souvent publiés à travers la revueNgam,Les Mélanges Africainsqui constituaient, le moyen le plus efficace à même de transférer les technologies entre les érudits chevronnés et les chercheurs émergents, en vue d’une animation efficiente des intelligences et de favoriser l’éclosion des talents en équipe à l’ère de la culture de l’homme, caractérisée par le développement des technosciences, de la typographie numérique et de la migration des modes de lecture vers de nouveaux supports.
L’initiative est louable pour les enseignants du Département de Littérature et Civilisations Africaines de l’Université de Yaoundé I de se pencher sur le développement d’un système de pensée autonome, propre à la spécificité de l’identité culturelle et spirituelle de l’Afrique qui donne à ses chercheurs les moyens intellectuels et l’esprit critique suffisants de penser en homme(s) d’action et agir en homme(s) de pensée, pour reprendre la belle expression du philosophie Bergson. Cette stratégie d’autonomisation des moyens de redéfinition de l’être africain au monde, dans la reconfiguration du paysage diplomatique international, permettra de ne plus percevoir le continent noir sous le prisme, pessimiste, de la vieille antiennel’Afrique noire est mal partie ou sous le qualificatif affreux de Stephen Smith pour qui l’Afrique est ledésastre du tiers-mondeinNégrologie, Paris, Calmann-Levy, 2003.
Le Printemps arabe : prémisses et autopsie littérairess’étend finalement comme un vaste écran aux reflets multiples sur lequel les faits sont analysés avec la précision évocatrice d’une chose vue. La réalité est toute pénétrée d’eschatologie au sens justement grec d’eskhatos, dernier, sort ultime de l’homme, destin tragique du vivant. Le livre se positionne donc à la fois comme le fruit d’un vital pied de nez de la littérature aux autres sciences sociales, et d’une énergie vitale d’une discipline de plus en plus en réserve de son propre essor, quoique fondement des humanités. Le Département, berceau des arts et des civilisations africaines, s’affirme, à travers cette nouvelle parturition, comme une
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entreprise qui refuse non seulement la dégénérescence du logos et de l’ethos, mais aussi de tourner à perte eu égard à la qualité et à l’immensité de son patrimoine immatériel négocié de haute lutte par ses pères fondateurs. Le projet de refondation entamé est semblable à une sorte de mythisation du passé visant à reconstruire le présent en vue d’inventer un futur rêvé.
Sous la conduite parfaitement maîtrisée du Professeur Faustin Mvogo, les contributeurs font montre d’une grande ingéniosité déjà confirmée : fervents, cultivés, énergiques et collectifs. Cettecoopérationun atteint point de maturité qui fait la force attractive de l’ouvrage. Cette heureuse et fructueusecollaborationconstitue un puissant levier qui permettra au Département de Littérature et Civilisations Africaines de jouer pleinement son rôle d’incitateur, d’intégrateur, de caution d’une communauté d’intérêts au sein de l’Université de Yaoundé I. Il convient donc de promouvoir ce type d’initiative. Le bilan raisonné et complet de cette démarche intellectuelle commune, ancrée dans les talents spécifiques de nos universités, favorisera, j’en ai l’intime conviction, l’éclosion de nouveaux projets.
Voici une exégèse ambitieuse et porteuse qui mérite d’être encouragée, compte dûment tenu de ce que le livre se veut aussi la manifestation d’un effort de théorisation soutenue de la part des auteurs de talent, stimulés par la volonté d’ausculter une préoccupation universelle : la violence, donc la paix. Dans cette coprésence, la magie du charme qui envoûte et par lequel l’ouvrage échappera à l’usure du temps, tient aussi de la langue succulente, taillée dans l’étoffe d’un métalangage qui enveloppe d’émerveillement. Les articles confluent vers le bien dire d’une écriture précieuse, mise sous très haute surveillance. Précieuse, parce qu’elle forme le revêtement, mieux encore, la beauté de la matière que les contributeurs convoquent pour reproduire la forme visuelle des mots que leur esprit assemble pour en extraire le haut sens et le merveilleux entendement.
Les moments d’intimité délicieuse passés sous la belle compagnie de ce livre sont inoubliables, le feutré des pages, l’élégance discrète des textes soigneusement disposés, le déhanchement des lettres qui rappellent les mots morts à la vie.
L’esprit d’universalité et de cosmopolitisme de ces grands génies est admirable ; le Cameroun attend de son Université et de ses universitaires qu’ilsosent, innovent et créent, bref, qu’ils soient la dynamique,
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nouvelle, d’Africains qui ne se cramponnent ni sur les causes externes (l’histoire, la traite négrière, la colonisation, une insertion alambiquée dans la mondialisation actuelle), ni sur les causes internes (les stratégies politiques et économiques adoptées depuis les indépendances) pour repositionner l’Afrique dans le concert des continents qui s’affirment et s’affinent. Le rêve d’une Afrique du Nord définitivement pacifiée alimentera la gloirepost-partum de cet intéressant ouvrage qui gardera toujours une place tout à fait originale dans l’herméneutique africaine.
Pr Jacques FAME NDONGO
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