Le roi Louis-Philippe Ier, et la grande semaine du peuple

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Rignoux (Paris). 1830. France (1830-1848, Louis-Philippe). 120 p. ; in-18.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1830
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LE ROI PHILIPPE Ier
ET
LA GRANDE SEMAINE
DU PEUPLE.
PARIS.— IMPRIMERIE ET FONDERIE DE RIGNOUX,
Rue des Francs-Bourgois-Saint-Michel, n° 8.
Le Roi Philippe Ier
ET
LA GRANDE SEMAINE
DU PEUPLE.
PARIS.
C. H. BAUDOUIN, EDITEURS;
RIGNOUX, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
HUE DES FRANCS-BOURGEOIS-S.-MICHEL, N° 8.
1830.
LE ROI PHILIPPE
ET
LA GRANDE SEMAINE
DU PEUPLE.
La fortune prévue du duc d'Orléans, ce subit
et royal éclat jeté sur sa famille par le voeu de la
France, font un devoir à tous les citoyens de
notre pays de ne plus ignorer aucun détail
de cette belle et glorieuse vie qui a conduit
notre Prince si près du trône. Nous avons
écrit à la hâte cette vie de citoyen pour nos
concitoyens; c'est un récit simple et sans ap-
prêt, une histoire fidèle à laquelle on peut se
fier. On verra dans ces pages écrites à la hâte,
ce qu'on peut attendre d'un Roi nouveau qui
naquit, grandit, s'instruisit avec nous ; qui
partage nos voeux, nos espérances; qui porte
nos couleurs; qui est venu à nous à notre pre-
mier appel et qui sera un grand roi parce qu'il
a été un grand citoyen.
I
( 2 )
Après avoir lu cette histoire, ceux qui con-
naissent le duc d'Orléans ( et qui ne le connaît
pas?) ne liront pas sans intérêt cette simple
notice historique ; ceux qui ne le connaissent
pas encore la liront avec utilité et reconnais-
sance ; dans tous les cas les uns et les autres
s'écrieront avec Paul-Louis Courier :
« J'aime le duc d'Orléans, parce qu'étant né
" prince, il daigne être honnête homme. Il ne
« m'a rien promis ; mais, le cas avenant, je me
" lierais à lui, et, l'accord fait, je pense qu'il
« le tiendrait sans fraude, sans en délibérer
« avec des gentilshommes, ni en consulter les
« jésuites. Voici ce qui me donne de lui cette
« opinion : il est de notre temps; de ce siècle,
« non de l'autre; ayant peu vu ce qu'on nomme
« ancien régime. Il a fait la guerre avec nous,
« d'où vient qu'il n'a pas peur des sous-offi--
« ciers; et depuis, émigré malgré lui, jamais
« il ne fit la guerre contre nous, sachant trop
« ce qu'il devait à la terre natale, et qu'on ne
« peut avoir raison contre son pays. Il sait
« cela, et d'autres choses qui ne s'apprennent
« guère dans le rang où il est. Son bonheur a
« voulu qu'il en ait pu descendre, et jeune,
« vivre comme nous. De prince, il s'est fait
( 3 )
« homme. En France, il combattait nos coin-
" muns ennemis; hors de France, il a travaillé
« pour vivre. De lui n'a pu se dire le mot : Rien
« oublié, ni rien appris. Les étrangers l'ont vu
" s'instruire et non mendier. Il n'a point prié
« Pitt ni supplié Cobourg de ravager nos
« champs, de brûler nos villages, pour venger
» les châteaux. De retour, il n'a point fondé
" des messes, des séminaires, ni doté des cou-
« vens à nos dépens ; mais, sage dans sa vie,
« dans ses moeurs, il a donné un exemple qui
« prêchait mieux que les missionnaires. Bref,
« c'est un homme de bien. Je voudrais, quant
« à moi, que tous les princes lui ressemblas-
« sent; aucun d'eux n'y perdrait, et nous y
« gagnerions. S'il gouvernait, il ajusterait bien
« des choses, non seulement par la sagesse
« qui peut être en lui, mais par une vertu non
« moins considérable et trop peu célébrée.
« C'est son économie, qualité si l'on veut bour-
« geoise, que la cour abhorre dans un prince,
mais pour nous si précieuse, pour nous ad-
« ministres si belle, si.... comment dirai-je?
" divine, qu'avec elle je le tiendrais quitte
« quasi de toutes les autres. »
(4 )
Louis Philippe, duc d'Orléans, roi des fran-
çais, né à Paris, le 6 octobre 1773 , descend de
Henri IV au même degré que l'avant-dernier
roi de France. Les traits de sa figure rappellent
la belle physionomie du Louis XIV. A la nais-
sance de Philippe, on l'appela duc de Valois :
la mort de son aïeulle fit duc de Chartres; la
mort de son père lui donna le titre qu'il porte
aujourd'hui. Le chevalier de Bonnard, poète
aimable et facile, et ce qui vaut mieux, homme
d'une rareloyauté, fut son premier gouverneur.
Il fut confié ensuite aux soins de madame la com-
tesse de Genlis, qui prenait, dans cette tâche
difficile, l'Emile de .T. J. Rousseau pour guide
et pour conseil. La gymnastique, une existence
active, des habitudes sobres développèrent les
forces de son élève ; un enseignement puissant
fortifia son coeur. Dès sa jeunessse il connut
la vanité des distinctions; il apprit à compatir
aux faiblesses et aux douleurs de l'humanité ;
on le voyait visiter les hôpitaux, assister aux
pansemens des malades, les panser môme de
ses mains, ajouter au secours de l'art les plus
ingénieuses et les plus charitables aumônes.
C'est ainsi qu'au milieu de cette grande époque
de la liberté débattue, au moment où tous les
(5)
principes qui ont fait 89, et auxquels nous
devons aussi notre 29 juillet, la plus grande
époque de notre histoire, le duc d'Orléans
apprenait à devenir un homme pour être un
grand roi plus tard.
En 1788 , un voyage en Normandie lui
permit de mettre en pratique les leçons qu'il
avait reçues. Il visitait avec ses frères le mont
Saint - Michel, si fameux dans l'histoire de
France. On lui montra une cage (la même
gêne menaçait les écrivains constitutionnels il
n'y a pas huit jours) dans la quelle pendant dix-
sept années , avait langui un écrivain hollan-
dais , accusé d'avoir écrit un pamphlet contre
Louis XIV. Cette cage en bois, fermée de
poutres énormes, servait encore de temps en
temps au même usage. Pour arriver au ca-
chot qui la recelait, il fallait traverser d'obs-
curs souterrains, des prisons infectes. Le
duc de Chartres indigné réclama hautement
contre cet atroce abus, contre cette Bastille
en miniature et il la renversa à lui seul comme
plus tard Paris devait renverser la Bastille
modèle. Ce fut le duc d'Orléans qui porta le
premier coup de hache. Ces sombres voûtes
retentirent pour la première fois de cris
I.
