Le Triomphe du beau-sexe sur les hommes, où l'on fait voir, les avantages et les prérogatives qui rendent les femmes supérieures aux hommes, par des preuves incontestables

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Vve D. Le Sage (Hambourg). 1719. In-8°.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1719
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LE
TRIOMPHE
DU
BEAU-SEXE
SUR
LES HOMMES.
OU l'on fait voir les avantages
& les prérogatives qui ren-
dent les Femmes superieures
aux Hommes, par des preuves·
incontestables.
A HAMBOURG,
Chez la Veuve DENIS LE SAGE.
Place du Triomphe, à l'Εn-
seigne de la PROBITÉ.
M. DCC XIX.
AVEC APPROBATION
APPROBATION.
NOUS soussignez , Membres du Colége
de la VERTU, établis pour la dé-
fense de l'Innocence injustement opprimée ;
Avons, suivant l'ordre de Nos Superieurs,
lu & examiné très-exactement, un Manus-
crit qui a pour Titre, Le Triomphe du Beau-
Sexe , & c. Dans lequel nous n'avons trouvé
que des Veritez sensibles & incontestables :
appuyées sur les Saintes Ecritures, sur l'His-
toire, sur la Tradition, & sur une infinité
d'exemples qui se manifestent chaque jour ,
dans presque toute la Terre habitable. Nous
attestons encore , que nous n'y avons rien
aperçû , qui soit contraire aux Bonnes-
moeurs , ni à l'équitable justice. Nous
estimons que si cet Ouvrage est imprimé, lû
avec attention & sans prévention , par l'un
& l'autre Sexe, il ne peut que produire de
bons effets. Un des plus estimables, seroit celui
d'établir une salutaire concorde , & une par-
faite Union dans les Familles , qu'on a toujours
envisagé comme les premices & les plus soli-
des fondemens de la societé civile, dans les
plus puissants Etats du monde : La Famille
d'Abraham nous en fournit un exemple des
plus remarquable. En foi de quoi , avons si-
gné les presentes. Fait au Bureau de l'Equité,
Parvis du Temple de la Vertu , le vingtiéme
jour du sixiéme mois, de la premiere année,
où les Hommes pourront reconnoître jusqu'on
s'étend l'Empire & la Superiorité de Nos
MERES. Signé , Les Commissaires Deputez
du Colege de la VERTU.
EPITRE
A Messieurs les Hommes
C'EST à vous, Messieurs, ( qu'au
nom de toutes les personnes de mon
Sexe, ) j'adresse ce petit écrit , sur un
sujet qui meriteroit d'occuper une Plu-
me plus éloquente que la mienne, pour
traiter une matiere aussi noble, &
aussi étenduë , qu'est celle que je ne
fais qu'ébaucher dans ce Traité. Quoi
que je ne me sois bornée qu'à un pe-
tit nombre d'Observations ; je crois
qu'elles suffiront, Messieurs , pour
vous convaincre d'injustice & d'in-
gratitude , envers un Sexe , auquel
Vous êtes redevable du jour , & de
tout ce que vous pouvez avoir
d'un peu recommandable. Nous a-
voüons que vous avez en partage,
certains dons d'une nature dépravée,
dont les Femmes ne vous ont pas don-
né les principes : tels sont les vices &
la malice dont vous êtes remplis.
Le sens commun a du vous aprendre,
que vous ne vous êtes plongez dans
vos désordres ; que dans l'âge auquel
vous avez eû le malheur, de n' avoir
plus été sous le doux & sage gouver-
nement des Femmes. Si vous êtiez
toujours restez sous une si salutaire dis-
cipline, vos moeurs & votre conduite
en seroient infiniment mieux reglées,
& l'on trouveroit parmi vous, beau-
coup plus d'Hommes bien moriginez
& vertueux, qu'il ne s'y en rencontre.
Avoüez, Messieurs, de bonne
foi, & sans déguisement, qu'au mo-
ment qu'on vous a tiré d'entre les
mains des Femmes, vous avez per-
du l'état d'innocence, comme firent nos
premiers Parens, lors qu'ils s'écar-
terent des preceptes que leur avoit
donné le Divin Createur dont ils te-
noient leur estre. Votre première ap-
plication fût, alors, de signaler votre
ingratitude & votre malice, en
medisant des Femmes , sans respecter
celles qui vous avoient mis au monde.
Quelque grande que soit la malice
de votre Sexe, elle n'a pourtant pas
pu empêcher les Hommes, en gene-
ral, de reconnoître en Nous, une es-
pece de superiorité , puisque c'est d'eux
que nous tenons le sur nom, si signi-
ficative de Beau-Sexe. C'est si je
ne me trompe, le seul remerciement
que nous avons à vous faire ; ou
pour parler plus judicieusement, c'est
l'uniqne marque de gratitude, que
les Femmes ont reçu, pour tant de
peines, de douleurs & de soins, qu'el-
les ont pris pour les Hommes in-
grats.
Ne croyez pas, Messieurs, de
trouver dans mon ouvrage, rien qui
tende à faire l'Appologie, ou à épou-
ser la défense de certaines Femmes vi-
cieuses ; quoi que peut-estre , il ne fût
pas dificile de prouver, que les moeurs
& la vertu de quelques-unes d'entre
elles se trouveroient n'avoir esté cor-
rompuës, que par une espece de con-
tagion , contractée par le malheur
qu'elles ont eû , de frequenter, ou de
souffrir l'assiduité des Hommes ma-
lins & dépravez, & de ne s'être
pas precautionnées, contre la trahi-
son avec laquelle , les Libertins ont
accoûtumé d'empoisonner le coeur de
certaines Femmes trop credules, qui
sont devenuës malheureuses, par l'ar-
tifice des Hommes seducteurs. Elles &
eux sont pour les Femmes vertueuses ,
des objets d'horeur & de mépris.
je ne prétens pas non plus, Mes-
sieurs , confondre tous les Hommes,
dans les justes ressentimens , que nous
devons avoir, contre ceux dont
nous nous plaignons. Nous conside-
rons comme fort honnêtes gens, &
dignes de notre estime, le petit nom-
bre d'entre vous, qui ont conservé ,
& qui conserveront pour les Fem-
mes , le respect & la reconnois-
sance, quils leur doivent. C'est à
ces Hommes integres, amateurs de
la verité , & jaloux du veritable
honneur , que nous portons nos justes
plaintes, dans l'esperance qu'ils ba-
niront de leur societé , tous ces lâ-
ches ingrats, qui par leurs impo-
stures, & leurs medisences, sont
devenus les ennemis irreconciliables
du Beau-Sexe.
