Le Spectre noir. [Par A. Gayet de Cesena.]

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Dentu (Paris). 1868. In-18, 35 p..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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LE
SPECTRE NOIR
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PALAIS ROYAL, 17 ET 19, GALERIE D'ORLEANS
1868
Tous droits réservés
LE
SPECTRE NOIR
Paris, 10 octobre 1868.
ALERTE ! ALERTE !
DEBOUT ! DEBOUT !
A L'OEUVRE ! A L'OEUVRE !
Dans un pays voisin, l'Armée a donné elle-même
au Peuple le signal et l'exemple de l'insurrection.
A nos portes, une dynastie a glissé dans la boue.
De l'autre côté des Pyrénées, la Révolution règne
et gouverne.
L'Espagne avertit la France.
Entre les deux pays, il n'y a, Dieu merci, ni affinité
ni assimilation possibles.
La France n'est pas l'Espagne.
Cependant elle a aussi ses malaises profonds et dou-
loureux, qui appellent d'énergiques et promps remè-
des : le malaise de la paix armée, dont elle ne peut
sortir que par la guerre ; le malaise du problème so-
cial, dont elle ne peut guérir que par une réforme.
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C'est ma pensée.
Je l'exprime.
Si j'étais député, je la dirais avec ma voix à la tri-
hune.
Je ne suis que journaliste.
Je la dis avec ma plume.
Pourtant je ne signerai pas et écrit.
Mon nom ne fait rien à l'affaire.
Ce qui importe, ce sont mes idées.
Ma personnalité, qui, du reste, est fort connue, n'a-
jouterait rien et n'ôterait rien à la valeur réelle de ces
idées.
D'ailleurs j'ai déjà tant signé d'articles de journal,
qui ont fait quelque bruit clans un temps de passion
politique et d'effervescence générale où je jouais ma
vie et ma liberté à dire ma pensée, que je n'éprouve
qu'une fade sensation à reprendre la plume de publi-
ciste, maintenant qu'on ne risque plus rien à écrire
toutes les billevesées que l'on peut avoir dans l'esprit
et que l'on ne court pas plus de danger à se ranger du
côté de l'Opposition contre le Gouvernement, qu'à se
mettre du côté du Gouvernement contre l'Opposition.
Si je parle aujourd'hui, c'est que je sens que j'ai à
dire des choses utiles et que le premier devoir d'un
bon citoyen et d'un honnête homme, est d'ouvrir la
main qu'il croit pleine de vérités.
J'ai servi, non pas le lendemain, mais la veille,
sans réticence, sans ambiguité, sans réserve, carré-
ment, l'Empereur, l'Empire, la Dynastie, et je n'y ai
rien gagné, puisque, dans ma carrière de journaliste,
je n'ai réussi qu'à contracter des dettes qui pèsent
lourdement sur ma vie.
Je devrais donc me trouver aujourd'hui avec les
mécontents plutôt qu'avec les satisfaits.
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Mais le cri de ma conscience est plus fort que le cri
de ma souffrance.
Je ne changerai pas de conviction.
Je suis toujours avec l'Empereur, avec l'Empire,
avec la Dynastie, parce que je crois en 1868 comme en
1848 que là est la force, l'avenir, la prospérité, le re-
pos, la grandeur et, pour tout dire enfin d'un mot, le
salut de la France.
Seulement, après avoir affirmé ma foi, j'userai du
droit que j'ai de dire ce que je pense sur le budget,
dont il faut arrêter la croissance ; sur la question
de paix ou de guerre, qui ne peut se résoudre que sur
un champ de bataille; sur l'administration, qui est à
simplifier; sur l'impôt qui est à démocratiser; sur le
scrutin de 1869, qui sera pour l'Empire et la Dy-
nastie une épreuve décisive.
Aux classes d'en haut qui oublient trop les classes
d'en bas, il faut rappeler que plus on accorde aux lé-
gitimes aspirations du grand nombre, plus on affaiblit
le socialisme, qui recrute le gros de son armée de
combat dans la population ouvrière irritée de souffrir,
impatiente de jouir.
