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Le rire froid de Yodi Karone

De
466 pages
Le rire froid traverse, de part en part, l'œuvre romanesque de Yodi Karone. Cet artifice scriptural constitue l'un des traits de sa singularité. Une lecture attentive permet de déterrer ce trésor caché et de déguster la succulence du texte, à savoir une victoire invisible, une foi de soi qui anime le faible et lui permet d'affronter sereinement la force des injustes. De ce fait, le rire froid, saisi comme regard lucide de la victime, demeure la marque d'une intelligence vive, souvent imperceptible dans une lecture moins attentionnée, qui débouche sur le caractère pluriel du texte.
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Théo Bil’umbele MUHASANYA
Le rire froid de Yodi Karone
Approche stylistique de la force du faible
Préface de Jonas Makamina BENA
Le rire froid de Yodi Karone
Critiques littéraires Collection fondée par Maguy Albet Dernières parutions Alléby Serge Pacome MAMBO, Expériences du monde sensible dans la littérature. Description et procès de signification chez Claude Simon et Emmanuel Dongala, 2016. Ya WEN,Baudelaire et la nouvelle poésie chinoise, 2016. Christopher CAVALLO,Hervé Guibert : Formes du fantasme, 2016. Audrey OGES,Violences coloniales et écriture de la transgression : Étude des œuvres de Déwé Görödé et Chantal Spitz, 2016. Jihad BAHSOUN,Réécriture et création dansLa Migration des cœursde Maryse Condé, 2016. Khadija KHALIFE,Les autobiographies de Julien Green et de Michel Leiris. Approches thématique et générique,2015. Isabelle CHOL et Wafa GHORBEL,L’hétérogène dans les littératures de langue française, 2015. Amadou OUEDRAOGO,L’imaginaire dans l’esthétique romanesque de Jean-Marie Adiaffi, Une lecture de La carte d’identité, 2015. Irene IVANTCHEVA-MERJANSKA,Écrire dans la langue de l’autre. Assia Djebar et Julia Kristeva, 2015. Magali RENOUF,Surréalisme africain et surréalisme français, 2015. Hideki YOSHIZAWA,Pierre Drieu la Rochelle. Genèse de sa « voix » littéraire (1918-1927), 2015. Élodie Carine TANG,Le roman féminin francophone de la migration. Émergence et identité, 2015. Mamadou DAHMED,Le héros monstrueux. Une lecture psychanalytique du personnage romanesque de Stendhal, 2015. Aline LE BERRE,Théâtre allemand. Société, mythes et démythification,2015. Alya CHELLY-ZEMNI,Jean Giono. Du mal-être au salut artistique, 2015. Francis IMBERT,LireRosie Carpede Marie NDiaye, 2015.
Théo Bil’umbele MUHASANYA Le rire froid de Yodi Karone Approche stylistique de la force du faible
Préface de Jonas Makamina BENA CUPEI (Bruxelles, Belgique) et UNILU (Haut-Katanga, RDC) Ancien collaborateur aux travaux de la « commission enseignement » du conseil supérieur de la langue française
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN :978-2-343-09836-4EAN :9782343098364
Atoi, ma mère Malenga Nasumbya, dont le pèlerinage précaire sur cette terre des soupirs a fini de manière précipitée, je dédie cet ouvrage. Tu l’aurais contemplé avec une joie immense, si le Très Haut n’en avait pas décidé autrement.