Au reste , j'etablis sur de bons &
solides principes, le Triomphe des
Femmes sur les Hommes ingrats
en general, sans en caracteriser aucun
en particulier. J'imite en cela, l'exem-
ple de ceux qui combattent le vice,
sans démasquer les vicieux. Mon
dessein n'étant pas d'insulter personne
en son particulier ; je veux seulement
défendre mon Sexe des insultes crian-
tes, que nous recevons tous les jours, de
la part de ceux, qui, après Dieu, nous
sont redevables, de ce qu'ils sont & de
tout ce qu'ils possedent ; excepté la
malice d'une nature corompüe.
Ceux d'entre nos ennemis , qui
par curiosité , par complaisance, ou
pour chercher a s'instruire ; voudront
humilier leur vanité , & leur pre-
somption , jusqu'a l'abaissement de
lire les écrits d'une Femme ; pour-
ront y rencontrer des veritez incon-
testables , soutenües par des preuves
solides, avec des garans irréprocha-
bles ; qui convaincront celui d'entre
vous, Messieurs, qui lisez actuel-
lement ce-ci, (quelque entêté que Vous
puissiez être, d'un vrai ou faux me-
rite ; ) que la Femme est ou doit
être , superieure à l'homme , non-
obstant la puissance que vous avez
usurpé sur elles.
Je vais vous donner dans cette
Lettre , Messieurs , un précis de mon
Ouvrage, qui pourra Vous épargner
la peine de le lire , si la matière Vous
déplaisoit si fort , qu'elle fut capable
de vous faire prendre un Colera-
morbus , qui pourroit vous envoyer
en l' autre monde , sans avoir le tems
de Vous en repentir. Si vous êtes su-
jet a cette Bile noire , qui excite les em-
portemens irreguliers des Hommes
contre les Femmes ; je m'interesse assez
a votre salut, pour vous inviter de jet-
ter mon ouvrage au feu, sans en lire da-
vantage, car je n'aime pas a mettre les
gens en colère, & je suis a cet égard du
sentiment de Moliere, lors qu'il dit.
Je hais de tout mon coeur les
esprits Coleriques,
Mais j'estime beaucoup les A-
mes pacifiques.
Vous trouverez donc, dans cet é-
crit, si vous le lisez, les avantages
qu'à reçû du Ciel ce que Vous connois-
sez sous le nom de Beau Sexe. Que
la Femme étant la plus parfaite de
toutes les Créatures, est l'abrégé de
toutes les merveilles. Qu'étant plus
Noble que l'Homme , elle a droit de
lui commander , & même à tout l'U-
nivers. Que l'Homme fait plus de
mal que la Femme, qui le surpasse en
Vertu & en pieté. Que la Femme
garde mieux la foi Conjugale que
l'Homme. Que ceux-ci sont la cau-
se des malheurs de tous les mariages
mal assortis. Que les Hommes sont
Cruels & Barbares, & la Femme
au contraire, remplie de douceur &
de compassion. Qu'Elles sont genereu-
ses , vaillantes & intrepides. Que la
folle vanité rend les Hommes incor-
rigible. Que les Femmes sont très-ca-
pables de garder le secret. Qu'Elles se
sont distinguées dans l'étude des scien-
ces & des belles Lettres. Enfin Vous
y trouverez des comparaisons de l'é-
ducation qu'on donne aux Garçons &
aux Filles, qui en faisant honte à vo-
tre sexe, vous démontrera la supe-
riorité du nôtre.
Voilà, Messieurs, quel est l'ou-
vrage que je vous offre, sans pouvoir
me flater qu'il doive être du goust
de tous nos Ennemis : les moins rai-
nables y trouveront pourtant des ve-
ritez , que je les défie de pouvoir com-
battre avec solidité. Le Triomphe de
notre sexe, ne sera nullement affoibli ,
quand bien même quelqu'homme des-
oevré, voudroit ramasser toutes les
invectives & les medisances injustes
desja rependues contre les Femmes,
dans les divers ouvrages de ceux qui
se sont déclarez nos Ennemis. Ce ne
sera que des redites, d'un Plagiai-
re suspect, ingrat & criminel,
qui ne detruiront pas les veritez que
j'expose aux yeux des gens équitables.
Ainsi, Messieurs, s'il se trouve
quelqu'un d'entre vous, qui par l'ef-
fet d'un coeur ulceré, entreprene de vo-
mir Anatheme contre mon Livret;
j'estime que ce ne pourra être sans dou-
te , que de ces genies que produit une
seve precipitée, par la chaleur
d'un amour illegitime. Car ces
Enfans du Hazard, ( dont l'opro-
bre & l'ignominie accompagnent toû-
jours leur naissance) peuvent bien ê-
tre en droit de blâmer leurs Meres,
de la foiblesse qu'elles ont eû, d'avoir
donné le jour au fruit de leur Cri-
me; mais il est faux que sur ce prin-
cipe , cet objet de l'impurete, soit
autorise de médire de toutes les Fem-
mes en general.
Je m'assure que les Hommes d'hon-
neur , seroient fort fachez d'être con-
fondus parmi ceux de cette Classe.
Pour s'en distinguer ils doivent donc
tenir un autre langage , à l'égard des
Femmes respectables, en reflechissant
qu'ils ne sauroient médire d'elles , sans
déchirer la reputation & l'honneur de
leurs Meres, de leurs Soeurs & des
autres Femmes dont leur Parenté est
composée ? ce qui feroit commettre en
même tems , le double crime de Par-
ricide & de Fratricide.
Je suis , &c.
1
A
LE
TRIOMPHE
DU
BEAU-SEXE
SUR
LES HOMMES
OU l'on fait voir les avantages & les
prérogatives qui rendent les Femmes
superieures aux Hommes.
PREMIERE OBSERVATION.
DES avantages que le Sexe Féminin
a reçû de la Divinité.
RIEN n'est plus ordinaire , & en
même tems rien de plus injuste,
que le mépris que les Hommes en ge-
neral , veulent faire des Femmes ; quoi
qu'elles leurs soient Supérieures , pres-
que en toute maniere, comme on le ver-
2 LE TRIOMPHE
ra plus particulierement, dans les diver-
ses observations que je vais donner , pour
la défense & la justification de mon Sexe.
Il est certain, & tous les Hommes
n'en sçauroient disconvenir, que le Sexe
Feminin les surpasse en tout ce qu'il y
a dans la nature , de plus noble, de plus
utile , & de plus loüable. Pour preuve de
cette vérité , il ne faut que considerer
les plus merveilleux ouvrages de Dieu ,
Createur de l'Univers , qui a toûjours
distingué les Femmes, en leur donnant ,
dans une infinité d'occasions, l'Empire
& la Superiorité sur les Hommes. Dieu
s'esft même servi d'elles , dans ses ou-
vrages les plus merveilleux , & les plus
dignes de son attention.