A ceux qui s'endorment dans la perfide sécurité
d'une aveugle confiance, il faut jeter le cri d'alarme.
A ceux qui s'attachent au prisme décevant d'une
fausse espérance, il faut donner l'épouvante de la
vérité. ■
Vous qui ne signez pas votre oeuvre, allez-vous dire,
d'où tenez-vous ce droit ?
De qui avez-vous reçu la mission de réveiller les
uns et d'avertir les autres ?
Je l'ai reçue de la foule.
Oui, de la foule, dont je suis l'écho, car je ne suis
qu'un écho.
Ce que je dis dans cet écrit n'est certes pas sorti
tout d'une pièce, forme et fond, de ma pensée, comme
Minerve naquit tout armée du cerveau de Jupiter, à
ce que prétend du moins la Mythologie.
J'ai souvent rencontré les idées que j'y exprime, à
— 6 -
l'état d'embryon ou de germe, tantôt dans la bouche
de celui-ci, tantôt sous la plume de celui-là, dissé-
minées, disjointes, toujours en détail, jamais en bloc,
mais vivantes.
Elles viennent d'en haut sous forme de principe,
d'en bas sous forme d'aspiration, de tous et de
parto ut.
Elles ne m'appartiennent donc pas en propre.
Je ne les crée pas, je ne les invente pas, je les ras-
semble pour n'en faire qu'un tout, ainsi qu'un mois-
sonneur qui récolterait les épis de plusieurs champs
pour n'en former qu'une gerbe.
En un mot, je suis le bon sens qui les recueille et
les formule.
Je saisis le taureau par les cornes.
Le chiffre des dépenses générales est une énormité.
Mais personne n'est responsable de cette énormité.
Le seul coupable, le vrai coupable, c'est l'esprit de
routine.
Tant que l'on barbotera dans l'ornière des sentiers
battus, on aura beau rogner çà et là quelques milliers,
quelques millions de francs, on n'empêchera pas le
Budget de grossir chaque année.
Ces misérables rognures pratiquées sur ceci et sur
cela m'ont toujours fait pitié.
On dirait des usuriers qui liment le rebord des gros
sous pour en extraire quelques parcelles de cuivre
avec lesquelles ils font des francs.
Avec d'aussi pauvres moyens on ne peut obtenir
que de pauvres résultats.
On diminue la ration de soupe et de vin, de viande
et de pain de quelques malheureux employés, on
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désorganise un service utile, on réduit à la misère et
au désespoir toute une famille qui vivait d'un emploi
supprimé, on oblige un vieillard privé de sa pension
de secours à se réfugier dans un hospice ou dans
le suicide.
Mais on n'arrive à rien de sérieux, à rien d'efficace,
et le Budget enfle, enfle d'exercice en exercice, comme
le flot qui monte, monte d'heure en heure.
Quand le flot a cessé de monter, c'est l'inondation.
Quand le Budget a cessé d'enfler, c'est la banque-
route.
Voilà ce qu'il faut empêcher, en lui faisant une
large et profonde et abondante saignée.
N'est-ce pas avec un coup de lancette dans les vei-
nes que les médecins préviennent les apoplexies fou-
droyantes.
Il ne peut y avoir de coup de lancette largement
efficace que celui qu'on donnerait dans le budget de
la guerre, qui s'élèvera en 1869, pour un effectif nor-
mal de 400,000 hommes, à 370 millions, en somme
ronde.
Aussi ne peut-il y avoir de saignée suffisamment
abondante que celle qui serait produite par un désar-
mement de longue durée, fait sur une vaste échelle.
Un effectif normal de 400,000 hommes arrachés
régulièrement et perpétuellement aux travaux de l'in-
dustrie, du commerce et de l'agriculture, et coûtant
370 millions par an, ce serait certes trop, beaucoup
trop pour une armée de garnisons.
Il faudrait se hâter de réduire de moitié cet effectif
et cette dépense.
Malheureusement, dans la situation actuelle de
l'Europe, cette armée de garnisons est, en réalité,
la tète d'une armée de combat.
