Le Socialisme ou communisme, et la Jacquerie du XVIe siècle, imitée par les socialistes de 1851,... par J.-B. Fourteau,...

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P. Dupont (Paris). 1852. In-12, 256 p..
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Publié le : jeudi 1 janvier 1852
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LE SOCIALISME
OU
COMMUNISME,
ET
LA JACQUERIE DU XVIe SIÈCLE
Imitée par les Socialistes ,
AVEC UN APERÇU SUR LE DROIT AU TRAVAIL ;
PAR
J.-B. FOURTEAU,
PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE EN RETRAITE. .
Dieu a donné à l'homme la parole
pour l'expression de la pensée, et la
pensée pour l'expression de la vérité.
[FÉNÉLON.)
PARIS,
LIBRAIRIE ADMINISTRATIVE DE PAUL DUPONT,
Rue de Grenelle-Saint-Honoré, 45.
1852.
LE SOCIALISME
OU
COMMUNISME,
ET LA JACQUERIE DU XVIe SIÈCLE.
Périgueux. — Imprimerie DUPONT et Cie.
LE SOCIALISME
OU
COMMUNISME,
ET
LA JACQUERIE DU XVIe SIÈCLE
Imitée par les Socialistes de 1851,
AVEC UN APERÇU SUR LE DROIT AU TRAVAIL ;
PAR
J.-B. FOURTEAU,
PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE EN RETRAITE.
Dieu a donné à l'homme la parole
pour l'expression de la pensée, et la
pensée pour l'expression de la vérité.
(FÉNÉLON.)
PARIS,
LIBRAIRIE ADMINISTRATIVE DE PAUL DUPONT,
Rue de Grenelle-Saint-Honoré, 45.
1852.
PRÉFACE.
La société est atteinte dans son principe.
La véritable maladie de notre époque est
moins une maladie politique qu'une maladie
intellectuelle et morale.
Les diverses écoles socialistes ont altéré
la notion du devoir, en éveillant dans l'âme
l'ardeur des convoitises grossières, l'esprit
des révoltes, en faisant de l'intelligence, par
le mensonge et les sophismes, une puissance
destructive. La presse, infidèle à sa noble
mission, leur a trop longtemps prêté son
redoutable appui. Les petits journaux et les
almanachs socialistes, colportés sur toute la
surface de la France, ont achevé, dans les
coeurs des hommes sans instruction, l'alté-
ration des sentiments moraux.
Le socialisme , enchaîné par le vain-
queur du 2 décembre, sera très longtemps à
craindre. Ses innombrables partisans se sont
soumis au nouvel ordre de choses plus par
crainte que par honte et repentir. Si une
occasion favorable se présentait de tenter
une levée de boucliers, on verrait bientôt
les sociétés secrètes, sortant de dessous
terre, armer leurs affiliés de leurs poignards
et de leurs torches pour se ruer sur la société
et la détruire.
C'est pour tous les écrivains hommes de
bien un devoir de ramener l'intelligence à
sa véritable loi, de réchauffer le sentiment
de l'honnête, et de défendre, par leur dé-
vouement au chef de l'état, l'ordre social.
Je n'ai pas eu d'autre mobile ni d'autre
but lorsque, après l'élection des dix Monta-
gnards dans le département de la Dordogne,
j'ai combattu, pendant un an, dans l'Echo de
Vésone, le socialisme pour la défense de la
morale, de la religion, de la famille et de la
propriété.
La satisfaction de tous les hommes de
bien me fit facilement dédaigner les intimi-
dations et les menaces de quelques insensés.
Après mon dernier écrit du mois de décembre
sur la jacquerie du XVIe siècle, j'ai reçu une
belle récompense de mes efforts et de mes
veilles dans ces paroles de Mgr Georges, notre
éloquent et vénérable évêque : « M. Fourteau,
vos écrits sur le socialisme et la jacquerie
sont de bonnes actions. »
Vos écrits, selon l'expression de M. Marc
Dufraisse, ont nui dans le département de la
Dordogne aux idées socialistes, m'ont sou-
vent répété plusieurs personnes ; ils sont la
réfutation des doctrines subversives. Les ou-
vrages utiles à la société, à l'ordre, au res-
pect du pouvoir doivent être répandus ;
pourquoi ne composeriez-vous pas un recueil
de toutes vos lettres sur le socialisme? pour-
quoi n'en formeriez-vous pas un volume,
avec une préface renfermant l'explication
des plus importants problèmes que vous
n'avez pas donnée dans ces lettres? Je cède
à leurs instances; je me soumets à leurs
désirs.
Lecteurs, qu'avait alarmés sans motifs ma
lettre du 13 décembre 1850, je saisis enfin
l'occasion de dissiper toutes vos craintes, de
vous prouver que je n'ai rien écrit de con-
— 8 —
traire à l'enseignement des plus grands pères
de l'Église quand j'ai tenté de démontrer, que
la morale ou loi naturelle est une règle de
moeurs absolue , universelle , immuable,
éternelle, gravée, dans notre intelligence par
Dieu, notre créateur, pour nous faciliter la
distinction du bien et du mal.
Saint Jean-Chrysostôme a dit : « Dieu, en
formant l'homme, imprima dans son âme la
loi naturelle* : c'est la conscience intime
que la nature nous donne du bien et du mal.
Il y a des lois primordiales essentielles, des
commandements sur lesquels repose toute la
société humaine. »
Lecteurs, qu'avait alarmés ma lettre du
13 décembre 1850 , reconnaissez donc, avec
saint. Chrysostôme, ce père de l'Église que
les théologiens considèrent comme le grand
interprète de la Providence, reconnaissez,
dis-je, qu'il y a des devoirs antérieurs à la
religion, devoirs émanés de Dieu même, et
* Le catéchisme de la loi naturelle de Volney porte un
titre trompeur. On n'y trouve pas les belles pensées mo-
rales , les admirables préceptes do plusieurs philosophes
grecs et romains. Volney était matérialiste; il écrivit en
matérialiste. Son ouvrage est moins un recueil de préceptes
de morale que de préceptes d'hygiène.
que les révélations ont pu expliquer, mais
non changer.
