Le Tocsin de la liberté, par F @ -L @ -Jos @ Mairesse,...

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impr. de Delonchamps (Vervins). 1830. France (1830-1848, Louis-Philippe). In-16, II-26 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1830
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LE TOCSIN
DE LA LIBERTÉ,
PAR
NOVEMBRE 1830.
LE TOCSIN
de
LA LIBERTÉ,
$Jnr JF,\ - £\ - Jffs/. .§§Jtt«5W,
ANCIEN MAGISTRAT,
Propriétaire à Origny, Arrondissement de Vervins (AISNE),
PREMIERE EPOQUE.
Notre première Révolution.
AINSI que les grands phénomènes de la nature, les
grands phénomènes politiques ne s'annoncent qu'avec
fracas. De beaux élans intellectuels fortement comprimés,
de généreuses affections sociales brutalement contrariées,
la pensée partagée entre le silence et les cachots, la
raison elle-même traitée de factieuse : telles sont les
causes de ces terribles explosions qui se remarquent chez
les nations dont l'impatiente indignation s'est enfin pro-
curé une issue. Quà data porta, ruunt.
C'est ainsi que s'expliquent ces nombreux et affligeans
excès qui furent le début de notre première Révolution.
Je ne les approuve point, mais je les excuse : les provo-
cateurs, voilà les seuls vrais coupables. Ils étaient de-
venus d'autant plus audacieux, d'autant plus exacteurs,
qu'ils vieillissaient dans l'habitude d'opprimer, et qu'ils
s'attendaient moins au terme si prochain de leurs scan-
daleuses jouissances.
Une noblesse dédaigneuse, dévastatrice impudique de
nos propriétés pour faire diversion à l'ennui qui la sui-
vait pas à talon, en un mot, une noblesse que nous nous
excitions chaque jour à haïr tant elle insultait à nos
malheurs : voilà quelle était notre première calamité
Des prêtres ambitieux, dangereux moralistes, toujours
prêts au crime pour le salut de leur corne d'abondance,
puissans leviers pour renverser, les Etats, spoliateurs de
familles au moyen de leurs amulettes religieuses, jouis-
sant paisiblement d'une fortune d'iniquité au-delà de
six cent quarante-huit millions de revenu, s'emparant
de nos récoltes et de nos denrées qui ne leur coûtaient
que des mouvemens maxillaires, vendant effrontément
et à tel prix qu'ils voulaient, leur eau, leurs farineux
et leur axonge qu'ils nous distribuaient à force ouverte,
Vendant, à bureaux publics, le pardon de tous les crimes;
à Venise seule, ils en vendirent pour seize écus marcs
d'or, tarifant le rachat des infractions à leur code disci-
plinaire, scandaleusement dissolus : voilà quelle était
notre seconde calamité. Prêtres, je ne vous lâche pas
encore 5 tout-à-l'heure je vous écraserai.
Des chefs politiques par la grâce de Dieu comme je
suis, homme par la grâce de mon cheval, en possession
de tout oser et de tout interdire, ayant pour principaux
ministres des bourreaux et des muets armés prêts à dis-
tribuer la mort au premier signal , ne regardant les
hommes que comme une richesse territoriale, répendant
avec une profusion insultante le produit d'une foule
d'impôts qui nous pressuraient : voilà quelle était notre
troisième calamité, notre calamité suprême.
La plupart de ceux qui pouvaient nous éclairer et
nous enhardir se trouvaient dans le tourbillon de ces dé-
sordres. Quelques autres suppléaient de temps en temps
à notre silence d'esclaves; mais tout-à-coup ils devenaient
muets. Nous n'avions qu'une assez bonne école,, celle
du Théâtre. Nous y entendions des critiques amères,
des pensées dont la hardiesse exaltait les nôtres, et des
leçons qui nous enseignaient à juger nos maîtres et à
nous mépriser nous-mêmes; et quand l'homme n'est
plus à ses yeux ce qu'il doit être , il se retourne
Vers ses tyrans, et commence à n'y voir que ses sem-
blables, que des hommes chargés d'insignes qui en im-
posent aux yeux afin d'en imposer à l'esprit. Brutus,
Mahomet, le Tartufe, etc : voilà un livre de grandes
■vérités que le théâtre nous a ouvert. .
Après bien des années, circulent enfin parmi toutes
les classes ces beaux ouvrages où l'homme social se voit
en grand Son air de dignité le flatta, et biantôt il voulut
être tel qu'il se voyait. Alors ses tyrans se relâchèrent.
Oui, quand l'homme a pensé, ses tyrans ont frémi.
Chaque jour l'opinion publique devenait plus massive;
les embarras du gouvernement étaient connus ; son
recours à la nation devenait indispensable; il le redoutait;
les hauts cris, des, créanciers de l'Etat l'y forcèrent; il
fallut se résigner.
