Le retour de la paix, ou la France sauvée , par F. M***

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chez les marchands de nouveautés (Paris). 1814. France (1814-1815). In-8 °. Pièce.
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Publié le : samedi 1 janvier 1814
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LE RETOUR
OU
PAR F. M.***
Hilaritas universa,
A PARIS,
CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
DE L' IMPRIMERIE DE MADAME VEUVE MIGNERET.
1814.
LE RETOUR
ou
I
L luit donc enfin ce jour tant désiré par tous
les Français , où nous retrouvons tout à-la-fois .
la paix, notre Souverain légitime, et une
patrie !..
La paix ! Oh ! Français , combien ce moment
paraissait encore éloigné de nous, malgré les
constans sacrifices qu'avait fait nôtre nation
pour y parvenir ! depuis vingt-cinq ans, nous
luttions péniblement contre les rigueurs, et les
calamités attachées aux guerres continuelles
dans lesquelles nous ont entraînés les différens
Gouvernemens que nous avons eus successive-
ment dans cet espace de temps.
Essayons d'en esquisser rapidement le tableau.
Vers le (Commencement de notre funeste ré-
volution , qui faillit dévorer la France toute en-
tière, nous n'avions plus ni justice, ni reli-
1
(2)
gion, ni éducation, ni ministres , ni force mi-
litaire. Le besoin d'une armée se fit sentir
d'une manière pressante , et le Gouvernement
d'alors fit recruter au nom de la liberté, par
des moyens despotiques, une armée quel-
conque , mais qui n'était pas animée de l'esprit
nécessaire : la valeur ancienne n'existait plus j
la valeur future n'était pas encore créée.
Si, à cette époque, les puissances avec les-
quelles nous étions en guerre, et qui avaient,
au milieu d'elles, les émigrés Français, eussent
fait flotter le drapeau blanc sur les murs de
Valenciennes, dont elles s'emparèrent ,'au lieu
des drapeaux étrangers, on eût trouvé les Fran-
çais d'aujourd'hui, et notre révolution eût été
terminée; mais à la crainte qu'inspirait l'idée
d'un joug étranger, succéda l'enthousiasme na-
tional qui créa plus dé soldats que n'en eus-
sent jamais pu produire tous les décrets du Gou-
vernement qui nous conduisait. La nation dé-
veloppa alors des forces qu'elle-même, ignorait;
les différentes puissances de l'Europe en ont
éprouvé tour-à-tour les funestes effets, et l'his-
toire transmettra à la postérité des traits multi-
pliés de valeur, décrits en caractères ineffa-
çables.
Nos armées marchèrent de victoires en vic-
toires, et ce fut alors que les hommes vraiment
patriotes ne virent l'existence de la patrie qu'au
(3)
milieu dès camps français;car dans l'intérieur
de la France, il n'y avait plus que deux classes
d'êtres distinctes : les victimes et les assassins,
Le Sénat était composé d'hommes beaucoup
plus avides de richesses que d'honneurs : la
preuve en est qu'ils se renversèrent tous suc-
cessivement du faîte des pouvoirs, sans avoir
honoré, un quartd'heure seulement, leurs
noms, par l'arrêté d'une loi sage ou d'un décret
salutaire. Cependant ils eurent tous continuel-
lement à la bouche ces mots : bonheur du peuple;
amour de la liberté ; salut de la patrie , etc.,
qui servirent indistinctement de textes à tous
les partis et à toutes les factions.
L'esprit public était alors absolument nul :
l'intérêt était tout ; les êtres crédules faisaient
inconsidérément des spéculations aussitôt qu'ils
entendaient dire des choses avantageuses à leur
parti, et bientôt une autre nouvelle était le
présage de leur ruine.
Celui qui était de mauvaise foi en était quitte
pour nier tout ce qu'il avait dit, dès que les
évènemens lui devenaient contraires.