Saint Augustin, qui était sorti des écoles
philosophiques pour devenir le flambeau du
christianisme, a dit : « Il existe, indépen-
damment de toute convention humaine, une
loi que j'appelle la souveraine raison, loi
contre laquelle rien ne saurait prescrire, en
vertu de laquelle tout méchant mérite d'être
puni et les bons d'être heureux; loi éter-
nelle, immuable, rayon céleste imprimé au
fond de tous les coeurs, qui veut que tout
soit réglé selon l'ordre le plus parfait. »
Saint Augustin ajoute : « Il y a un sens
intérieur qui juge les bonnes et les mauvaises
actions avec autant de fermeté que les sens
jugent les objets extérieurs : c'est la con-
science. »
Saint Jean-Chrysostôme a dit : « Tout dans
l'ordre moral, aussi bien que dans l'ordre
physique, se tient par une chaîne indissolu-
ble, et remonte au même centre, à Dieu,
créateur universel, principe essentiel de
l'ordre, raison souveraine, qui comprend
toutes les vérités et qui nous éclaire par des
rayons échappés d'un océan de lumière. »
— 10 —
Saint Bazile, l'un des plus illustres évêques
de la primitive Église, a dit : « Il existe
dans chacun de nous des germes de vertu
qui nous viennent, non de l'éducation, mais
de la nature. Il ne nous a pas fallu des leçons
pour apprendre à craindre la maladie. De
même l'âme n'a pas eu besoin de maîtres
qui lui apprissent qu'elle doit se préserver du
vice. C'est là ce qui nous explique pourquoi,
dans tous les lieux de l'univers, la tempé-
rance et la justice sont en honneur. »
Origène a dit : « Il y a deux sortes de
lois : la loi naturelle ; que Dieu a gravée
dans le coeur de l'homme, et la loi civile
ou loi écrite. Quand la loi civile n'est pas
contraire à la loi naturelle, tous les citoyens
sont obligés de la suivre et même de la pré-
férer à toutes les lois étrangères. Mais, dès
qu'elle ordonne des choses opposées à la loi
naturelle, la raison elle-même ne nous dit-
elle pas qu'il faut alors mépriser les lois et
les législateurs humains pour n'obéir qu'au
souverain législateur, à Dieu même? Puis-
que , dans ce cas , il est impossible de plaire
en même temps à Dieu et aux hommes, ne
serait-il pas absurde de préférer de plaire
— 11 —
aux derniers et de se conformer à leurs lois
impies? Or, s'il est juste et raisonnable de
préférer, en toute occasion, la loi naturelle,
qui est la loi de Dieu, à la loi que les hommes
oseraient porter contre la loi de Dieu, c'est
surtout quand il s'agit des lois qui ont Dieu
pour objet. »
Détracteurs imprudents de la raison et de
la philosophie, voici la belle définition que
la philosophie et la raison ont dictée à saint
Augustin : « Il est une loi vraie, une raison
droite conforme à la nature, gravée dans
tous les esprits, constante, éternelle, qui nous
prescrit nos devoirs, et, par ses défenses,
nous préserve des. mauvaises actions; qui
ne commande et n'empêche rien en vain,
soit qu'elle s'adresse aux gens de bien ,
soit qu'elle parle à des méchants. Cette
loi doit être immuable. On ne peut lui
en substituer une autre. Personne ne peut y
déroger. Le sénat et le peuple n'ont pas le
pouvoir d'y rien changer. Elle n'a pas besoin
d'être expliquée. Elle-même est son propre
interprète.. Loi qui sera toujours la même à
Rome, à Athènes, maintenant, dans la suite,
qui dans tous les temps s'étendra à toutes les
— 12 —
nations; loi éternelle et immortelle. Par elle ,
on n'aura jamais qu'un maître commun, qu'un
seul souverain pour tous, c'est-à-dire Dieu
seul. C'est lui qui est l'inventeur de cette
loi, le véritable législateur. Quiconque ne
s'y soumettra pas se fuira lui-même, mépri-
sera la nature de l'homme. Ce sera son plus
grand châtiment, si toutefois il a pu échapper
à ce que les hommes appellent supplices. »
Le sage et pieux Duvoisin a admirablement
résumé la doctrine des pères de l'Église quand
il a dit : « La loi naturelle est ainsi nommée,
parce que les devoirs qu'elle prescrit pren-
nent leur source dans la nature de l'homme
et dans les relations qu'il soutient , soit
avec son auteur, soit avec ses semblables.
Cette loi, émanée de la raison souveraine,
est nécessaire, immuable, 'universelle. Elle
embrasse tous les temps et tous les climats,
elle commande aux sujets et aux monar-
ques , elle se fait entendre au sein de la bar-
barie comme parmi les nations policées; elle
n'a besoin, pour être connue, ni de hérauts
ni d'interprètes : sa lumière pénètre d'elle-
même dans les esprits; ses préceptes sont
gravés dans tous les coeurs. Les hommes ne
— 13 —
peuvent rien contre elle, parce qu'elle n'est
pas l'ouvrage des hommes. Nulle autorité ne
peut l'absoudre ni même en dispenser. Tout
ce qu'elle ordonne est essentiellement bon ;
tout ce qu'elle défend' est essentiellement
mauvais. Les lois civiles, les conventions
des particuliers ne sont justes qu'autant
qu'elles ne lui sont pas contraires. »
On dirait que cette belle explication est le
développement de la pensée concise de
Pascal : « La loi n'a pas détruit la nature,
mais elle l'a instruite. »
Écoutons maintenant Bossuet : « Toutes les
lois, dit-il, sont fondées sur l'a première de
toutes les lois, qui est celle de la nature,
c'est-à-dire sur la droite raison et sur l'équité
naturelle. »
Pourquoi appelle-t-on le Nouveau-Testa-
ment Loi-Écrite? C'est parce qu'il a transcrit
ce qui était dans la conscience, dans la mé-
moire et dans les écrits des hommes, en
retranchant, en condamnant tout ce que
la corruption et les passions y avaient in-
troduit.
« La première révélation , dit saint Jean-
Chrysostôme, réduite aux simples éléments
— 14 —
d'une loi toute naturelle, ne s'élevait pas
au-delà du cercle des vérités primordiales,
dont chacun des hommes porte le sentiment
au-dedans de soi;
» La seconde vint accroître d'une sanc-
tion nouvelle l'autorité du code primitif déjà
écrit dans tous les coeurs ;
» La troisième, destinée à introduire
l'homme dans une doctrine bien plus rele-
vée, ne devait proposer ses mystères qu'en
les faisant précéder de tous les miracles de
l'Ancien et du Nouveau-Testament. »
De tout ce qui précède, je conclus qu'il
existe, pour les sociétés comme pour les
individus, monarques ou sujets, une loi mo-
rale, dite loi naturelle; qu'elle est la règle
de nos devoirs, puisqu'elle émane de Dieu
même, et qu'en reconnaissant à l'Église l'in-
faillibilité en matière de foi, on ne peut lui
attribuer une autorité quelconque sur les
principes moraux qui ont précédé son insti-
tution ; car nos devoirs, comme hommes et
comme citoyens, existaient avant le chris-
tianisme.
Lecteurs, qui aviez lu avec un sentiment
de crainte ma lettre du 13 décembre 1850,
— 15 —
je viens de vous prouver que les pensées
qu'elle renferme sont conformes à la doc-
trine des plus grands pères de l'Église.
Et vous, jeunes gens, qu'un penchant
naturel à votre âge porte aux sentiments
généreux et aux affections bienveillantes,
puisse là lecture de ce livre vous empêcher
de tomber dans les piéges perfides que les
socialistes tendront, dans leurs écrits , à
votre inexpérience, sous les masques trom-
peurs de philanthropes ! Plusieurs d'entre
vous viennent d'entrer dans le monde. Des
mille carrières que la société humaine ouvre
à l'activité humaine, aux nobles désirs, aux
espérances fondées, chacun de vous vient
d'en prendre une. La condition des uns est
publique et brillante, celle des autres obscure
et cachée. Que ceux qui ont la part là plus
modeste n'en murmurent pas au fond de leur
âme! La patrie vit du travail de tous ses en-
fants. Leur concours fait sa gloire et sa pros-
périté. Dans l'organisation de la société, il
n'y a pas un homme inutile. Entre le souve-
rain qui gouverne l'État et l'artisan qui con-
tribue au bien-être par le travail de ses
mains, il n'y a qu'une différence : c'est que
— 16 —
la fonction de l'un est plus importante que
celle de l'autre. S'ils la remplissent bien , le
mérite moral est le même. Dans toute car-
rière,' il y a une mission de devoirs à rem-
plir, une certaine somme de bien à produire.
