Le Sort du capitaine de troisième classe, par Auguste Despuech,...

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Delaunay (Paris). 1818. In-8° , 11 p..
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Publié le : jeudi 1 janvier 1818
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LE SORT
1
DU CAPITAINE
DE TROISIÈME CLASSE.
Par AUGUSTE DESPUECH,
Capitaine à la légion du Haut-Rhin, Chevalier de
V Ordre RoyalJ0=itri4sion d'honneur.
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DELAUNAY, Libraire, au Palais-Royal.
1. METZ,
DEVILLY, Libraire.
1818.
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LE SORT
DU CAPITAINE
DE TROISIÈME CLASSE.
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DEPUIS près de quinze ans que je sers ma Patrie,
Que de privations ont tourmenté ma vie !
On croirait cependant qu'un trop heureux destin,
Eloigne de mes jours les peines, le chagrin,
Et que mon habit blanc, mon schakos, mon épée,
De moi font un sujet digne de l'Epopée.
Ah ! désabusez-vous, mes chers concitoyens,
Les honneurs, aujourd'hui, sont de futiles biens ;
La gloire est un vain nom, si for ne l'accompagne,
Tel un arbre sans fruit dans la vaste campagne !
Je veux, ami lecteur, exposer à vos yeux
L'emploi de mes deniers; et juge rigoureux,
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Vous verrez si mon sort peut exciter l'envie.
J'ai cinq francs, bien gagnés, chaque jour de ma vie;
Cinquante écus par mois, sont mes appointemens.
Or, comptons sans tricher mes frais et mes dépens.
Primo, ma pension quoique simple et modeste ,
De trois louis par mois, ne m'offre point de reste.
Il est vrai que sur eux, la servante Alison,
Pour ses soins assidus, trouve un revenant-bon.
On me retient aussi quelques légers subsides ;
Trois francs sont au profit des braves invalides.
Cet impôt me plaît fort, il est selon mon cœur,
Il faut récompenser le courage et l'honneur.
Pour le Trésor royal, sans causes légitimes,
Je laisse quatre francs plus cinquante centimes.
Ah ! Sire, c'est trop cher, et Votre Majesté
Devrait mettre, à jamais, cet impôt de côté !
Continuons : item, cent sous pour la musique,
Autant pour le spectacle, et c'est ce qui me pique.
Autrefois, j'estimais le divin Apollon,
Pégase, les neuf Sœurs et le mont Hélicon;
Mais, depuis que le sort me fit servir Bellone,
J'ai négligé ma muse et le fils de Latone.
C'est pourquoi mes cinq francs, consacrés à Momus,
Sans reproche, pourtant, sont cinq francs bien perdus.
Mais récapitulons, invalides, servante,
(3)
Musique, pension, quatre-vingt-neuf cinquante.
Je donne à mon soldat, et pour plusieurs emplois,
Cinq francs ; ce n'est pas trop pour me servir un mois.
Deux francs au perruquier, autant pour la chandelle,
Encre , plumes, papier, crayons, cire nouvelle,
Trois francs par mois ?.. C'est trop, mettons cinquante sous
Peut-on plus que je suis être soumis et doux ?
Sept francs pour ma laveuse avare, acariâtre ;
Ali ! pour le coup , Messieurs , je n'en puis rien rabattre.
Voilà donc cent huit francs. Hélas ! ce n'est pas tout !
De mes peines encor je ne suis point au bout !
L'entretien est coûteux. Habits, souliers, culottes,
Schakos, pompon, bonnet, plusieurs paires de bottes,
Chemises, caleçons, mouchoirs, gilets, chapeau,
De six mois en six mois un pantalon nouveau.
Une plume de fer ne me pourrait suffire,
S'il fallait, aujourd'hui, tout au long vous écrire
Tout ce qui constitue un équipage entier
Du Mannequin vivant, que l'on nomme Officier.
Et pour ne point entrer dans des comptes frivoles,
Pour ménager mon tems, mon encre et mes paroles ,
Agissant de mon mieux , économisant bien,
A trente francs par mois j'abonne l'entretien..
Il reste douze francs, sur quoi, sans rien surfaire,
J'en dois prélever six. Eh ! qu'en voulez-vous faire f.

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