Le rêve, extrait d'un recueil publié à Lima

Publié par

Rouanet (Paris). 1832. France (1830-1848, Louis-Philippe). In-8 °.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1832
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LE RÊVE,
PUBLIÉ A LIMA.
LE RÊVE,
PUBLIÉ A LIMA.
PARIS ,
CHEZ ROUANET, LIBRAIRE, RUE VERDELET, N° 6.
Près la Grande-Poste aux lettres.
1852.
LE RÊVE,
PUBLIÉ A LIMA.
Le Havre, 12 octobre 1831.
A M. B*****, NÉGOCIANT A LIMA.
Mon cher et respectable ami,
Vous qui m'avez accueilli si généreusement
lorsque proscrit et fugitif je cherchais une terre
hospitalière où le nom de Français ne fût point
un titre de persécution ; n'accusez point mon
long silence d'oubli ou d'ingratitude. Vous vous
rappelez qu'à la première nouvelle de la ré-
volution de juillet, je ne pus résister au désir de
revoir ma patrie, libre du joug honteux que lui
avaient imposé les despotes de l'Europe; un vais-
seau partait pour le Havre, malgré vos résistances
je m'embarquai, vous promettant de vous don-
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ner de mes nouvelles aussitôt mon arrivée en
France.
Les vents contraires nous retinrent long-temps
dans les mers du Sud, enfin, après la traversée
la plus pénible, nous approchions de l'Europe.
Par une soirée magnifique, pensant à la destinée
de ma belle patrie , je m'endormis bercé des plus
douces illusions ; pendant la nuit , le vent changea
tout-à-coup, une affreuse tempête nous jeta sur
les côtes d'Afrique. J'eus le bonheur d'échapper
au naufrage; mais, sur ces rives inhospitalières,
je devins la proie d'une tribu d'Arabes qui m'en-
menèrent dans l'intérieur des terres ; je passai
près de neuf années au milieu de ces peuples, sans
nouvelles de la France ni de l'Europe. Après ces
longues années de souffrances et de misère, je
trouvai moyen de me mêler à une caravane qui
partait pour Maroc, je gagnai Tanger où je m'em-
barquai sur un vaisseau danois qui relâchait au
Havre : aucun homme de l'équipage ne parlait
français. Quoique prompte, la traversée me parut
longue, tant j'étais impatient de revoir ma patrie.
Enfin le pilote signale le Havre ; à mesure que le
bâtiment approchait, le spectacle le plus Beau se
déployait à mes yeux: le port du Havre, consi-
dérablement agrandi, était rempli de vaisseaux
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des quatre parties du monde, tous étaient pavoi-
ses; je reconnus les trois couleurs italiennes, le
pavillon grec, et beaucoup d'autres qui m'étaient
inconnus; mais un surtout fit tressaillir mon
coeur, c'était l'aigle blanc de Pologne. Du haut du
phare se déployait un immense pavillon tricolore
qui semblait leur servir d'égide. Je débarque enfin,
j'embrasse cette terre chérie que pendant tant
d'années je n'avais jamais cru revoir. Le comman-
dant de place avait autrefois servi sous mes ordres
en Prusse; j'eus beaucoup de peine à m'en faire
reconnaître, tant mes malheurs avaient changé
mes traits. Mon cher général, me dit-il, oubliez
toutes vos souffrances, puisqu'il vous est donné
de revoir votre patrie , grande et heureuse. Vous
arrivez à une époque bien chère, non seulement
à la France, mais même à toute l'Europe : nous
célébrons demain l'anniversaire du 28 juillet, c'est
en réjouissance que tous les vaisseaux sont pavoisés;
si vous n'aviez pas autant besoin de repos, je vous
engagerais à vous rendre à Paris, vous seriez té-
moin demain de la fête la plus simple et la plus
imposante que vous ayez jamais vue. Le vieux gé-
néral C...., votre ancien ami, vit encore: combien
il sera charmé de vous voir, lui que j'ai vu tant de
fois pleurer votre mort. Vous paraissez étonné de
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ma proposition, continua-t-il, je vois bien que
vous tombez ici des déserts d'Afrique : à midi il
va partir pour Paris une voiture à vapeur conte-
nant cent passagers, et ce soir, à huit heures, vous
serez dans la capitale. De Paris au Havre, à
Bruxelles, Strasbourg, Orléans, de pareils che-
mins sont établis , et les trajets se font avec la plus
grande rapidité. Que vous comblez mes désirs ,
lui répoudis-je, oui, je suis impatient d'embras-
ser mon vieux camarade et de revoir ce Paris , la
vraie capitale du monde.
