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Le tremblement de terre de la Martinique

214 pages
Trois pièces de 1840 portent le titre Le Tremblement de terre de la Martinique. Après la réédition de celle de Lafont et Desnoyer (coll. Autrement mêmes, 2012), voici celle du drame d'Adolphe Dennery, avec, en annexe, un examen rapide de la folie-vaudeville en un acte d'Auguste Jouhaud (pièce inédite).
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AdolphE DENNERy
Le trembLement de terre de Lamartinique dRaME sUIvI dE docUMENTs INédITs
PRésENTaTIoN dE baRBaRa t. CoopER
LE TREMBLEMENT DE TERRE DE LA MARTINIQUE
COLLECTIONAUTREMENT MÊMES conçue et dirigée par Roger Little Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l’ordre national du mérite, Prix de l’Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc. Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l’Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s’agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis l’installation des établisse-ments d’outre-mer). Le choix des textes se fait d’abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l’ouvrage, mais tient compte aussi de l’importance à lui accorder dans la perspective contem-poraine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l’intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte. « Tout se passe dedans, les autres, c’est notre dedans extérieur,les autres, c’est la prolongation de notre intérieur.»Sony Labou TansiTitres parus et en préparation : voir en fin de volume
Adolphe Dennery LE TREMBLEMENT DE TERRE DE LA MARTINIQUE suivi de documents inédits Présentation de Barbara T. Cooper L’HARMATTAN
En couverture : Portrait d’Adolphe Philippe Dennery par Evert van Muyden recueilli dansFigures contemporaines tirées del’Album Mariani, vol. IV, Paris : Librairie Henri Floury, 1899. © L’Harmattan, 20145-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03708-0 EAN : 9782343037080
INTRODUCTION par Barbara T. Cooper
Choix d’écrits dumême auteur Robinson Crusoé,texte établi, annoté et présenté par Barbara T. Cooper, inThéâtre complet deRené-Charles Guilbert de Pixerécourt: Mélodrames (1792-1835), s.l.d. Roxane Martin, Paris : ÉditionsClassiques-GarnierBibliothèque du, coll. « Théâtre français », t. III,à paraîtreL’Autre Théâtre romantique, n° spécial deLa Revue d’Histoire du o Théâtre257 (2013),s.l.d. Olivier Bara et Barbara T. Cooper, n 127 p.Le Tremblement de terre de la Martinique, deCharles Lafont et Charles Desnoyer, suivi de documents inédits, présentation de Barbara T. Cooper, coll. Autrement Mêmes 79, Paris:L’Har-mattan, 2012 Sélico,ou les Nègres généreux[pièce inédite], texte établi, annoté et introduit par Barbara T. Cooper, inThéâtre complet de René-Charles Guilbert de Pixerécourt: Mélodrames (1792-1835): Classiques Garnier, 2012,, s.l.d. Roxane Martin, Paris t. I, p. 97-171 La Traite des Noirs, de Charles Desnoyer et Jules-Édouard Alboize du Pujol, suivi de documents inédits, présentation de Barbara T. Cooper, coll. Autrement Mêmes 44, Paris: L’Harmattan, 2008Cora, ou l’Esclavage, de Jules Barbier, suivi de documents inédits, présentation de Barbara T. Cooper, coll. Autrement Mêmes 31, Paris : L’Harmattan, 2006