Cette distinction se trouve souvent
marquée dans l'Ecriture Sainte , afin
que la memoire & les loüanges dües aux
Femmes, durent jusqu'à la fin des Siè-
cles. Les Libertins , les Impies & cette
crasse du genre-humain, denuëz du bon
sens, qui médisent indiferament de tout
le Sexe Feminin , ne devroient-ils pas
rougir de honte de leur impieté ? Car
ils ne sçauroient médire des filles & des
femmes sans commettre un Blaspheme
DU BEAU-SEXE. 3
A ij
contre la très-Sainte & Bien-heureuse
Vierge , Fille , Epouse & Mere d'un
Dieu, devant lequel tout doit trembler ?
Sans difficulté, cette Mere du Sauveur
fait l'ornement de notre Sexe, & elle
seule vaut, sans comparaison, plus que
tous les Hommes ensemble : je ne crois
pas qu'il y ait des Scelerats assez hardis,
pour oser me disputer cette verité.
Dieu pour honnorer le genre femi-
nin , a voulu que presque tous ses attri-
bus , fussent de ce noble genre, comme
sont la Sainte Trinité, sa Paternité,
la Sainteté, la Fecondité, la Generation
éternelle , son Essance Divine, son Im-
mensité. Ce Dieu en nous enseignant
la maniere dont nous devons le prier,
veut que nos prieres soient de ce même
genre ; qu'avec soûmission & humilité ,
nous devons implorer sa bonté, sa Toute-
Puissance & sa Misericorde.
Si nous portons nos vües sur les Puis-
sances de la terre, nous y trouverons
par tout, que pour honnorer davantage
les Princes & les Grands-Seigneurs, il
faut leur donner des qualitez de notre
genre ; c'est avec un plus grand respect
qu'en désignant le Pape, on le nomme
4 LE TRIOMPHE
Sa Sainteté, aux Empereurs & aux Rois
on donne le titre de Majesté; aux Cardi-
naux celle d'Eminence ; aux Archevêques
& Evêques Grandeur , aux Princes Al-
tesse ; aux Ambassadeurs Excellence ; &
à quantité d'autres personnes distinguées,
le titre de Seigneurie.
Nous trouverons que la Terre & la
Mer , qui sont aussi feminins, produi-
sent sur ce genre , presque tout ce qui
est le plus précieux, & le plus neces-
saire à la vie, comme sont les Perles,
& autres Pierres precieuses ; les Mines,
sans lesquelles nous n'aurions ni Or, ni
Argent ; les Plantes , les Graines qui
produisent toutes les herbes des jardins
& de la Campagne ; comme aussi les
Plantes Medecinales nécessaires à la San-
té ; toutes les Fleurs des Parteres & des
Jardins ; ce ne sont qu'autant de Fémi-
nins.
Nous en trouverions de la même es-
pece, dans tout ce qu'il y a de plus es-
timable au monde ; comme par exem-
ple la Vie , la Santé, la Religion, la
Parole , la Science, la Royauté, les Ri-
chesses , les Grandeurs, les Charges, les
Perfections, l'Amitié, la Bien-veil-
DU BEAU-SEXE. 5
lance , la joye, la Paix , la Musique ,
les Belles voix & tout ce qui a rap-
port aux Emplois & aux Récreations.
C'est aussi dans le genre feminin qu'on
connoit, la Theologie, la Philosophie ,
la Phisique , la Methaphisique, la Mο-
rale , la Geometrie, la Geographie, les
Mathematiques , & autres semblables
Sciences,
On ne sçauroit être dans aucune es-
time dans le monde , si l'on s'y trouve
denüé des vertus qui sont toutes femi-
nines : les Vertus Morales, nous font
esperer la Couronne de Gloire, en pra-
tiquant ce qu'on nomme les Vertus Chré-
tiennes & Theologales, qui sont la Foi ,
l'Eperance & la Charité. C'est la mort
qui nous y conduit après laquelle vient
la Resurrection, qui doit nous mener à
la Beatitude eternelle.
Par tout ce qu'on vient de remar-
quer , il est constant que si Dieu ôtoit
du monde tous les Feminins, il en ô-
teroit ce qu'il y a de plus precieux &
de plus estimable.
6 LE TRIOMPHE
SECONDE OBSERVATION.
DΕ l'avantage qui résulte au Sexe Fe-
minin , sur le Masculin ; soit qu'on
l'envisage dès la Création de la pre-
miere Femme ; soit qu'on fasse atten-
tion à la Naissance des Enfans qui
viennent tous les jours au monde.
JE ne doute pas que la lecture de ma
premiere Observation , ne revolte
contre moi quelqu'un de ces Philoso-
phes, naturellement ennemis du Beau-
Sexe. Je sçais au moins, que la plus-
part d'entr'eux , nouris des Principes de
l'Ecole, & remplis de l'Etude des Lan-
gues , qui ne me sont pas familieres,
ont de la peine à convenir, de plusieurs
des veritez que je viens de mettre en
évidence : Infatuez de leur propre mé-
rite , ils se sont vainement éforcez de
chercher de faux fuyans, pour invecti-
ver & mépriser le Sexe Féminin. Une
des preuves qu'ils ont avancées, pour
soutenir leur mauvaise cause, a été de
dire & de mettre par écrit : Que les
Filles reçoivent la vie dans le ventre de
DU BEAU-SEXE.
7
leur Mere , vingt jours plustost que les
Garçons ; à cause, disent-ils , que la na-
ture employe moins de tems à produire
ce qui est moins excellent.
Ne voilà-t'il pas des raisons bien fri-
voles , pour décrier ces pauvres Filles
avant qu'elles ayent vû le jour ? Que
devons-nous attendre d'eux qui soit assez
équitable, pour en faire les Juges de
la vertu , du merite & de la superio-
rité de notre Sexe ; puisque sans atten-
dre la maturité de ces beaux fruits de la
Nature, ils les condamnent avant d'en
avoir vû la fleur ? Quantité de Mede-
cins , ( quoy que de l'espece Masculine, )
autant nos ennemis que les Philosophes,
soutiennent pourtant le contraire, & ne
descident la Question que sur le plus ou
le moins de chaleur. Je ne veux pas en-
treprendre icy de concilier leurs oppi-
nions diferentes ; mais sans m'éloigner
de mon Sujet, je me contente de ré-
pondre à ces Philosophes, que leur op-
pinion est fort douteuse ; je leur conseille
d'aller à l'Ecole des Femmes nouvel-
lement accouchées, ou de celles qui sont
enceintes, lesquelles sans contredit, doi-
vent être plus sçavantes sur cette ma-
8
LE TRIOMPHE
tiere, que n'est toute la Philosophie des
Hommes. Elles leur apprendront ,
qu'elles n'ont jamais apperçû cette di-
ference de vingt jours de vie, entre les
Garçons ou les Filles, qu'elles ont mis
au monde. Je me suis sur cela , très-
soigneusement informée à diverses per-
sonnes de mon Sexe, qui comme moi
ont eû plusieurs Enfans, sans qu'aucunes
d'elles y ait apperçû de la diference,
bien que nous y ayons fait des attentions
dans tous les tems requis pour cela.
