Le rêve d'un ministre, avant le sacre de S. M. Charles X ; précédé de l'emploi de la journée de S. Exc. Par M. E. La *********. 2e édition

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Ladvocat (Paris). 1825. France -- 1824-1830 (Charles X). [31] p. ; in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1825
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LE
REVE D'UN MINISTRE ;
AVANT LE SACRE
DE
S. M. CHARLES X,
PRÉCÉDÉ DE L'EMPLOI
DE LA
JOURNEE DE SON EXCELLENCE.
PAR M, E. LA *********.
L'audace me soutient, l'impunité m'encou-
rage , et je verrais plutôt de sang-froid s'écrou-
ler tous les trônes de la terre, que mes projets
financiers et mon pouvoir ministériel.
PRIX : I FR. 25 CENT.
PARIS,
Chez
LADVOCAT,
PONTHIEU,
GOSSELIN,
Libraires, Palais-Royal.
PEYTIEUX, Galerie Delorme.
BREDIF, boulevard des Italiens, n° 19.
JUIN 1825.
PASSEPORT
POUR PARIS ET LES DÉPARTEMENS.
Pour le bien de la France ; pour celui des hon-
nétes gens, et sous l'égide des lois, pars, mon
enfant, lance-toi dans le monde ; tâche d'y faire
ton chemin. Si l'on menaçait ta liberté, comme
celle de beaucoup d'autres, défends-toi : ne crains
rien; tous les amis du Roi t'applaudiront.
Fasse le ciel que ton rêve devienne une réalité !
Adieu,
L'AUTEUR.
AVIS.
Cette Brochure devait paraître le 25 du
mois dernier ; par des circonstances indépen-
dantes de la volonté de l'auteur, la publica-
tion en a été différée. Ce retard lui fera sans
doute perdre en partie le mérite de là-pro-
pos; mais elle conservera du moins, dans son
récit historique, celui de la fidélité ; il est utile
de la faire connaître à tous les bons ou mé-
chans esprits qui prennent part, soit en bien
soit en mal, aux tribulations ministérielles .
LE
REVE D'UN MINISTRE,
AVANT LE SACRE
DE
S. M. CHARLES X.
APRÈS avoir passé tranquillement la nuit du
19 au 20 de ce mois, Son Excellence se lève de
très-grand matin ; elle sonne. Son valet de cham-
bre entre et s'informe si M. le Comte a besoin
de quelque chose,
— Sans doute, réplique Son Excellence ; tu sais
bien que j'ai assisté hier à un grand dîner diplo-
matique , et qu'il me faut du thé ce matin.
— Vous allez être servi dans un instant,
— Va , et ne me fais pas attendre.
Le valet de chambre sort , Son Excellence
porte la main à son front, le frotte ; ensuite ,
prend sa tabatière, celle dont une belle et aima-
ble dame lui a, dit on, fait cadeau ; la tourne
nonchalamment entre ses doigts et la pose sur le
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coin de sa cheminée. Monseigneur y trouve une
lettre, admirable effet sympathique des caractères
qu'il reconnaît ! aussitôt, il se donne la peine de
l'ouvrir. Elle lui est adressée par un ami (1) puis-
sant sur les rives de la Seine , comme sur celles
de la Tamise, de la Neva , du Danube et du Jour-
dain.
C'est une invitation pour le lendemain.
A son grand regret, Son Excellence répond
que ses importantes occupations l'empêchent d'ac-
cepter.
Alors, elle s'approche de son bureau sur lequel
sont entassées force pétitions , son oeil rapide les
parcourt; toutes celles qui concernent les Finan-
ces, le Trésor, sont rangées à part pour être ac-
cueillies ou rejetées après ultérieur examen ; tou-
tes celles qui peuvent être du ressort des autres
départemens ministériels ,si elles n'émanent pas
du terroir Gascon ou Bref on , sont vouées au ca-
pharnaüm.
Après cette expédition si habilement combinée,
le Ministre sonne de nouveau ; les portes roulent
sur leurs gonds et le valet de chambre de s'écrier :
Voilà, Monseigneur, le thé que vous m'avez de-
mandé !
— Tu m'as bien fait attendre.
— Votre Excellence m'excusera, il n'y avait pas
de feu, et j'ai été obligé de...
(1) Le Baron de Béthanie, juif de profession,
— Ah ! c'est juste, j'oubliais qu'il est de bonne
heure.