Là est pour chacun de vous votre tâche. La
remplir avec énergie et dévouement, faire
dans sa position tout, ce qu'il est donné à
l'homme de faire, la remplir aussi sans envie
contre ses émules, c'est ce que prescrit la
morale. Vous ne serez pas seuls dans votre
chemin. Vous y rencontrerez d'autres hom-
mes appelés par la Providence à poursuivre
le même but. Dans ce concours de la vie,
ils pourront vous surpasser par le talent ou
devoir à la fortune un succès plus heureux.
Que leur bonheur ne fasse pas naître en vous
des sentiments malveillants ! Vous redou-
blerez d'efforts, en vous rappelant que si la
nature, dans ses largesses, a, été moins
libérale envers vous qu'envers vos émules,
elle n'a fermé à personne le théâtre de la
vertu, sur lequel le mérite des hommes n'a
point pour mesure le degré de connaissances
scientifiques , ni la grandeur de leurs ri-
chesses, ni la noblesse de leur naissance,
— 17 —
mais l'usage qu'ils ont fait et le parti qu'ils
ont tiré des moyens que leur position mettait
en leur pouvoir. Voilà ce qui élève l'homme
et l'ennoblit, ce qui le rend content de lui-
même ; voilà le véritable but de la vie, voilà
le souverain bien. Dieu , dans sa souveraine
bonté, nous a permis à tous de l'atteindre.
Il l'a mis à la portée du pauvre comme du
riche, du savant comme de l'ignorant, de
l'artisan comme du chef de l'État. Personne
ne peut, à son gré, être riche et savant.
Chacun peut, s'il le veut, être vertueux.
Cette égalité de devoirs permet à Dieu de
nous jeter tous tant que nous sommes dans
les mêmes balances, et de nous peser, au
sortir de cette vie, avec les mêmes poids.
Après l'accomplissement des devoirs se pro-
duit le seul vrai bonheur de ce monde, le
seul également accessible à tous et propor-
tionné pour chacun à son propre mérite : c'est
le contentement de soi-même, la paix de
l'âme, la conscience d'avoir bien mérité des
hommes et de Dieu. Ainsi, tout est juste,
tout est bien ordonné dans cette vie, quand
on la comprend comme Dieu l'a faite , quand
on la ramène à sa vraie destination.
— 18 —
Tel est l'enseignement de la raison et de
la philosophie. Elles nous montrent le devoir,
après nous avoir scientifiquement révélé
l'existence de Dieu.
La raison, en observant tour à tour l'indi-
vidu, la société et l'espèce humaine, nous
fait concevoir que les individus, les espèces
et les sociétés sont placés sur cette terre
pour une fin ; la raison, en observant l'uni-
vers, au sein duquel l'humanité n'est qu'un
phénomène, nous fait concevoir aussi que
cet univers en a une ; et comme la partie ne
saurait être contradictoire au tout, la fin de
l'humanité doit concourir à cette fin totale,
n'en être qu'un élément, et, par conséquent,
avoir clans cette fin son explication. Ainsi,
par un mouvement irrésistible, la pensée
s'élève de l'ordre individuel à l'ordre social,
de l'ordre social à l'ordre humain et de
l'ordre humain à l'ordre universel. Là seu-
lement la pensée peut s'arrêter, parce que là
seulement elle rencontre le dernier mot de
l'énigme, la dernière raison de tous les phé-
nomènes dont elle cherche le sens. Je me
trompe : elle va plus loin encore, et elle doit
le faire. L'ordre universel, dans ce vaste
— 19 —
univers, n'est qu'une loi, loi suprême, il est
vrai, résumant toutes les autres, mais qui,
dans l'ordre des choses, n'est qu'un fait, et
présuppose un être intelligent qui conçoit
cette loi et la réalise. En d'autres termes,
l'ordre universel suppose l'ouvrier universel,
dont cet ordre est tout à la fois la pensée et
l'oeuvre. La raison humaine va donc jusqu'à
Dieu. Là, elle se repose, parce que là,
enfin, elle trouve la source de ce fleuve
immense que l'inflexible logique des prin-
cipes l'oblige de remonter. Quand Dieu est
trouvé, l'aspect de l'univers change, l'ordre
devient la Providence, et les millions de ra-
meaux de la loi universelle deviennent les
millions de résolutions de la volonté, de la
sagesse divine. L'âme humaine , aussitôt,
échappe avec joie à l'empire de la fatalité,
et se range, avec bonheur, sous celui de la
sagesse et de la bonté de Dieu, La question
suprême, qui est de savoir quel rôle joue la
destinée de l'espèce humaine dans la destinée
totale de l'univers, revêtant des formes plus
consolantes, devient celle de savoir quels
sont les desseins de Dieu sur l'homme,
être faible par son pouvoir, mais supérieur
— 20 —
par son intelligence à tous les êtres créés.
Tant que ce problème, le plus important
de tous, reste à résoudre, le spectacle de la
vie humaine n'apporte à l'homme méditatif
qu'abattement et tristesse. Et, s'il le consi-
dère attentivement, il croit assister à la re-
présentation d'un drame horrible et sanglant
où les hommes, poussés par une aveugle
fureur, vivent pour se poursuivre, se trom-
per et se nuire, et ne cessent de souffrir
qu'en mourant au milieu des plus cruelles
souffrances. Mais l'homme méditatif n'est pas
seulement le témoin de cette scène affreuse ;
il en est encore un des acteurs obligés. Il
sent et il comprend invinciblement que la
sensibilité, l'intelligence et la volonté lui
sont données pour un but, et qu'il doit s'ef-
forcer de l'atteindre. Mais il ignore quel est
ce but. Un nuage épais le lui cache. Tel que
le voyageur égaré au milieu d'un désert, il
marche et marche toujours, sans savoir où
tendent ses pas. Il sent aussi, et il comprend
que le bonheur appartient à la vertu. « Fais
le bien, lui dit une voix intérieure, et tu
seras heureux ! » Il fait le bien, et néanmoins
il souffre. La vertu reçoit ses hommages, ses
sacrifices, et néanmoins il est malheureux.
Autour de lui, ses regards tombent sur des
méchants, et il voit en eux les apparences du
bonheur. Les honneurs, les distinctions, les
emplois deviennent les récompenses des am-
bitieux sans talent, des intrigants sans mé-
rite ; les gens de bien et de mérite sont ou-
bliés. Quel être cruel, s'écrie-t-il, se fait
donc un jeu de ma vie? Il me force à désirer
le bonheur, et je ne puis le trouver nulle
part. Si je fais le; bien, j'excite l'envie des
hommes méchants, et je deviens presque
toujours leur victime. Si je fais le mal, je
deviens à moi-même mon propre bourreau.
Quelle est donc l'énigme de mon existence
sur cette terre? Qui m'en donnera le nom
mystérieux? Immortalité de l'âme, nouvelle
vie dans un autre monde, voilà le mot. Dès
qu'il est prononcé, tout s'explique, tout de-
vient clair et facile à comprendre. Il est, pour
l'homme qui l'entend, le précieux fil d'Ariane
au milieu des innombrables incertitudes de
la vie sociale. Tandis qu'à la mort, simple
dérangement d'organes , notre machine cor-
porelle se dissout et se démonte, tandis que
ses corpuscules les plus subtils s'exhalent.