Si cependant Messieurs les Philoso-
phes , ne veulent pas nous en croire
sur notre déclaration, il nous importe
fort-peu que leur oppinion soit vraye
ou fausse. Si c'étoit leur faire plaisir, je
me rengerois même de leur parti, en
convenant avec eux, que les Filles re-
çoivent la vie vingt jours plustost que
les Garçons ; mais quel avantage leur
en reviendra-t'il ? une très-grande con-
fusion pour eux, puisqu'il me sera per-
mis de leur démontrer, que si la Na-
ture tarde plus long-tems à donner la
vie à l'Homme ; c'est qu'elle ne la leur
donne qu'à regret, à cause que la plus
part d'entr'eux, la deshonnorenent, par
DU BEAU-SEXE. 9
une infinité de bassesses & de déregle-
mens ; que si au contraire, cette même
Nature donne la vie plus promptement
aux Femmes ; c'est parce qu'elle se plait
à produire des objets agréables à Dieu,
& utiles à tout l'Univers. Pour preuve
de cette double verité, tous ceux qui
ont lû le Livre de la Genese, & les
Oeuvres de Saint Ambroise, ont pû y
remarquer, que Dieu ayant créé l'Hom-
me , garda pour ainsi dire le silence à
son égard ; je me trompe, puisque la
Sainte Ecriture nous apprend que Dieu
se répentit d'avoir fait l'Homme. Mais
qu'ayant créé la Femme, l'Eternel dit
voilà qui est bon : voici les propres
termes rapportez par Saint Ambroise ,
Quando solus factus est Adam , non dic-
tum est bonumesse factum ; quando autem
& Mulier facta est, dictum est, vidit
Deus cunctra quoe fecerat & erant valdè
bona. N'étoit-ce pas là nous apprendre
que dès le premier moment de sa créa-
tion , la Femme fut agréable à son Créa-
teur ? Il ne faut pas s'en étonner, puis-
que ce Divin Ouvrier, la forma pour
être les Delices du Paradis Terrestre ,
voulant qu'en elle se trouva l'Abregé
10
LE TRIOMPHE
de toutes ses Merveilles. On voit encore
aujourd'huy presques tous les Hommes,
( quoy que beaucoup d'entr'eux se soient
déclarez nos ennemis, ) faire les ado-
rateurs auprès des Femmes, se mettant
à genoux devant elles, souvent avec
plus d'humiliation, que celle qu'ils font
paroître dans les Lieux les plus Sacrez.
Que doit-on présumer de cet état rem-
pant ? Il en faut conclure, que l'Hom-
me d'honneur & de bonne foi envisage
les Femmes dans cette occasion comme
une Divinité terrestre ; ou du moins ce
font autant de Scelerats , qui par des
aparences trompeuses , veulent les se-
duire, & les attirer dans le precipice de
leur corruption.
TROISIEME OBSERVATION.
QUE la Femme est plus noble que
l' Homme , & que par consequent elle
a sur lui le droit de Superiorité.
LE Titre de cette troisiéme Obser-
vation, suffit pour gendarmer d'a-
bord tous les Hommes, qui liront ce
petit Ouvrage, & pour les porter à me
DU BEAU-SEXE.
11
condamner irremissiblement dans le
Tribunal de leur imagination ; mais en
ce cas, j'en appelle à la Raison & à l'E-
quité , qui sont des Juges integres & qui
ne sçauroient me refuser gain de cause.
Oüi j'ay avancé, que la Femme étoit
plus noble que l'Homme, & qu'elle a par
là le droit de Superiorité : en voici les
preuves.
Je tire la Noblesse de la Femme ; I.
de la Matiere dont elle est formée ; 2.
du Lieu où elle a été formée ; & en
trosiéme lieu de l'Ordre que Dieu à
tenu à sa création. On ne me dispu-
tera pas qu'elle n'ait été formée de la
côte du premier Homme ; que ce fut
dans ce Jardin de délices, nommé dans
l'Ecriture Sainte, le Paradis Terrestre ;
& que Dieu n'acheva l'Ouvrage de la
Création, que par celle de la Femme.
Ces veritez étant incontestables, voici
les consequences judicieuses & sans re-
plique qu'il en faut tirer.
La même Ecriture Sainte, ( qui me
sert de garant en plusieurs occasions, )
nous a apris , que Dieu se servit du
Limon de la terre , pour former
l'Homme. Voici un Rondeau qui fut
12
LE TRIOMPHE
fait à ce sujet il y a quelques années,
qui étant lû avec reflexion, seroit ca-
pable d'abaisser beaucoup l'orgüeil des
Hommes.
Un peu de bouë , être de tant de poids :
L'Auteur du Monde , observant autrefois ,
La Terre encore neuve , inculte & sauvage ;
Ce n'est pas tout, dit un Esprit si sage ,
Il faut un Maître à tout ce que je vois.
Un Animal doit imposer des Loix;
Et là-dessus il petrît dans ses doigts ,
Je ne sçais quoi, qu'il trouve en son passage ,
Un peu de bouë.
Il confondit l'orgüeil des plus adroits,
Il forma l'Homme avecque tous ses droits ,
Il y grava de Dieu la vive Image :
Mais dans le fonds , qu'est-ce que cet ouvrage,
Dont sont venus les Peuples & les Rois ?
Un peu de bouë.
Ce fut à cet Homme de bouë, que
Dieu assujetit ensuite tous les Animaux
qu'il avoit créez avant lui : jusques là
l'Homme sans contredit, étoit la plus
raisonnable Créature de l'Univers ; mais
Dieu voulant faire quelque chose de plus
parfait & de plus Noble, jugea à pro-
DU BEAU-SEXE.
13
pos de faire une Femme. Le Créateur
auroit pû employer à cet ouvrage,
une des matieres déja créés & subor-
données à l'Homme, s'il n'avoit pas eû
intention de faire quelque chose de plus
parfait que l'Homme même : ce fût
pour cet éfet, que ce Divin ouvrier prit
une des côtes d'Adam pour en former
Eve. On voit dans la Genese, que le
Créateur, ( après les Globes lumineux ,
qui en quelque sorte tiennent de la Divi-
nité , ) commença ce grand Ouvrage de
la production des Corps mixtes, par les
plus abjectes Créatures, & finit ensuite
par les plus Nobles. Ayant fait la Terre
& la Mer, les Plantes, les Poissons &
les autres Animaux ; il créa ensuite
l'Homme , auquel il donna la Maîtrise
sur toutes ces Créatures. L'Ecriture nous
apprend encore, que le Createur se re-
posa ; ( quoi que tout ne fût pas achevé.)
