Le Sénat de Marseille, par M. A. Pasquet

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les marchands de nouveautés (Paris). 1829. In-8° , 29 p..
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Publié le : jeudi 1 janvier 1829
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LE SENAT """■
'"' DE
V ■ ■
PAR M. A. PASQUET.
Sénateurs, arrêtez; ne vous séparez pas;
Je ne me suis pas plaint de tous vos attentats.
VOLTAIRE, BrUtllS.
PARIS,
CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
- : 1829.
IMPRIMERIE DE H. FOURNIER,
. nVE DE SEIHE, N. 1^.
PRÉFACE.
« LE Sénat de Marseille, » dit Montaigne sans citer
son auteur, et j'aime mieux lire Montaigne que cet
auteur, quel qu'il soit ; « le sénat de Marseille eut raison
d'entériner sa requête à celui qui voulait se tuer
parce que sa femme le tourmentait. «
Ces quelques mots prouvent bien des choses :
i° Qu'il y avait Un sénat à Marseille ;
2° Qu'on lui adressait des requêtes, nous disons à
présent des pétitions ;
3° Qu'il les entérinait ou ne les entérinait pas ; par
conséquent qu'elles étaient l'objet d'une délibération.
Le lecteur verra pourquoi je tiens à établir ces trois
faits.
S'il se passait à Marseille quelques-unes des choses
qui se passent chez nous, en revanche il s'en passait
d'autres que nous répugnerions à croire. Tel est le fait
attesté par ce passage de Pétrone :
«Massilienses, quoties pestileutiâ laborabant, unus,
i.
4 PRÉFACE.
« se ex pauperibus offerebat alendus, anno integro,
« publicis et purioribus cibis. Hic posteà ornatus ver-
ce bénis et vestibus sacris, circumducebatur per totam
« civitatem cum exsecrationibus, ut in ipsum recide-
« rent mala civitatis :'et sic projiciebatur. »
Quelques lecteurs pourront penser que j'ai altéré
l'histoire pour faire entrer ce fait dans mon opuscule.
Ces hommes qu'on sacrifiait, pour conjurer la peste,
comme le bouc des Hébreux, chargé des péchés du
peuple, se présentaient d'eux-mêmes, se offerebant;
et la victime qu'on propose dans ma pièce n'est pas ré-
signée à ce sacrifice. Cela est vrai; mais je crois que,
résignée ou non, l'effet produit par sa mort devait être
le même; l'important était le cum exsecrationibus,
et, en pareille circonstance, cette condition serait tou-
jours remplie!...
Il résulte de tout cela qu'il y a dans ma pièce quatre ou
cinq passages à moitié historiques ; c'est certainement
plus qu'il n'en faut pour constituer ce qu'on appelle de-
puis quelque temps un drame historique. Aussi mes amis
me conseillaient-ils de faire paraître mon ouvrage sous
ce titre. Quand on écrit, me disait-on, il faut se con-
former au goût du public ; vois Marmontel et les au-
teurs de cette époque, que faisaient-ils? des contes
moraux, des drames moraux : Gilbert s'en plaint; et
l'on prêche les moeurs jusque dans la Pucellè ! C'est
le goût du public, répondaient en riant les auteurs
applaudis,
El des vers sont charmans si peu qu'ils soicnl moraux.
PRÉFACE. 5
De nos jours, la morale n'est plus à la mode, c'est
l'histoire. Dès qu'on voit sur la couverture d'un livre,
le mot historique, soit en romain, soit en ronde, soit
en cicéro, soit en gothique, en un mot en caractères
quelconques, le livre fait fureur; on l'achète, on le lit,
plus tard on en fait ce qu'on veut, mais on l'a acheté
et lu.