Le commandant me fit prendre quelques ra-
fraîchissemens et me conduisit à l'endroit du dé-
part, je n'eus que le temps de lui faire mes adieux;
le signal fut donné, et à huit heures nous en-
trâmes dans Paris, au moment ou cent coups de
canon annonçaient à sa nombreuse population la
solennité du lendemain. Le 28 je me rendis de bonne
heure chez le général C..., je le trouvai revêtissant
son vieil uniforme, et ceignant, cette épée qui, de-
puis Rivoli jusqu'à Waterloo, n'avait été teinte que
du sang des ennemis de la France : Je lui apparais-
sais comme un spectre ; notre reconnaissance fut
des plus touchantes ; il me serra dans ses bras.
Quoi, c'est vous , dit-il ? Vous que nous croyions
englouti dans les mers d'Afrique? Ha! combien le
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peu de braves de la grande armée armée qui ont
survécu aux persécutions et à la dernière guerre
seront charmés de vous voir! Mais aujourd'hui vous
ne me quitterez pas, je vous servirai de guide ; je
veux encore, avant de mourir, être témoin de la
fête qui célèbre la gloire de ma patrie. Oh, mon
cher ami ! lorsqu'après la campagne de Tilsit nous
assistâmes aux réjouissances qui eurent lieu en
l'honneur de nos victoires , nous ne pensions pas
que la France pût jamais parvenir à un plus haut
degré de puissance ; cependant, à cette époque ,
c'était l'éclat des victoires de Napoléon qui nous
enivrait : la France célébrait les chaînes de gloire
dont on l'entourait, tandis que déjà les peuples
de l'Europe songeaient au moment de la ven-
geance; maintenant plus de haines, à l'alliance
des rois a succédé l'alliance des peuples; des bords
du Tage à ceux du Boristhène, il suffit d'être
Français pour être regardé comme un frère, un
libérateur. Arrivé d'hier en France, vous ne pou-
vez avoir que des notions très succinctes des
grands évènemens qui se sont passés depuis dix
ans; plus tard je vous en ferai le récit; allons
assister à la fête européenne que vous étiez si em-
pressé de voir : déjà vous entendez les tambours
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des légions qui vont se rassembler au Champ de
Mars.
Nous nous dirigeâmes vers la place de la Bas-
tille en suivant les boulevards ; un peuple im-
mense circulait en tous sens; sur tous les visages
étaient peints la joie et le bonheur ; toute la po-
pulation , même celle qui paraissait appartenir
aux derniers états de la société, étaient mis avec
propreté. Arrivés sur la place, le général me fit
monter chez un de ses amis, ou d'une croisée
nous pûmes voir toute la cérémonie.
A neuf heures le vénérable roi des Français
arriva entouré de ses enfans, de plusieurs géné-
raux et aides-de-champ ; nulle haie n'était formée;
à l'approche du cortège, la population se retirait
paisiblement, et laissait le passage libre ; de nom-
breuses acclamations accueillaient sa présence, et
surtout la suite de son cortège qui attira aussi
toute mon attention. C'était une députation de
tous les peuples qui devaient leur liberté à la
France; chaque députation portait une bannière
aux couleurs et aux devises de sa nation : on y
remarquait celle de Pologne, d'Italie, d'Espagne;
plusieurs membres de la représentation nationale
suivaient le cortége. Au milieu de la place on avait
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élevé un monument triomphal à la gloire des
vainqueurs de la Bastille et de l'Hôtel-de-Ville.
Le cortége arriva au pied du monument, le roi en
monta les degrés, attacha une couronne de lau-
riers et d'immortelles, et entonna l'hymne de la
liberté, qui fut chanté par tous les assistans. Un
représentant fit une courte allocution rappelant
lès grands événemens dont on célébrait le souve-
nir, elle fut terminée par les cris de vive la li-
berté, et par la Marseillaise dont le chant patrio-
tique agit si fortement sur tous les coeurs français.
Le cortége se remit en marche pour le Champs
de-Mars où s'étaient rendues toutes les légions de
la garde nationale et de la banlieue, au nombre
de 150 mille hommes, et plusieurs députations des
gardes nationales des départemens.
Au milieu du Champ-de-Mars, et de chaque
côté, s'élevaient deux pyramides en granit, de cent
cinquante pieds de haut; sur l'une, élevée par les
souscriptions de toutes les communes de France,
étaient gravés les événemens les plus mémorables
des révolutions de 89 et de 1830; le roi s'avança
vers cette pyramide, et il fut scelle' en sa présence
cette inscription en bronze :
Le peuple français, célèbre en ce four le dixième
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anniversaire de la révolution de juillet; il renou-
velle le serment de vivre et mourir libre.