Il lui restoit à former une Créature in-
finiment plus Belle, plus aimable, plus
utile , & par consequent plus Noble ,
que tout ce qui avoit déja été créé. Vous
sçavez, Messieurs, que ce fût la Fem-
me , qui fût réservée pour être le Chef
d'oeuvre de la Création, , le Modele de
14
LE TRIOMPHE
toutes les Perfections, & par conse-
quent la Maîtresse de l'Homme & de
toutes les autres Créatures.
Il est donc constant que l'Homme
est le Fils de la Terre & le petit Fils
de Rien. Voilà quels sont ses premiers
& ses plus anciens Titres de Noblesse.
Le Corps de cet Homme fut fait le
premier ; son ame lui fut donnée en-
suite. On ne me disputera pas que le
Corps doit être assujeti à l'Ame, & ce-
pendant l'Homme fait tout le contraire,
comme nous l'apprend le sçavant Mr.
Maultrot , dans l'Epigrame suivante.
Lors que Dieu par sa voix en mer-
veilles feconde,
Aprés tant d'Ouvrages divers ,
Voulut donner un Maître à ce grand
Univers
Il fit d'abord le Corps & l'Ame la seconde.
N'est-ce point par cette raison ,
Qu' à l'ame le corps est rebelle ;
Et que comme il est plus vieux qu'elle,
Il ne veut lui ceder en aucune façon ?
C'est à peu prés sur le même princi-
cipe d'injustice, que l'Homme êtant for-
DU BEAU-SEXE.
15
mé avant la Femme, quoi que d'une
matiere bien inferieure, il a voulu usur-
per sur la Femme le droit de Superio-
rité : Mais je crois que ce que j'ai déja
rapporté, suffit pour prouver la Noblesse
& la Supériorité de la Femme à l'égard de
l'Homme : Cependant comme un grand
nombre d'entr'eux, Ignorans ou preve-
nus du faux mérite qu'ils s'attribuent
sur la Femme , alleguent pour leur
gloire, d'avoir fourni la matiere donc
cette Femme fut formée; je me trouve
obligée de leur remettre devant les yeux,
une verité qu'ils n'ignorent pas.
Nous convenons & toutes les Fem-
mes avec moi font gloire d'avoüer , que
notre premiere Mere fut formée d'une
côte du premier Homme. Que lui en
coûta-t'il pour faire valoir ce prétendu
retranchement d'une des moindres par-
ties exterieures de son Corps ? un assou-
pissement, un doux repos, qui devoit
lui produire des utilitez & des avanta-
ges infinis , & dont les Hommes joüi-
roient encore, s'ils avoient un juste dis-
cernement & un jugement assez équi-
table , pour reconnoître & avoüer tout le
merite & toutes les grandes qualitez qui
16 LE TRIOMPHE
à
sont inseparables de la Femme vertueuse.
Si l'Homme se sent honnoré & glo-
rifié d'avoir à si peu de frais cooperé à
la formation de la Femme ; quelle gloire
notre Sexe n'a-t'il pas lieu de prétendre,
sçachant que le Pere Eternel s'en est
servi, par l'Operation du Saint Esprit,
pour envoyer au Monde le Redempteur
de tout le Genre-Humain ? C'est d'entre
les Femmes que Dieu à choisi ce Vase
Sacré, dans lequel, sans que l'Hom-
me y ait en rien contribué, l'Incarna-
tion du Verbe Divin s'est formé. Sans
contredit cet avantage & cette élection
est infiniment au dessus de tout ce que
les Hommes peuvent s'attribuer de glo-
rieux , & cette seule prérogative de-
vroit nous attirer des égards & des di-
stinctions , de la part des Hommes,
beaucoup au-delà de celles qu'ils nous
doivent d'ailleurs.
Car il est certain que la Femme est
d'une grande utilité à l'Homme , puis-
que Dieu l'a créé non seulement pour
être sa Compagne ; mais aussi pour lui
servir d'aide & de secours. Personne n'i-
gnore que les termes d'aide & de secours,
partent toûjours d'une partie superieure
DU BEAU-SEXE. 17
Β
à celle qu'on entend par aidé ou secouru ;
ce qui suffit pour démontrer sans repli-
que, que la Femme est superieure à
l'Homme ; puisque le Créateur jugea né-
cessaire, qu'il avoit besoin de l'aide &
du secours d'une Créature, autant bien-
faisante & charitable , comme est la
Femme. Sans elle l'Homme seroit resté
dans une entiere indigence. Si l'Homme
est assez ingrat pour oublier, ou pour
vouloir ignorer les obligations qu'il a à
la Femme avant qu'elle l'ait mis au mon-
de ; parce qu'il ne connoît pas les maux
& toutes les incommoditez qu'elle a
souffert à son occasion, avant qu'il ait
vû le jour ; il ne doit pas du moins
oublier sur une infinité d'exemples qui
se présentent à chaque instant devant ses
yeux , combien la Femme lui a été
utile & nécessaire, même dès son En-
fance , puisque sans elle, il seroit pouri
dans l'ordure. C'est elle qui lui a mis
le premier morceau à la bouche ; qu'elle
l'a vêtu ; qu'elle lui a donné à manger
Se à boire dans ses nécessitez ; vertu si
recommandée aux riches à l'égard des
pauvres. En faut-il d'avantage pour prou-
ver la Noblesse & la Superiorité de la
18
LE TRIOMPHE
Femme ; son utilité à l'égard des Hom-
mes , & le besoin qu'ils en ont ?
Les Hommes toûjours ingrats & mé-
connoissans envers les Femmes, tachent
dans toutes sortes d'occasions, de ternir,
s'ils le pouvoient, le merite de notre
Sexe. Cependant la force de la verité,
arrache de leur coeur, malgré eux, des
loüanges en notre faveur, lors même
qu'ils n'avoient intention, que de vomir
contre nous partie du venin dont ils re-
gorgent. Ce Sonnet qu'un de ces Hom-
mes malins, fit il y a quelques tems, &
qu'on a répendu dans plusieurs Ouvra-
ges , comme un prétendu Trophée,
prouve assez ce que je viens d'avan-
cer.
AUX FEMMES.
Vous qui pouvez tout vaincre, & n'êtes
que foiblesse :
Péché de la Nature, adorable à nos yeux,
Aimables Ennemis , Poison délicieux
Tyrans, dont le pouvoir nous rit quand il
nous blesse.
Objets par qui la Terre assujeti les Cieux ;
Sources de nos plaisirs, comme de nos tristesses,
DU BEAU-SEXE.
19
B ij
Dont le jaloux orgueil a malgré les Déesses ,
Fait gémir sous les Fers, les plus puissans des
Dieux.
Cher espoir de nos Coeurs , Idoles de nos
Sens,
Sexe qui bien souvent , bravant les plus
Puissans,
Par un éclat pipeur, t'en est rendu le Maître.
Ecueils, contre lesquels il est beau de perir,
Femmes , pour une fois que vous nous faites
naître ,
Helas ! combien de fois nous faites vous
mourir ?
