Le romancero de l'impératrice / traduit de l'espagnol par Chéron de Villiers

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librairie de l'Académie des bibliophiles (Paris). 1869. 1 vol. (79 p.) ; in-32.
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LE
OMANCERO
DE
L'IMPÉRATRICE
Traduit de l'espagnol
PAR CHERON DE VILLIERS
PARIS
A LA LIBRAIRIE DE L'ACADÉMIE
DES BIBLIOPHILES
Rue de la Bourse, 10
MDCCCLXIX
LE
ROMANCERO
DE
L'IMPERATRICE
LE
ROMANCERO
DE
L'IMPÉRATRICE
Traduit de l'espagnol
DE VILLIERS
PARIS
A LA LIBRAIRIE DE L'ACADEMIE
DES BIBLIOPHILES
Rue de la Bourse, 10
MDCCCLXIX
Comme tous les recueils de poésies
historiques, — qui portent en Es-
pagne le titre de Romanceros, — le
ROMANCERO DE L'IMPÉRATRICE
est une oeuvre collective. Les grands
poëtes espagnols du XIXe siècle en
sont les auteurs.
Les pièces qui le composent ont été
adressées par eu à Eugénie-Marie
de Guzman, comtesse de Téba, lors-
qu'elle est devenue l'Impératrice des
Français.
Le texte original, publié en 1853
en un magnifique volume in-4°, ainsi
que la traduction française, imprimée
- 6 -
en 1854 avec le plus grand luxe
typographique, sont devenus introu-
vables.
Cette nouvelle édition remet au
jour les oeuvres de plusieurs contem-
porains illustres, dont le nom a bien
une valeur, lorsqu'il s'agit de l'un
des grands événements historiques de
notre époque.
C. V.
L'AIGLE
LE PROSCRIT ET L'ESPAGNOLE
par
ENRIQUE DE CISNEROS
Venez, enfants; asseyez-vous
autour de moi ; la nuit est triste
et sombre, et joyeuse est la
rouge flamme qui dévore les
vieux troncs dans le foyer. Abri-
tez-vous sous ces fourrures;
soyez attentifs ; je vais vous dire
— 8 —
la grande histoire de l''Aigle, du
Proscrit et de la- Belle Espa-
gnole.
I
Du sein de la mer africaine
s'élève un mont sauvage, battu
des flots de l'Océan. « Sainte-
Hélène! Sainte-Hélène ! " s'écrie
avec douleur le matelot français
qui l'aperçoit au lever du jour.
Sur les pointes arides de cet
écueil désolé habite, triste et so-
litaire, un aigle fatigué. Les ou-
ragans déchaînés le poursuivent
avec fureur; les étoiles l'éclairent
de leur lumière tremblante.
La brise murmure à son oreille
trois mots que son souffle rapide
a apportés d'Europe : « Ma-
9
rengo ! » et l'aigle agite ses ailes
majestueuses; « Iéna! » et il
tourne ses yeux foudroyants de
l'Orient à l'Occident; « Water-
loo ! » et l'aigle abattu cache sa
tête sous ses plumes.
Le vent souffle, et l'aigle reste
toujours dans les rochers, rete-
nant entre ses serres deux cou-
ronnes impériales.
II
Que le Xénil coule paisible!
Qu'elle soit heureuse et fertile,
la plaine maure qui, dans ses
prés émaillés de fleurs, a donné
naissance à une jeune fille en-
chanteresse !
Quand, légère et hardie, elle
2
— 10 -
guide un coursier superbe, elle
le dompte plus par sa beauté
que par la force de son bras, et
on la prendrait, au fond des
bois épais, pour la Diane chas-
seresse.
De nobles sentiments rem-
plissent son noble coeur, car
elle est l'héritière du sang des
Guzmans, dont chaque goutte
est un trésor !
Quel est celui qui donnera le
doux nom d'épouse à cette belle
jeune fille, et qui placera sur son
coeur ce joyau précieux?... Le
seul homme digne de l'obtenir
est le fiancé désigné pour elle
par l'aigle, qui, dans les rochers
déserts, garde deux couronnes
impériales!