SECONDE EPOQUE.
L'assemblée des Notables.
La France était dans le marasme financier. D'énormes
dilapidations avaient précédé; l'indépendance de l'Amé-
rique nous avait coûté douze cents millions; un collier
de quinze cent mille francs au cou d'Antoinette était
un autre scandale ; Vergennes assemble les Notables ;
Brienne les congédie.
Paraît le fameux Edit du timbre. Le Parlement refuse
de l'enregistrer, et veut avoir préalablement le tableau,
comparatif de recettes et de dépenses. Cette belle har-
diesse choque Brienne qui l'exilé à Blois. Il est rappelé.
Lamoignon et Brienne travaillent sans relâche à l'orga-
nisation des Cours plénières (c'était faire revivre nos
anciens Comices ). Elles devaient être au dessus des
Parlemens qui perdaient de leur autorité par l'établis-
sement des grands Bailliages.
Des intrigues secrètes et l'emploi de la force armée,
devaient consommer l'humiliation du Parlement Le
conseiller Dépréménil paie, au poids de l'or, une épreuve
des Edits qui s'imprimaient. Le Parlement sait tout. Il
s'assemble et jure qu'il insistera sur la nécessité d'as-
sembler LA NATION.
Cette énergie en donna à tous les esprits, et voilà ce
que redoutait le gouvernement. Il hésite; enfin il capi-
tule. Au demeurant, les hommes réunis en Etats géné-
raux ne sont que des hommes dont les bouches n'en
imposent pas autant que celles de nos arsenaux. Ainsi
raisonna Brienne. Ce prêtre aussi avait l'esprit des
grands coups, des coups de prêtres arrives au pouvoir.
La nation vit dans cette capitulation un aveu de fai-
blesse ou un amour propre et une présomption, qui
attendent tout du pouvoir. Heureusement, le prêtre
Brienne ne préjugeait même pas la force, de caractère
de la nation, ni ses résolutions analogues. Elles furent
grandes dès qu'elle sut que sa représentation serait égale
à celle de chaque caste privilégiée.
Elle se tut. Elle devait se taire. La plus légère exalta-
tion des esprits aurait suffi pour que le ministre s'en tînt
à ses Cours plénières qui lui auraient été d'autant plus
dévouées, qu'elles auraient remplacé notre première
Cour souveraine.
Cette fois-là, et très heureusement, le flair du mi-
nistre fut en défaut.
TROISIÈME ÉPOQUE.
Assemblée des Etats-Généraux.
Les Notables, étaient des hommes clairvoyans. Ils
avaient pressenti que le ministère ne voulait que déverser.
sur eux tout l'odieux ; des impôts énormes dont il s'agis-
sait de charger la France déjà indignée des causes hon-
teuses de son appauvrissement. Leur position était d'au-
tant plus délicate, qu'appartenant tous à la haute région
sociale, ils craignaient les tablettes du souverain. Toutes
les considérations vinrent se briser contre leur conscience
et leur pénétration. Ils s'excusèrent d'une manière aussi
sage qu'ingénieuse : ils déclarèrent que la France n'était
pas suffisamment représentée par eux.
Ces Etats Généraux sont assemblés. On comptait n'y
trouver que des esprits très ductiles ; mais on y trouva
des lumières, de grands talens et une énergie qui éton-
nèrent la France elle-même et toute l'Europe. Dès ce
moment-là, on vit la fumée sortir de toutes les têtes
ministérielles; toute la basse-cour de courtisans ne quitte
plus l'OEil-de-Boeuf; on délibère avec la même frayeur,
avec la même précipitation que les rats de La Fontaine;
on parle d'un coup de vigueur, celui de fermer les portes
de la salle de réunion; cet avis prévaut, et elles le sont
sur-le-champ.
L'on s'étourdit sur les conséquences de celte mesure.
On accusait même l'aiguille de sa lenteur à marquer
l'heure de la réunion; elle y arrive enfin, et l'on sourit
à l'effet de l'affront préparé. Nos Députés se pressent.;
ils approchent, mais à l'instant des baïonnettes sont en
avant; ce mouvement est significatif; au Jeu de Pomme ,
ce sont les seules paroles qui se fassent entendre.
A l'instant, la France représentée est debout sous le
ciel qui entend et reçoit le serment qu'elle fait de ne
plus se séparera
Versailles, témoin tout particulier des dissolutions et
des infamies de nos satrapes, commence le cercle autour
de nos Sénateurs; Paris accourt, le Ferme et. le triple;
de ce groupe immense part le cri : A Paris, à Paris;
la pâleur de Louis Capet annonce un maître qui craint
plus ses anciens esclaves qu'il ne les méprise ; la foule
esta l'étroit sur la route qu'elle couvre dans tout son
cours. Aux cris de joie à la vue d'un soleil qui se cou-
chera la dernière fois sur une terre d'esclaves, succède
un silence adroitement concerté, c'est-à-dire, pour laisser
Louis s'abandonner à ses réflexions. Elles étaient acca-
blantes, terribles même sans doute , il pleurait.