Je puis bien, en recriminant, em-
ployer ici, contre les Hommes, ce que
l'un d'entre-eux a écrit de leur Sexe.
S'ils y trouvent quelques expressions
choquantes, ils peuvent en demander
raison à Tristan ; c'est mon garant les
même Vers se trouvent encore em-
ployez dans les Ouvrages de Mr. l'Ab-
bé Bordelon, en voici la Copie.
AUX HOMMES.
Un sujet merveilleux , fait d'une ame
& d'un Corps ,
20
LE TRIOMPHE
Un Pourceau au dedans , un Singe par
dehors ,
Un Chef-d'oeuvre de terre, un miracle
visible ,
Un Animal parlant , raisonnable &
risible,
Un petit Univers, en qui les Elémens ;
Apportent mille maux & mille change-
mens;
Une belle , superbe & fresle Architecture,
Qui doit son ornement aux mains de la
Nature :
Où des os tenant place & de Pierre &
de Bois ;
Forment les Fondemens , le Faîte & les
Parois ;
Un Mixte, composé de lumiere & de
fange ,
Où s'attachent sans fin , le blâme où la
loüange.
Un vaisseau plain d'efprit & plain de
mouvemens ,
Revetude tendons, de nerfs, de ligamens.
De cuir, de chair , de sang, de moëlle
& de graisse,
Qui le mine a toute heure , & se détruit
sans cesse.
Où l'Ame se retire , & fait ses fonctions.
DU BEAU-SEXE.
21
S'imprime les vertus , ou trempe aux
passions ;
A qui toûjours les sens, ces messagers
volages ,
Des objets reconnus, raportent les images.
Je pourois raporter d'autres Pieces
plus sanglantes contre les Hommes,
tirées de leurs propres Ouvrages ; mais
cela m'éloigneroit trop de mon sujet ;
ainsi revenons à ce qui a du raport
à leur ingratitude envers les Fem-
mes.
Ils tirent vanité d'un passage de l'E-
criture , où il est dit, que la Femme doit
être sujette à son Mari. Les Hommes
ne negligent jamais rien de tout ce qui
peut être à leur avantage : Ils outrent
même la force des termes, & sur le
passage que je viens d'alleguer, ils trai-
tent , ( pour la plûpart, ) leurs Femmes
avec plus de rigueur , que les Infidelles
ne font leurs Esclaves, en s'érigeant
une autorité tiranique sur notre Sexe.
Cependant , Dieu n'a jamais dit à la
Femme, je veux que vous soyez sujette
à l'Homme ; & lors que l'Apôtre lui
donna un Conseil, tel qu'on vient de
22
LE TRIOMPHE
le remarquer, qui veritablement n'est
pas un commandement ; c'est que la
Femme a toûjours été reconnüe d'un
naturel doux , humble & compatissant.
C'étoit par ces qualitez, qu'elle pouvoit
rappeller l'Homme à son devoir, tant
envers Dieu qu'envers le monde; lors
que par le penchant de son naturel, il
s'en égaroit , ce qui n'arrive encore que
trop souvent de nos jours.
Une preuve incontestable , que tous
les Hommes doivent obéïr à la Femme ;
C'est l'exemple que Jesus- Christ, le plus
parfait modele, leur en a donné. L'Ecri-
ture Sainte nous assure , qu'il fut toû-
jours foûrnis & obéïssant à la Sainte
Vierge, jusqu'au tems que suivant les
Décrets éternels , il travailla à la Ré-
demption de tout le Genre-Humain :
Mais sans sortir de mon sujet, il est cons-
tant que la sujetion recommandée à la
Femme, à l'égard de l'Homme, n'est
que pour instruire sa famille par son
exemple, plus que par ses paroles , de
l'humilité que les Enfans doivent avoir
envers leurs Superieurs. Toutes les Per-
sonnes raisonnables conviennent, que si
la Femme devoir être soumise à l'Hom-
DU BEAU-SEXE.
23
me ; ce ne seroit en tout cas, que sous
la condition que l'Homme fut soumis à
la raison ; condition qu'on ne sçauroit
enfermer dans d'étroites bornes : elle
exige que l'Homme donne l'exemple
dans la pratique de toutes les vertus :
Qu'il n'ait d'autre attachement qu'à sa
Femme & à sa famille ; mais comme l'a
très-bien remarqué une Dame vertueuse,
lors qu'elle a dit ; Les Hommes re- »
prennent tous les jours les Femmes , »
de plusieurs imperfections qu'ils leurs »
attribuent, pendant que ces vices font »
le partage des Hommes, & que nous »
ne voyons pas qu'ils se corigent eux- »
mêmes de leus défauts. Les exemples »
sont plus éficaces pour perfectionner , »
que ne le sont les corections par pré- »
ceptes. Si l'Homme se pretend être »
le premier de la maison, il doit être »
aussi le premier à y donner le bon »
exemple. »
24
LE TRIOMPHE
QUATRIE'ME OBSEVATION.
Que le Mari doit obéïr & être sujet à
sa Femme ; & que l'Empire de la Fem-
me s'étend à commander à tout l'U-
nivers.
DIEU a défendu à la Femme,
d'obéir à l'Homme vicieux ; & le
Sauveur du Monde nous a apris qu'obéïr
à Dieu son Pere , c'est regner. De ces
deux passages je tire la consequence ,
que la Femme ne doit pas obéïr à un
Mari vicieux ; & ne le sont-ils presque
pas tous ? l'Homme toujours désobéis-
sant à Dieu, n'a nul droit de comman-
der à la Femme , puisqu'au contraire il
cesse pour ainsi dire d'être Homme.
Ce n'est qu'à l'homme vertueux , &
pour me servir des termes de l'Ecriture ,
à l'Homme de bien, que Dieu a promis
de lui donner une Femme pour recom-
pense de sa vertu. Il n'a pas fait la mê-
me promesse à la Femme vertueuse,
puisqu'au contraire , il exige de sa fide-
lité , qu'elle sanctifiera l'Homme infidele.
Voilà la difference que la Divine Sagesse
DU BEAU-SEXE.
25
met entre la vertu de l'Homme & celle
de la Femme : celle de l'Homme est re-
compensée par le Don que Dieu lui fait
d'une Femme , afin de le soutenir dans
sa foiblesse & fragilité. La vertu de la
Femme, que Dieu connoît solide &
innebranlable, en operant la conversion
& la sanctification de l'Homme infidele ,
est recompensée d'une Couronne de
gloire. S'il en faut citer des exemples,
celui de Sainte Monique, servira pour
un grand nombre d'autres. Car nos Ad-
versaires ne disputeront pas à cette gran-
de Sainte, d'avoir sanctifié son Mari in-
fidele ; mais aussi d'avoir par ses larmes
& par ses prieres, beaucoup contribué à
la sanctification d'Augustin son Fils.
