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Le Zombi du Grand-Perou

De

Une certaine comtesse de Cocagne, brouillée avec son amant, le marquis du Grand-Perou, vient trouver Corneille de Blessebois qui a la réputation de s’occuper de sciences occultes.

Elle lui demande de mettre son art à sa disposition pour lui rendre les faveurs de son amant. Blessebois feint de consentir et avertit secrètement le marquis ainsi que d’autres personnes reçues au château.

La plaisanterie groupe un certain nombre de conspirateurs, et la comtesse se laisse persuader par Blessebois qu’elle est invisible. Il obtient ses faveurs en raison de la duperie à laquelle tous concourent, mais la maison du marquis du Grand-Perou est mise en émoi par le soi-disant sorcier.


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LE ZOMBI DU GRAND-PEROU 

Pierre Corneille BLESSEBOIS

1697

Précédé d’une notice sur les harems noirs 

ou les mœurs galantes aux colonies

par Marc de MONTIFAUD

 

Éditions La Piterne – 2015

 

Mise en page conforme à l’édition

sd – Bruxelles – A. Lacroix et Cie, éditeurs

Exergue

 

Il en parloit avec esprit,

Car je trouve dans ma mémoire,

Que cette gaillarde m’a dit :

Qu’elle aimeroit mieux être un an en purgatoire

Qu’une nuit seule dans son lit.

 

Pierre Corneille BLESSEBOIS.

Les harems noirs

ou les mœurs galantes aux colonies

 

Elles se liguent quelquefois vingt ou trente

pour enlever quelque jeune homme vigoureux.

Prévost

 

Arago a dessiné sur toutes les parties du corps des belles Sandwichiennes, des Ganymèdes et des Aphrodite, depuis les épaules jusqu’à la plante des pieds ; en sorte, assurait-il, que tous les souvenirs de la pure antiquité se pavanaient sur plus de vingt flancs sandwichiens. Une commission d’érudits qui n’en eût rien su et aurait stationné à Koai se fût inquiétée d’où pareille provenance pouvait surgir, et eût peut-être rattaché les dessins qu’Arago avait faits sur les cuisses, les jambes, le ventre et les épaules des épouses du gouverneur, à des ramifications très anciennes. Une plaisanterie d’artiste, une vieille poterie enterrée bouleverseraient donc l’archéologie ? Qu’on ne vienne plus dire que les tatouages sont des hiéroglyphes à l’aide desquels on conserve l’histoire des familles. Une date inscrite sur une pyramide par un caprice de touriste, défrayera vingt discussions académiques ; par conséquent, c’est à chacun qu’il appartient de fouiller pour son compte personnel l’origine des superstitions, sûr qu’on heurtera encore un fait non précisé. C’est à tout nouveau chercheur de remonter aux principes des coutumes, si bien établies qu’elles paraissent, certain que l’inconnu réserve toujours quelque problème à sa découverte.

À l’époque où Blessebois débarquait aux Antilles françaises, il se trouvait en présence d’une société nouvellement constituée qui s’imprégnait dans les eaux troublantes de la nation indigène, des vives passions dépassant de fort loin les intrigues de la vieille Europe. L’aventurier, le colon français trouvait là-bas des amours dont le coloris de transition le subjuguait par son étrangeté. Ce n’est point une métaphore que de dire qu’aux colonies on sacrifiait avec engouement à la Vénus noire, comme le prouvent d’une façon incontestable les chroniques locales. « Les dames créoles sont très belles, nous assure une relation imprimée aux Antilles ; c’est une erreur de croire qu’elles sont vieilles à trente ans. Elles sont jalouses jusqu’à la fureur ; solitaires dans leurs habitations, elles ne sont que plus clairvoyantes sur le goût de leurs maris pour les négresses ; devenant alors despotes et inexorables, il ne leur coûte rien d’ordonner des châtiments dont leur sensibilité ne pourrait même supporter la vue. Ces cruels châtiments n’en sont pas moins irrévocablement exécutés ; et contre qui ? Souvent, et trop malheureusement, contre une rivale qui sait mieux que cette furieuse maîtresse jusqu’à quel point l’amour le plus vif du sultan de la case les lui a mérités, et qui ne manque pas, d’après ces châtiments mêmes, de se considérer comme la favorite la plus séduisante et la plus aimée des odalisques du Harem ».

