Le salut de la France, allocution écrite en 1821

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Delaunay et Ponthieu (Paris). 1829. France -- 1824-1830 (Charles X). [28] p. ; in-8.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1829
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LE SALUT
ALLOCUTION ÉCRITE EN 1821.
Qui metuens vivil, liber mihi
Non erit un juam.
HOR.
PARIS.
CHEZ DELAUNAY ET PONTHIEU,LIBRAIRES,
PALAIS-ROYAL
1829.
IMPRIMERIE DE SELLIGUE ,
rue des Jeûneurs, n. 14.
AVERTISSEMENT.
Le pourra paraître extraordinaire qu'un écrit,
qu'on peut appeler de circonstance , fait en 1821,
ne soit publié qu'en 1829. Cela s'explique pour-
tant tout naturellement. L'auteur , méditant à
cette époque le plan d'un grand ouvrage d'éco-
nomie politique qui n'est point encore achevé ,
fortement ému par les événemens publics et par
les discussions des chambres , ne put résister au
besoin d'exprimer sa pensée, et il le fit sous la forme
d'une allocution. Il en donna communication à
quelques amis, hommes de bien et de sens, qui
lui conseillèrent de la faire imprimer séparément;
parce qu'elle trouvait bien son application à tout
ce qui se passait dans ce moment. L'opuscule fut
donc remis à un libraire pour le faire imprimer
et le publier; mais la presse n'avait pas alors la
liberté dont la munificence royale l'a fait jouir de-
puis : il rencontra des obstacles et il fallut renoncer
à cette publication.
Aujourd'hui que les mêmes obstacles n'existent
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plus ; que plusieurs des prévisions de l'auteur se
sont réalisées; que presque toutes ses idées et ses
avis sont encore applicables au temps présent, les
mêmes amis lui conseillent de le livrer au public
comme une étincelle qui peut ranimer ou entre-
nir le feu sacré ou l'amour du bien , qui ne sont
qu'une seule et même chose.
LE SALUT
DE LA FRANCE
Qui metuens vivit, tiber mihi
If on erit unquam.
HOR
TOUT est dit sur les gouvernemens tout
'est pas fait pour le bonheur des nations. C'est
u'il est plus facile de raisonner et de donner
des conseils , qu'il n'est facile de créer des institu-
tions et de faire de bonnes et grandes actions. Les
grands hommes d'état sont rares ; la nature en est
avare et il n'y a qu'elle qui les produise. L'éduca-
tion polit, forme les moeurs , l'instruction orne ,
agrandit, nourrit l'esprit ; mais ni les moeurs (1),
ni les arts , ni les sciences ne font l'homme d'état.
Pour l'être véritablement, il faut de nombreux
rapports dans l'esprit sur les hommes et sur les
choses-, le génie prompt de la comparaison et de
la création, une grande étendue de jugement, le
coeur droit, grand , mais réservé ; un caractère
ferme , une vertu inébranlable : il faut être car
pable de sacrifier sa fortune et sa vie pour sa pa-
trie et pour le prince : en un mot il ne suffit pas
(1) Nous entendons que les bonnes moeurs seules ne
font pas l'homme d'état.
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d'être honnête homme, d'être homme de bien, d'ai-
mer le bien; il faut l'étudier sans cesse, le sentir,
le faire sans cesse. Où sont de pareils hommes? Je
ne puis vous le dire précisément ; mais cherchez-
les , vous les trouverez peut-être ; et si vous les
trouvez , donnez-les à la France , à cette magna-
nime France : elle en a besoin. Vous qui êtes mi-
nistres d'un prince d'autant plus grand que la na-
tion est grande , pénétrez sincèrement en vous-
mêmes, et si vous vous sentez à la hauteur de votre
ministère , restez et agissez (1 ). Sinon , retirez-
vous; ne compromettez pas plus long - temps la
gloire de la souveraineté ; songez que trente mil-
lions d'hommes sont là, et que les générations
s'avancent pour vous juger; que l'histoire est im-
placable; qu'un nom obscur, révéré dans la vie
privée, est préférable à un nom éclatant, abhorré
dans la vie publique. Je sais que peu d'hommes
Sont mécontens de leur esprit ; que chacun a un
penchant naturel à se croire plus capable, qu'un
autre ; mais ici , la situation est si grave , si pé-
rilleuse, qu'elle commande sur soi-même un ri-
goureux examen , dégagé des toute comparaison
individuelle , et qu'elle n'admet pour mesure des
facultés que les objets vastes auxquels ces facul-
tés doivent être appliquées. Oui, la France a besoin
(1) Le ministère a été totalement renouvelé pendant que
l'auteur s'occupait de cet écrit.