Nous avons vû dans une infinité
d'occasions, des Femmes assises sur le
Trône, donner la Loi, & être obéïes
par leurs Maris. Sans en rechercher des
exemples dans l'Antiquité, les Hommes
de ce Siecle n'ignorent pas, qu'Anne
Stuart , qui monta sur le Trône de
la Grande Bretagne , au commence-
ment de ce Siecle, ne partagea point
son autorité avec le Prince George de
Danemark , son Epoux. Au contraire ce
26
LE TRIOMPHE
Prince reçût la Loi de son Epouse,
comme les autres Sujets du Royaume ,
& lui prêta Serment de fidelité , pour
les Charges & Emplois dont elle vou-
lut bien le gratifier. Il est à remarquer,
que quoi qu'en d'autres occasions, les
Reines ayent partagé avec leurs Epoux,
la gloire du Gouvernement des Etats,
comme fit, par exemple, le Roy Guillau-
me III. avec la Reine Marie son Epouse,
il n'y eût que le Roi qui prêta le Ser-
ment ; les Reines en sont dispensées par
leur propre vertu, & par le merite de
leur Sexe, toûjours fidelle & plain d'é-
quité.
Si quelqu'un prétendoit que ce pouvoir
des Femmes, ne s'entend que dans les
Isles Britaniques, se tromperoit beau-
coup : Car l'Empire des Femmes n'a
point de bornes. Un jour Cosme de Me-
dicis, Grand Duc de Toscane, deman-
doit à un des Seigneurs de sa Cour, le-
quel des Empires du Monde étoit le plus
grand ? il lui répondit que c'étoit celui
des Dames ; puisqu'elles comptent parmi
leurs Sujets , tous les Empereurs, les
Rois, les Princes & généralement tous
les Hommes, tant civilisez que barbares.
DU BEAU-SEXE.
27
Si ce sentiment équitable est sorti de la
bouche d'un Italien, nonobstant l'escla-
vage injuste, dans lequel ceux de cette
Nation , semblent vouloir détenir les
Femmes ; que ne devrions nous pas at-
tendre de l'aveu des autres Nations,
qui n'ignorent pas les prérogatives & les
vertus qui nous distinguent des Hom-
mes ?
Il est vrai qu'en leur rendant justice,
nous devons avoüer à notre tour, que
les plus grands Hommes de l'Antiquité ,
& même ceux d'aujourd'huy, par un
instint qui leur vient de leur propre na-
ture ; poussez par les ressorts secrets que
le Créateur a, pour ainsi dire, rangé
dans le coeur de tous les Hommes, ils
ont toûjours rendu & rendent encore de
grands respects aux Dames. C'est de
leur bouche que nous entendons souvent
dire, Que les Femmes sont les plus belles,
les plus estimables & les plus glorieuses
de toutes les Créatures. Ceux qui tien-
nent un autre langage, sont punissables
du crime de Parjure : car ils ont sou-
vent attesté cette verité avec serment ;
même à genoux , devant les Femmes.
Les Hommes d'honneur n'oseroient
28
LE TRIOMPHE
s'en dédire : Ceux qui le désavoüent,
se noircissent eux-mêmes du crime de
Traitres & de Parjures : en ce cas ,
qu'elle estime peut-on faire de tels
Hommes ?
S'il faloit foüiller l'Antiquité, pour
prouver que les Hommes ont été sou-
mis & obligez d'obéïr aux Femmes, nous
en trouverions beaucoup d'exemples ;
mais cette recherche seroit inutile, pour
coriger les Hommes de leur prévention,
dès qu'ils ne voudront pas se donner la
peine d'aller chercher à s'en convaincre
dans les Originaux qu'on pourroit leur
indiquer à ce sujet. Pour leur abreger
cette fatigue , je n'ai que deux exemples
à leur citer. Le premier c'est la lecture de
l'ancienne Histoire du Royaume de Bo-
hëme; ils y trouveront que les Filles
vierges de ce Païs là, ( avant le Chris-
tianisme ) possedoient seules le Gouver-
nement de l'Etat : qu'on les voyoit à la
tête des Armées, & qu'elles s'en acqui-
toient du moins, avec autant de valeur,
de prudence & d'intrepidité, que le font
aujourd'huy les Hommes. En tems de
Paix, elles s'exerçoient à la Chasse, &
ne se servoient d'Hommes, que comme
DU BEAU-SEXE.
29
une espece d'Esclaves, ou de Serviteurs ,
pour obéïr aux commandemens qu'elles
leur faisoient. Les Femmes de ce Païs là ,
se maintinrent dans cette Supériorité ,
jusqu'à ce qu'enfin, ( aprés la mort de
Libussa , qui épousa Premislas, ) les
Hommes usurperent sur notre Sexe, le
droit de Supériorité, & assujettirent les
Femmes à suivre les Loix, la plûpart
injustes, que les Hommes firent, pour
soutenir leur usurpation ; en nous privant
d'avoir part aux honneurs, & à la gloire,
dont ils dépoüillerent le Beau Sexe.
Comme quelqu'un de nos adversaires
pourroit tirer avantage, si je ne rapor-
tois qu'un exemple tiré du Paganisme ;
en voici un autre qui ne doit pas leur
être suspect. Je le prens des Ouvrages
du sçavant Guillaume Postel, qui nâquit
à Baranton en Normandie en 1477.
Presque toutes les Langues de l'Univers
lui estoient si familieres, que cette seule
prérogative lui fit donner la Chaire de
Professeur Royal des Langues étran-
geres dans l'Université de Paris. Il em-
brassa l'Etat Ecclesiastique & fut honno-
ré de la Prêtrise. Cet habile d'entre nos
Ennemis, n'a pas dédaigné de parler de la
30
LE TRIOMPHE
Superiorité que les Femmes avoient an-
ciennement sur les Hommes ; il a encore
prédit qu'il viendra un tems , où tous les
Hommes se trouveroient reduits sous la
Puissance legitime des Femmes , & qu'ils
se sentiroient honnorez de leur obéir.
CINQUIE'ME OBSERVATION.
QUE les Hommes sont infiniment plus
enclain au mal, que les Femmes. Qu'au
contraire les Femmes les surpassent en
piété, & en vertu.
PARMI une infinité de Libelles ,
& de Satires que les Hommes in-
grats , ont publié contre notte Sexe, il
y en a qui ont osé avancer , Que la Fem-
me étoit plus méchante que l'Homme. De
tels Ecrivains ne sont que des calomnia-
teurs ; il ne me sera pas fort difficile de
les en convaincre. Il est certain que ce
sont les Hommes, qui ont excellé en
méchanceté dans tous les Siecles. N'est-
ce pas chez les Hommes qu'on a vû é-
clater l'Idolatrie, l'impiété, le Sacrilege ,
le Blasphème, le Meurtre, l'Assacinat ,
DU BEAU-SEXE.