Le partisan par motif de vanité était vraiment
le plus risible de tous : un marchand de boeufs
détestait les républiques, parce qu'il protégeait
Les Rois; et vingt ans auparavant il se plaignait
des droits féodaux et des entrées; cependant
(4)
il ne pouvait, dans ces derniers temps, souffrir
Cette canaille républicaine.
La stupidité avait aussi ces suppôts dant l'es-
prit de parti; c'étaient ceux qui formaient un
parti français chez nos ennemis, et un parti
ennemi en France.
L'aveuglement ne brillait pas moins par son
injustice et sa fausseté ; c'est un fait, disait l'un ,
les Autrichiens n'ont jamais battu les Français :
Vous ne savez ce que vous dites, répondait
l'autre, les Français ne savent pas se battre.
Et la malheureuse France, victime de toutes
ces turpitudes, était en proie aux horreurs
qu'enfantaient dans son sein, les vils scélérats
qui se disputaient la gloire de dévorer ce qu'elle
possédait d'hommes vertueux, qui auraient, à
regret, quitté le sol natal pour une terre étran-
gère.
On vit paraître au milieu de ces temps désas-
treux, un homme dont le nom est collectif de
toutes les scélératesses, de toutes les barbaries
les' plus grossières et les plus subtiles ; c'est
Robespierre : nous ne pouvons prononcer en-
core aujourd'hui son nom sans horreur, car la
riature humaine le désavoue.
Ce monstre fut appelé, comme non-proprié-
taire,, aux Etats-Généraux, par M. Nek....
Il était d'une taille moyenne , maigre, laid ;
son teint était atrabilaire ; sa physionomie, était
(5)
de celles qui donnaient dès appréhensions à
Jules-César. Dès son entrée dans la Chambre
du tiers, il manifesta son opinion pour l'éta-
blissement du républicanisme en France, et
jamais cette disposition ne s'éteignit en lui.
Sorti de l'Assemblée législative, il occupa
une place dans le Corps municipal de la ville de
Paris ; ce fut là qu'il trouva les agens les plus
fidèles qu'il s'attacha. Appelé à la Convention ,
il culbuta tous les partis, le Comité de salut
public même, et l'on peut dire qu'il régna seul.
Néanmoins on doit remarquer que dans son
infâme carrière politique, il montra un désin-
téressement soutenu et absolu ; il mourut aussi
pauvre le 30 août 1794 , qu'il était entré aux
Etats-Généraux en 1780.
Je ne fais cette remarque que pour indiquer
les causes de l'avantage qu'il conserva sur tous
ceux qu'il renversa successivement ; ils avaient
tous pour but les richesses, et lui, au con-
traire, lès méprisa toujours ; ce qui nous donne
la solution du problème qu'offrait le caractère
de ce misérable.
La dose de son talent fut insuffisante pour
faire triompher son opinion républicaine. Elle
fut supérieure aux besoins de la barbarie qu'il
exerçait ; mais cette dose devint inférieure à
sa position, lorsque , sa barbarie étant portée
à son comble, le terrorisme reflua sur lui-
(6)
même: l'on vit bien alors que dans son-horrible
carrière il avait presque toujours été matériel ,
et que c'était sans une fin déterminée qu'il se
jouait de la Convention, en faisant lire ses
rapports à la tribune.
Au reste, Robespierre manquait de juge-
ment et de talent réel ; il succomba sans savoir
lui-même ce qu'il avait voulu , sous le terro-
risme qu'il avait enfanté. La terreur fut d'abord
son instrument ; mais il devint à son tour l'ins-
trument de la terreur.
Hélas ! que ne pouvons-nous étendre un voile
sur le tableau déchirant de ce règne exécrable !