— 22 —
sous les noms de gaz différents, selon la dif-
férence de leur nature, et, portés çà et là
dans l'atmosphère, vont, absorbés par les
feuilles, par les végétaux, par les animaux,
entretenir, nourrir et former de nouveaux
corps, d'après les immuables lois d'une cons-
tante métempsycose, ce qui en chacun de
nous sent, pense et veut, et que l'on appelle
âme, va, dans un autre monde, avec la
conscience de sa personne, avec le souvenir
de sa vie intellectuelle et morale, subir l'ex-
piation de ses fautes ou recevoir le prix de
ses vertus *.
Les desseins de la Providence sur l'homme
sont admirables ! Remercions Dieu de ses
bienfaits : ils sont tous gratuits. On est heu-
reux quand on a élevé saintement son âme
à Dieu, même seulement pendant quatre ou
cinq minutes. On sent qu'on a pris la vertu
à sa source ; on sent que la prière fortifie
l'âme, comme l'on sent que le choix de cer-
tains aliments rend au. corps sa force et sa
vigueur, et, plein de confiance dans la bonté
Cette pensée de Socrate a été transmise par Platon.
Elle a été développée avec force par Fénélon dans ses écrits
philosophiques.
— 23 —
infinie de Dieu, on dit, avec un sage de
l'antiquité : « O mon Dieu! daigne m'ac-
corder ce qui m'est utile pour atteindre ma
fin, soit que je te le demande, soit que je ne
te le demande pas; mais ne m'accorde pas
ce qui serait contraire à tes desseins , quand
même je te le demanderais. »
Dès que le désordre moral doit être réparé
dans un autre monde par une impartiale et
sévère justice, par une infinie bonté, on re-
connaît sans peine le dessein de la Provi-
dence sur l'homme. « Créons l'homme, a dit
Dieu, pour en faire un être heureux; mais
son bonheur ne sera pas un don gratuit : il
sera, dans une autre vie, le prix du mérite
et la récompense de ses constants efforts. »
Faire effort et mériter ; en d'autres termes,
obtenir le bonheur par la vertu, tel est le
but que le Créateur a donné sur cette terre
à l'existence humaine.
Ainsi, la philosophie révèle scientifique-
ment la fin de l'homme, après en avoir fait
connaître la nature et le principe. Les études
littéraires peuvent éclairer l'intelligence, éle-
ver les sentiments, former le goût, inspirer
l'amour de ce qui est pur et beau ; mais aux
— 24 —
esprits méditatifs elles ne suffisent pas. Elles
ne nous entretiennent pas nécessairement
des principes des choses ; elles laissent trop
à faire à celui qu'un impérieux penchant
force à se rendre compte de ce qu'on lui
donne à admettre. Des armes offensives lui
manquent contre les attaques du scepticisme.
Il lui est impossible de combattre les funestes
doctrines du matérialisme, du panthéisme,
du socialisme; de se dérober au fanatisme ,
à la superstition. Sa foi, ses croyances, ses
idées morales, tout est en danger. Il peut
devenir insouciant, frivole, suivre le torrent
de l'exemple. Quelque chose manque à son
instruction, au développement de son intel-
ligence ; il lui manque, si je puis m'exprimer
ainsi, la conscience de l'esprit. L'étude de
la philosophie seule comble ce vide; elle
donne pour accompagnement à l'amour du
beau l'amour du vrai. Son but n'est pas de
consacrer tous les hommes à la méditation
des problèmes spéculatifs ; mais elle fait plus
que leur donner une teinture de ce que la
raison humaine, attestée par ses plus dignes
organes, a pensé sur les questions qui inté-
ressent le plus l'humanité. La philosophie a
— 25 —
pour principal avantage d'inculquer à la jeu-
nesse que la raison a aussi ses devoirs, parce
qu'elle a aussi une loi : la vérité. Sans études
philosophiques, on peut assurément déployer
de grands talents comme de grandes vertus.
Mais la raison demeure sans règle ; il manque
à l'esprit des principes ; c'est une lacune que
rien ne remplit, et dont on voit souffrir les
nations les plus nobles et les plus spirituelles,
comme les meilleurs esprits. Voyez quel est
l'état intellectuel et moral de l'Italie et de
l'Espagne, d'où l'on a banni avec tant de
soin la philosophie et les ouvragés des philo-
sophes. Voyez quel est leur progrès social.
Détracteurs imprudents de la philosophie
et de la raison, voudriez-vous renouveler
encore l'essai malheureusement tenté par
M. de Lamennais dans son ouvrage De l'In-
différence en matière de religion? Comme le
monde ne satisfaisait pas sa vive intelli-
gence, M. de Lamennais chercha à son génie
un objet plus élevé, et il mit la révolution
dans l'Église, de la même manière que d'au-
tres l'avaient mise avant lui dans l'État. Dans
l'espoir de détruire la philosophie, et de re-
construire sur ses ruines, comme au moyen-
2
— 26 —
âge, le pouvoir absolu de la théocratie, il
nia la légitimité des facultés intellectuelles ;
il refusa au sens intime, aux sens et à la
raison, toute autorité. « Tout ce que ces fa-
cultés nous apprennent, dit-il, est illusion.
Pour connaître avec certitude, il faut écouter
ceux qui savent; il faut écouter les déposi-
taires de l'autorité infaillible. »
Mais, pour écouter des maîtres infaillibles,
il faut savoir qu'ils parlent, et nous ne pou-
vons le savoir qu'après avoir eu la certitude
que nous avons perçu réellement les mots
qu'ils expriment, qu'après avoir trouvé un
sens à ces mots. Il faut donc que nous soyons
auparavant certains que le témoignage du
sens intime, nous attestant notre existence,
ne nous trompe pas ; il faut que nous soyons
certains que nous pouvons nous fier à notre
ouïe pour la perception des sons qui la frap-
pent ; enfin, il faut que nous sachions que
nous pouvons donner une confiance absolue
à notre raison pour l'intelligence du sens
exprimé par les paroles que les maîtres pro-
noncent. Il y a donc nécessité de reconnaître
la légitimité du sens intime, des sens et de
la raison. Mais si la faculté de sentir, de
percevoir, de raisonner est trompeuse; s'il
ne faut pas se fier aux facultés intellectuelles,
la Croyance à l'autorité des maîtres infailli-
bles, parlant pour nous instruire, sera éga-
lement trompeuse. Nous devrons donc douter
de l'autorité sacrée, comme de toute autre
chose. Voilà le scepticisme.
Nier l'autorité de la' raison ! Mais cette
dangereuse doctrine conduit à nier Dieu, à
nier la religion. En effet, soit que nous vou-
lions démontrer par le raisonnement l'exis-
tence de Dieu , soit que nous voulions prouver
l'existence de cet être infini par le témoignage
universel des peuples, nous avons besoin
d'accorder à la raison toute notre confiance,
soit pour adopter la légitimité de la conclu-
sion rigoureusement déduite des propositions
et des preuves, soit pour comprendre la
force du témoignage et lui donner notre as-
sentiment après l'avoir compris. Mais si
nous doutons de l'autorité de la raison, nous
douterons des démonstrations, nous doute-
rons du témoignage : nous douterons donc de
l'existence de Dieu. Voilà encore le scepti-
cisme.