( 6)
joyeux : un seul des spectateurs demeurait
triste ; c'était le suisse du château. Il faisait
voir la cage aux étrangers; c'était son gagne-
pain. Le duc de Charrres comprit ses regrets,
et lui donna dix louis. « A l'avenir, dit-il, au
« lieu de montrer la cage aux voyageurs, vous
« montrerez la place qu'elle occupait. Cette
« vue leur sera sûrement plas agréable. »
Le Ier janvier 1789 le duc de Chartres fut
reçu chevalier du Saint-Esprit, mais des in-
térêts d'une plus haute importance devaient
bientôt appeler toute son attention, tous ses
travaux. Les Etats généraux venaient enfin de
se réunir. L'espoir d'une liberté généralement
désirée enflamma le prince, comme elle en-
flamma tous les coeurs généreux. Alors ve-
nait de naître l'éloquence parlementaire. La
tribune antique s'était réveillée parmi nous à
la voix de Barnave et de Mirabeau. La pa-
role populaire enfantait des miracles. L'énjo-
tion était partout, à la ville, à la cour, dans les
provinces, elle électrisait les jeunes esprits,
elle faisait soupirer les vieillards de regrets.
L'enfantement était à son terme. Le duc
d'Orléans fut passionné des premiers pour ce
temps de merveilles qui vient de se renou-
( 7)
vêler chez nous et par nous. On le vit dès
lors très assidu aux séances de l'Assemblée
nationale , étudiant l'opinion publique en
suivant le mouvement rapide, sans en adopter
les écarts. Le duc de Chartres était déjà, comme,
tous les hommes sages, pénétré de la néces-
sité des réformes ; comme tous les esprits
élevés, il admirait l'attitude de la nation fran-
çaise; mais religieux et sensible, il aurait
voulu que des résistances moins opiniâtres
eussent amené moins d'excès.
Un décret de l'Assemblée nationale (il eût
été à désirer qu'on ne l'eût jamais aboli )
avait aboli les privilèges de caste. Le duc de
Chartres fit sans regret le sacrifice des siens
qui étaient beaux, mais qui l'étaient beau-
coup moins que ce titre de citoyen que la
nation lui donnait en échange. Un des pre-
miers il refusa l'encens seigneurial de la messe,
ridicule devoir que nos gentillâtres de la cam-
pagne acceptaient de nouveau très, volon-
tiers. L'abolition du droit d'aînesse fut poul-
ie prince un sujet de joie. On cite, à ce sujet,
une anecdote simple et touchante. Au mo-
ment où la nouvelle fut apportée au duc de
Chartres que Va loi d'aînesse était abolie, il
(8)
sauta au cou de son frère et s'écria : « Je suis
« charmé du décret, mon frère, mais quand
« on ne l'eût pas rendu, cela aurait été tout de
« même entre nous ; mon frère le sait bien de-
« puis long-temps.» Ces paroles, dit madame
de Genlis, furent prononcées avec toute la
bonne grâce que donne en ces occasions un
excellent coeur, et qu'on ne peut rendre dans
un écrit.
Un autre décret ramenant en lumière les
vrais principes militaires , avait donné aux
colonels propriétaires de régimens, le choix
de quitter la carrière des armes ou de com-
mander en personne les corps qui portaient
leur nom. Le duc de Chartres, sans balancer
un moment, adopta une résolution digne de
son courage; il prit le commandement du
14e de dragons en garnison à Vendôme : des
jouissances de la capitale, des plaisirs de son
âge, il passa sans effort aux habitudes sé-
vères des camps. Un homme de lettres fort
estimé et qui vient de mourir au Palais-
Royal pleuré par le duc d'Orléans et par
toute sa famille; homme excellent qui sera
long-temps regretté, M. Alexandre Pieyre,
auteur de la comédie de l'Ecole des Pères, et
(9 )
attaché à la maison, l'accompagnait dans
cette mission nouvelle, dont la plupart des
courtisans auraient murmuré comme d'un exil.
C'était encore un temps de graves désor-
dres; nous en étions à ce vieux levain d'é-
goïsme de cour et des hommes privilégiés
qui aiment mieux se perdre et mourir que de
souffrir une seule réforme.
Un trop grand nombre d'officiers généraux
s'abandonnait à la plus nonchalante incurie,
conservant au milieu de l'armée la mollesse
des cours. Telle n'était point la conduite du
duc de Chartres. Tout entier à ses devoirs, il
surveillait sans cesse ses soldats, ne se refu-
sant à aucun sacrifice, quelque pénible qu'il
pût être. Il faisait mieux encore; il obtenait l'a-
mour desonrégiment au milieu duquel on était
toujours sûr de le rencontrer haranguant,
conseillant, réprimandant, faisant la ma-
noeuvre, s'agitant comme un guerrier oisif
qui polit ses armes en attendant le combat.
Le dialogue suivant peut donner une idée du
prince au milieu de son bataillon.
Un jour que malgré le mauvais temps il se
rendait, suivant son usage, aux écuries, M. de
La Gondie, un de ses officiers, crut devoir
( 10 )
lui faire des remontrances. « Comment, mon-
« seigneur, lui dit-il, vous allez vous-même
" aux écuries par le temps qu'il fait?—Rien
« ne m'arrête, dit le prince, quand je rem-
it plis mon devoir.— Mais, reprit M. de Gondy,
« vous ne devriez pas vous prodiguer autant;
« il vaudrait mieux que les dragons vous vis-
« sent moins fréquemment ; il est très dange-
« reux de faire perdre au soldat cette crainte
« que lui inspire votre cordon bleu, et la
« pensée que vous êtes un Bourbon. Le su-
it bordonné se fatigue de voir toujours la, fi-
« gure de son supérieur...», et autres raisons
dignes de la frivolité de l'ancienne cour; à
quoi le prince impatient lui répondit : « Mon-
« sieur, ce sont là de vaines paroles. J'aime
« mes soldats, et ils m'aiment. Je veux qu'ils
« me respectent pour moi même et non pas
« pour mon cordon bleu. Amenez-moi de
« vieux dragons blessés à la guerre, je les
« mettrai bien avant les intrigans d'anticham-
« bre qui mendient un cordon bleu. »
Deux nobles actions firent encore mieux
connaître ce prince. De conquête en conquête,
nous en étions venus à la lutte engagée entre
le clergé constitutionnel et ce que l'on nom-
( 11 )
niait le clergé réfractaire. La multitude , qui
avait pris un rôle actif dans cette querelle,
voulut, dans sa fureur aveugle, massacrer un
ecclésiastique insermenté, qu'elle accusait d'a-
voir regardé avec mépris une procession di-
rigée par un prêtre constitutionnel. Le duc de
Chartres, accouru au secours de la victime,
remontra avec force au peuple furieux com-
bien c'était un horrible crime de punir un
homme sans le juger ; que c'était faire le mé-
tier de bourreau.... Cette observation et. plu-
sieurs autres discours du prince calmèrent la
populace, et on en entendit s'écrier: « Nous
« faisons grâce a ce prêtre en faveur de M. de
« Chartres ! » L'ecclésiastique fut sauvé.
Un autre jour, le prince, qui s'était baigné
dans la rivière, comme le font aujourd'hui le
le due de Chartres et le duc de Nemours à
l'école de natation, nageant à côté de nos en-
fans, comme de simples bourgeois qui nagent
bien, reprenait ses habits sur le rivage, lors-
qu'il vit tout à coup un malheureux se débattre
dans les eaux, criant au secours d'une voix
étouffée. S'élancer après le nageur, le saisir
par les cheveux, le ramener et le déposer sur
le bord, tout cela fut l'affaire d'un instant.