C'est l'état d'armement de la Prusse qui a nécessité
l'état d'armement de la France.
— 8 —
Ainsi pour que la France désarme, il faut que la
Prusse désarme.
Mais la Prusse ne désarmera que lorsqu'elle aura
été vaincue.
Donc, il faut la vaincre.
Pas de leurres, pas de chimères.
Négociations, ni Congrès n'y peuvent rien.
Les paix profondes, qui permettent le désarme-
ment, parce qu'elles donnent la sécurité, ne viennent
qu'après les grandes guerres, à la suite desquelles il
y a des vainqueurs qui dictent et des vaincus qui
subissent la loi de la force.
Ainsi, les traités de 1818, qui avaient mutilé la
France, ont donné à l'Europe un demi siècle de paix.
Quand les vainqueurs abusent des droits de la vic-
toire, comme on l'a fait au congrès de Vienne, les
vaincus déchirent un jour, avec la pointe de leur
épée, les conventions trop dures et trop injustes qu'on
leur a imposées.
C'est ce que la France a déjà fait et ce qu'elle fera
encore, jusqu'à ce qu'elle ait achevé de se reconstituer
dans ses frontières naturelles.
Il n'en est pas moins vrai que pendant quarante
années, elle a dù se résigner à sa déchéance, et que
pendant ces quarante années l'Europe pacifiée pouvait
désarmer.
Que la guerre éclate aujourd'hui entre la France et
la Prusse, la paix qui suivra demain sera d'un siècle.
Alors le désarmement s'accomplirait sans difficulté
des deux côtés du Rhin.
Non pas ce désarmement fallacieux et partiel, ce
désarmement dérisoire et momentané dont la Prusse
a fait récemment tant de fracas et qui consistait sim-
— 9 —
plement à retarder de trois mois, par mesure d'éco-
nomie , l'incorporation de quelques milliers de nou-
velles recrues dans l'armée fédérale de l'Allemagne
du Nord.
Mais un désarmement sérieux qui réduirait consi-
dérablement* l'effectif de pais et le budget de la
guerre, un désarmement qui rendrait pour toujours
un grand nombre de bras à l'agriculture, au commerce
et à l'industrie.
Qu'importe que la Prusse attende trois mois pour
exercer quelques milliers de nouvelles recrues, parce
qu'il lui convient de faire, pendant ce temps-là, l'éco-
nomie de leur habillement et de leur nourriture.
Est-ce qu'il ne lui reste pas un million de soldats
allemands, tout équipés et tout exercés, dont elle sait
trop qu'elle peut disposer à son gré, qu'ils soient du
Sud ou du Nord?
Est-ce qu'il ne lui reste pas, sur la rive gauche du
Rhin, des forteresses qui lui servent de campements à
l'entrée même du territoire de la France ?
Est-ce qu'elle ne tient pas dans ses mains les clefs
qui ouvrent les portes de notre frontière de l'Est, et
n'est-elle pas libre de les franchir quand bon lui sem-
blera?
Tant qu'elle n'aura pas rendu ces clefs et fermé ces
portes, tant qu'elle n'aura pas rasé jusqu'au sol ces
forteresses, elle ne peut pas prétendre qu'elle désarme.
Si désirable que soit le désarmement, il faut donc l'a-
journer, pour le moment, afin de courir au plus pressé.
Le plus pressé, c'est la guerre, puisque la guerre
seule peut nous donner, pour de longues années, la
sécurité de la paix.
Queretaro et Sadowa ont presque effacé le souve-
nir de la brillante expédition de Crimée et de la mei-
veilleuse campagne de Lombardie.
Il faut que ce souvenir revive dans toute sa splen-
deur primitive; il faut que l'enthousiasme de 1856, et
— 10 —
de 1859 renaisse au bruit du tambour et du clairon
ramenant d'Allemagne en France nos soldats victo-
rieux.
C'est peut-être une question de vie ou dé mort pour
la Dynastie.
Qu'on se batte ou qu'on désarme :
Telle est la phrase qui sort de toutes les bouches.