Refuser de reconnaître l'autorité souveraine
— 28 —
de notre raison serait refuser de reconnaître
la religion elle-même. En effet, entre tant de
religions diverses répandues sur la surface
du monde et s'attribuant chacune le privilége
exclusif de la vérité, si vous voulez savoir
quelle est celle qui est vraie, vous avez be-
soin d'employer votre raison pour entendre,
lire et juger les preuves présentées par cha-
cune, et pour faire un choix après avoir
examiné, comparé, raisonné. Votre incerti-
tude sera sans doute de courte durée, et
l'examen sera bientôt suivi de l'assentiment
de la raison donné à la religion chrétienne
pour attester qu'elle seule est vraie. Qui
aura fait ce choix avec connaissance de
cause? C'est la raison. Mais si la raison est
trompeuse, si on ne doit pas admettre sa
souveraine autorité, il faudra refuser son
assentiment, et douter de la religion comme
de toute autre chose. Voilà encore le scepti-
cisme. Détracteurs imprudents de la philo-
sophie et de la raison, quelles armes vous
mettez entre les mains des sceptiques, des
impies et des athées, lorsque vous devriez
les combattre pour les désarmer ! Les indif-
férents , après avoir lu ou entendu vos atta-
— 29 —
ques et vos critiques, deviennent incrédules,
et les incrédules deviennent panthéistes et
matérialistes.
Depuis Bacon et Descarie, le développe-
ment de l'esprit humain est immense. La ci-
vilisation a marché à pas de géant chez les
nations qui ont fait l'application des belles
méthodes de ces deux grands philosophes.
Cependant, ces deux méthodes sont incom-
plètes, et, par conséquent, imparfaites. Mais
quel est l'écrivain ou l'interprète de la phi-
losophie , s'il est digne de sa mission, qui ne
remarque et ne montre le point où la mé-
thode de Descarte, exclusivement suivie,
mènerait à l'idéalisme et au panthéisme? le
point où la méthode de Bacon, si elle était
exclusivement suivie, mènerait au sensua-
lisme et au matérialisme? Demander, avec
quelques esprits imprudents, que ces deux
belles méthodes soient condamnées, donne-
rait à supposer qu'on voit avec peine le
développement de l'esprit humain, le pro-
grès de la civilisation, et que l'on ne com-
prend qu'une partie de la destination de
l'homme et de l'espèce humaine sur cette
terre.
— 30 —
Sous la restauration, M. Broussais, dans
son ouvrage physiologique sur l'irritation et
la folie, rajeunissant les arguments anciens
et nouveaux du matérialisme, ne reconnut
dans l'homme que des éléments matériels. Il
nia l'existence de l'âme distincte du corps,
et il affirma que la pensée était une modifi-
cation du cerveau. Dès que quelques célèbres
interprètes de la philosophie eurent scienti-
fiquement, réfuté les erreurs du physiologiste
matérialiste, on n'entendit aucune voix s'é-
lever contre la physiologie pour maudire
cette belle science, pour en demander la
destruction.
La religion et la philosophie, en éclairant
l'homme sur sa fin et sa destination, cher-
chent à le rendre meilleur et plus heureux.
Les moyens dont elles se servent pour attein-
dre ce but sont différents, mais sans être ni
opposés ni contraires. Elles doivent, comme
deux soeurs douées d'un caractère différent,
vivre en bonne intelligence. L'histoire des
derniers siècles n'a-t-elle pas suffisamment
appris que, lorsque les faux interprètes de
la religion et de la philosophie ont cherché
à affaiblir ou à détruire l'une pour assurer
— 31 —
le règne exclusif de l'autre, il est résulté
de ce funeste triomphe les plus grands
malheurs?
Après cette nécessaire digression, je re-
viens aux socialistes. Observateurs dédai-
gneux de la science de la nature de l'homme,
sans laquelle il est impossible, quand on
marche sans le flambeau de la foi, d'indi-
quer à l'homme une règle de conduite qui
mène sûrement à la vertu et à Dieu, les so-
cialistes sont tombés dans le matérialisme le
plus grossier, dans les absurdités les plus
surprenantes. Ils ont méconnu la fin de
l'homme sur cette terre et sa destinée après
sa mort. Ils lui ont promis sur cette terre un
bonheur parfait, le bonheur de la brute,
comme s'ils pouvaient conserver la civilisa-
tion sans la propriété individuelle, la famille
sans l'hérédité, le respect des lois sans la
force auxiliatrice de la justice, l'honneur
sans les vertus, et les devoirs sans un Dieu
qui les impose.
L'homme a reçu de la Providence des fa-
cultés merveilleuses dont la nature est telle
que la vie présente ne suffit pas à les satis-
— 32 —
faire, et qu'elles ne peuvent trouver leur
destination légitime que dans une vie qui ne
saurait avoir de terme. La fin de l'homme,
telle qu'elle résulte de sa nature, ne. peut
pas s'accomplir parfaitement dans ce monde.
Prenez une tendance quelconque de notre
nature, et voyez si cette tendance est com-
plètement satisfaite dans l'homme-individu
et dans l'espèce humaine. Non, elle n'est
pas complètement satisfaite. Cela est impos-
sible; car, par satisfaction d'une tendance
de notre nature , on entend , par exemple,
pour l'intelligence, la connaissance absolue;
pour la sympathie, l'harmonie des hommes
entre eux. Que les socialistes ne disent pas
que l'impossibilité de satisfaire complètement
les tendances naturelles tient à l'organisation
de la société ; qu'en l'organisant autrement,
on arriverait à la complète satisfaction de
toutes les tendances de notre nature, au
bonheur parfait. Non, il n'y a pas d'organi-
sation de la société qui puisse aboutir à la
science absolue et à l'harmonie parfaite des
êtres entre eux sur cette terre. Par des or-
ganisations plus ou moins habiles de la so-
ciété, on peut certainement, augmenter la
— 33 —
somme des satisfactions des différentes ten-
dances de notre nature. C'est en cela que
consiste le progrès de la science sociale.
Ainsi, dans le temps présent, la sympathie
de chaque individu est infiniment plus satis-
faite qu'elle ne l'était à l'état barbare, à l'état
pastoral, à l'état de peuple chasseur ; qu'elle
ne l'était pendant le terrible règne de la
féodalité, qu'elle ne l'était avant 1789,
qu'elle ne l'était, en un mot, dans les diffé-
rentes situations où nous voyons, par l'his-
toire , l'espèce humaine s'élever successive-
ment dans ia carrière de la civilisation. La
curiosité intellectuelle et la sympathie sont
infiniment mieux satisfaites dans l'ordre des
choses actuel que dans les ordres des choses
précédents. On peut donc avancer par la
civilisation vers la fin pour laquelle notre
nature a été faite; mais on ne peut pas l'at-
teindre dans ce monde tel que Dieu l'a créé,
l'a organisé.