( 12 )
Cet homme se nommait Siret; il était sous-
ingénieur des ponts et chaussées. Il vint le
lendemain se jeter aux pieds de son libérateur
avec sa jeune épouse et ses cinq enfans. Une
couronne civique , décernée par la ville de
Vendôme, fut le digne prix d'un si généreux
dévouement.
Dans cette notice rapide écrite à la hâte
avec les souvenirs que donnent le coeur, il
nous est impossible de suivre les événemens
qui marchent en même temps que grandit le
duc de Chartres, qui le pressent de toute
part, qui le forment pour le trône sans qu'il
s'en doute ; nous ne pouvons nous occuper
que de notre héros ; plus tard il sera temps
de le montrer marchant avec la révolution
de France. A l'époque dont nous parlons, l'ho-
rizon politique s'était couvert de nuages; et
la France, provoquée par l'étranger, qui ar-
mait de toutes parts contre son indépendance,
s'était décidée à le prévenir par une déclara-
tion de guerre. Le régiment du duc de Char-
tres reçut ordre de partir pour Valencienncs.
Le prince ne pouvait contenir sa joie. « Nous
« partons vendredi 12 août, écrivait-il; nous
« sommes enfin sûrs de servir la patrie et de
( 13 )
" ne pas manquer un coup de sabre. » De Va-
Ienciennes, son corps fut dirigé sur Laon, et
de là il rejoignit l'armée du Nord , comman-
dée par le général Biron, autrefois le brillant
duc de Lauzun.
Le duc de Chartres était à cette fatale affaire
de Quiévran, le 28 avril 1792; où la trahison,
l'inexpérience, une terreur panique, livrèrent
la victoire à l'ennemi. Le sang-froid du prince
rallia les fuyards; neuf jours après il devint
maréchal de camp par rang d'ancienneté; il
commanda, sous les ordres du vieux maréchal
Lukner, et à côté du brave Valence, les 14e et
17e régimens de dragons ; on le vit au combat
de Courtray; puis il passa successivement du
corps du général d'Harville, à celui de Kel-
lermann. Le 11 septembre il fut élevé au
grade de lieutenant général. On avait joint
à ce grade le commandement de Stras-
bourg, mais il refusa. « Je suis trop jeune,
« dit-il, pour m'enfermer dans une place : je
" demande à rester dans la vie active. » Kel-
lermann lui donna le commandement d'une
division, et le mena sur ses pas au champ de
bataille de Valmy.
La France n'avait que 22,000 hommes;
( 14 )
l'ennemi opposait une armée formidable; mais
le talent de Kellermann, la valeur du duc de
Chartres et l'impétuosité de nos soldats sup-
pléèrent au nombre. Les Prussiens furent ar-
rêtés à Valmy, et une victoire inespérée ra-
nima le courage des vrais amis de la patrie.
Le duc de Chartres contribua puissamment,
avec son frère le duc de Montpensier, au
succès de la journée. « Embarrassé du choix
« des hommes qui se sont distingués, écrivait
« Kellermann , je ne citerai parmi ceux qui
" ont montré un grand courage que M. le duc
« de Chartres et son aide de camp, M. de
« Montpensier, dont l'extrême jeunesse rend
" le sang-froid, à l'un des feux les plus sou-
« tenus qu'on puisse voir, extrêmement re-
" marquable. »
Ah! si l'étranger, encore une fois jaloux de
notre indépendance, osait encore une fois ve-
nir attaquer notre liberté renaissante, encore
une fois il nous retrouverait invincibles. Il
retrouverait le duc d'Orléans comme à Valmy,
mais placé cette fois avant les maréchaux, il re-
trouverait le duc de Chartres jeune et vif, plein
de grâce et de jeune courage. Mais les guerres-
de l'étranger nous n'avons plus à les craindre;.
( 15 )
mais les jalousies du dehors n'oseront pas
même murmurer; mais le vieux Paris vient
de montrer tout ce qu'il sait faire ; il vient de
proclamer hautement tout ce qu'il veut; ne nous
y trompons pas; le 29 juillet est une révolution
qui n'a pas d'égale, une révolution que l'Eu-
rope contemplera, à genoux. Réveillez-vous,
Espagne, Portugal, et toi belle Italie, patrie
de la gloire antique et de l'art antique, et de
la molle langue napolitaine, soyez libres na-
tions esclaves sous votre beau ciel : vous avez
un grand exemple sous vos regards ; la France
vient de vous apprendre comment on peut
faire une révolution sans crimes, sans exil,
sans échafaud; il ne s'agit que d'avoir un
roi de moins et un homme de plus ; un roi
sans cour, sans flatteurs , sans religion de
l'Etat ; un roi philosophe aurait dit Marc Au-
rèle, un roi citoyen, dit La Fayette; dans les
temps antiques comme dans les temps mo-
dernes, Marc-Aurèle et La Fayette ont raison.
Nous en sommes donc à la bataille de
Valmy. A la suite de la victoire de Valmy, le
duc de Chartres passa sous les ordres de Du-
mouriez, qui sauva la France dans les défilés
de l'Argonne. Le Prince fit la campagne des
( 16 )
Pays-Bas, et se couvrit de gloire. A la ba-
taille de Jemmapes qui nous ouvrit les portes
de la Belgique, il commandait le centre de
l'armée française. Sa brillante valeur rallia la
cavalerie et l'infanterie du centre gauche, at-
taqua et emporta les positions de l'ennemi par
l'endroit le plus formidable; le général en
chef Dumouriez et le duc de-Chartres, parta-
gèrent tous les honneurs de cette immortelle
journée. A la suite de cette bataille il fut em-
ployé au siège de Maëstricht sous Miranda,
et se trouva quelques mois plus tard à la ba-
taille de Nerwinde.
Journée bien différente de celle de Jem-
mapes ! désorganisée par un système déplo-
rable de méfiance, privée de tout, décou-
ragée , l'armée française est rencontrée le
18 mars 1793 par le prince de Cobourg, avec
des forces très supérieures. Dumouriez livre
bataille, et les soldats de la liberté font en-
core des prodiges; mais soit inhabilité de la
part du général, soit trahison de Miranda,
la valeur cette fois ne fut point récompensée
par le succès. Le duc de Chartres, qui com-
mandait le centre, déploya un grand courage;
mais l'aile gauche fuyait au cri terrible de
( 17)
sauve qui peut; et la bataille était perdue.
Forcé de donner le signal de la retraite, il
parvint par la sagesse et l'opportunité de ses
mesures à diminuer nos pertes, en arrêtant
les vainqueurs à Tirlemont.
Mais tandis que les armées républicaines
versaient leur sang pour l'indépendance de
la patrie, la lutte intérieure des factions pre-
nait un caractère de plus en plus acharné. Le
combat entre le présent et le passé, ce com-
bat fatal qui fut renouvelé si cruellement
parmi nous, et qui a pensé nous rendre le
dernier peuple du monde, était désormais un
combat à mort, et l'ombre même de la puis-
sance déchue , un nom , un souvenir, un
rêve, importunaient les directeurs de la révo-
lution. Quelques jours avant la défaite de Ner-
winde, un décret arraché à la convention avait
prononcé l'exil de tous les membres de la mai-
son de Bourbon. Le duc de Chartres était en-
core à l'armée, combattant pour cette ingrate
patrie qui le proscrivait. Fatigué du spectacle
des dissensions publiques, il regarda un mo-
ment l'arrêt de proscription comme un bien-
fait. Il écrivit à son père, et lui conseilla de
profiter de l'exil comme d'une faveur qui lui
2.