— Je ne conçois pas comment Votre Excellence
peut vivre : elle ne dort guère,
— Un homme d'état entre les mains duquel re-
posent le sort de la France, et même celui de l'Eu-
rope.... ministérielles, peut-il être un moment
inactif?...Les journaux sont-ils arrivés ?
—Oui, Monseigneur.
— Apporte-les moi... Ecoute, cependant; ... ré-
serve, pour allumer le feu, le Constitutionnel, les
Débats, le Courrier Français, la Quotidienne,
l'Aristarque et le Journal du Commerce : élément
naturel de ces feuilles incendiaires.
— Oh ! vous avez bien raison, Monseigneur , je
ai déjà fait quelquefois sans vos ordres; et j'ai
remarqué qu'elles contenaient de la chaleur, et
donnaient beaucoup de lumières.
— Que veux-tu dire par-là?.
— Que vous faites bien de les détester.
— Et comment ne seraient-elles pas l'objet de
mon exécration ! as-tu vu de quelle manière elles
attaquent notre bon Roi ?
— Oui; Monseigneur, elles attaquent ses bons
Ministres ; elles sont d'une impudence... et je suis
d'une colère...
— Ce bon Joseph !
— Charles X, à les entendre, devrait chasser la
majeure partie de son ministère, et vous principa-
lement.
— Heim ! Heim...
— Oh ! c'est la vérité, ça y est tout au long; on
ajoute encore que vous compromettez le trôné et
les Bourbons.
— Les rédacteurs de ces feuilles sont des misé-
rables ; ils ont refusé de se vendre, et tout cela
pour avoir le plaisir de verser le ridicule sur mes
plans, qui passent pourtant en dépit d'eux ; «. je
les punirai de leur désintéressement.
— Votre Excellence fera très-bien; ils le méri-
tent : quoi ! vouloir résister à un homme dont on
Vanté l'administration , la sagesse ,■ l''équité, la jus-
tice, la bonne-foi ... la la '
« — Tu crois qu'on dit tout cela ?
— Oui, Monseigneur; dans vos bureaux ; je'
ne sais ps si. ailleurs.;.
— Joseph , je te défends de lire les journaux ;
occupe-toi dorénavant de battre mes habits, aie
Soin de ma garde robe ; tu m'entends ;... si j'ap-
prenais...
— Soyez tranquille, Monseigneur, cependant, si
Vous le permettez , je vous demande encore la
permission de..
— Qu'est-ce que c'est ?
— J'ai lu, il y a peu de temps , une chose bien
plaisante, dans un journal qui vous estime beau-
coup ; car le rédacteur était venu le matin tou-
cher un rouleau de 2,000 fr. que vous lui avez re-
mis avec une grâce...
— Voyons , qu'as-tu la ?
— Vous savez-bien qu'il y a toujours un long ar-
ticle sur les séances de la Chambre de Messieurs
les députés , j'ai l'habitude de le lire tout entier ,
et, l'autre jour, un de ceux qui ont de l'esprit à fait
remarquer qu'il existait sur notre beau palais six
paratonnerres, et que vous alliez y faire placer un
parachute ... C'est une bonne idée tout de même,
nous ne risquerons rien.
— Maudit bavard, te tairas-tu ? ces réflexions me
déplaisent, laisse-moi seul,je veux travailler.
— A quelle heure Monseigneur déjeunera-t-il ?
— Son Excellence , regardant sa pendule, ... il
est huit heures :... à dix heures et demie... Si quel-
qu'un vient, tu diras que je ne suis point visible.
— Je suivrai vos ordres , et Joseph sort.
M. le Comte s'occupe à composer des ordon-
nances ; quelques-unes pour des nominations de
Pairs, de Préfets et des distributions de grâces et
faveurs ; d'autres pour les mesures d'exécution ré-
latives à l'indemnité des émigrés et à la chère loi
des 3 pour cent.
Neuf heures sonnent , comment remplir le vide
du temps jusqu'au déjeuner ! Monseigneur pro-
mène de long en large ses profondes réflexions, au
milieu desquelles brille un sourire de vanité à
l'aspect des glacés dont il a pris plaisir à décorer
le luxe de son palais ; et cependant , épouvanté
de sa figure attristée, il s'étudie à la composer de
manière à ne présenter au Roi que l'expression
de la confiance et de la sérénité. On sent combien
il est important que le Souverain puisse voir la sa-
tisfaction sur la figure de son Ministre ! Prénant
ensuite un air de grandeur, Son Excellence laisse
échapper ces mots remarquables :
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De l'audace, morbleu ! de l'audace ; j'en aurai.