Des salves d'artillerie, les acclamations de la
garde nationale et des spectateurs renouvelèrent
ce serment.
Le cortège se rendit ensuite à la pyramide op-
posée; elle avait été élevée par tous les peuples qui
étaient redevables de leur liberté à la France ; on
y lisait :
La Pologne, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne
centrale, le Piémont, la Suisse, la Grèce rendues
à la liberté par la protection du peuple français,
lui ont élevé ce monument, comme un témoignage
de leur reconnaissance.
Les députations se rangèrent au pied de la py-
ramide ; plusieurs membres s'avancèrent portant
une table en bronze, sur laquelle étaient gravés
ces mots :
Le 28 juillet 1840, les députés de la Pologne,
de l' Italie, etc., font hommage de leur liberté au
peuple français et jurent de faire cause commune
avec lui pour la liberté et la civilisation du monde.
Cette table scellée, un des députés prononça un
discours rappelant les tentatives faites à diverses
époques par ces nations pour recouvrer leur li-
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berté, tentatives malheureuses tant que la France
était elle-même courbée sous le joug de la Sainte-
Alliance, à la faveur d'un simulacre de liberté;
mais, dès que cette généreuse nation eut brisé ses
fers, le canon de juillet avait retenti des colonnes
d'Hercule aux rives de la Vistule; tous les peuples
avaient salué l'aurore de la liberté, et leur espoir
n'avait point été trompé. Aujourd'hui, libres et
heureux, ils venaient rendre hommage à la grande
nation, l'étoile des peuples civilisés, et à son di-
gne roi, le premier citoyen du monde. En pro-
nonçant ces mots, il s'avança vers le roi des Fran-
çais qui le reçut dans ses bras aux acclamations de
400 mille spectateurs; les cris de vive la France,
vive la Pologne, l'Italie, etc., se confondaient dans
les airs; les salves d'artillerie, les armes levées,
les schakos au bout des baïonnettes, l'ivresse gé-
nérale, produisaient un spectacle impossible à
décrire ; j'étais en extase, les yeux fixes et remplis
de larmes, je n'avais pas la force de mêler mes
acclamations à celles qui s'élevaient autour de moi;
je ne sais combien de temps je serais resté dans cet
état, si le général ne m'en eût tiré; voyez, me dit-
il, ces nombreux bataillons qui s'ébranlent, ils
vont défiler devant le roi et les députés de l'Europe
affranchie; admirez leur belle tenue, la précision
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de leurs manoeuvres : croyez-vous qu'une nation
dont l'élite de la population de sa capitale forme
une armée de 150 mille hommes puisse être vain-
cue. Non, lui dis-je, jamais je ne ressentis plus
d'orgueil d'être né Français, tout ce que j'ai vu de-
puis hier me charme, me transporte; autrefois
nous étions respectés de l'Europe par la crainte,
maintenant c'est au nom de la justice et de l'hu-
manité que nous avons acquis cette grande consi-
dération ; mais puisque vous m'avez consacré la
journée, je réclame l'accomplissement de votre
promesse, le récit des grands événemens dont
vous avez été témoin et acteur; je ne demande pas
mieux, répondit le général, tant j'ai de plaisir à
revenir sur des faits aussi glorieux. Aussitôt que
les légions eurent défilé, tandis que les tambours
des derniers bataillons se faisaient encore enten-
dre, que toute la population se rendait aux Champs-
Élisées, pour jouir des divertissemens qui devaient
terminer la journée, nous nous assîmes sur les ter-
tres du Champ-de-Mars, et, par une des plus belles
soirées de l'été, le général commença ainsi son
récit :
Sitôt que le peuple vainqueur eut chassé les
troupes de Charles X de la capitale, tous les dé-
putés présens à Paris se réunirent, d'abord pour
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nommer un gouvernement provisoire, et aviser
aux moyens de rendre féconde en résultat cette
belle révolution; mais déjà plusieurs partis se for-
maient, les uns parlaient de Napoléon II, les au-
tres du duc d'Orléans, la jeunesse demandait la ré
publique; plusieurs députés commençaient même
à intriguer pour ces différens partis, lorsque le
vénérable D demande la parole.