( 18 )
permettait de sauver sa tête. Il voulait passer
aux Etat-Unis d'Amérique, le refuge de tous
les hommes libres de ce temps; malheureuse-
ment le décret de la convention fut retiré, le
duc d'Orléans et son fils restèrent en France,
Vous savez quelle mort attendait le premier,
à quels dangers le second était réservé !
Tel était le malheur des temps. La liberté
se fondait alors avec le sang, l'exil, les écha-
fauds, les haines publiques et privées, les
délateurs et les fanatiques. Nous imaginions
encore avec nos vieux préjugés d'histoire an-
cienne qu'une révolution ne s'achetait pas à
plus bas prix.
Le duc de Chartres avait compris la révo-
lution tout autrement. Sa pensée n'avait point
mesuré les conséquences de ces grands chan-
gemens qui procèdent par sauts et par bonds
irréguliers, comme procède un volcan, jetant
d'abord autant de feu que de fumée, et fai-
sant peur à ceux même qui leur ont imprimé
le mouvement. Le duc de Chartres vivait dans
la familiarité de Dumouriez, il dut en parta-
ger les opinions; sa franchise toute militaire
ne pouvait se plier à parler modérément de
ce qui le révoltait au fond du coeur. On s'em-
( 19 )
para de ses plaintes, on les envenima ; l'assem-
blée nationale trompée lança le décret fatal,
et il fallut sauver sa vie par un exil volontaire.
Hélas! qui de nous n'a pas connu l'exil !
que de terres lointaines nous avons visitées !
que de rivages déserts ! Combien de fois
n'a-t-elle pas été pleurée cette patrie ab-
sente ! avons-nous jamais eu un moment de
repos ,et de calme ? Regardez ! voilà un jeune
prince vainqueur à tant de batailles, héros
même au milieu de l'armée républicaine, que
le sang royal exile loin d'nne terre toute glo-
rieuse , loin des enchantemens de Raincy et de
sa cour, loin de tout ce qui fut sa vie, patrie,
devoir, gloire, liberté, bruit des armes, ami-
tié commencée avec de grands hommes, po-
pularité acquise à force de vertus et de gran-
deur d'ame. Adieu tout; adieu l'espoir de la
jeunesse ; adieu les rêves d'ambition ; adieu les
luttes de la tribune; adieu les équipages du
prince; désormais le bâton du pèlerin sera
dans sa main; les leçons du pédagogue seront
sa seule ressource; le voilà qui gravit les
Alpes, traversées tant de fois et dans dés ap-
pareils si divers ; adieu, voyageur, que la route
soit belle, que ton voyage soit heureux, que
( 20)
les vents et les dieux libérateurs te soient pro-
pices; marche toujours devant toi, grand ci-
toyen, marche au pays où l'homme est libre;
marche à cette terre vierge où Franklin fit
ses deux vols au ciel et à la terre, dérobant
la foudre au ciel et enlevant le sceptre au ty-
ran. Voyageur, prends bon courage, après la
tempête viendront les jours sereins, des jours
de gloire que tu ne peux espérer. Grandissez
ensemble, toi et le peuple qui te chasse; un
jour, quand vous serez assez éprouvés, vous
vous trouverez au même niveau, heureux et
fiers de vous donner les mains et de vous dire
avec une noble confiance : à la vie et a la
mort.
+++Dans ce temps malheureux de proscription
et d'exil c'était une chose toute simple parmi
les proscrits de prendre les armes contre la
patrie et de marcher contre elle, et de la dé-
chirer de ses propres mains. Beaucoup de
Français qui étaient encore de fort honnêtes
gens il y a peu de temps, en ont usé ainsi.
Se battre contre la France alors c'était affaire
de bon gentilhomme, et l'on s'en félicitait
tout haut. Le duc de Chartres n'eut pas ces
odieux courage. En vain l'ennemi veut-il atti-
( 21 )
rer le noble exilé dans ses rangs par des of-
fres, des prières, par le grade de lieutenant-
général , le prince refuse tout. Il ne demande
qu'un passe-port pour lui-même, et il part
sous le nom d'un voyageur anglais, accom-
pagné seulement de son aide de camp, César
Ducrest.
Le duc de Chartres ne voulut même pas
suivre le chemin que s'était tracé l'émigration.
Il méprisait ces exilés volontaires, ces timides
fuyards qui abandonnèrent tout au hasard,
patrie, fortune, famille, et qui portaient leur
terreur chez l'étranger sans en rougir. Aussi
l'émigration reçut-elle fort mal un proscrit
qui ne voulait ni combattre ni calomnier la
Patrie. L'étranger ne lui fit pas un traitement
plus favorable. Accusé et convaincu d'aimer
encore la France, crime nouveau, et qui dura
long-temps chez nous parmi les restes enve-
nimés de Coblentz, il se dévoua à une exis-
tence errante. Il était parvenu à placer ma-
demoiselle d'Orléans et sa gouvernante,
madame de Genlis, dans le couvent de Sainte-
Claire, à Brem-Garten. Pour lui, ce devoir
accompli, il traversa les Alpes à pied; par-
tout repoussé, trouvant partout des coeurs
( 22 )
glacés. Horace Vernet, le peintre du duc d'Or-
léans actuel qui a donné tant de haute faveur
à son haut talent, a reproduit sur la toile la
scène des religieux de l'hospice du mont
Saint-Gothard fermant leur coeur et leur
porte à l'exilé, lui refusant l'abri de la pitié,
et demeurés implacables en présence même
de la croix.
Ainsi il n'avait pas d'asile dans ce monde
ouvert aux proscrits, pas un lieu de repos
où il put reposer sa tête. Mais il était jeune
et fort, et il avait bon espoir.
Un illustre général exilé comme lui parvint
enfin à lui trouver un refuge. Il existait à
Reichenau un collège obscur; le général Mon-
tesquiou en connaissait le supérieur. Il lui
proposa de cacher sous la poussière de l'école
le premier prince du sang de France. Le su-
périeur accepte; à l'heure dite, le duc de
Chartres se présente dans le simple costume
avec l'allure décente et réservée d'un modeste
professeur; ce n'est plus ce prince brillant,
plein de feu et d'énergie; ce n'est plus cette
tête où respire l'audace et cet oeil vif qui an-
nonce l'homme fait pour commander, c'est
un véritable savant comme l'eût représenté
( 23 )
Goldsmith, c'est le simple M. Corby ; on lui
fait subir un examen, et il est jugé capable
d'enseigner aux enfans la géographie, l'his-
toire, le français, l'anglais, les mathémati-
ques. Le nouveau professeur eut bientôt con-
quis l'estime de ses élèves. Il supporta sans se
plaindre, dit madame de Genlis, sans même
paraître s'étonner, et les rigueurs du sort, et
les injustices des hommes. Sous le ciel le plus
âpre, au milieu des glaces de l'hiver, il se
levait à quatre heures du matin pour aller,
donner des leçons de mathématiques trans-
cendantes sous le nom de M. Corby. Ce nom
était celui d'un marchand libraire du Palais-
Royal; il lui rappelait la patrie absente et le
palais de ses aïeux.