31
les Vols , les Trahisons, & généralement
toutes les méchancetés qu'on a pu voir
commettre sur la Terre ? N'est-ce pas
dans le coeur des Hommes, que se sont
formées toutes les Hérésies, enseignées
par leurs bouches ? N'est-ce pas des
Hommes que sont nées toutes les Guer-
res , qui ont désolé la Terre dans tous
les Siecles ? N'est-ce pas eux qui le flam-
beau à la main ont incendié tant de belles
Villes, & les Edifices les plus Sacrez ; En
un mot, n'est-ce pas aux Hommes à qui
l'on doit attribuer toutes les désolations
de la Terre ? Ce petit Abregé ne suffit-il
pas pour prouver que les Hommes sont
infiniment plus méchans que les Fem-
mes ? Que dis-je, que les Femmes ! disons
à plus juste titre, que les Démons de
l'Enfer.
Peut-être trouvera-t'on , que quel-
ques Femmes auront participé à quel-
ques-unes de ces mauvaises actions : Je
n'en doute pas ; mais cela estant, il est
certain qu'elles y ont été entrainées ,
contre leur naturel, par la force & la
violence des Hommes, auprès desquels
elles vivoient ; & pour une Femme qu'on
aura pû y rencontrer, il y auroit sure-
32 LE TRIOMPHE
Osent-ils,
ment plusieurs milliers d'Hommes. Je
puis dans cette occasion, dire la même
chose de tous les vices en général. Car
si quelque Femme s'est portée à suivre le
penchant naturel , que l'Homme a à
commettre le mal; soit Poison , Fausse-
monoye, Adultere , Impudicité, & au-
tres pareils crimes ; Il est constant, que
les Femmes n'y seroient jamais tombées,
si elles n'avoient eu le malheur d'être
à la compagnie des Hommes. Si du cô-
té de notre Sexe le nombre est fort petit
pour celles qui ont tombé dans ces
crimes ; du côté du Sexe masculin, on
en trouvera encore beaucoup moins,
qui soient exempts d'y avoir trempé.
Sur ce principe, pourquoy est-ce que
les Hommes injustes & criminels infi-
niment plus que les Femmes, préten-
dent ils avoir un droit de Supériorité
sur nous? Un de leurs Poëtes croit
avoir suffisament décidé la question lors
qu'il dit.
Quel merite après tout, quels titres
souverains,
Rendent donc les Maris, & si fiers &
si vains
DU BEAU-SEXE. 33
C
Osent-ils se flater qu'un Contrat authen-
tique ,
Leur donne sur les Coeurs un pouvoir
tiranique?
Pensent-ils que bruteaux, peu complai-
sans, facheux,
Avares , negligez, débauchez ombra-
geux ;
Parez du nom D'Epoux, ils seront surs
de plaire ,
Au mépris d'un Amant, soumis , tendre,
sincere ,
Complaisant, liberal, qui se fait nuit &
jour,
Un soin toûjours nouveau , d'éprouver
son Amour ?
Non, non, c'est se flater d'une erreur
condamnable ,
Veut-on se faire aimer ? il se faut ren-
dre aimable.
Le Lecteur apercevra aisément dans
ces vers, la malignité de l'Homme. A
mesure que sa propre connoissance, &
la force de la verité, le contraint de
condamner les bourasques & les bruta-
litez d'un Mari ; il cherche à faufiler une
matiere étrangere, capable d'inspirer à
34
LE TRIOMPHE
cet Homme de la jalousie contre un
Rival imaginaire , uniquement dans la
vuë de parler mal d'une Femme, que
sans doute, il n'a jamais connu ; ou
peut-être , de toutes les Femmes en gé-
néral , sans épargner sa Mere.
Quand un Homme est irregulier
Il fait tout de mauvaise grace,
Quand il est trop particulier,
Il inquiete, il embarasse.
Tout le monde n'a pas un mérite à
charmer :
Mais lors qu'on est honnête & d'une hu-
meur égale,
On est reçû par tout, & pour se faire aimer
C'est la pierre Philosophale.
J'estime beaucoup plus pour l'hon-
neur de notre Sexe, qu'une Fille ver-
tueuse, suive le conseil d'un Homme
de bonne foi, & aussi respectable que
l'étoit Mr. Pavillon. Voici celui qu'il
donna à une jeune Demoiselle de sa
connoissance , dans la vuë de la préser-
ver des embuches de quelques Séduc-
teurs.
Vous n'avez pas besoin Philis que je
m'arrête,
A vous montrer qu'elle est cette severe Loi,
DU BEAU-SEXE.
35
C ij
Qui, vous commande d'être honnête ;
Le sang dont vous sortez le fera mieux que moi.
Cet ordre souverain n'admet point de
dispense ,
Et l'honneur en est si jaloux,
Que sur les moindres aparances,
Ce juge rigoureux prononce contre vous.
On voit dans ces Vers un grand
Homme de bien , qui par la délicatesse
des expressions , insinuë des preceptes
guidez par le bon sens. Un autre dans
deux seuls Vers, a presque renfermé le
même avis salutaire pour les Filles, lors
qu'il a dit.
Et quant avec du Sang un Homme
écrit son sein ,
La Sagesse & l'Honneur , tirent fort
a la fin.
Les Gens raisonnables ont toûjours
regardé pour des laches, & pour des
ingrats, ceux d'entre les Hommes qui
ont entrepris de blâmer les Femmes en
général, sans en excepter seulement leurs
Meres. C'est en cela que ces Medisans
se font à eux-mêmes leur procez. Si c'est
à tort qu'ils accusent leur Mere, on ne
doit les regarder que comme de mé-
36
LE TRIOMPHE
chantes Viperes, qui déchirent le sein
de celles qui les ont nouris. Si ce qu'ils
disent de cette Mere est veritable, ils
doivent se reconoître des Batards, &
par consequent fort humiliez : Qu'étant
sortis d'une Femme aussi imparfaite ,
comme ils les dépeignent toutes : il faut
conclure qu'elle n'a pû produire qu'une
Créature plus mauvaise qu'elle, puisqu'en
bonne Philosophie , une mauvaise cause
ne produit jamais de bons éfets ; aussi
cet Homme né d'une méchante Fem-
me , d'une impudique , ne doit rien
valoir. Car au terme de l'Evangile-mê-
me, un mauvais arbre ne peut pas porter
de bon fruit. On voit par-là jusqu'à quel
dégré de folie, la médisance contre les
Femmes, peut conduire l'Homme. C'est
aussi pour ces ingrats que nous chantons
ces Vers, sur l'Air de Reveillez-vous
belle endormie.
Rien n'est si peu sage que l'Homme ;
Noé fit le fol en buvant ;
Adam en mangeant de la Pomme.
Et toi INGRAT en médisant.
Quoi que la Médisance contre les
Femmes, soit générale chez les Hom-

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