INTRODUCTION LeTremblement de terre de la Martiniqued’Adolphe Dennery, créé le 23 janvier 1840 au Théâtre de la Gaîté,n’était pas la première œuvre dramatique àmettre en scène le séisme qui dévasta 1 la colonie française aux Antilles un an plus tôt. Comme le rappelle un chroniqueur théâtralde l’époque, Ce n’était pas assez d’un mélodrame pour un pareil désastre; il en fallait deux ; il fallait dix actes pour peindre cette grande catastrophe ; il fallait deux théâtres mettant en jeu tous leurs acteurs et toutes leurs machines. Dans cette lutte, le théâtre de la Porte-Saint-Martin est venu le premier; c’est là un grand mérite en fait de succès; mais la Gaîté réparera le temps perdu. Hâtons-nous de dire que les deux tremblements ne se ressemblent pas le moins du monde. À la Porte-Saint-Martin nous avions un mauvais mulâtre, à la Gaîté nous avons un bon nègre ; là-bas plusieurs personnes vertueuses périssaient misérablement; ici la vertu souffre, 2 mais il ne meurt pas, et le crime seul est puni. La création quasi simultanée de deux pièces sur un même sujet ne devait pas étonner les lecteurs de ce critique. Les adminis-trateurs des théâtres du Boulevard rivalisaient pour attirer les spectateurs dans leurs salles non-subventionnées et, en bons capitalistes,n’hésitaient pas àprofiter de l’intérêt d’une histoire d’actualité ou d’un succès chez leurs voisinspour renflouer leurs 3 caisses . Ce cas précis était pourtant compliqué par des accusations 1 Un important tremblement de terre avait secoué la Martinique le 11 janvier 1839. Toute citation de la pièce de Dennery renvoie à la présente édition et sera signalée, entre parenthèses, dans notre texte (acte, scène, page). 2 Théâtre de la Gaîté. Première Représentation duE. G. [Eugène Guinot], « Tremblement de terre de la Martinique, mélodrame en cinq actes [sic], par MM. o Dennery et *** »,Le Courrier français, n27 (27 janvier 1840), p. 2, feuilleton. Ce texte est repris dans notre Annexe 2 : voir p. 147-148 ci-dessous. Ch. Lafont et Ch. Desnoyer ont fait jouer leur pièce, qui portait le même titre, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin le 14 jan. 1840. Voir notre réédition de leur œuvre,coll. Autrement Mêmes, Paris :L’Harmattan,2012. 3  Voir,pour un autre exemple, notre étude, «Dans les marges du théâtre roman-tique : concurrence et industrialisation théâtrale sous la Monarchie de Juillet, l’exemple deGaspard Hauseret duPauvre Idiot(1838) » suivi de « La Mise en o scène publiée deGaspard Hauser»,La Revue d’histoire du théâtre257, n vii
portées par Adolphe Dennery contre Charles Desnoyer devant une commission de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. Dennery alléguait que Desnoyer lui avait volé l’idée de la pièce après avoir refusé une invitation à collaborer avec lui à la 1 composition de son drame . N’ayant pasréussi à faire obstacle à la représentation de la pièce de Desnoyer par son plaidoyer, Dennery nira par écrire sonTremblement enassociation avec Adolphe Lemoine, dit Lemoine-Montigny ou tout simplement Montigny, 2 avec qui il partagera les droits d’auteur. Ce dernier fut acteur, auteur et, à l’époque,du Théâtre de la Gaîté avec co-directeur Henri-Horace Meyer, homme dont le nom est aussi parfois mentionné comme collaborateur de Dennery à cette occasion. Cependant, Dennery seul signeral’œuvre quand elle sera publiée dans la collection du «Magasin théâtral» et annoncée dansLa 3 Bibliographie de la France. Adolphe DenneryAdolphe Philippe (Paris, 17 juin1811Paris, 25 janvier 1899),ls d’une famille marchande d’origine juive, adoptera le nom de (2013), p. 41-52 & 53-57. Voir aussi notre Annexe 3, où il est question d’une troisième pièce intituléeLeTremblement de terre de la Martinique. 1 Sur ce différend, voir l’article «Théâtre de la Gaité. Autre tremblement de terre », er o Le Moniteur des théâtres, t. 113 (15 janvier 1840), p. 98 publié p. 121-125, n de la présente édition. Voir aussi les registres de délibérations de nov. 1839 de la Société des auteurs et comositeurs dramatiues. 2  VoirleCatalo ueues aisantartie duénéral des œuvres dramatiues et l ri ré ertoirede la Société des auteurs et comositeurs dramatiuesot: Gu Paris et Pera allo1863 .348. Sur Monti nvoir «Lemoine-Monti n»Le e eo Fi aro»,M. Montignyannée 3 sér. n 67 7 26. 