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d'hommes forts qui sachent la diriger avec per-
sévérance vers l'accomplissement de ses destinées.
Des siècles l'ont fait ce qu'elle est. Elle est grande
de souvenirs, elle est forte de sa propre force, elle
est belle d'espérances , elle est riche du passé , du
présent, de l'avenir; tous les coeurs palpitent, la
vie s'agrandit au nom d'une si noble patrie. Ne
prostituez point tant d'éclat, tant de solidité, tant
de biens et de prospérités. Oui la France est pleine
de vie et de santé ; mais il lui faut un régime en
rapport avec sa constitution. Son repos est sublime !
mais il lui faut un exercice modéré pour entrete-
nir et accroître même ses forces ; ou bien, le dé-
périssement est certain et le désespoir à craindre.
Et si vous voulez vous assurer la jouissance de ce
repos , rendez-vous respectable à l'extérieur par
une attitude puissante et capable d'éloigner toute
tentative d'agression ; vous le pouvez ; la loyauté
vous garantira de tout danger, et sans loyauté tous
les dangers vous environnent et vous pressent.
Sans offenser ni inquiéter vos voisins, vous pou-
vez donner au monde le spectacle nouveau d'une
nation heureuse et puissante; la France peut être
le modèle du perfectionnement des autres na-
tions : gloire sublime! bien plus désirable, bien
plus louable que celle des conquêtes violentes !
Elles viendront chez vous ces nations, contempler
votre bonheur, étudier vos institutions, admirer
vos arts, visiter et estimer vos savans, acquérir la
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grâce de vos manières, de votre politesse et de
votre franchise ; purifier leur goût et apprendre,
en un mol, tout ce qui compose les agrémens de
la vie. Elles vous apporteront aussi leurs qualités ;
surtout un peu de gravité qui ne peut vous nuire :
doux commerce d'où résulteront des avantages ré-
ciproques de civilisation sans efforts. Comparez
ce tableau à la langueur , à la compression , à la
contrainte , à la défiance , au malaise, à l'agita-
tion inquiète des esprits dans l'intérieur ; à notre
espèce d'assujettissement politique aux combinai-
sons et aux volontés , du moins occultes, des au-
tres gouvernemens ; à l'insignifiance où l'on peut
nous réduire contre notre dignité et notre hon-
neur : résultats inévitables d'un régime faible,
tortueux et imprévoyant. Choisissez; l'alternative
est claire, certaine : d'un côté vous avez la gran-
deur, les bénédictions et une tranquillité hono-
rable ; de l'autre, vous avez la nullité, les malé-
dictions, les troubles et l'opprobre. Ministres
français; vous n'hésiterez plus. Chose admirable !
situation unique dans l'histoire ! chez nous l'in-
térêt national est étroitement lié et d'accord avec
l'intérêt du trône. Tout ce qui tend à séparer ces
deux intérêts est mauvais ; creuse un abîme où il
faudra tomber inévitablement ; fait toute la dif-
ficulté du gouvernement ; l'engage dans des décep-
tions , des tromperies honteuses, indignes du ca-
ractère français : tandis que tout ce qui tend à les
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maintenir unis et en bonne harmonie , est bien ;
fortifie et élève le trône; consolide et accroît la
prospérité nationale; rend le gouvernement facile,
noble, loyal, juste et généreux; seul digne d'un
grand peuple.
Disparaissez donc, individualités funestes; Fran-
çais, rangez-vous tous à la loi commune, soumet-
tez-vous au grand principe d'intérêt public ,
agrandissez votre âme, méprisez les vanités , con-
tentez-vous des supériorités que la loi consacre ou
qu'un mérite réel vous acquiert. Vous qui portez
d'anciens noms , soyez fiers de votre naissance ,
si vous voulez ; mais soutenez - en l'honneur par
de nobles sentimens, par des actions généreuses,
par des services réels envers le pays et le prince.
Ne vous en faites plus un titre unique et exclusif
de prédominance sur les autres et de prétention
à leurs respects : le prestige des noms a disparu
sans retour, comme héritage, comme privilège de
supériorité; leur influence réelle et raisonnable
dans l'ordre social est seule demeurée, parce que
la société plus éclairée est juste, qu'elle respecte
tous les genres de propriété autant qu'elle déleste
et repousse les priviléges et les prétentions qui
n'ont que le hasard pour cause. Ce qui a pu être
tolérable, bon même, pour maintenir l'ordre dans
l'enfance de la communauté, est devenu un contre-
sens, un hochet insipide dans sa virilité. Jouissez
donc de l'influence de votre naissance telle qu'elle
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