Citoyens, s'écrie-t-il, de quel droit, en vertu de
quel mandat pourriez-vous imposer à la nation la
forme de son gouvernement? C'est le peuple qui a
vaincu, c'est à lui de prononcer! Députés nom-
més en vertu d'une loi de la restauration, notre
mandat était de nous opposer à la violation de la
Charte ; mais depuis notre élection une révolution
s'est opérée ; le pouvoir que nous devions conte-
nir a été brisé par le peuple. Ils seraient aveugles
ceux qui ne verraient dans ce grand événement
qu'un changement de dynastie! Le tocsin des trois
jours a sonné le réveil des peuples de l'Europe
aussi bien que celui de la France. La nécessité
cette loi impérieuse, attache bien à nos décisions
une certaine autorité, mais nous ne devons en user
que pour remettre la nation dans l'exercice de ses
droits et garantir son indépendance extérieure :
hors là, tout est excès de pouvoir. Après des con-
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sidérations les plus élevées sur la nouvelle ère qui
s'ouvrit non-seulement par la France, mais par
l'Europe, il fit la motion suivante :
A compter du 28 juillet, la souveraineté du
peuple est proclamée.
Tous les actes administratifs et judiciaires se-
ront rendus au nom du peuple français.
Les assemblées primaires sont convoquées pour
le 10 août.
A compter de ce jour il sera ouvert, dans toutes
les communes, un registre où chaque citoyen
pourra voter la forme du gouvernement qu'il lui
plaira adopter.
Ces registres seront clos le 20 août.
Le résultat du dépouillement sera proclamé le
31 du même mois.
Les assemblées primaires se réuniront de nou-
veau, pendant dix jours, pour nommer les dépu-
tés : ces députés auront pour mandat : de rédiger
la constitution , d'après le voeu émis par la majo-
rité des votes, ainsi que les principales lois orga-
niques, et d'abroger toutes les anciennes lois qui
lui seraient contraires. Dans le cas où le gouver-
nement monarchique serait adopté, les assemblées
primaires seront convoquées, après la promulga-
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tion de la Constitution , pour nommer le chef de
la nouvelle dynastie.
La chambre des pairs est dissoute.
La suite de la motion réglait le mode des assem-
blées primaires, le nombre des députés, etc. Les
députés patriotes la soutinrent, et dans la journée
même elle fut convertie en décret.
Le parti légitimiste, les doctrinaires, crièrent à
la convention, au renouvellement du régime de
93, mais autre temps, autre moeurs ; l'attitude
ferme des députés et du gouvernement provisoire
rassurèrent les esprits : l'organisation des gardes
nationales fut décrétée dans toutes les communes,
d'après la loi de 91 ; des fonds extraordinaires fu-
rent mis à la disposition du ministre de la guerre ;
de nombreux volontaires complétaient les régi-
mens, de nouveaux allaient se former comme par
enchantement; partout on établit des fabriques
d'armes et de munitions.
Le gouvernement provisoire envoya des ambas-
sadeurs à toutes les puissances de l'Europe pour
faire part du changement arrivé en France.
La France de Juillet, étaient-ils chargés de dire,
ne peut rester sous l'humiliation des traités de
1815, cependant le peuple français n'a point fait
sa glorieuse révolution dans le but unique de dé-
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clarer la guerre aux puissances de l'Europe, mais
il demande que le droit politique européen soit
reconstitué, et que chaque peuple soit admis
dans un congrès pour y exposer et faire valoir ses
droits.
Si la nouvelle des évènemens de Paris avait
jeté l'alarme dans les cours, elle rencontra sym-
pathie parmi les peuples; presque tous supportaient
impatiemment le joug de la Sainte-Alliance. Dans
toute l'Allemagne, en Angleterre même, la vic-
toire des Parisiens fut célébrée, et des adresses
de félicitations leur furent envoyées.
Les rois reçurent froidement nos ambassadeurs,
ne rejetèrent cependant pas leurs propositions,
mais poussèrent activement l'armement de leurs
armées.
Ce fut dans cette disposition des esprits que les
votes des assemblés primaires furent dépouillés ;
le nombre des votans était de sept millions,
deux millions environ votèrent la république,
cinq millions la monarchie constitutionnelle, mais
dans ce nombre , près de quatre millions votaient
la royauté comme magistrature héréditaire, de-
mandaient la réunion au domaine national de tous
les biens meubles et immeubles de la couronne ,
une liste civile de deux millions, l'abolition de la
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noblesse, des titres et des majorats, et que tout
établissement public ne pût ajouter à sa désigna-
tion que le nom de National.