1 et «mars 1880La e o Presse67 (8 mars 1880), p. 1. Voir aussi Alexandre Dumas [, 45année, nls], Émile Perrinet d’Obigny de Ferrière-Derval,Discours prononcés sur la tombe de Montignyimpr. A. Quantin, 1880). Un article récent de Stéphanie (Paris : Loncle, cité dans notre bibliographie, examine un texte de Montigny, écrit à l’époque où il est directeur du Gymnase, sur les rapports entre le Théâtre-Français et les théâtres secondaires. 3 Voir notre bibliographie sélective pour la pièce etLa Bibliographie de la France, t. o 28, n8 (22 fév. 1840), p. 93. Dans cette même livraison,La Bibliographie(p. 88) annonce la publication deLa Famille Dulaure, pièce composée par Montigny et Meyer et jouée au Théâtre de la Gaîté le 15 septembre 1838 (Paris : L.-A. Gallet, coll. «Paris dramatique», 1840). Ils avaient également écrit ensembleLe Drame de Dieu(Théâtre de l’Ambigu-Comique, le 27 mars 1834 ; Paris : Marchant, 1834), entre autres. viii
famille de sa mère, Dennery, peu après ses débuts en littérature. Il se montrera auteur prolique et publiera plus de deux cents pièces de théâtre en divers genres, des livrets d’opéra et d’opéra-comique et mêmeuel uesromans tirés de sesièces. Un articlearu dans la: recueil documentaireRevue universelleuniversel et illustrél’année de la mort de Dennerretrace la carrière de l’auteur du début saremière ièce amais ubliéeÉmile ou leairls d’un 1 de Francefut écrite en collaboration avec Ch. Desnoer en 1831 us u’àlan enassant arses nombreux succès dontLa Grâce de DieuMarie-JeanneLa Case de l’oncle TomDon César de BazanoursLe Tour du monde en 80Les Enants du caitaine GrantMichel StrooSi ’étaisroi!ethelinesLes Deux Orui 2 deviendra ensuite un roman sous le même titre . Dennerui à artir de 1860fut autoriséar un décret im érial à si ner ses 3 textes du nom de d’Ennerour collaborateurs des auteurs avait aussi diversue Jules Verne dont il lanait la carrière dramatiue Alexandre Dumasère ourHali ax etJules Massenetour l’o éraLe Ciddes fournisseurs des théâtres dubien ue aussi Boulevard dont les noms sont au ourd’huieu connus. En parlant de Dennery en 1884, Gustave Claudin dira que : D’Ennery,[et]cela de parti pris, ne s’est jamais préoccupé de la forme littéraire. Il parle avant tout la langue hachée du théâtre. Nul ne sait mieux que lui amener une scène émouvante et en tirer tous les effets qu’elle comporte. Il excelle à trouver le mot qui doit faire frémir ou pleurer les âmes sensibles qui sont dans la salle. De là vient l’étonnement qu’on éprouve quand on cause avec lui. Il parle une tout autre langue ; alors il estn, spirituel, original. Si on le questionne sur ce point, il vous répond qu’il se garderait bien d’être tel dans ses drames et dans ses féeries, parce que ce qui fait de l’effet dans un 4 salon en causant n’en ferait aucun à la scène. 1 Déjà, dans cette première pièce, on trouve un neveu, héritier présumé, qui veut se défaire d’un enfant néhors du mariage. Un idiot (dont la folie est feinte) protège l’enfant illégitime et l’aide à s’évader de la maison d’aliénés oùil a été enfermé par le méchant neveu. Voir «Théâtre des Nouveautés. Premièrereprésentation d’Émiledrame en 4 actes, de MM. Charles Desnoyers [sic] et Philippe [plus tard e o Dennery] »,Le Figaro, 6250 7année n1831 .se t.3-4. 2  H.C., «Enner d’», inRevue universelle : recueil documentaire universel et illustré, éd. Georges Moreau, Paris : Librairie Larousse, 1899, t. 9, p. 118-119. 3 Nous continuerons à écrire Dennery, sauf dans des citations tirés d’autres textes.4 Gustave Claudin,Mes souvenirs. Les Boulevards de 1840-1870, Paris : Calmann-Lévy, 1884, p. 241-242.
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