Tout le travail de l'humanité tend vers
cette fin, mais il y tend avec une éternelle
résistance de la part des choses ; il avance,
mais le but est au-delà de la portée des efforts
humains. Sans doute, dans le temps présent,
2*
on peut se féliciter d'être arrivé dans la car-
rière de l'humanité à un certain degré où,
en général, la vie est assez douce; mais elle
est douce relativement, et, quand vous êtes
arrivé au terme de la connaissance humaine
telle qu'elle existe, les problèmes qui vous
intéressent le plus sont souvent encore inso-
lubles, et non-seulement ceux que vous
concevez, mais ceux que vous ne concevez
pas; car vous savez que, dans le domaine
des connaissances humaines, une foule de
problèmes se posent, se détaillent, et que le
domaine s'étend à mesure que les connais-
sances; se développent. Ainsi, l'obstacle, est
le caractère de la condition humaine; il est
dans la condition de ce monde. Sur cette
terre, tout être en borne un autre, et il est
borné par tous, les autres. Nous ne faisons
que nous borner mutuellement, et tout l'art
de la civilisation consiste à mettre en har-
monie , à rendre parallèles, des forces qui ne
l'étaient pas du tout. Chaque découverte
nouvelle dans la civilisation sociale tend à
rendre, parallèles des forces qui étaient en
opposition ; et toutes les découvertes dans les
sciences naturelles ou physiques sur la nature
— 35 —
tendent à mettre en parallèle avec notre force
des forces aveuglés qui étaient en lutte avec
elle. Ainsi, dès que l'on a découvert la loi de
la vapeur, de l'air, on a dirigé cette force
aveugle dans le sens de nos desseins. Cette
force était opposée à nous ; elle est devenue
parallèle à nous; elle est devenue un instru-
ment entre nos mains. La civilisation tend à
mettre en harmonie toutes les forces qui ra-
niment; mais entre l'harmonie complète et
le degré d'harmonie que la puissance humaine
peut établir, il restera toujours un espace
incommensurable. Par conséquent, socia-
listes , la fin absolue de l'homme ; telle qu'elle
résulte de sa nature, n'est pas réalisable
dans ce monde. Par conséquent, l'homme-
individu et l'humanité n'ont pas été placés
sur cette terre pour y jouir du bonheur par-
fait. Ils doivent le chercher dans un autre
monde.
La vie présente de l'homme est bornée,
tandis que les objets où tendent ses facultés
sont infinis. Aussi, l'homme est un être à
part dans la création, un être dont la nature
diffère infiniment de tout ce qui l'entoure, et
dont la destinée, par conséquent, doit répon-
— 36 —
dre à la sublimité de sa nature. Rien de
borné, rien de fini ne suffit ni au coeur ni à
l'esprit de l'homme. La possession de l'infini
ou de Dieu peut seule épuiser ses désirs; et
comme l'homme sera toujours infiniment
éloigné de ce terme inaccessible , si je pou-
vais oublier que l'on résout par la foi une
partie de cet important problème, j'oserais
affirmer et même prouver que la Providence,
punissant le vice et récompensant la vertu,
et faisant passer, après cette première
épreuve terrestre, notre âme dans un nombre
incommensurable de mondes, a voulu la rap-
procher sans cesse de ce terme dans une
série de perfectionnements sans fin.
Maintenant, que dirai-je de ce livre, de
ce recueil de toutes mes lettres sur le socia-
lisme insérées dans l'Écho de Vésone à une
époque où la probabilité du triomphé prochain
des socialistes inspirait de si justes craintes?
C'est un résumé des différentes doctrines
socialistes ou communistes depuis Lycurgue
jusqu'à nous ; c'est la réfutation des principes
particuliers à chaque école socialiste ou com-
muns à toutes. J'ai conservé la. date de l'in-
sertion de chaque partie de lettre , afin que
— 37 —
l'on puisse mieux comprendre quelles étaient
les espérances ou les craintes des hommes
de bien au moment où chaque lettre fut
écrite; afin que l'on puisse également mieux
comprendre qu'après avoir porté, avec la
gloire de ses armes, les bienfaits de la civi-
lisation dans toutes les parties du monde,
vaincue par le socialisme, la France allait
subir, en 1852, le régime de la brute, après
d'horribles et d'innombrables, massacres, si
Louis Napoléon n'eût, le 2 décembre, au
péril de sa vie, saisi d'une main puissante
le pouvoir absolu, pour sauver la civilisation
en France et en Europe.
Hommes de bien, qui verrez avec plaisir
réfuter clans ce livre des doctrines dont
l'existence est une menace permanente contre
l'ordre social, permettez-moi de vous indi-
quer la source où j'ai puisé une grande partie
de mes recherches historiques. L'Histoire du
Communisme, par M. Alfred Sudre, cou-
ronnée, en 1849, par l'Académie française,
satisfera votre curiosité et complètera votre
instruction. Vous jugerez , après cette utile
et précieuse lecture, si les modifications que
j'ai été obligé de faire subir à ses intéressants
— 38 —
récits et si les réflexions dont je les ai ac-
compagnés n'étaient pas justifiées par les
circonstances et par la nature du sujet.
LE SOCIALISME
OU
COMMUNISME,
ET LA JACQUERIE DU XVIe SIÈCLE.
DU DROIT AU TRAVAIL.
19 décembre 1849.
MON CHER DUPONT,
Plusieurs personnes, trompées par les sophismes
des socialistes, nos contemporains, ont demandé :
Que doit-on penser du droit au travail?
Les prétentions des socialistes converties en lois
auraient détruit l'égalité entre les hommes de notre
nation ; elles auraient créé parmi nous une classe
de privilégiés ; elles auraient étouffé dans tous les
coeurs un des plus nobles sentiments, la pitié; une
des plus belles vertus, la charité ; elles nous auraient
rendus barbares envers les. hommes qui, hors de
la classe privilégiée, seraient frappés par l'adver-
sité; elles auraient ruiné et détruit la propriété.
Voilà les vérités importantes que je vais, tenter de
rendre évidentes.
— 40 —
Nos législateurs, même dans un temps de crise,
en 1848, n'ont pas voulu imposer, par une loi,
à l'État l'obligation de fournir du travail à celui qui
en manqué. Les socialistes, indignés de ce refus,
se sont écriés : Vous avez refusé du travail aux
hommes qui vous en ont demandé pour vivre ; aux
hommes qui, au lieu de se ruer sur la société, afin
de lui arracher le pain dont ils ont manqué, se sont
bornés à vouloir la servir pour prix de la subsis-
tance qu'ils ont implorée. Voulez-vous donc qu'ils
pillent ? voulez-vous qu'ils meurent de faim ? Quelle
est votre réponse ?
Je n'aurai pas de réponse à faire si aux hommes
sans ressources on a impitoyablement refusé tout
secours. J'ai plusieurs réponses si la société leur a
donné tous les secours dont elle a pu disposer.
La Société ne peut pas considérer comme un droit
la prétention d'exiger d'elle du travail. Si, par igno-
rance , par bonté ou par faiblesse, elle avait admis
cette prétention dangereuse, elle aurait bientôt re-
connu que l'obligation aveuglément contractée dé-
passe ses ressources et ses forces.