C’était une chose inédite, une phase imprévue du plaisir, que ce harem de chaque plantation, dont le possesseur venait choisir à tour de rôle une esclave domptée à tous ses caprices. C’était inusité de posséder un corps de négresse qui semblait modelé dans le clair obscur de la nuit ; dont le masque jetait comme une tache violente et audacieuse entre les ombres colorées du soir, et qui accentuait encore par son noir terrible la morsure aiguë de la volupté. Les cheveux laineux ne se noyaient pas avec la peau, « comme les cheveux blonds avec les chairs blondes, » mais au contraire se dressaient en une touffe rebelle sur le front ; chaque ton de la physionomie se nuançait, s’affirmait, gardait sa puissance locale, au lieu de se fondre, de se transfuser avec les autres teintes, comme dans les visages européens. Les lèvres étaient toujours prêtes à montrer les dents, et si les lignes du visage étaient engluées, le type nègre oriental qui, dans la Nativité, de Rubens, s’encadre d’un turban blanc, tandis que le buste est habillé de vert, ressortait en elles avec énergie, pendant que les couleurs des vêtements s’installaient résolues et bien d’aplomb, sur le noir luisant et doux des carnations.

Les négresses de la côte de Guinée, transportées en Amérique par les marchands d’esclaves, y apportaient la liberté des institutions de leur pays, et il n’est besoin que de se rendre compte de ces lois, pour comprendre qu’elles ne les enfreignaient pas en s’abandonnant aux caresses des blancs.

 

II

 

« Les femmes prennent beaucoup de licence, raconte Prévost ; si l’on considère quelle est la chaleur naturelle de leur complexion, et qu’elles se trouvent quelquefois vingt ou trente au pouvoir d’un seul homme, il ne paraîtra pas surprenant qu’elles entretiennent des intrigues continuelles. Comme la crainte du châtiment est capable d’arrêter les hommes, elles ont besoin de toutes sortes d’artifices pour les engager dans leurs chaînes. Leur impatience est si vive, que si elles se trouvent seules avec un homme, elles ne font pas difficulté de se précipiter dans ses bras en jurant que s’il refuse de satisfaire leurs désirs, elles vont l’accuser d’avoir employé la violence pour les vaincre. D’autres observent soigneusement le lieu où l’esclave qui a le malheur de leur plaire est accoutumé de se retirer pour dormir ; et dès qu’elles en trouvent l’occasion, elles vont se placer près de lui, l’éveillent, emploient tout l’art de leur sexe pour obtenir ses caresses.

» Les femmes des rois ont recours à toutes sortes de moyens pour satisfaire leurs appétits déréglés. Elles se liguent quelquefois vingt ou trente pour enlever quelque jeune homme vigoureux. Mais elles ont l’adresse de le faire vendre ensuite pour l’esclavage. Quantité de nègres n’épousent plusieurs femmes que pour se rendre la vie plus aisée par le fruit de leur mauvaise conduite, et n’ont pas honte, suivant l’expression de Smith, de porter des cornes dorées. Ils engagent eux-mêmes leurs femmes à dresser leurs pièges pour attirer d’autres hommes, surtout parmi les étrangers. Elles feignent d’être libres et indépendantes. Mais elles sont arrivées à leur but, elles avertissent leur mari qui sort aussitôt de son indifférence affectée et qui fait repentir le galant d’avoir été trop crédule. D’autres, ne pouvant déguiser qu’elles sont mariées, promettent le secret avec de redoutables serments. Mais comme elles ne les prononcent que pour les violer, elles se hâtent d’avertir leur mari. Elles seraient exposées à des suites fâcheuses s’il faisait lui-même cette découverte ; au lieu qu’en l’avertissant de bonne foi, elles satisfont sans danger leurs inclinations.