Oh Français ! Français ! quand on reporte
ses regards sur de pareils forfaits, combien on-
doit apprécier le bonheur d'être parvenu au
point tant desiré où nous sommes aujpurd'hui,
à la paix. Mais nous n'avons présenté qu'une,
partie des funestes évènemens dont notre, mal-
heureux pays a été le théâtre ; ayons le cou-
rage d'en parcourir encore l'étendue, pour
jouir plus purement des jours sans nuage que.
nous offre un heureux avenir.
Pour qui ne cherche, point a entrer dans des
discussions, politiques :, qui ne sont nullement
ici le sujet de nos réflexions , notre révolution
présente , au premier coup-d'oeil, deux épo-
ques bien distinctes. La ligne de démarcation
est marquée par le règne de deux êtres, dont la
(7)
célébrité repose également sur le nombre in-
calculable de victimes que chacun d'eux a froi-
dement sacrifiées à son insatiable ambition.
Nous venons d'esquisser le portrait du premier
de ces meurtriers ; indiquons le second, que
nous nous réservons de faire, connaître avec
plus de détails dans une autre circonstance.
Après la mort de Robespierre et la dissolution
du Comité de salut public , la Convention con-
tinua d'être investie de tous les pouvoirs, mais
toujours également divisée par les différens
partis qui la composaient. Enfin, la guerre d'op-
position en opinions parut prendre le carac-
tère de guerre civile : on accusa le baron de
Menou, commandant de la garde nationale, de
trahir le Gouvernement ; il fut destitué et
remplacé par le comte de Barras. Comme le
comte se trouvait fort embarrassé du nouveau
poste qu'on venait de lui confier, il appela
auprès de lui un jeune homme qu'on lui dit
être venu à Paris pour se plaindre d'avoir été
réformé après la prise de Nice, où il comman-
dait l'artillerie ; ce jeune homme était Buona-
parte. Barras lui offrit 3,000 hommes pour dé-
fendre la révolution et la Convention ; il accepta,
et avec quinze cents hommes seulement et du
canon , il sacrifia dans la journée du 13 vendé-
miaire an 3, dix mille hommes des habitans
de cette malheureuse ville , dont la plus grande
(8)
partie manquait de cartouches, et qui n'avaient
point de canons.
Le résultat de cet événement fut l'organisa-
tion d'un Gouvernement directorial composé
de cinq membres.
La conduite de Bupnaparte ayant ensuite
donné des inquiétudes au Directoire, on décida
de s'en défaire. Pour cet effet, on organisa une
armée composée de quarante mille hommes
pour l'expédition d'Egypte, dont il fut nommé
général en chef.
Il revint seul de cette expédition, où la pres-
que totalité de son armée avait péri ; il en aban-
donna les restes, et débarqua à Saint-Raphaël,
à l'extrémité de la Provence ; et six semaines
après il renversa le Directoire, établit le Gou-
vernement consulaire , composé de trois mem-
bres, dont il se fit nommer premier Consul-,
dans la séance tenue à Saint-Cloud le 19 bru-
maire an 8 de la République.
Ce fut alors qu'il, commença à développer
les germes du cruel caractère dont les Français
devinrent par la suite les tristes jouets. La
guerre, qui depuis dix ans ne s'était jamais ar-
rêtée, se continua avec une nouvelle vigueur ;
les, conscriptions qu'il imagina, s'activèrent
avec une sévérité effrayante, et chaque année
vit moissonner des milliers de Français. Mais ce
n'était encore que le prélude du comble des
(9)
misères ou devait nous réduire sa soif avide du
sang humain.
Au titre de Consul qui ne lui suffisait
point, il fit succéder celui d'Empereur; et alors ,
se livrant à toute l'étendue de son caractère
farouche et barbare, il ajouta , à la dépopula-
tion continuelle que ces guerres injustes et fan-
tasques occasionnaient dans notre malheureux
pays , les assassinats mystérieux et politiques
des personnes qu'il croyait devoir sacrifier à sa
sûreté. Enfin, il trahit l'amitié, viola ses trai-
tés , manqua à l'honneur dans ce qu'un enga-
gement peut avoir de saint et de sacré.