Quel but se sont humainement proposé les hom-
mes en se réunissant eh société? Travailler les uns
à côté des autres, sous leur protection réciproque,
en se prêtant de mutuels secours; s'enseigner à
mieux faire par les exemples qu'ils se seront don-
nés ; en d'autres termes, protection, secours mu-
tuels, perfectionnement, voilà le motif et l'avantage
de la vie en société. Les hommes vivant isolés au-
— 41 —
raient été dévorés par les animaux, ou ils auraient
succombé faute de secours dans le cas de maladie
et de décrépitude ; ou, privés des produits divers
de l'industrie et des arts, ils auraient rendu leur
existence moins douce et moins agréable ; mais,
dans la société, tous les hommes valides ont mis-
sion de s'occuper d'eux-mêmes, de se chercher un
emploi. Je ne crois pas que ce soif à la société à
leur en trouver un.
Quand le travail manquera, disent les socialis-
tes, que fera donc l'homme?
Tous les hommes ont ordinairement réussi à s'em-
ployer , lorsqu'ils ont voulu sincèrement travailler.
Dans les champs, les alternatives d'activité extrême
et d'inaction complète ne se sont jamais produites
que dans les cas d'invasion de guerre civile où de
dissolution nationale. Vous ne verrez pas dans l'a-
griculture cent mille, deux cent mille ouvriers aux
bras desquels le travail de la terre se refusera tout
à coup. Ainsi, dans les campagnes, les hommes
valides ont toujours trouvé en travaillant une exis-
tence assurée.
Il en est autrement dans les manufactures. Là les
bras, pendant un certain temps, ont souvent man-
qué. On les a payés à des prix élevés. Mais l'exa-
gération de la production faisant naître l'impossi-
bilité de vendre, on a cessé de produire ; et les
ouvriers qui, durant le cours de leur prospérité,
ne se sont pas rendus économes, se sont aveuglé-
ment privés du nécessaire, et, en quelques semai-
42
nés, ils se sont trouvés réduits aux plus cruelles
extrémités.
Eh bien! disent dans leurs entretiens familiers
les adeptes illettrés des socialistes, voilà l'instant
où, dans un sentiment d'humanité, l'État doit te-
nir la place de tous les manufacturiers; qu'il se
rende, pour le moment, fabricant de fer, de por-
celaine , de tissus, de draps, de coton , d'étoffes
de soie et de châles de cachemire.
L'État, dites-vous, doit dans ce cas devenir fa-
bricant , manufacturier ; vous voulez donc l'autori-
ser à susciter une concurrence mortelle ? Vous per-
mettrez qu'il puisse ruiner tous les manufacturiers ?
vous souffrirez qu'il puisse contraindre ensuite l'a-
griculture à lui livrer, aux. prix qu'il aura lui seul
impérieusement fixés , tous les produits employés
dans ses propres manufactures ? Après la ruine des
manufacturiers viendra bientôt celle des proprié-
taires. La nation entière sera en peu de temps
pauvre et ruinée. Quand même ces inévitables mal-
heurs ne seraient qu'illusoires, l'État ne doit pas,
par respect pour l'intérêt général, se faire manu-
facturier. Aveugles adeptes des socialistes, l'État,
s'il devenait manufacturier, empêcherait le seul
bien des funestes chômages, qui est, en suspen-
dant la production, de débarrasser les marchés du
trop plein dont ils sont encombrés.
Non, ont dit quelques socialistes plus éclairés ;
le simple bon sens ne permet pas de vouloir que
l'Etat devienne, durant les temps de chômage,
— 43 —
quincaillier, orfèvre , tisseur de soie, fabricant de
meubles, manufacturier. Son devoir est de secon-
der , d'encourager l'industrie, et non de l'écraser,
de l'étouffer. Mais l'État, quand il aura établi pour
les temps de chômage des travaux de terrassements,
aura rempli ses obligations; il aura accompli les
devoirs qui lui sont imposés.
Socialistes, vous réclamez, vous respectez, dites-
vous , le droit au travail, et c'est d'une manière
barbare que vous y satisfaites ! Pouvez-vous offrir,
sans inhumanité, une pioche à des hommes qui
ont constamment tenu une navette ou un burin ?
Ces infortunés vous diront : Votre offre est une
cruauté ; ils diront vrai. Vous avez cru vous montrer
humains, et vous vous êtes montrés durs et cruels !
Infortunés ouvriers, qui aviez toujours tenu avec
art tous lés instruments délicats, n'est-il pas vrai
que, lorsque vous avez voulu essayer à Paris, en
1848, de manier pour votre subsistance la pioche
ou la bêche, vous avez eu bientôt vos mains en
sang et le clos brisé? N'est-il pas vrai que les tra-
vaux de terrassement vous avaient rendus mala-
des, vous avaient épuisés? Et lorsque, dans les
derniers jours de l'existence des ateliers nationaux,
le travail fut donné à la tâche, ouvriers honnêtes
et trop malheureux, accablés par un travail au-des-
sus de vos forces, vous gagniez à peine, malgré
vos cruelles souffrances, un morceau de pain,
tandis qu'à votre côté, le manoeuvrier de profession
s'assurait huit à dix francs, par son travail journa-
— 44 —
lier ! Par conséquent, si les ouvriers, au nom d'une
loi, avaient le droit d'exiger de l'État du travail,
l'État, en père bienveillant, mu par un sentiment
équitable d'humanité, devrait leur donner un tra-
vail conforme à leurs habitudes, à leur genre de
vie, à leurs talents, un travail qui ne les exté-
nuât pas de fatigue, qui ne les rendît pas ma-
lades ou impropres à leurs métiers, un travail,
en un mot, qui ne les obligeât pas à souffrir ou à
s'expatrier.
Je dis plus : ce droit au travail serait de tous les
instants ; il serait entier, aujourd'hui, demain, en
hiver, en été, non quand il aurait plu aux gouver-
nants de le déclarer en vigueur, mais quand il
plairait à chaque ouvrier de l'invoquer. L'État serait
donc obligé d'avoir dans chaque commune un ate-
lier, une forge, un métier à soie, une boutique ; en
un mot, le genre et l'espèce d'industrie propre à
chaque ouvrier.
Socialistes, où trouverez-vous les milliards né-
cessaires pour donner à l'État le moyen d'acquitter
cette dette ? Mais les possesseurs de biens immeu-
bles ne sont-ils pas déjà écrasés par les impôts
onéreux que l'État, après tant de révolutions, n'a
pu s'empêcher d'exiger? Voudriez-vous donc les
ruiner? Voudriez-vous détruire la propriété? Le
plus célèbre d'entre vous par son immense talent
n'a-t-il pas dit : « La propriété est un vol; accor-
dez dans la constitution le droit au travail, et je
vous abandonne la propriété? »
— 45
20 décembre 1849.
Examinons le droit au travail sous un autre point
de vue. Dans un état équitablement constitué, où
l'égalité, la liberté, la fraternité sont présentées en
principes, il serait absurde de prétendre que le
droit qui existe pour une classe n'existe pas pour
l'autre. Si l'on avait reconnu les droits seuls d'une
classe, on aurait, par cette distinction, reconnu
une classe privilégiée, une étrange aristocratie; on
aurait enfreint la constitution. Par conséquent, au
nom de l'égalité, chaque Français aurait le droit
d'exiger de l'État, selon sa profession, du travail;
et les gouvernants, par obéissance à la constitution,
par respect pour l'humanité, seraient obligés de lui
en donner : donc le travail existerait également pour
les médecins sans malades , pour les avocats sans
clients, pour les écrivains sans lecteurs, pour les
maîtres sans élèves. Si le droit au travail eut été
adopté, proclamé, il aurait été reconnu exigible
pour tous les. Français : l'égalité existe pour tous.