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Remerciements L’appréhension du rire froid m’aura convaincu d’un fait indéniable : cet ouvrage est le fruit d’un effort collectif. Pour une part importante, le mérite en revient au professeur Valérien Dhedya Bungande. L’intéressé m’a, en effet, encouragé et aidé à explorer de nouvelles pistes. Dans la foulée, mes remerciements s’adressent aussi aux professeurs Sim Kilosho Kabale, Mushizi B. Gyavira, Jonas Makamina Bena. Ils m’ont permis de prendre conscience des limites de mon raisonnement et d’asseoir les bases d’une analyse qui interroge la profondeur des données et dévoile l’opacité d’un texte pluriel dont le niveau de surface ne laisse soupçonner la complexité. Impossible d’oublier mon défunt père, le pasteur Muhasanya Lubunga, et ma tendre épouse, Zabibu Mwassa. Ces deux parents proches ont porté sur leurs épaules tout le poids de ce travail. A chacun de mes moments de doute et/ou de lassitude, c’est auprès d’eux que j’ai puisé du réconfort et c’est grâce à eux que ces moments brumeux se sont chaque fois dissipés.  tous et à chacun, y compris ceux dont le nom ne figure pas sur cette page, je réitère ma vive gratitude. Théo Muhasanya Bil’umbele Bukavu (RDC), le 12 décembre 2015
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Préface ProfesseurJonas Makamina BENACentre universitaire protestant d’études interculturelles (Bruxelles, Belgique) Université de Lubumbashi (République démocratique du Congo) Ancien collaborateur aux travaux de la « commission enseignement » du conseil supérieur de la langue française (Bruxelles, Belgique)
L’ouvrage de Théo Muhasanya accroche d’emblée par le pouvoir suggestif de son titre. L’oxymore que sous-tend le couplage des lexies rireetfroid laisse filtrer, dès le départ, le soupçon d’un incompréhensible et étrange ricanement. Le dévoilement, par la suite, de l’identité des acteurs en épaissit davantage le mystère. Il trahit une conjoncture sociopolitique globale et des attitudes individuelles inédites ! Des victimes inoffensives se gaussent de leurs bourreaux, des faibles réifiés brocardent les forts, des personnes, à leur corps défendant, clochardisées font un pied de nez aux riches. Le signataire de ce volume fait, de cette réalité sibylline, le leitmotiv de l’analyse des rapports de force caractéristiques et organisateurs de l’univers romanesque karonien. De manière indistincte, ils marquent rudement les sphères sociales primaires et secondaires. Les premières renvoient à la famille nucléaire et au clan, les dernières à l’ethnie ainsi qu’à la sociétélato sensu. Une précision s’impose avant tout. Dans les romans de Yodi Karone, la notion de pouvoir déborde du cadre restreint des instances officielles de régulation de lares publica. Elle s’apparente plutôt au concept depouvoir omniprésent défini, jadis, par Michel Foucault (1926-1984). Voici, à ce sujet, le propos du philosophe français (1976 : 121-132) :
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Par pouvoir, il me semble qu’il faut entendre la multiplicité des rapports de force qui sont immanents au domaine où ils s’exercent et sont constitutifs de leur organisation ; le jeu qui par voies de luttes et d’affrontements incessants les transforme, les renforce, les inverse ; les appuis que ces rapports de force trouvent les uns dans les autres, de manière à former chaîne ou système, ou, au contraire, les décalages, les contradictions qui les isolent les uns des autres ; les stratégies enfin dans lesquelles ils prennent effet, et dont le dessin général ou la cristallisation institutionnelle prennent corps dans les appareils étatiques, la formulation de la loi dans les hégémonies sociales. […]. C’est le socle mouvant des rapports de force qui induisent sans cesse, par leur inégalité, des états de pouvoirs, mais toujours locaux et instables. Omniprésence du pouvoir : non point parce qu’il a le pouvoir de tout regrouper sous son invincible unité, mais parce qu’il se produit à chaque instant, en tout point, ou plutôt dans toute relation et d’un point à l’autre. Le pouvoir est partout ; ce n’est pas qu’il englobe tout, c’est qu’il vient de partout […] Le pouvoir, ce n’est pas une institution, et ce n’est pas une structure, ce n’est pas une certaine puissance dont certains seraient dotés : c’est le nom qu’on prête à une situation stratégique complexe dans une société donnée.