Du Nord au Midi, de l'Ouest à l'Est, c'est le senti-
ment unanime.
L'incertitude qui pèse comme un ciel de plomb sur
toutes les imaginations fatigue, au suprême degré, la
France impériale.
Qu'on en finisse avec cette incertitude ! s'écrie-t-on
de tous côtés.
La guerre ou le désarmement, tout de suite.
C'est le cri universel.
Tous ne jettent pas ce cri avec le même accent.
On y sent des désirs différents et des espérances di-
verses.
Les ennemis de la Dynastie, qui craignent que la
guerre ne grandisse l'Empire, le prononcent hypocrite-
ment pour qu'on désarme, non après la victoire, mais
avant la bataille.
Les réfugiés de Londres ne viennent-ils pas de fon-
der un journal, dont la mission spéciale est de plaider
systématiquement la cause de la paix.
C'est là un fait significatif qui dit clairement que
dans leur opinion la guerre serait favorable et que la
paix peut être funeste au gouvernement dont ils rê-
vent la chute.
Cette opinion, on peut la croire, car elle a la clair-
voyance de la haine.
Je sais bien qu'il est des partisans convaincus de la
paix parmi les dignitaires de l'Empire.
— 11 —
C'est le petit nombre.
Ce sont les énervés de ce régime.
Venise aussi a eu les siens au temps de sa décadence.
Gorgés de richesses, abâtardis par les plaisirs, ils
ne savaient plus que conseiller la poltronnerie qu'ils
appelaient prudence, l'abstention qu'ils nommaient sa-
gesse.
Un jour vint où la Sérénissime République eut à
choisir entre l'Autriche et la France.
Déshabituée d'agir, elle ne sut se décider ni pour
la France contre l'Autriche, ni pour l'Autriche contre
la France.
Qu'arriva-t-il ?
Egalement fatiguées et blessées de ses irrésolu-
tions, au moment du traité de Campo-Formio, la
France et l'Autriche s'entendirent ensemble contre
elle.
Le lendemain elle avait cessé de vivre.
Voilà où conduit la peur !
La guerre ou le désarmement, tout de suite, crie
aussi le Peuple.
Mais dans sa bouche, ce cri a une autre significa-
tion.
On y sent bouillonner son âme fière et patriotique,
on y sent palpiter son coeur viril et brave.
C'est l'orgueil national qui s'irrite de tant de lec-
teur et dont l'impatience déborde en plaintes amères,
que le premier roulement de tambour changerait bien
vite en acclamations enthousiastes.
Si la France doit accepter sans combat la supréma-
tie de la Prusse, qu'on le dise avec franchise; si
elle ne doit plus être qu'une puissance de second 'or-
dre un peu au-dessus de l'Italie, un peu au-dessous'
de l'Autriche, qu'on le dise tout de suite.
Qu'on le dise en désarmant, afin qu'elle ait au
moins les profits de son humiliation, qu'on le dise de
— 12 —
façon à ce qu'elle ne puisse plus douter de la solidité
de la paix et qu'elle gagne en sécurité et en loisir,
qu'elle regagne en argent ce qu'elle perdra en in-
fluence et en force, ce qu'elle perdra en heuneur.
A lors nous ferons comme les Romains de la déca-
dence, nous jouerons à la Bourse, nous enrichirons
les courtisanes, nous boirons du Champagne, nous au-
rons des chevaux, des hôtels, des villas, bref, nous
jouirons de la vie jusqu'à l'arrivée des barbares
de l'avenir.
Ainsi parle le Peuple.
Mais en parlant ainsi, le Peuple sait bien que ce
n'est pas un Bonaparte qui peut vouloir que la France
devienne, sous son règne, une puissance de second
ordre.
Il ne croit donc pas au désarmement immédiat ; il
croit à la guerre prochaine du Rhin.
La gauche du Rhin, qui fut la frontière de la
Gaule, du côté de la Germanie et de la Bata vie, est à la
France comme le bras est au corps dont il fait partie.