Ce fut à Reichenau que le duc de Chartres
apprit qu'il était duc d'Orléans. On peut juger
que de larmes il répandit sur cette nouvelle
grandeur, lui qui aimait tant son père. Le
duc d'Orléans avait disparu à son tour dans
la tempête révolutionnaire. « Malheureux et
" excellent père! s'écrie dans ses mémoires le
« duc de Montpensier, frère du duc de Char-
« tres, quiconque a pu vous voir de près et
« vous bien connaître sera forcé de convenir
(24)
" que vous n'aviez dans le coeur ni la moindre
« ambition, ni aucun désir de vengeance ; que
« vous possédiez les qualités les plus aimables
« et les plus solides, mais que vous manquiez
« peut - être de cette fermeté qui fait qu'on
" n'agit que d'après sa propre impulsion ;
« que d'ailleurs vous accordiez votre confiance
« avec trop de facilité, et que les scélérats
« avaient trouvé le moyen de s'en emparer
« pour vous, sacrifier à leurs atroces projets. »
Ce cri vrai et passionné de la tendresse filiale,
et ce jugement suprême sorti d'un coeur de
prince et de l'aine d'un fils sera confirmé sans
doute par la postérité.
M. Corby, devenu duc d'Orléans, put quitter
le collège de Reichenau, après huit mois de
séjour : il reçut un certificat de bonne con-
duite et de capacité; il resta quelque temps
comme aide-de-camp auprès du général Mon-
tesquiou, et enfin il quitta la Suisse pour se
rendre à Hambourg, où il arriva au mois de
mars 1795. Il se proposait de passer en Amé-
rique ; mais il chercha vainement le peu d'ar-
gent dont il avait besoin alors. Il entreprit
de visiter le nord de l'Europe; il parcourut à
pied le Danemarck, la Norwège, la Laponic,
( 25 )
accompagné du comte Gustave de Montjoie,
et il revint par la Suède, après avoir observé
les moeurs, les lois, les monumens de ces di-
verses contrées. Il séjourna quelque temps à
Frederikshall, ville célèbre par la mort de
Charles XII, à Christiania, à Drontheim.
Comme il évitait avec soin le territoire de la
Russie, dont la souveraine ( Catherine ) ne
rassurait pas assez son esprit indépendant, il
revint à Stockholm. A Stockholm, l'incognito
dont il se couvrit fut trahi dans un lieu pu-
blic ; on lui fit l'accueil le plus flatteur, et il
profila de la bienveillance du gouvernement
pour explorer avec soin le royaume de Suède;
du royaume de Suède il chercha un asile dans
le Holstein, où il vivait en 1796, complète-
ment ignoré de l'émigration qui aurait voulu
l'attirer sous les drapeaux de la république
française, à laquelle son nom seul portait
ombrage , lorsqu'il reçut une lettre de sa
mère.
Cette auguste princesse, après de longues
etcruelles infortunes, commençait à voir luire
des jours moins orageux. Des prisons de la
terreur, elle avait passé dans une maison de
santé, et de ce modeste asile, bonne mère et
( 26 )
habile princesse, elle cherchait à obtenir la
liberté de deux de ses enfans, le duc de Mon-
pensier et le comte de Baujolais, enfermés de-
puis quarante-trois mois dans les prisons du
fort St.-Jean à Marseille. Le récit des souf-
frances éprouvées par ces deux victimes, dans
un âge encore tendre, de leurs tentatives mul-
tipliées pour tromper leurs persécuteurs; la
peinture de leurs angoisses, de leurs sentimens
les plus intimes pendant leur captivité, se
trouvent dans les mémoires du duc de Mon-
pensier, ouvrage plein d'une grâce touchante,
et qu'on ne peut lire sans verser des larmes.
Depuis le 9 thermidor, la duchesse d'Orléans
faisait de continuelles démarches pour obte-
nir la délivrance de ses enfans. Long-temps
ses efforts restèrent sans succès. Mais enfin le
Directoire consentit à la liberté de ces deux
rejetons d'une illustre famille, à la condition
que le duc d'Orléans quitterait l'Europe, et
passerait aux États-Unis, où il serait rejoint
par ses frères. La lettre de madame d'Orléans
avait donc pour but de déterminer son fils à
ce long voyage. « Que la perspective de sou-
« lager les maux de ta pauvre mère, disait-elle,
" de rendre la situation de ta famille moins
( 27)
« pénible, et de contribuer à assurer le calme
« de la patrie, exalte ta générosité. »
Le duc d'Orléans répondit ; « quand ma
« tendre mère recevra cette lettre, ses ordres
« seront exécutés, et je serai parti pour l'Amé-
« rique. Je m'embarquerai sur le premier bâti-
« ment qui fera voile pour les États-Unis. Eh!
« que ne ferais-je pas, après la lettre que je
« viens de recevoir? Je ne crois plus que le
« bonheur soit perdu pour moi sans ressource,
« puisque j'ai encore les moyens d'adoucir les
" maux d'une mère si chérie, dont la position
« et les souffrances m'ont déchiré le coeur de-
« puis si long-temps. »
« Je crois rêver quand je pense que dans
« peu j'embrasserai mes frères et que je serai
« réuni à eux ; car je suis réduit à pouvoir à
« peine croire ce dont le contraire m'eût paru
« jadis impossible. Ce n'est pas cependant que
« je cherche à me plaindre de ma destinée ; et
« je n'ai que trop senti combien elle pouvait
« être affreuse. Je ne me croirai même pas
" malheureux, si après avoir retrouvé mes
« frères, j'apprends que notre mère chérie est
« aussi bien qu'elle peut l'être; et si je puis
« encore une fois servir ma patrie, en contri-
( 28 )
« buant à sa tranquillité , et par conséquent à
« son bonheur. Il n'y a point de sacrifice qui
" m'ait coûté pour elle; et tant que je vivrai il
« n'y en a point que je ne sois prêt à lui
« faire.»
Le prince s'embarqua le 24 septembre 1796,
à bord du vaisseau l'America, et un mois après
il arriva à Philadelphie. Ses frères le rejoigni-
rent vers la fin de février 1797. Qu'on juge
de la joie des trois exilés, en se trouvant
réunis après une si longue séparation, après
de si cruels dangers et de si grands malheurs!
Ils avaient tout perdu pendant l'orage, mais
ils se trouvaient ensemble et ne regrettaient
plus rien. Le duc d'Orléans fit part au duc de
Montpensier et au comte de Beaujolais, du
projet qu'il avait formé de parcourir le nord
de l'Amérique; et leur proposa de le suivre,
ce qu'ils acceptèrent avec joie. A pied, sans
suite, ils parcoururent en simples voyageurs
ces contrées à demi civilisées. Washington
reçut dans sa retraite en Virginie des princes
restés fidèles à ces doctrines de liberté au nom
desquelles leur patrie les proscrivait. Ils pas-
sèrent deux jours au milieu de la sauvage tribu
( 29 )
des Chirokis; visitèrent le désert des six na-
tions, et la chute célèbre du Niagara : les trois
exilés revinrent à Philadelphie au mois de
juillet 1797.