— 11 —
III
Couchée entre ses deux mers,
de la Méditerranée à l'Océan,
dont les flots baignent l'Angle-
terre, la France, humiliée, pleure
sur ses malheurs. De sa noble
poitrine s'échappe à gros bouil-
lons, par de larges blessures, le
sang héroïque qui coule dans
ses veines. Cependant elle pense
à un proscrit, héritier de glo-
rieuses destinées, dont la fortune
inconstante ne favorise pas l'au-
dace, mais qui ne fut jamais
abattu par ses disgrâces et resta
toujours calme et ferme dans le
malheur. La France l'appelle
— 12 —
comme une mère; elle l'embrasse
avec amour; ses larmes s'arrê-
tent, son sang cesse de couler,
et dans cette étreinte elle re-
couvre la force et la vie.
Guidée par son étoile, la fille
des Guzmans , la charmante
Espagnole est venue vers la
France, et elle donne son coeur
et sa main au prince jadis pro-
scrit. L'aigle s'éveille alors, et,
d'un vol majestueux abandon-
nant sa solitude, il s'élève jus-
qu'aux nues; il répand dans
l'espace la renommée de la
vertu et le triomphe de la beauté.
Il s'arrête sur la grande cité de
Lutèce, et là, en présence du
peuple ébloui, il dépose sur la
tête du proscrit et de la belle
— 13 —
Espagnole les deux couronnes
impériales qu'il tenait entre ses
serres puissantes.
Mes enfants, la flamme trem-
blante est près de s'éteindre;
c'est l'heure où sortent les oi-
seaux funèbres et où l'on entend
gémir de tristes voix. Dormez,
et que Dieu vous montre dans
un songe paisible, aux rayons
du soleil de la gloire, les ombres
majestueuses de l'aigle, du pro-
scrit et de la belle Espagnole.
A L'IMPÉRATRICE
DES FRANÇAIS
par
ENRIQUETA LOZANO
Salut à la beauté couronnée !
Devant elle fléchissez le genou.
Honneur à la vertu qui brille
sur le trône de France, environ-
née d'admiration et de splendeur!
Son front rehausse l'éclat du
diadème impérial; sur sa poi-
— 15 —
trine brille l'emblème sacré du
bonheur et de l'espérance.
Et moi, le coeur palpitant d'en-
thousiasme, je t'adresse aujour-
d'hui l'hommage de mon amour;
à toi dont les yeux se sont ou-
verts au jour sous le ciel de
Grenade, ma patrie.
Cette heure t'est propice; elle
est pleine d'espérance. Monte
sur le trône de saint Louis,
fleur de la Castille, blanche perle
de la mer, lis sans tache, pur
diamant qui brille dans l'ombre
de la nuit.
Oui, assieds-toi sur le trône;
tu es digne du rang suprême; ta
vertu, ta beauté, ta naissance,
t'appelaient à ce glorieux destin.
Mais, ne l'ignore pas, les con-
— 16 —
solations que tu donnes à ceux
qui pleurent, les bénédictions
du pauvre que tu soulages, ajou-
teront toujours à la noblesse de
ton blason.
C'est un beau jour, un jour
heureux, celui où la puissance
impériale est déposée entre tes
mains; mais si grande que soit
la gloire que Dieu te donne,
plus grande est ta mission sur la
terre.
Si tu veux imiter de nobles
exemples, de sublimes vertus,
demande-les à ta belle patrie;
son histoire en est pleine , elle
peut te les montrer avec fierté.
Parfois, quand tu rêves pen-
sive, charmante jeune fille , au-
près du foyer de tes pères, tu
— 17 —
pourrais entendre sortir du
souffle populaire cent noms glo-
rieux dont s'enorgueillit ta fa-
mille ; noms illustres, nobles et
sans souillure, que répète la voix
de la renommée, en rendant
hommage à Dona Sancha et à
l'héroïsme d'Isabelle.
Imite sa vertu, imite ses ac-
tions ; protége le faible, abaisse
le superbe, et montre aux na-
tions, toi noble espagnole, ce
que valent les dames de Cas-
tille.
Sois toujours heureuse de tes
grandes destinées, mais, ô noble
impératrice ! pourrais-tu oublier
un seul instant que le plus riche
fleuron de ton diadième est ton
titre de fille d'Espane!
