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Le Voyeur

De
301 pages
« Dans ce roman policier, il n'y a ni police, ni intrigue policière. Peut-être y a-t-il un crime, mais il n'est sans doute pas le crime d'apparence dont le livre cherche, avec trop de préméditation, à nous convaincre. Mais il y a une inconnue. Durant les heures que Mathias, le voyageur de commerce, a passées dans le petit pays de son enfance pour y vendre des bracelets-montres, s'est glissé un temps mort qui ne peut être récupéré. De ce vide, nous ne pouvons nous approcher directement ; nous ne pouvons même pas le situer à un moment du temps commun, mais de même que, dans la tradition du roman policier, le crime nous conduit au criminel par un labyrinthe passionnant de soupçons et d'indices, de même, ici, nous soupçonnons peu à peu la description minutieusement objective, où tout est recensé, exprimé et révélé, d'avoir pour centre une lacune qui est comme l'origine et la source de cette extrême clarté par laquelle nous voyons tout, sauf elle-même. Ce point obscur qui nous permet de voir, voilà le but de la recherche et le lieu, l'enjeu de l'intrigue.
Comment y sommes-nous conduits ? Moins par le fil d'une anecdote que par un art raffiné d'images. La scène à laquelle nous n'assistons pas n'est rien d'autre qu'une image centrale qui se construit peu à peu par une superposition subtile de détails, de figures, de souvenirs, par la métamorphose et l'infléchissement insensible d'un dessin ou d'un schème autour duquel tout ce que voit le voyageur s'organise et s'anime.
Mais je crois que ce qui donne à ce livre sa beauté et son attrait, c'est d'abord la clarté qui le traverse, et cette clarté a aussi l'étrangeté de la lumière invisible qui éclaire d'évidence certains de nos grands rêves. » (Maurice Blanchot, La Nouvelle Nouvelle Revue française)
Couronné par le prix des Critiques lors de sa parution en 1955, Le Voyeur fit l'objet d'un très vif débat littéraire, connu sous le nom de « La Querelle du Voyeur ».
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UN RÉGICIDE,roman, 1949. o LESGOMMES,roman, 1953,(« double », n 79). LEVOYEUR,roman, 1955. o LAJALOUSIE,roman, 1957,80).(« double », n DANS LE LABYRINTHE,roman, 1959. L’ANNÉE DERNIÈRE ÀMARIENBAD,cinéroman, 1961. INSTANTANÉS,nouvelles, 1962. L’IMMORTELLE,cinéroman, 1963. o POUR UN NOUVEAU ROMAN,essai, 1963,88).(« double », n LAMAISON DE RENDEZ-VOUS,roman, 1965. PROJET POUR UNE RÉVOLUTION ÀNEWYORK,roman, 1970. GLISSEMENTS PROGRESSIFS DU PLAISIR,cinéroman, 1974. TOPOLOGIE DUNE CITÉ FANTÔME,roman, 1976. SOUVENIRS DU TRIANGLE DOR,roman, 1978. o DJINN,roman, 1981(« double », n 89). LAREPRISE,roman, 2001. C’ESTGRADIVA QUI VOUS APPELLE,cinéroman, 2002. LAFORTERESSE,scénario pour Michelangelo Antonioni, 2009.
Romanesques I. LEMIROIR QUI REVIENT,1985. II. ANGÉLIQUE OU L’ENCHANTEMENT,1988. III. LESDERNIERS JOURS DECORINTHE,1994.
Chez d’autres éditeurs LEVOYAGEUR. Textes, causeries et entretiens, 1947-2001, Christian Bourgois, 2001. SCÉNARIOS EN ROSE ET NOIR. 1966-1983,Fayard, 2005. PRÉFACE À UNE VIE DÉCRIVAIN,Le Seuil, 2005. UN ROMAN SENTIMENTAL,Fayard, 2007. POURQUOI JAIMEBARTHES,Christian Bourgois, 2009.
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C’était comme si personne n’avait entendu. La sirène émit un second sifflement, aigu et pro-longé, suivi de trois coups rapides, d’une violence à crever les tympans – violence sans objet, qui demeura sans résultat. Pas plus que la première fois il n’y eut d’exclamation ou de mouvement de recul ; sur les visages, pas un trait n’avait seulement tremblé. Une série de regards immobiles et parallèles, des regards tendus, presque anxieux, franchis-saient – tentaient de franchir – luttaient contre cet espace déclinant qui les séparait encore de leur but. L’une contre l’autre, toutes les têtes étaient dressées dans une attitude identique. Un dernier jet de vapeur, épais et muet, dessina dans l’air au-dessus d’elles un panache – aussitôt apparu qu’évanoui. Légèrement à l’écart, en arrière du champ que venait de décrire la fumée, un voyageur restait étranger à cette attente. La sirène ne l’avait pas plus arraché à son absence que ses voisins à leur passion. Debout comme eux, corps et membres rigides, il gardait les yeux au sol.
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On lui avait souvent raconté cette histoire. Lorsqu’il était tout enfant – vingt-cinq ou trente années peut-être auparavant – il possédait une grande boîte en carton, une ancienne boîte à chaussures, où il collectionnait des morceaux de ficelle. Il ne conservait pas n’importe quoi, ne vou-lant ni des échantillons de qualité inférieure ni de ceux qui étaient trop abîmés par l’usage, avachis ou effilochés. Il rejetait aussi les fragments trop courts pour pouvoir jamais servir à quoi que ce soit d’intéressant.
Celui-ci aurait à coup sûr fait l’affaire. C’était une fine cordelette de chanvre, en parfait état, soigneusement roulée en forme de huit, avec quel-ques spires supplémentaires serrées à l’étrangle-ment. Elle devait avoir une bonne longueur : un mètre au moins, ou même deux. Quelqu’un l’avait sans doute laissé tomber là par mégarde, après l’avoir mise en pelote en vue d’une utilisation future – ou bien d’une collection.
Mathias se baissa pour la ramasser. En se rele-vant il aperçut, à quelques pas sur la droite, une petite fille de sept ou huit ans qui le dévisageait avec sérieux, ses grands yeux tranquillement posés sur lui. Il esquissa un demi-sourire, mais elle ne prit pas la peine de le lui rendre et ce n’est qu’au bout de plusieurs secondes qu’il vit ses prunelles glisser vers la pelote de ficelle qu’il tenait dans la main, à la hauteur de sa poitrine. Il ne fut pas déçu par un examen plus minutieux : c’était une belle prise – brillante sans excès, tordue avec finesse et régularité, manifestement très solide.
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