La fièvre jaune régnait dans cette ville; il
était urgent de s'éloigner; mais telle était la
pénurie des trois frères, qu'ils furent contraints
de rester en présence du fléau. Quelqu'argent
que leur fit passer leur mère, un moment réin-
tégrée dans ses biens, leur permit seulement
au mois de septembre d'entreprendre un nou-
veau voyage. Mais à peine avaient-ils com-
mencé quelques courses à New-York, à Rhode-
Island , dans le Massachussets et le Nevr-
Hampshire, que revenus à Boston, ils appri-
rent par les journaux l'événement du 18 fruc-
tidor, le redoublement des rigueurs contre
les émigrés, et la déportation de leur mère en
Espagne. Leur première pensée à cette fatale
nouvelle, fut de partir pour rejoindre la du-
chesse et ils passèrent dans l'Amérique espa-
gnole. Arrivés à la Nouvelle-Orléans en 1798,
ils s'embarquent sur un navire américain , ils
furent faits prisonniers par une corvette an-
glaise , et conduits à la Havane ; là ils réclament
3.
( 30 )
des secours du gouvernement espagnol qui les
refuse avec indignité; enfin les trois princes
jettent les yeux sur l'Angleterre, parviennent
à s'y faire transporter, et y débarquent vers
le 1 5 février 1800.
D'autres Bourbons avaient reçu sur cette
terre constitutionnelle d'Angleterre une noble
hospitalité. Là vivaient M. le comte de Pro-
vence (Louis XVIII), M. le comte d'Artois, ce-
lui qui fut le dernier roi de sa famille; le duc
d'Angoulème, le duc de Berry ; tous ces prin-
ces , nés pour l'exil, (ils nous l'ont bien montré
depuis) long-temps divisés et ennemis les uns
des autres, avaient été calmés par le malheur,
et ils vivaient en paix,sans plus songerau trône
que s'ils se fussent doutés qu'une fois replacés
sur ce beau trône de France, ils ne devaient
pas le garder long-temps. Le duc d'Orléans
avait loué à Twickenham une maison qui avait
servi de retraite au célèbre Pope; le chevalier
de Broval, jadis attaché à sa famille, et qui
lui était resté fidèle, vint l'y rejoindre, et le
dévouement de ce loyal ami consola sa soli-
tude. Une tentative qu'il fit pour aller voir sa
mère, qui était toujours retenue en Espagne,
(31 )
échoua: c'était pour le duc une époque de mal-
heur. Son coeur devait bientôt subir encore une
double et déchirante épreuve. Une maladie de
poitrine enleva le duc de Montpensier, et le
comte de Beaujolais le suivit à peu d'intervalle.
Ce dernier mourut à Malte, où son frère l'a-
vait conduit par les conseils des médecins qui
l'avaient engagé à passer sous un ciel plus
doux. Ainsi finirent ces deux jeunes princes,
si malheureux, si bons, si remplis de naïveté
et de grâces, pauvres exilés qui avaient be-
soin pour vivre de la lueur natale du soleil
de France, des embrassemens de leur mère,
qui n'étaient pas assez forts pour cette vie er-
rante et précaire, et qui rendirent leur ame
sans regrets, laissant à leur frère aîné toutes
les agitations de la vie , tout leur avenir, tout
le soin de cette grande famille dont ils fai-
saient l'ornement.
Le duc de Montpensier, né avec le plus
heureux caractère, doué de talens aimables,
peintre et dessinateur plein de goût, écrivan
délicat et chaleureux, méritait tous les regrets
d'un frère dont il était chéri. Il fut enterré à
Westminster, auprès des rois d'Angleterre. Le
(3, )
duc d'Orléans fit graver sur sa,tombe cette
simple et noble épitaphe :
Princeps illustrissimus et serenissimus
Ântonius Philippus, dux de Montpensier,
Regibus oriundus,
Ducis Aurelianensis filius natu secundus,
A tenerâ juventute
In armis strenuus,
In vinculis indomitus,
In adversis rébus nonfractus,
In sccundis non elatus,
Artium liberalium cultor assiduus,
Urbanus ,jucundus, omnibus comis ;
Fratribus, propinquis, amicis, patrioe,
Nunquam non deflendus;
Utcumquè fortunoe vicissitudines
Expertus
Liberali tamen Anglorum hospitalitate
Exceptus,
Hoc demùm in regum asylo,
Requiescit.
Nat. III. julii, M.DCC.I.XXV.
Ob. XVIII. Maii, M.DCCC.VII. oetat. XXX.
In memoriam fratris dilectissimi
Ludovicus Philippus , dux Aurelianensis
Hoc marmor posait.
(1) Ici repose très grand et très illustre prince Antoi
( 33 )
« Le comte de Beaujolais, dit un biographe,
« était d'une charmante figure et d'un heureux
« naturel ; il avait beaucoup de courage et
« quelque chose de cette étourderic entrepre-
« nante qui caractérise la nation française. Un
« jour, c'était à l'époque où Bonaparte, pre-
« mier Consul, méditait une descente en An-
« gleterre, il lui prit fantaisie de visiter d'aussi
« près que possible le camp de Boulogne.
« Malgré toutes les représentations de ses frè-
« res, il s'embarqua sur une corvette qui do-
it vait aller reconnoître les côtes, essuya le feu
« des batteries françaises, et revit ainsi pour
« un moment les rivages de cette patrie dans
« dans laquelle il n'a pas eu le bonheur de re-
« venir. » Il mourut avec un courage admi-
rable; sa raison ne l'abandonna point, et il
Philippe duc de Montpensier, d'une maison royale , se-
cond fils du duc d'Orléans; dès sa plus tendre jeunesse,
il fut brave à la guerre, indomptable dans les fers; ja-
mais Taincu par l'adversité, jamais ébloui par la fortune,
amateur assidu des beaux-arts ; doux, affable, poli
avec tous , éternel sujet de regret pour ses frères, ses
parens, ses amis, sa patrie; il a éprouvé toutes les vi-
cissitudes de la fortuue. Les Anglais lui offrirent une "
généreuse hospitalité , jusqu'au jour où il fut enseveli
dans le tombeau de leurs rois. Louis Philippe duc d'Or-
léans a consacré ce marbre funèbre à sa mémoire.
(34 )
put faire ses adieux à son frère, s'entourer
pour la dernière fois de ses serviteurs et les
recommander au souvenir du duc d'Orléans.
Resté seul à Malte, le duc d'Orléans s'ar-
rache au triste spectacle des funérailles de
son second frère; d'après l'invitation de Fer-
dinand IV, il passe en Sicile. Alors commen-
çaient les révolutions du royaume de Naples,
qui, envahi par les armées impériales, et
placé sous la loi de Murât, échappait aux
mains de Ferdinand. Le duc d'Orléans suivil
ce prince à Palerme. Cependant le grand ca-
pitaine qui occupait le trône de France, après
avoir conquis Naples n'avait pas tardé à jeter
les yeux sur une plus riche conquête. Il en-
treprit de s'emparer de la Péninsule espa-
gnole, et la couvrit de ses vieilles légions
Dans ce pressant danger, le roi de Sicile en-
voya son fils Léopold au secours d'une natiou
menacée, et engagea le duc d'Orléans à l'ac-
compagner. C'était la guerre de la liberti
contre la tyrannie; le prince accepta. Mais
par une bizarrerie inexplicable, ou plutôt par
une combinaison criminelle, l'Angleterre
s'opposa à cette démarche. Retenu un mo-
ment à Gibraltar, le duc fut reconduit en An
( 35 )
gleterre. Il se plaignit en vain de cette vio-
lence, on lui refusa justice.
