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Le Valet de Trèfle

De
162 pages
Donc Adamou est mort. C'est invraisemblable; j'ai l'impression de vivre un cauchemar; mais il est mort. On l'avait transporté à l'hôpital. Pour un simple coup de poing, une égratignure à l'oreille, quelques gouttes de sang, et il est mort. Je rêve! Tout ça me semble un gros mensonge: on dirait un roman policier, l'invention d'un auteur sans imagination. Je ne suis pas grand mais je suis large et costaud. Je l'ai toujours été même à l'école et depuis j'ai entraîné mes muscles. Je me suis bagarré pas mal dans ma vie. J'aimais ça. Dans ma jeunesse surtout. Dans l'armée aussi, avec les camarades. Eh bien, je te jure que c'est la première fois que je tue quelqu'un d'un coup de poing! On m'aurait raconté ça que je ne l'aurais pas cru. Et pourtant, je suis en prison. Un coup contre un collègue qui décède rapidement, et c'est toute l'existence laborieuse et consciencieuse de Marcellin qui bascule. Ce qui s'apparente à un dérapage aux funestes conséquences, R. Collas en fait le prétexte à une correspondance où se jouent le procès du racisme et de l'autorité, mais encore le portrait de toute une génération d'hommes modelés par les idéaux de l'armée. Roman épistolaire dans lequel le propos judiciaire déclenche les confessions du prévenu et son analyse de sa propre trajectoire, "La Valet de trèfle" se lit encore comme un roman de formation intelligent et subtil.
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René Collas Le Valet de Trèfle
Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0120186.000.R.P.2014.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2015
Le cri Récit de Monsieur Léon Pastori Malifaux, le 3 juin 1969 Une goutte de sang sourdait à son oreille. J’ai frappé d’un seul coup, il est tombé sans lutte. Un coup terrible, Marcelin, terrible. Je ne me connaissais plus. J’ai frappé de toute ma force, de toute ma violence si long-temps contenue. En plein dans la gueule ! J’ai tapé dur, tout d’un coup et sans semonce. Il ne s’est pas défendu. Un coup, un seul coup ! Dans la gueule et c’était fini ! Il s’est effondré sans un cri, sans un soupir. Il a vu trente-six chandelles. Il s’est affaissé comme un pantin. C’est le mot, Marcelin, il s’est affaissé. Sur des caisses d’emballage qui se trouvaient là. K.-O. Une goutte de sang sourdait à son oreille. Ça a retenti. Je n’ai frappé qu’un coup. Un seul ! Un an que je voyais sa face noire dans l’atelier, un an ! Un an qu’il me nar-guait, qu’il me nuisait, qu’il me sabotait le travail, qu’il sapait mon autorité ! C’était devenu intenable. Pendant un an, j’ai supporté ses pitreries. Avec patience. Je rongeais mon frein. Et tout d’un coup, plus fort que moi, c’est parti. C’était un sale type, l’Adamou, un sale individu, un sale Nègre. Je lui ai foutu un beau marron, moi. Je l’ai eu, en-fin. Ce va-nu-pieds, ce sauvage. Je suis bon, moi, je suis humain. On me connaît, mais ma complaisance a des limi-tes. Salaud ! Je suis une force de la nature. Hein, Marcelin ? Faut pas se mettre en travers de ma volonté. Je lui ai montré mon droit à ce salaud. Je m’appelle Léon Pastori !
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Un fameux marron. Sur le nez. Ou sur la bouche peut-être. J’ai senti que mon poing partait. Tout seul. Au ha-sard. Mon poing m’a échappé. Il est parti tout seul, je ne l’ai pas fait exprès. Ce n’est pas moi qui ai décidé de lui foutre sur la gueule. C’est venu du dedans, tout d’un coup. Mais j’ai frappé dur, j’ai frappé dur : je suis costaud, moi. Quatre-vingt-cinq kilos. Et mon entraînement d’autrefois. Des réflexes qui me sont revenus. Il n’a pas dit ouf. Il s’est détendu comme un pantin, et il a atterri sur les caisses. Et c’était fini. Fini avant de commencer. Il ne s’est pas battu, pas défendu. Le salaud ! Il avait peur, j’en suis sûr. Combien de fois l’avais-je prévenu ? Mais il était devant moi. Il me faisait face avec son drôle de sourire, les yeux grand ouverts, un peu exorbités. Il croyait m’impressionner peut-être. Il voulait me faire peur. Tu vois ça, Marcelin ? Il voulait me faire peur ! Il n’a pas levé la main pour me frapper, pour se défendre ou même seu-lement pour se protéger. Il n’a pas tourné la tête pour esquiver. Non ! Trop fier pour ça ! Il l’a reçu en plein. Direct. Mon poing sur la gueule ! Une goutte de sang sourdait à son oreille. Il ne s’est pas relevé. Il ne se relevait pas. De la comé-die tout ça ! Il faisait celui qui est tombé dans les pommes. Cabotin ! Juste une goutte de sang. Dans sa chute, il avait donné contre le bord de la perceuse et il s’était ouvert la peau, juste un peu. Pas grave. Juste un peu de sang qui gouttait. Rien. Pas de quoi appeler. Il aurait voulu les pompiers, peut-être ! Enfin, quand même, il ne s’est pas relevé. C’est les gars de l’atelier voisin qui l’ont pris aux jambes et aux aisselles. Ils l’ont posé sur des sacs qui se trouvaient là, des sacs que j’avais préparés pour une livrai-son. C’était arrivé si vite ! J’ai fait quelques pas dans l’atelier. Tout d’un coup, c’était le silence. Quelqu’un avait arrêté les machines. Qui ? Je ne sais pas. J’avais perdu le contrôle. Je n’étais même plus le maître chez moi. Et ce silence inhabituel. Je ne savais que faire et je ne disais rien. Je me sentais tout drôle. Les ouvriers se parlaient entre eux. Avant, ils évi-
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