Le droite de la France à posséder toute la rive gauche
du Phin est tellement indiscutable que je ne discute-
rait pas ce point de géographie et d'histoire, aussi
clair que le pur.
Je me borne à l'affirmer, comme je me borne à affir-
mer Dieu, à affirmer la création, à affirmer la vie, à
affirmer le soleil.
' Lion de Soltérino, réveillez-vous.
est temps
Jesus chassa un jour les vendeurs du Temple.
Faites comme Jésus.
Chassez d'autour de vous les poltrons qui ont peur
de leur ombre, et qui conseillent la couardise,
Plus d'irrésolution, plus d'incertitude,
— 13 —
Levez-vous, et partez.
Partez pour réaliser enfin le rêve que vous caressez
depuis votre jeunesse, en achevant de déchirer ces
odieux traités de Vienne que vous avez raison de détes-
ter, puisqu'ils rappellent Waterloo, et en reprenant
sur les envahisseurs de 1815 nos frontières de 1801.
Ce rêve est aussi celui de la France depuis plus d'un
demi siècle.
Qu'attend-on ?
La France est maintenant armée jusqu'aux dents.
Ses canons sont bourrés jusqu'à la gueule.
Elle a le fusil chassepot dont le tir est d'une ef-
frayante sûreté, à une distance de 1,000 mètres.
Elle a la mitrailleuse d'une puissance de destruction
à faire dresser d'épouvante les cheveux sur la tête.
Elle est équipée, approvisionnée et fortifiée à défier,
comme sous Louis XIV et Napoléon 1er, comme sous
la République, l'Europe entière.
Ses magasins sont pleins, ses arsenaux aussi et ses
places fortes sont en état de se moquer des Prussiens
qui auraient la fantaisie d'en franchir les fossés et
d'en escalader les murailles.
Bref, nous pouvons, quand nous le voudrons, jouer
au soldat et à la bataille.
Demain, si cela nous plaît.
Eh bien, il faut que ce soit demain.
Ce n'est pas avec des coquilles de noix que l'on
achète des munitions et des chevaux, que l'on relève
des bastions, que l'on fabrique des fusils et des canons,
que l'on fond des balles.
ll a fallu y consacrer des centaines de millions.
Si ces millions ne nous rapportaient rien, ni l'éclat
des conquêtes, ni l'économie du désarmement, ni la
gloire des combats, ni la sécurité de la paix, on dirait
qu'il eût mieux valu les laisser dans la poche des con-
tribuables, et on aurait raison.
Avoir semé tant de monceaux d'or, pour laisser
— 14 —
moisir dans les arsenaux et les magasins tant de fu-
sils, tant de canons, tant de souliers, tant de képis
inemployés, ce serait avoir jeté des poignées de perles
aux pourceaux.
Cela ne peut pas être, cela ne sera pas.
Bientôt l'armée française ira chercher l'armée
prussienne sur la rive gauche du Rhin.
Je sais bien que cette armée prussienne se dit et se
croit déjà l'armée allemande.
Eh bien, quand cela serait vrai.
La lutte sera un peu plus longue et un peu plus
sanglante, mais aussi plus décisive.
Voilà tout.
Ne seriez-vous plus les fils de vos pères ; ne seriez-
vous plus bons qu'à vous ruiner pour des filles d'O-
péra, que l'Allemagne unie vous effraye ; ne seriez-
vous plus les soldats de Sébastopol et de Magenta,
que vous reculez devant ce spectre noir, qui n'est en-
core que l'aigle de Prusse ?
L'Angleterre rugira de colère et de jalousie.
Mais elle ne brûlera pas une amorce.
Croyez-moi.
Vous auriez Cologne qu'elle se bornerait encore
à faire des discours, comme lorsque vous avez eu
Chambéry.
Elle en est déjà où en était Venise à la fin du dix-
huitième siècle.
Elle ne sait plus fondre des balles.
Elle ne sait plus que bavarder dans ses journaux,
bavarder à la Chambre des Lords , bavarder à la
Chambre des Communes.
Si l'Autriche ne peut pas nous servir, elle ne peut
pas nous nuire.

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