L'invasion des troupes françaises rendait
le sort de sa mère et de sa soeur, toujours en
Espagne, extrêmement critique. On bombar-
dait Figuières où les princesses avaient cher-
ché une retraite. Informé de leurs dangers ,
le duc d'Orléans part de l'Angleterre, fait un
nouvel effort pour s'approcher de ses parens
chéris et ne peut y parvenir, enfin sa soeur
qui était parvenu à le joindre, lui apprit que
; sa mère s'était réfugiée au port Mahon ; ce
fut au port Mahon que se fit après tant d'an-
nées la réunion des trois seules personnes de
cette noble et malheureuse famille qui eussent
échappé aux échafauds et à la proscription.
Le duc reprit le chemin de la Sicile.
En Sicile le bonheur l'attendait après de si
longues traverses. La princesse Marie-Amélie,
fille du roi des deux Siciles, dont il avait pu
admirer les modestes vertus, lui fut accordée
par ses augustes parens. Cette union se con-
clut le 15 novembre 1809, avec le consente-
ment du roi Louis XVIII, et la bénédiction
nuptiale fut donnée aux deux époux le 2, du
même mois. Heureuse alliance formée dans
( 36 )
l'exil, qui s'accomplit sous les yeux d'une
soeur et d'une mère! touchante union qui a
produit la plus belle famille dont un souverain
puisse s'enorgueillir ; grande et vertueuse prin-
cesse si bonne, si populaire, si généreuse, si
bien faite pour être la reine d'un peuple qui
depuis long-temps n'a pas de reine, et qui se
plaît si fort quand il aime son roi à voir une
femme assise sur le trône à ses côtés!
Dans cette union, au sein de cette nouvelle
famille bien assortie, l'exilé aurait retrouvé
tout le bonheur qu'on peut goûter loin de sa
patrie, si des contrariétés, des traverses poli-
tiques n'étaient venues troubler son repos. La
malheureuse guerre d'Espagne se poursuivait
toujours avec acharnement. La régence de
Léon, réfugiée à Cadix, où elle soutenait
seule le fardeau du gouvernement, songea un
instant à recourir aux talens et à la bravoure
du duc d'Orléans. Il ne balança pas à partir;
mais la politique anglaise mit une seconde fois
obstacle à son dévouement. L'Angleterre à
toute force ne voulait pas que la délivrance
des Espagnes fût due à d'autres armes qu'à ses
armes. Après d'infructueuses négociations, le
duc d'Orléans menacé d'être une seconde fois
( 37 )
conduit à Londres, revint à la hâte à Palerme,
où la naissance d'un fils (aujourd'hui le duc
de Chartres ) le consola des intrigues qui le
condamnaient à l'inaction.
Mais d'autres difficultés l'attendaient à Pa-
lerme. Joachim, qui prenait le titre de roi
des Deux-Siciles, menaçait d'envahir l'île où
s'était réfugiée l'ancienne dynastie. Dans un
si pressant danger où des résolutions promp-
tes étaient nécessaires, la discorde se mit dans
les conseils du roi Ferdinand. La reine Ca-
roline ne voulait point accepter les secours
des Anglais. Elle prétendait que la Sicile était
assez forte pour se défendre elle-même; mais
par une contradiction dont l'histoire des gou-
vernemens absolus offre plus d'un exemple,
elle refusait d'accepter le mouvement natio-
nal qui seul pouvait la sauver. Les Siciliens
demandaient hautement que leurs antiques
franchises fussent reconnues ; la reine ac-
cueillit leurs voeux des refus les plus durs.
Elle exila le parlement qui ne votait pas des
impôts assez considérables. Ces violences s'ac-
complirent malgré les conseils et les prières
du duc d'Orléans qui, toujours ennemi de
l'arbitraire , se relira à la campagne.
4
( 38 )
De plus grands événemens se passaient en
France. La maison de Bourbon, long-temps ou-
bliée, allait rentrer dans son antique royaume.
Les princes Français revenaient à la suite des
armées étrangères; la France reçût Louis XVIII
avec empressement et accueillit la Charte avec
plus d'empressement encore. Qui lui aurait
dit que cette Charte n'était qu'une fausse pro-
messe, un vain mensonge? qui lui aurait dit
que Charles X serait parjure et qu'il brise-
rait de ses mains l'unique soutien de sa cou-
ronne? Mais la branche aînée de Bourbon
était finie; il y avait trop de préjugés dans
ces étroites raisons pour les mettre à la hau-
teur des besoins publics. Cette branche n'est
plus royale; faisons-lui paix et que le ciel lui
pardonne, le repentir ne lui manquera pas.
Le duc d'Orléans n'apprit que trente-trois
jours après Louis XVIII l'heureuse révolu-
lution qui le rappelait en France. Il apprit
cette nouvelle avec transport. Il allait enfin le
revoir, ce beau pays de France où les hom-
mes de sa famille, malgré les jalousies de
cour, avaient joué un si grand rôle politique
et guerrier ! Il allait revoir ce ciel, ce peuple,
ces arts, ces magistrats, ces orateurs, ces
(39 )
poètes qu'il aimait, qu'il applaudissait de
loin. Il apportait en France sa femme, son
fils aîné, ses biens les plus chers; il redeve-
nait bourgeois de Paris; propriétaire; il allait
faire bâtir, planter; visiter nos musées, pro-
téger nos grands hommes, relever la muse
disgraciée de notre Casimir Delavigne, le
poète patriotique; il venait parmi nous in-
quiéter par sa présence les injustices de la
cour; il allait faire contraste avec ces per-
fides courtisans qui perdent les rois faibles,
et les ruinent à leur profit. Aussi combien le
peuple n'a-t-il pas aimé au premier abord le
duc d'Orléans ! combien sa bonne duchesse
n'a-t-elle pas répandu de touchantes au-
mônes, quelles misères n'a-t-elle pas secou-
rues , quelles larmes n'a-t-elle pas taries !
Grâce au duc d'Orléans le Palais - Royal
se relève; le duc achète à force d'écono-
mies l'ancienne demeure de ses ancêtres; il la
pare moins pour lui que pour le peuple ; il
se promène au milieu de nous comme un sim-
ple particulier, sans souci de la cour, sans
ambition pour l'avenir et sans remords pour
le passé, car jamais il n'a combattu contre
la France, souvent, au contraire, il s'est exposé
pour elle. Ainsi a commencé le duc d'Orléans.
( 40 )
Vient le 20 mars; les Tuileries sont en
émoi, les princes tremblent; il faut fuir. Le
duc d'Orléans vient alors offrir ses services
en loyal sujet. Il oublie les dégoûts dont il a
été abreuvé, le vain cérémonial avec lequel
il a été accueilli, il offre le secours de son
bras à Louis XVIII ; le roi l'envoie à Lyon
d'abord, puis après à la frontière du Nord.