A la lumière de ce qui précède, l’omniprésence du pouvoir constitue bien une réalité dans la société fictionnelle que met en scène Yodi Karone. Il découle, en effet, des interactions entre les protagonistes des trois romans concernés – c’est ma propre reformulation – que la moindre action sociale porte en elle une plus ou moins grande dose de pouvoir. En d’autres termes, même dans les relations interhumaines les plus neutres, y compris au sein d’une même famille, l’activité politiquelato sensucorps àde son empreinte, le moindre «  marque, corps » social. Deux cas de figure me suffiront pour illustrer cette allégation : (1) la relation tumultueuse de Julie Madola et son fils Kairuane dansLes Beaux Gosses, (2) le climat délétère tributaire de l’adultère de Carlota Dibanga avec Etondi, le cousin de son époux légitime Yoyo Dibanga, dansNègre de paille. Le drame qui se noue dans chacun de ces épisodes n’implique les organes politico-administratifsstricto sensuque de manière relativement oblique. Pour tout dire, Yodi Karone situe la trame de ses trois récits dans un espace où une brutalité quasi bestiale et la permanence d’une parodie de justice gangrènent de nombreuses interactions sociales, ainsi que l’ensemble de la gouvernance. Ce cadre infernal relève bien du quart-monde. Pourtant, le dénuement et le désespoir ne tétanisent pas les laissés-pour-compte de la société que peint le romancier camerounais. Bien au contraire, ils répondent à l’infortune par la dérision. Pour eux,
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la raillerie des instances socio-politico-judiciaires constitue un acte inexorable de vengeance. Pour reprendre l’expression de Théo Muhasanya lui-même, le recours aurire froidconsacre étrangement la « victoire des vaincus ». À mon avis, grâce à ce dénouement inespéré, le stratagème sert de catharsis. Terme à prendre, bien entendu, dans 1 son acception aristotélicienne ,i.e.obtenue par le« purification »  la biais du châtiment du coupable. Yodi Karone assigne ce statut à l’oppresseur du faible. Peu importe, d’ailleurs, son rang social. Une véritable aubaine qui rend effective la revanche de l’exclu social, c’est-à-dire du marginalisé de la Cité voire du condamné à mort, sur les puissants et les bourreaux. D’où, de manière symbolique, un retournement de situationin extremis. Quant au double choix du thème et de la méthodologie d’analyse, il révèle la sagacité de l’auteur de ce livre critique. Au bout du compte, Théo Muhasanya aura rempli à merveille son rôle d’intellectuel authentique. Pour rappel, celui-ci consiste en une double vocation. Primo, celle de forcer les limites du savoir en quête d'un au-delà, synonyme de l'excellence. Secundo, celle visant à fendre, au profit de l’équilibre et du bien-être de la société tout entière, les ténèbres de la peur, de la médiocrité et de l'ignorance réelle, feinte ou, pire, assumée pour des raisons égoïstes. Un triple en-deçà abrutissant ! Cette triade passe, malheureusement, pour une des principales caractéristiques d’une partie importante des élites africaines. Y compris, bien entendu et surtout, la plupart des acteurs politiques et socioéconomiques constitutifs de la « bourgeoisie compradore » aux commandes dans la plupart des États de l’Afrique postcoloniale. Autrement dit, l’intellectuel se doit, constamment, de projeter un faisceau de lumière sur les consciences humaines timorées, embrouillées et/ou corrompues. L’auteur y arrive,vial’étude stylistique des trois romans 2 de Yodi Karone –Le Bal des caïmans(1980) ,Nègre de paille(1982) etLes Beaux Gosses (1988) –, la tête haute et sans aucune forme de compromission. Tout compte fait, Théo Muhasanya refuse d’endosser le costume de tir-au-cul. Aussi, abhorre-t-il, tout au long de sa quête heuristique, les chemins de traverse. Mais n’anticipons rien. Revenons à l’ouvrage lui-même.
1 Le lecteur intéressé pourrait se reporter àLa Poétique(VI et VIII) du philosophe grec Aristote. Toutes les autres références bibliographiques intratextuelles de ma préface figurent dans la bibliographie de cet ouvrage. 2 Cf. la note n° 1.
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