3
LA NYMPHE DU XENIL
par
ANGELA MOREJON DE MASSA
Aujourd'hui pour la première
fois je m'adresse à toi d'une
voix tremblante, Grenade, ô ma
douce patrie! Pour la première
fois je salue ta plaine fertile, tes
montagnes neigeuses et ton so-
leil radieux.
Aujourd'hui, je mêle mes
chants à ceux qu'entonnent tes
— 19 —
bergers en s'accompagnant de la
cornemuse, au murmure cares-
sant des ruisseaux dont les ondes
amoureuses baignent tes anti-
ques fondements, aux chants
gracieux des petits oiseaux, aux
tendres soupirs de la plaintive
tourterelle, au souffle rapide du
vent dans les feuillages, à toutes
ces voix joyeuses qui chantent
la nymphe du Xénil.
La rose aux vives couleurs, la
violette azurée, la giroflée odo-
rante, le pâle oranger, mêlés
aux branches du myrte, s'enla-
cent pour elle en guirlandes em-
baumées.
Et les fleurs, les vents, les oi-
seaux et les ondes, le berger des
campagnes en ses chansons rus-
— 20 —
tiques, tout répète à sa manière
et sur mille tons divers : « N'ou-
blie pas, belle nymphe, l'amour
de ta patrie.
« N'oublie pas qu'en Espagne
tes yeux ont vu le jour ; que les
zéphyrs du Xénil ont bercé ton
sommeil; qu'ici, les rayons de
la lune ont innocemment baisé
ton front, et que tes lèvres se
sont embaumées du parfum des
jasmins.
« Ces montagnes neigeuses
t'ont donné leur blancheur ;
cette aurore rosée a coloré tes
joues; tes yeux ont pris la cou-
leur de notre ciel; tes cheveux
sont dorés des rayons de notre
soleil ! Nymphe, ne l'oublie pas,
« Écoute nos chants, naïade
— 21 —
de nos rivages; reçois ces guir-
landes de roses et de jasmins.
Prends-les, Senora; couronne
de ces fleurs ton front gracieux,
et souviens-toi que tu as été la
nymphe du Xénil ! »
Ainsi chantent les fleurs et les
vents, les oiseaux et les ondes,
et le berger des campagnes; et
moi, belle Grenade, moi qui
suis aussi ta fille, j'écoute et je
mêle ma voix à leurs chants.
Je chante aussi ta beauté, Se-
nora; je veux, à mon tour, te
rappeler notre belle patrie, t'of-
frir une humble fleur et te sa-
luer encore, ô nymphe du Xénil !
JOIE ET TRISTESSE
par
ANDRES AVELINO BENITEZ
D'où vient ton trouble, ô mon
coeur!... Pourquoi battre à bri-
ser ma poitrine, et remplir mes
veines d'un feu dévorant?... Où
sont les longues heures que
mon âme passait jadis calme et
sans inquiétude, ces heures
d'une vie harmonieuse et sereine
— 23 —
comme la fraîche haleine des zé-
phyrs ?
Pourquoi, tandis que le plai-
sir sourit à mon coeur, tandis
que mon âme, folle d'un heu-
reux délire, étend ses ailes pour
s'élever dans les célestes régions,
pourquoi pleurer toujours? Hé-
las ! pourquoi la tristesse et les
ennuis obscurcissent-ils mon
bonheur? Quel trouble étrange
s'empare de mon âme et enva-
hit tout mon être, semblable à
un nuage chargé de tempêtes,
qui, après la chaleur du jour,
pèse sur la terre et étouffe les
brises du soir?... Pourquoi mon
coeur gémit-il sans douleur?...
Pourquoi mon âme est-elle trou-
blée dans son bonheur?
- 24 -
Ce lis sans tache, cette tendre
fleur, hier encore l'orgueil du
Manzanarès, hélas ! elle a quitté
ces bords pour aller sur les
rives de la Seine; elle porte sur
un sol étranger son amour, sa
grâce et ses parfums! France,
ô nom magique! cause de mes
tourments et de mon allégresse,
c'est toi qui brises mon âme et
qui remplis mes yeux de larmes,
quand je te vois, dans ton désir
souverain, nous enlever, pour
enrichir ton trésor, la plus belle
rose de nos vallons, la tendre
soeur de mon enfance!