L'État aurait été obligé de donner de l'emploi à cha-
cun et à tous, ou il n'en aurait dû à personne. Mais,
pour acquitter cette immense dette envers tous, il
faudrait les biens de tous. L'État, par suite de l'obli-
gation qu'on lui aurait imposée ou qu'il aurait con-
tractée , devrait disposer de tout, être maître
absolu de tout ; il devrait, en un mot, être seul
capitaliste, seul propriétaire, seul manufacturier,
— 46 —
seul négociant. Quelle destruction ! quelle spoliation
universelle ! Nous voilà dans le communisme !
Ouvriers honnêtes, auxquels l'honneur a toujours
paru, préférable à la vie, on vous a impitoyable-
ment égarés ! Jeunes gens, dont le coeur est noble,
l'âme élevée et le sentiment généreux, on vous a
trompés ! Propriétaires, grands et petits, on aurait
cruellement abusé de votre étonnante crédulité ou
de votre dangereuse pusillanimité !
Socialistes ! vous voilà obligés de reconnaître
avec moi que l'État, lié, comme tous les hommes,
par le devoir de respecter la propriété , ne doit pas
faire envers les malheureux plus qu'il ne peut. Re-
connaissez avec moi que l'État a le devoir d'em-
ployer tous les moyens légalement possibles que la
prévoyance et la sagesse lui auront suggérés pour
secourir les ouvriers sans travail. L'Etat sera seu-
lement obligé de soulager la misère. Il devra dis-
tinguer entre la misère vraie et la misère feinte ;
entre le malheur de l'homme laborieux, digne d'un
prompt secours, et le malheur, moins intéressant,
qu'aura produit l'inconduite. Mais l'État, même dans
ce cas , ne pourra pas donner tous les secours
qu'on lui aura demandés. Néanmoins, il pourra
beaucoup. Il doit faire ou donner à faire des mu-
railles , des machines, des vaisseaux, des corda-
ges , des fusils, des sabres, des canons, des voitu-
res , des harnais, des souliers, des habits, des
chapeaux, du drap, de la toile, des palais, des
églises, des canaux et des routes. Or, une admi-
— 47 —
nistration prévoyante et habile qui aura, pour les
temps de chômage, réservé, autant que possible,
ces travaux si divers, aura certainement rendu
d'immenses services ; elle aura diminué le mal, sans
néanmoins réussir à le supprimer.
Socialistes, vous le voyez, il ne doit pas , il ne
peut pas y avoir de droit au travail ; il n'y a que
le droit à l'assistance, au secours. Ces mots vous
ont blessés, vous ont scandalisés. Le secours! l'as-
sistance ! Si assistance, secours, sont des expres-
sions qui vous scandalisent., effacez donc de nos
murs publics le mot de fraternité. Ne faut-il pas
s'assister en frères ? Vous avez désiré, dites-vous,
de faire entrer la concorde et la paix dans la société,
et vous avez commencé par tenter d'étouffer le
sentiment le plus libre, le plus spontané du coeur
de l'homme ! vous avez voulu tuer la charité !
Mais la charité ne s'est montrée que dans les socié-
tés les plus éclairées, les plus morales, les plus
chrétiennes. Chez les peuplades païennes, dans
aucun siècle, en aucun lieu, on n'a jamais nourri
les hommes inutiles; on s'en est inhumainement
débarrassé, on les a laissés mourir de faim. Quand
vous auriez proscrit la charité comme une insulte,
quand vous auriez effacé le plus beau mot de la
langue humaine comme un blasphème, quand vous
auriez mis à sa place un article de votre code,
croyez-vous que vous auriez adouci, amélioré le
sort du pauvre ? croyez-vous que vous auriez éta-
bli le règne de la fraternité? Non; on ne violente
— 48 —
pas plus la pitié que la poésie. Les coeurs sont
aussi rebelles que l'inspiration. Vous n'avez donc
pas étudié la nature de l'homme? Quand vous auriez
contrôlé les meilleurs de nos sentiments avec le
timbre de votre loi, quand vous auriez transformé
le don libre en impôt, que serait-il arrivé ? La so-
ciété , dont vous auriez corrompu les devoirs par
une loi, se serait crue quitte envers les malheu-
reux. Elle aurait dit, quand ils seraient venus lui
demander du travail : Allez dans cet édifice public
surmonté d'un drapeau où sont écrits les mots li-
berté, égalité, fraternité. Mais le lien de l'homme,
mais l'échange du bienfait et de la reconnaissance,
mais la sainte fusion des âmes, mais le verre d'eau
donné en son nom, vous auriez tout étouffé, tout
détruit. A la place de la charité qui aurait versé des
secours abondants, vous auriez installé au fronton
de votre édifice public la statue de la fraternité,
idole insensible qui, comme toutes les idoles, man-
quant d'âme et de coeur, aurait eu des yeux pour
ne point voir et des oreilles pour ne pas entendre.
SOCIALISME OU COMMUNISME.
16 février 1850.
MON CHER DUPONT,
Au moment où les communistes attaquent la so-
ciété jusque dans, ses fondements et où leurs alliés,
encouragés par le succès de leurs Communs efforts,
veulent détruire la propriété, la famille et la reli-
gion , il me semble utile de montrer le rôle que
leurs funestes doctrines ont joué dans l'histoire de
l'humanité, et de rendre les lecteurs de votre jour-
nal juges des folies, des atrocités par lesquelles se
sont signalés les sectaires qui en ont tenté la réali-
sation. Le spectacle des aberrations de quelques
utopistes dans des siècles éloignés ou rapprochés
du nôtre, le récit des, malheurs dont elles furent les
causes deviendront peut-être une leçon d'expé-
rience pour les hommes de bien , pour tous les pro-
priétaires grands et petits, malheureusement trop
3
— 50 —
portés à ne redouter que les épreuves déjà faites à
leurs propres dépens. Peut-être aussi cette triste
mais utile connaissance neutralisera dans notre dé-
partement la déplorable influence des doctrines
pernicieuses, qui font de nombreux prosélytes lors-
que leurs antécédents sont imparfaitement connus
ou ignorés.
Tandis que les préoccupations purement politi-
ques dominent exclusivement la plupart des esprits,
comme s'il s'agissait de choisir une forme de gou-
vernement , le véritable danger réside dans l'inva-
sion du communisme et du socialisme, dont le
progrès est ignoré ou follement dédaigné par la
généralité des propriétaires et des personnes ins-
truites. La question depuis longtemps posée par
les partis extrêmes : la société actuelle est-elle des-
tinée en France à périr? va bientôt se résoudre ;
peut-être dans deux ou trois ans ; peut-être plus tôt,
peut-être plus tard. Nous sommes tous intéressés à
nous prononcer dans cette question de vie ou de
mort, à nous réunir contre le communisme et le
socialisme pour conserver la famille, la propriété,
la religion, les liens moraux qui nous unissent, les
douces affections qui font sur cette terre le charme
de l'existence, ou à nous joindre aux socialistes
pour assurer la destruction de la société, et rendre,
après celte révolution contre nature, notre vie
semblable à celle des barbares, des sauvages ou
des brutes.
Les socialistes et les communistes, dans l'espoir

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