Mais l'aigle impérial avait repris son vol,
rien ne l'arrête dans sa course, et d'un coup
de son aile puissante il renverse encore une
fois ce trône chancelant que nous avons fondé
de nouveau le 29 juillet.
Dans ces circonstances difficiles, le duc a
toujours été le même : toujours la même hor-
reur pour le sang répandu, toujours le même
respect pour la loi, toujours le même amour
de l'ordre et de la sécurité publique. Au 20
mars, il avait envoyé à tous les commandans
de la frontière du nord une instruction dans
laquelle il les conjurait « de faire céder toute
« opinion au cri pressant de la patrie, d'éviter
« les horreurs de la guerre civile, de se rallier
a autour du roi et de la charte constitution-
nelle , surtout de n'admettre , sous aucun
« prétexte , dans nos places , des troupes
( 41 )
« étrangères. » Ayant appris le 22 l'arrivée de
Louis XVIII à Lille, qui était sorti de France
sans lui avoir laissé aucune instruction, le
duc d'Orléans pensa qu'il ne lui restait plus
qu'à se retirer en Angleterre, où sa famille
l'avait précédé. Il partit de Lille le 24 mars
I8I5. Mais avant de quitter pour une seconde
fois la France, il déposa l'expression de son
amour pour elle, dans une lettre adressée au
duc de Trévise.
" Je viens, mon cher Maréchal, disait-il
« dans cette lettre, vous remettre en entier le
« commandement que j'aurais été heureux
« d'exercer avec vous. Je suis trop bon Fran-
" çais pour sacrifier les intérêts de la France,
« parce que de nouveaux malheurs me for-
« cent à la quitter : je pars pour m'ensevelir
« dans la retraite et dans l'oubli. Le roi n'é-
« tant plus en France, je ne puis plus vous
« transmettre d'ordres en son nom ; et il ne me
« reste qu'à vous dégager de l'observation de
« tous les ordres que je vous ai transmis, et à
« vous recommander de faire tout ce que votre
« excellent jugement et votre patriotisme si
" pur vous suggéreront de mieux pour l'in-
« térét de la France, et de plus conforme à
4-
(42 )
» tous les devoirs que vous avez à remplir.
" Adieu, mon cher Maréchal, mon coeur se
« serre en écrivant ce mot adieu. Conservez-
« moi votre amitié dans quelque lieu que la
« fortune me conduise, et comptez à jamais
« sur la mienne. Je n'oublierai jamais ce que
« j'ai vu de vous pendant le temps trop court
« que nous avons passé ensemble. J'admire
« votre loyauté et votre beau caractère, au-
« tant que je vous estime et que je vous aime;
« et c'est de tout mon coeur, mon cher Blaré-
« chai, que je vous souhaite toute la pros-
" périté dont vous êtes digne, et que j'espère
« encore pour vous. »
L. P. D'ORLEANS.
Le duc d'Orléans en Angleterre ne prit au-
cune part aux intrigues de la nouvelle émi-
gration, et vécut retiré dans son ancienne
retraite de Twickenham. Il y resta quelque
temps encore après la restauration du 8 juil-
let, ne voulant pas revenir avec un cortège
de troupes étrangères. Ce ne fut qu'en sep-
tembre 1815 qu'il reparut en France, mais
seul et sans sa famille. Il voulait attendre que
la France fût plus calme. Les délibérations de
la Chambre de 1815 ne lui permettaient pas
( 43 )
d'espérer que le retour de la paix intérieure
serait prochain.
Une ordonnance du roi lui avait permis de
siéger à la Chambre des pairs. Le duc y parut
avec sa modération accoutumée ; et l'irritation
des partis lui permit de donner un grand
exemple de cette vertu si rare. La Chambre
discutait la rédaction de l'adresse d'usage, en
réponse au discours du roi. Une commission,
formée d'hommes exaspérés, proposait d'in-
viter le monarque à des rigueurs extraordi-
naires ; elle avait rédigé la phrase suivante :
« Sans ravir au trône les bienfaits de la clé-
« mence, nous osons lui recommander les
« droits de la justice; nous osons solliciter de
" son équité la rétribution nécessaire des ré-r
« compenses et des peines. » Cette phrase qui
faisait un si triste appel aux passions vindi-
catives fut combattue par M. le duc de Bro-
glie, par MM. de Barbé-Marbois, de Traey,
Lanjuinais et surtout parle duc d'Orléans.
« Laissons au roi, s'écria le Prince avec
» chaleur, le soin de prendre constitutionnel-
« lement les précautions nécessaires au main-
« tien de l'ordre public; et ne formons pas
« des demandes dont la malveillance ferait
( 44 )
« peut être des armes pour troubler la tran-
« quillité de l'Etat. Notre qualité de juges
« éventuels de ceux envers lesquels on nous
« recommande moins de clémence que dejus-
« tice, nous impose un silence absolu à leur
« égard. Toute énonciation antérieure d'opi-
« nion me paraît une prévarication dans
« l'exercice de nos fonctions judiciaires; en
« nous rendant tout à la fois accusateurs et
« juges.... » Un mouvement unanime d'adhé-
sion se manifesta dans l'assemblée; le duc
de Richelieu lui-même s'unit aux approba-
teurs. Mais chose étrange! un moment après
la proposition contraire fut adoptée.
Nous étions alors sous une espèce de ter-
reur qu'on a tenté vainement de nous rendre.
Le zèle royaliste s'attaquait à toutes les gloi-
res et à tous les malheurs. La France était
pauvre, désolée, inhabile, inactive, mal
apprise à se servir du gouvernement consti-
tutionnel trop nouveau pour elle ; c'était là
un temps bien honteux , heureusement ex-
pié à force de courage et de prudence. Dans
un pareil état de choses, un prince comme
le duc d'Orléans ne pouvait pas autoriser
tant de violence par sa présence.
( 45 )
Le prince reprit le chemin de Londres. A
Londres il reçut une lettre de la femme d'un
de nos plus illustres capitaines, pour le sup-
plier d'intéresser le prince régent en faveur
de son mari, en jugement devant la Chambre
des pairs. Il répondit à cet appel fait à la gé-
nérosité de son caractère. Il ne revint en
France qu'en 1817 , après l'ordonnance du 5
septembre, qui promettait un retour à la
modération. Mais alors le roi ne lui permit pas
de reprendre sa place à la chambre des pairs.
Désormais fixé dans sa patrie, le premier
prince du sang de la couronne de France s'est
créé une existence digne de lui. L'hiver il
habite les salons restaurés du Palais-Royal,
asile de ses ancêtres; l'été, il occupe sa déli-
cieuse maison de Neuilly, dont il a dessiné
lui-même les jardins, et qu'il embellit de tous
les monumens des arts. Il ne s'est point,
comme les princes vulgaires, environné de
flatteurs et de bouffons.
Le duc d'Orléans a des amis, il n'a pas
de cour. C'est un grand seigneur qui aime les
artistes, les gens de lettres, les poètes; qui
se plaît à réunir dans son salon toutes les su-
périorités sociales. Il est peu d'hommes sensés

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