Les nouveaux députés furent ensuite élus, et
et au nombre de huit cents se réunirent pour la
première fois le 20 septembre ; j'eus le bonheur
de paraître à mes concitoyens digne de faire par-
tie de cette illustre assemblée, qui mérita à jamais
la reconnaissance de la postérité. Aussitôt la véri-
fication des pouvoirs, elle fît une proclamation
au peuple français pour lui faire connaître que,
se conformant aux voeux de la majorité, elle allait
travailler à la constitution et aux lois organiques
de cette constitution ; elle fit en même temps une
déclaration des principes qui allaient la guider dans
son immense travail ; qu'au lieu de constituer le
pouvoir pour trouver ensuite des administrés ,
elle envisagerait la France comme une grande fa-
mille , composée de membres ayant les mêmes
droits et les mêmes intérêts généraux, et par con-
séquent devant tous, en principe, concourir à
l'administration et à la confection des lois, ré-
glant ces intérêts et ces droits ; mais comme il était
impossible, en fait, qu'une aussi grande quantité
de citoyens pût se réunir pour les discuter, il fal-
lait arriver par le mode électif à ce que les actes
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de l'administration et la confection des lois fussent
la véritable expression de la volonté générale ;
qu'elle commencerait donc par l'organisation des
communes, comme étant le premier point de réu-
nion de plusieurs citoyens ayant un intérêt commun
à régler outre l'intérêt privé; qu'ensuite elle organi-
serait les arrondissemens comme réunion de plu-
sieurs communes, puis les départemens; et en sui-
vant le même principe , l'administration centrale ;
que les maires, administrateurs, sous-administra-
teurs de département, les membres des conseils
municipaux, d'arrondissement et de département
seraient nommés par le peuple ; que la Constitu-
tion et les lois organiques ne seraient donc que
le résultat de la coordonnation des intérêts privés
aux intérêts généraux ;
Que là constitution garantirait formellement :
La liberté de la presse;
La liberté individuelle,
La liberté des cultes,
La responsabilité de tout fonctionnaire public.
Le droit à chaque citoyen de refuser le paie-
ment de tout impôt ou taxe quelconque non
voté par la législature.
L'abolition de tout tribunal d'exception.
Qu'en matière d'impôt la propriété industrielle
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serait respectée comme la propriété foncière.
Que toutes les lois fiscales seraient prompte-
ment révisées et établies sur des bases plus justes
et moins onéreuses pour le peuple.
Qu'aucun citoyen ne pourrait ajouter à son nom
d'autres titres que ceux résultant de sa profession
ou de ses fonctions. Qu'en procédant ainsi, l'as-
semblée avait la ferme espérance de voir cesser par
la suite la collision qui avait toujours existé en
France, entre la nation et ce qu'on appelait le
pouvoir, puisque, par le choix de ses administra-
teurs , le peuple s'administrerait lui-même, et, par
ses représentans, concourrait à la confection des
lois et à la direction des affaires publiques.
L'assemblée annonça aussi qu'elle nommerait'
dans son sein une commission chargée d'exa-
miner cet arsenal de lois rendues depuis quarante
ans, de proposer le rapport de celles qui n'étaient
plus en harmonie avec le nouvel ordre de choses,
et de réviser toutes les autres.
Que désormais il n'y aurait plus qu'une loi sur
la même matière, et que par le fait de la promul-
gation d'une loi quelconque, celles antérieures
traitant le même sujet seraient abrogées.
Cette déclaration de principes et d'unité de
vue rallia à l'assemblée la presque unanimité des
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Français. Les partisans de la dynastie déchue
essayèrent bien de fomenter la guerre civile dans
le Midi et dans l'Ouest, niais le gouvernement
prit des mesures sévères; partout l'autorité fut
confiée aux patriotes, et ces tentatives ne se re-
nouvelèrent plus.
Cependant, la réponse des puissances à la de-
mandé du gouvernement provisoire se faisait
attendre , l'assemblée la fit renouveler d'une ma-
nière plus énergique , déclarant qu'après un délai
de deux mois, elle considérerait comme enne-
mie toute puissance qui n'y aurait pas acquiescé.
Il était facile de voir que les rois voulaient
gagner du temps, espérant que, l'enthousiasme des
peuples se refroidissant, ils pourraient former
une quatrième coalition contre la France ; mais
de nouveaux évènemens dérangèrent ce plan mé-
thodique.
La Belgique, traitée presque en pays conquis
par la Hollande, ne pouvait oublier d'avoir fait
partie vingt ans de l'empire Français. Des impôts
vexatoires, quelques mesures acerbes, avaient
rendu la famille d'Orange odieuse aux Belges; un
mouvement populaire éclata à Bruxelles; les trou-
pes du roi de Hollande furent chassées, le prince
Frédéric tenta d'y rentrer à force ouverte, la

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