Ce ne sont plus des Etats-Généraux que nous avons;
c'est une ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. La forme de gouver-
nement annonce des hommes sages qui ne veulent plus
que la France ait un tyran pour premier magistrat.
LES DROITS DE L'HOMME ET DU CITOYEN sont en tête du
nouveau pacte social. Que dis-je nouveau?.... La France
n'en eut jamais Toujours elle était forcée de saluer
souverain celui qu'un usage antique affublait d'un dia-
dême , affublement que précédait- l'application d'un
Uniment par un prêtre. Ce liniment avait la vertu de
métamorphoser l'homme en roi par la grâce de Dieu.
Le vulgaire le croyait Le sage riait de l'ampoule et
du pigeon qui l'avait apportée.
La loi de la raison et de l'intérêt particulier sagement
entendu est bien moins dure à subir que celle d'une im-
périeuse et humiliante nécessité. Au lieu donc d'assou-
plir sa volonté à une masse de volontés si énergiquement
exprimées, Louis, perfidement décoré de nos couleurs,
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se prépare à faire parler ses bouches formidablement
persuasives de. la Bastille et de Vincenues. Aussitôt la
Bastilie s'écroule, et avec elle toutes celles de la France.
Louis était intentionnellement coupable Pourtant
on lui pardonne comme, on pardonne à un ennemi
vaincu.-Louis avait été tyran; il aimait à l'être encore.
Il comptait sur ses muets armés Ils s'avancent, mais
ce n'est que pour tomber. La terre qui avait reçu le
sang de nos généreux Parisiens, demandait celui de leur
premier bourreau. La France le lui refuse.... Celle fois,
elle le devait. La France fait plus ; elle le veut bien
encore pour chef, et il en jure le contrat : les hommes
s'en laissent trop imposer par les sermens.
De temps à autre il donne des signes de maître.
Sans doute il croyait au déclin de l'effervescence qui
avait méconnu sa légitimité Louis s'abandonnait à
l'illusion favorite des tyrans. Manetaltâmenter epostum...
Les plus horribles complots menacent la France, et lui
préparent toutes les calamités dont est capable une ty-
rannie humiliée par une simple restriction de pouvoir.
Des troupes étrangères s'avancent. ... Il les avait invo-
quées.... Elles l'attendaient.... Il fuit.... On l'arrête....
Il paie de sa tête sa perfidie et son ingratitude.
Un souverain supplicié exaspère tous les autres La
tyrannie formait la chaîne en Europe..... Tous les ins-
trumens de mort sont en marche contre nous La
trahison y ajoute ses combinaisons Mais des milliers
d'ennemis ont pour sépulture notre sol dont ils espéraient
faire celle de la France.
Forte de nos victoires et de l'élévation du Caractère
Français, notre Représentation nous érige en République.
C'était affronter la conjuration de tous les tyrans; c'était
à-la-fois le gouvernement le plus approprié à un peuple
tel que nous. Il appartenait à la France d'être la Rome
moderne; mais elle était destinée à toutes les bour-
rasques politiques.
Le pouvoir se trouve dans des mains sanguinaires.
Toutes les passious se subliment Le Français n'était
plus libre que comme les Grecs enfermés dans l'antre
des Cyclopes où ils attendaient que leur tour vînt d'être
dévorés. Des milliers de transfuges reparaissent et de-
mandent audacieusement la récompense de leur lâcheté.
La circulation du pouvoir était lente pour le maintien
de nos institutions, mais très rapide dans le sens des faveurs
accordées à ceux qui en méditaient la disparution. Des
partis n'étaient renversés que pour faire place à d'autres.
La haine, la vengeance et l'ambition mesuraient et cal-
culaient hardiment leur succès; le Français était mené
durement à l'obéissance..... On s'y livrait par l'intérêt
de sa fortune ou de sa vie, mais on s'en défiait par ré-
flexion ; c'était la crainte de revoir des castes prévilégiées,
c'est-à-dire les funérailles de la liberté.
MONTESQUIEU, et après lui, l'Athéronome de Berne,
regardent la loi Julia comme l'une des principales causes
de la décadence de la République romaine, parce que
ceux que cette loi favorisait apportèrent dans les tribus
leur génie, leurs intérêts privés, et pis encore, leur
grand esprit d'indépendance.
Nous l'avions faite l'expérience de souffrir parmi nous

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