O France! ne t'étonne pas de
ma douleur profonde ; j'en ap-
pelle à ton noble coeur, tu com-
prendras ma souffrance et mes
— 25 —
regrets. — Seul sur la terre, or-
phelin dès ma naissance et voué
à l'infortune, mon berceau fut
placé auprès de son berceau ; son
père chéri fut appelé par moi du
même nom; et, grandissant en-
semble, nous partagions les bai-
sers de sa tendre mère.
Sois fière, belle France! ré-
jouis-toi de ton bonheur; car
aux fleurs de ta couronne tu
ajoutes une fleur précieuse, une
rose sans égale, l'orgueil et la
gloire de l'antique cité des Mau-
res. Sois heureuse ! et pourtant
pense à l'amertume qui rem-
place nos illusions et ne nous
laisse que les regrets. Mon coeur
ne l'oubliera jamais; tu nous
l'enlèves; mais est-elle bien à
4
— 26 —
loi, quoique tu poses ta cou-
ronne sur son front?
Que sont les honneurs dont
tu l'entoures? Qu'est-ce que ton
diadème impérial, si déjà elle
porte la couronne du talent; si,
reine des coeurs et reine des
fleurs, les zéphyrs de nos cam-
pagnes lui ont déjà prodigué
leurs baisers amoureux?
Qu'importe qu'à ses pieds,
pour la contempler, se pressent
avec enthousiasme les plus nobles
de tes enfants, si, avant eux,
pour la saluer à son réveil et
pour la voir dans tout l'éclat de
sa beauté virginale, le soleil le-
vant l'inondait de ses rayons de
feu?
Ne vante pas les faveurs dont
— 27 —
tu l'entoures. Si la reine qui
partage aujourd'hui ton destin
se voit environnée d'honneurs
éclatants, ses yeux seuls peut-
être en sont frappés. Souveraine
par la beauté, enfant chérie de
la fortune, les fées la caressè-
rent dans son berceau, et, en la
voyant si belle, elles lui prédi-
rent sa haute destinée. Sans
crainte, elle accepte sa gloire.
Jeune, douce et bonne, le poids
de la couronne de France ne
fera point fléchir son front, car,
pour la porter, l'Espagne lui a
donné sa noble fierté.
Qu'elle te soit chère, ô France!
Relève la tête et sois fière de la
posséder ! Mais combien son ab-
sence remplit mon âme de tris-
— 28 —
tesse et de peine!... Cependant
mes larmes ardentes cesseront
de couler et ma douleur sera
moins cuisante, si cette noble
fiancée 'trouve dans ton char-
mant Eden une tendresse, un
amour, aussi profonds, aussi
sincères que mon amour et ma
tendresse.
C'est là ce que tu lui réserves,
belle France I toi si noble, si
galante et si fière ! Etends les
ailes, ô mon espérance! Chérie
et respectée, elle monte les de-
grés du trône; et si, dans une
heure fatale, les fondements en
étaient ébranlés, on verrait, l'é-
pée en main, au péril de leur
vie, se lever pour la défendre
les vaillants chevaliers de la
— 29 —
fleur précieuse du Darro et du
Xénil, et, pour prix d'un si beau
dévouement, le ciel donner à la
France un bonheur éternel.
Et vous, noble Dame, si quel-
que jour, du haut du trône im-
périal, vous portez votre doux
regard vers l'Espagne, n'ayez
point souci de voir notre joie
mêlée de tristesse... Mais soyez
heureuse à jamais!... que Dieu
vous comble de bonheur!...
Reine bien-aimée, mère chérie,
que la France vous donne tous
les biens en partage; qu'elle soit
fière du trésor qu'elle nous en-
lève, de ce lis charmant dont
ma patrie pleure la perte!... Que
la France mette à vos pieds son
amour et sa vie; mais jamais,
— 30 —
non, jamais, elle ne vous aimera
comme vous adore mon âme, à
la douleur livrée !
A LA FRANCE
(Écrit sur l'album de l'impératrice Eugénie)
par
ANTONIO CANOVAS DEL CASTILLO
C'est une fleur née dans les
jardins délicieux plantés par les
rois maures sur ces bords où le
Darro couvre de fleurs les ruines
des tours antiques.
Puisque tu peux aujourd'hui
t'abandonner aux plaisirs, res-

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