" J'ai montré que j'étais capable de tout ; que je
" savais sacrifier, pour rester au faîte de la puis-
" sance, mes généreux amis qui m'y avaient con-
"duit. De la persévérance, et, sans rivaux, sans
" émule, je conserverai mon autorité pleine, en-
» tière, je voudrais bien dire absolue ; mais nous
» verrons..... »
: Son Excellence avertit Joseph, par un coup dé
Sonnette , quelle avait à lui parler.
Joseph entré : Que veut Monseigneur ?
— Va dire à M*** ( 1) qu'il vienne auprès de moi.
— Précisément, le voici.
Son Excellence, s'àdressant à M.***, « je vous fai-
sais appeler, asseyez-vous ; Joseph , n'oublie pas
mon déjeuner , apporte-moi du Malaga, j'ai pris
goût aux produits d'Espagne.
—M.*** se courbant sous le poids des révérences :
C'est sans doute pour me combler de ses bontés
que Votre Excellence a daigné me faire appeler,
— Oui, mon cher, car je vous ai beaucoup
d'obligations pour le bonheur que vous avez eu
de déterrer cet employé auquel nous sommes re-
devables du travail qui nous a été si utile dans
cette session ; sans ses calculs et ses combinaisons
financières , je ne sais trop comment je m'en
serais tiré à la Chambre des Pairs pour la loi; sur
les rentes; savez-vous, que j'avais affaire à fortes
parties : MM. de Châteaubriant, Roy, de Choiseuil
et Mollien m'ont donné bien du fil à retordre.
(1) Un employé des bureaux.
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— C'est égal, Votre Excellence avait pour elle l'a-
dresse, le talent, surtout la majorité.
— Aussi l'ai-je emporté; mais, revenons à
vous , vous n'êtes que sous - chef et voilà plus de
cinq mois que je vous ai dans mon ministère ; je
me défais de votre chef de bureau, il est vrai que
c'est un homme de talent, qui, depuis onze ans
est ici, il aura en compensation son expérience ,
et, par elle, les moyens de vivre ailleurs ; je le ren-
voie donc et je vous donne sa place.
— Ah ! Monseigneur , que de remercimens je
vous dois !
— Je voudrais en pouvoir faire davantage ;
n'avez-vous pas le mérite, si déterminant pour
moi, d'être mon compatriote ?
« — Je n'oublierai jamais tant de bontés ,* et rien
ne manquerait à mon bonheur si mon cousini
employé dans les bureaux de la Police...
— J'allais vous en parler, et, pour vous prouver
combien je. vous suis attaché ; je lui donne la
place de sous - chef que vous quittez , il peut
entrer dès aujourd'hui.
— Ah ! Monseigneur , Monseigneur !....... les
expressions me manquent pour...
— C'est bien , c'est bien , je vois que vous
êtes reconnaissant; quant à l'employé qui a fait
le travail si long et si difficile qui a consolidé en
quelque sorte mon crédit, je lui ferai donner une
gratification de 300 fr, il faut convenir qu'il le
mérité bien.
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— Oh ! Monseigneur, que vous êtes équitable
et généreux !
— Voici mon déjeuner , allez prévenir votre
cousin, et comptez tous deux sur ma protec-
tion.
— Joseph, préparé mon habit de ministre, je
vais au Château et, de là , à la Chambre.
— Monseigneur, il est prêt; votre Excellence
prendra-t-elle du café ?
— Oui, le café éclaircit les idées , et j'en ai
besoin.
— Je vais le commander.
— Dépêche-toi;
Son Excellence mange sans appétit, elle est rê-
veuse, et réfléchit d'avarice à ce qu'elle aura à dire
à la Chambre dès Députés.
Le café n'était pas encore chaud, que le valet
de chambre entre tout essouflé en disant :
« Ah ! Monseigneur, on n'a jamais vu de cho-
ses pareilles , le suisse s'est disputé avec un Mon-
sieur qui, dans ce moment , se querelle avec les
huissiers ; je me suis approché, et, si je n'eusse
quitté la placé , je crois qu'il m'aurait aussi pro-
voqué; je n'ai pas compris un seul mot de ce qu'il
dit, c'est un jargon abominable; à chaque phrase
il vous répond : Sandis , cadédis , jé mé battérai
plutôt , jé veux parler à Monseignur.
— Quel mal y a-t-il à cela ?

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