J'avais beaucoup à répondre, et je répondis :
« MES CHERS AMIS ,
« Le public est un maître capricieux; il faut le servir
selon son goût, et son goût change tous les jours; les
ouvrages historiques sont à la mode? non, 'la preuve
c'est qu'ils y étaient l'an passé. Sans cloute on lit avec
empressement les Etats de Bois, la Mort d'Henri [II
et la Chronique de Charles IX, on les lira toujours,
mais c'est parce que ces ouvrages sont de ceux qui pour
plaire n'ont pas besoin de leur titre. Quant aux ro-
mans historiques de MM. A, B, C, D, E, F, G, H...
et compagnie, ce sont des contes... à dormir debout,
et ils ne sont lus que par MM. A, B, C, D, E, F,
G, H... et compagnie. Souffrez donc que le Sénat de
Marseille s'appelle tout simplement le Sénat de Mar-
seille, car ce n'est ni une comédie historique, ni une
comédie, ni un drame, c'est le Sénat de Marseille. »
L'un d'eux, plus vétilleux que les autres, revint
quelques jours après cette conversation ; à son air ra-
dieux je crus qu'il avait trouvé la pierre philosophale.
Tu as raison, me dit-il, le Sénat de Marseille n'est
ni une comédie historique, etc. ; c'est une satire.
G PREFACE.
MOI.
Une satire !
L'AMI .
Nul doute; et bien mieux, c'est une satire du droit
de pétition, et de la Chambre des députés.
MOI.
Du droit de pétition ! Si je craignais qu'on pût le
croire, je la jetterais au feu.
Ce droit est respectable et sacré.
— Tu ferais peut-être bien, mais je m'explique; tu
as voulu plaisanter les sots pétitionnaires : ne le nie
pas ; tu as raison. Quant à la Chambre des députés,
l'allusion est frappante; il y a même des portraits.
— Ceci est un peu fort, car je te jure que je n'y
ai pas songé. Des allusions, j'en conviens, mais elles
sont fort innocentes; car si je réussis au gré de mes
voeux on rira; et quand on rit, on ne songe pas à
mal. Mais des portraits?
— Oui ; d'abord Constans est évidemment Ben-
jamin Constant. La ressemblance des noms l'indique
suffisamment, et puis si tu ne mets pas dans sa bouche
un beau discours, ce qu'il faudrait pour que l'identité
fût parfaite, tu lui donnes de beaux sentimens.
— Admettons : il ne s'en offensera donc pas ; ses
collègues ne s'en offenseront pas davantage ; louer
l'un n'est pas blâmer tous les autres. Ensuite...
— Cecilius, c'est Etienne.
— Etienne n'est pas, que je sache, un défenseur
aussi zélé de la liberté littéraire.
PREFACE. 7
-— Peut-être ; mais ces mots, .
Comme un autre, jadis j'ai grossi leur cortège,
Non sans gloire
— Pourquoi ne serait-ce pas M. Viennet? !
— C'est Etienne.
— Admettons : de quoi pourrait-il se plaindre? De
ce que je lui prête un langage moins châtié, moins
élégant que son langage ordinaire ? Ce n'est pas ma
faute, c'est la sienne. Ensuite.
— Ton président ! qui rappelle toujours à la Chambre
qu'elle ne doit pas interrompre, qu'il faut écouter;
qui cite le règlement, les lois! qui n'a qu'une pensée,
celle de maintenir, comme le dit Numa, la tribune
libre, c'est évidemment...
— M. Ravez!
— Royer-Collard.
— Admettons encore ! La Chambre ne s'en offen-
sera pas. Ensuite.
— Ton ministre, on le reconnaîtra bien.
—- Mon ministre dit qu'il est Gascon, qu'il ne dit
pas tout ce qu'il pense, qu'il ne pense pas tout ce qu'il
dit ; cela ne s'applique pas à l'un d'eux en particulier.
— Si fait, si fait! à M
:— Tu es dans l'erreur ! Quittons ce sujet.
Non, mon cher lecteur, il n'y a pas dans cet ou-
vrage une seule allusion méchante; c'est une satire,
j'en conviens ; mais elle attaque tout le monde et per-
sonne ; ceux qui croiraient le contraire, ceux qui trou-
8 PREFACE.
veraient dans mes vers autre chose qu'un badinage,
seraient à cent lieues de ma pensée.