Il accumula ainsi sur sa tête la malédiction
du ciel et des hommes , après avoir rendu la
France, toute entière, victime dé sa scéléra-
tesse et de ses fausses vues ; car il confondit
plutôt les différens partis qu'il ne les réunit ,
et son aveuglement lui faisait détruire chaque
jour ce qu'il avait créé la veille. Son ambition
ne fut jamais satisfaite des avantages que lui
procuraient les sacrifices sans nombre qu'il exi-
gea de nous ; et après avoir épuisé nos trésors ,
ruiné notre commerce, et enlevé à l'Etat, par
toutes les voies les plus subtiles et les moyens
les plus odieux, les seuls bras qui pouvaient en-
core cultiver la terre et soutenir les familles
indigentes , il ne put nous cacher le précipice
affreux dans lequel des flots de sang inutile-
( 10 )
ment répandus avaient contribué à nous enfon-
cer. Il exposa ainsi notre malheureuse patrie
à la juste vengeance déboutes les nations de
l'Europe, et à partager avec lui un châtiment
dont lui seul méritait tout le poids ; nous fûmes
réduits à voir les murs de notre capitale encore
fumans aujourd'hui du sang ; versé pour sa dé-
fense. Nous succombâmes sous le nombre ; et
au moment où nous devions nous attendre à
toutes les horreurs de la colère méritée d'un
vainqueur, nous entendîmes sortir de sa bouche
des paroles de paix !.... Quel changement ines-
péré! ALEXANDRE aimé de Dieu, chéri de ses
sujets , et respecté de ses alliés , vient de nous
donner pour gage de son amitié nos Souverains
légitimes j l'illustre famille des Bourbons est
rétablie sur le trône de Saint-Louis , les dignes
rejetons des anciens défenseurs de l'honneur
Français ; en même temps il rend généreuse-
ment à leur patrie les braves qui depuis si long-
temps gémissaient comme prisonniers de guerre :
nous allons donc revoir nos enfans , nos parent
et nos amis ! Quel dieu tutélaire nous protègè !...
Rappelons-nous, ô Français, ces paroles mé-
morables répondues à nos Maires par cet au-
guste Monarque, lorsqu'ils eurent l'honneur
de lui être présentés ; ils lui témoignèrent com-
bien nos voeux avaient devancé sa présence
parmi nous , et ils en reçurent cette réponse
(11)
vraiment inspirée par le ciel, qui plaça toujours
la vérité dans la bouché des héros qu'il destina
à faire le bonheur des peuples : (La valeur
française a pu seule retarder ma présence dans
vos murs. ) Faisons tout, ô mes compatriotes !
pour mériter la bienveillance et l'estime d'un
pareil Monarque. Que vos sentimens se joignent
aux miens pour justifier l'opinion que notre
courage à su lui inspirer ! livrons à l'oubli les
maux incalculables dont, nous avons été les
victiihes, en pensant que le coeur de cet illus-
tre Souverain saigne sur les plaies que de cruels
momens ont faites à notre patrie, et préparons-
nous à jouir des bienfaits d'une paix longue et
durable que nous devons à sa magnanimité.
Cependant répandons encore quelques larmes
sur nos malheurs. Le coeur de l'homme est
comme ses yeux ; il aime à distinguer dans un
tableau les nuances dont la teinte rembrunie
fait ressortir la beauté du coloris. Celui que
nous allons essayer de tracer nous rappellera un,
grand crime , mais qui fut surpassé par des ver-
tus plus grandes encore. Heureux celui qui
pourrait semer sur celles-ci quelques fleurs
dignes d'elles ! Le bonheur , pour nous , sera de
faire remarquer que, si déjà le crime s'éloigne,
les vertus reparaissent aujourd'hui parmi nous
dans celui qui est appelé à succéder à l'illustre
victime.

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