Lis donc, qui que tu sois, lis en toute sûreté de
conscience, et Dieu veuille que cette lecture t'amuse.
Surtout ne confonds pas ce voeu avec celui du men-
diant à qui tu viens de faire l'aumône ; il te souhaite
toutes les prospérités, et se soucie fort peu qu'il t'en
arrive une seule. Mon voeu est sincère; mon plus grand
plaisir serait de t'en procurer un peu. Si tu ris je serai
le plus heureux des hommes; et c'est ce que je nous
souhaite.
LE
SÉNAT DE MARSEILLE.
LA SALLE DES DÉLIBÉRATIONS.
DEUX JANITEURS , A. ET B.
( Ils sont à balayer la salle ; quand leur ouvrage est terminé, ils se rap-
prochent . et causent. )
A.
La séance d'hier m'a joliment fait rire !
B.
Moi, pas; on criait trop. Numa certe a beau dire :
Son avis a passé; mais, pour moi, j'en convien,
Ce que la chambre a fait ne me paraît pas bien.
A.
Ton opposition est trop systématique;
Tu critiques toujours...
B.
J'aime la république,
Et je ne saurais voir sans douleur, sans regrets,
io LE SÉNAT
Sacrifier ainsi ses plus chers intérêts.
Quoi ! jeter sans pudeur notre argent aux ministres !
Nous vendre!
A.
Tu crois donc aux discours de ces cuistres
Qui, de noires couleurs peignant notre horizon,
Grâce aux journaux, du peuple égarent la raison ?
Tu crains pour ton argent, es-tu propriétaire ?
Je ne te connais pas un seul quartier de terre.
Tu veux l'économie ; et qu'y gagneras-tu ?
Pas plus que moi : je suis bien logé, bien vêtu,
Quelques as dans ma poche, et pas grand'chose à faire ;
Du peuple après cela je ne m'occupe guère.
Ah ! si ces beaux diseurs écornaient le budget,
C'est sur toi, c'est sur moi que le coup tomberait :
Crois-tu que Monseigneur, qu'on abreuve d'outrages,
Pour complaire au sénat, diminuerait ses gages?
Non ; à la demi-solde il mettrait ses agens !
Il s'en prendrait, hélas ! à nos appointemens;
Et c'est nous, oui, nous seuls, qui pâtirions
B.
Impie !
Tu mets dans la balance un homme et la patrie!
A.
Oui, quand cet homme est moi.
B.
Lâche ! tu n'étais né
Que pour traîner toujours un habit galonné.
A.
Cet habit me va bien, et je n'en veux pas d'autre.
DE MARSEILLE. 11
Mais toi, l'on sait pourquoi tu fais le bon apôtre :
Cécilius hier t'a frappé dans la main ;
C'est qu'il veut...
B.
C'est qu'il sait que je suis citoyen.
A.
L'as-tu toujours été? Je t'ai vu...
B.
Je l'avoue.
Ah ! de nos sentimens la fortune se joue !
Sous l'ancien consulat, je faisais comme toi,
Je flattais, je rampais... C'était de bonne foi !
Les mots de liberté, de gloire, de patrie,
Étaient permis alors ; aux plaines d'Italie,
Tant de fois la victoire avait guidé Probus !
Marseille commandait à cent peuples vaincus!
Les dieux même, les dieux, comme pour nous absoudre.
Dans les mains de Probus semblaient placer leur foudre!.
Compare à ces beaux jours les jours où nous vivons.
Que pouvons-nous offrir au monde ?
A.
Nos savons !
Calembourg déplacé ! jeu de mots qui me blesse !
. A.
Non ; tu veux te laver des torts de ta jeunesse !
B.
Mes torts sont d'autrefois, les tiens sont d'aujourd'hui
Enfin du repentir pour moi le jour a lui ;
Mon pays avant tout.

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