» On voit des nègres de l’un et de l’autre sexe, vivre assez longtemps sans penser au mariage. Les femmes, surtout, paraissent se lasser moins du célibat que les hommes. Smith en apporte deux raisons : 1e Elles ont la liberté, avant le mariage, de voir autant d’hommes qu’elles en peuvent attirer ; 2e le nombre des femmes l’emportant de beaucoup sur celui des hommes, elles ne trouvent pas tout d’un coup l’occasion de se marier. Le délai, d’ailleurs, n’a rien d’incommode, puisqu’elles peuvent à tous moments se livrer au plaisir. L’usage qu’elles ont fait de cette liberté ne les déshonore point et ne devient pas même un obstacle à leur mariage. Dans les cantons d’Eguira, d’Abokro, d’Ankober, d’Axim, d’Anta et d’Adom, on voit des femmes qui ne se marient jamais ; c’est après avoir pris cette résolution qu’elles sont reçues Abelerées. Ce mot est l’équivalent de courtisanes.

» Lorsque les Mauseros, c’est-à-dire les jeunes seigneurs du pays, manquent de femmes pour leur amusement, ils s’adressent aux Kabaschirs, qui sont obligés de leur acheter quelque belle esclave. On la conduit à la place publique, accompagnée d’une autre femme de la même profession qui est chargée de l’instruire. Un jeune garçon, quoique au-dessous de l’âge nubile, feint de la caresser aux yeux de toute l’assemblée, pour faire connaître qu’à l’avenir elle est obligée de recevoir indifféremment tous ceux qui se présenteront, sans excepter les enfants. Ensuite on lui bâtit une petite cabane dans un lieu détourné où son devoir est de se livrer à tous les hommes qui la visitent. Après cette épreuve, elle entre en possession du titre d’Abeleré ou d’Abelecré, qui signifie femme publique. On lui assigne un logement dans quelque rue de l’habitation, et, de ce jour, elle est soumise à toutes les volontés des hommes, sans pouvoir exiger d’autre prix que ce qui lui est offert ; on peut lui donner beaucoup par un sentiment d’amour ou de générosité, mais elle doit paraître contente de tout ce qu’on lui offre.

» Chacune des villes qu’on a nommées n’est jamais sans deux ou trois de ces femmes. Elles ont un maître particulier à qui elles remettent l’or ou l’argent qu’elles ont gagné par leur trafic, et qui leur fournit l’habillement et leurs autres nécessités.

» Aussi longtemps qu’elles joignent de la santé aux agréments naturels qui les ont fait choisir pour la profession qu’elles exercent, elles sont honorées du public, et la plus grande affliction qu’une ville puisse recevoir, est la perte ou l’enlèvement de son Abeleré. Par exemple, dit l’auteur, si les Hollandais d’Axim ont quelque démêlé avec les nègres, la meilleure voie pour les ramener à la raison est d’enlever une de ces femmes, et de la tenir renfermée dans le fort. Cette nouvelle n’est pas plutôt portée aux Mauseros, qu’ils courent chez les Kabaschirs, pour les presser de satisfaire le facteur et d’obtenir la liberté de leur Abeleré. Ils les menacent de se venger sur leurs femmes, et cette crainte n’est jamais sans effet. Smith ajoute qu’il en fit plusieurs fois l’expérience. Dans une occasion il fit arrêter cinq ou six Kabaschirs, sans s’apercevoir que leurs parents parussent fort empressés en leur faveur. Mais une autre fois, ayant fait enlever deux Abelerés, toute la ville vint lui demander à genoux leur liberté, et les maris même joignirent leurs instances à celles des jeunes gens.

» Les pays de Commendo, de Péru, de Saba et de Fantin n’ont pas d’Abelerés ; mais les jeunes gens n’y sont pas plus contraints dans leurs plaisirs et ne manquent point de filles qui vont au-devant de leurs inclinations. Elles exercent presque toutes l’office d’Abeleré sans en porter le titre ; et le prix qu’elles mettent à leurs faveurs est arbitraire, parce que le choix de leurs amants dépend de leur goût. Elles sont si peu difficiles, que les différends sont rares sur les conditions du marché. Quand cette ressource ne suffirait pas, il y a toujours un certain nombre de vieilles matrones qui élèvent quantité de jeunes filles pour cet usage, et les plus jolies qu’elles peuvent trouver. Ce penchant général pour les femmes, fait aussi que les manières d’un sexe à l’égard de l’autre sont plus douces et plus civiles qu’entre les personnes du même sexe. »

 

III

 

Les nègres transportés à la Guadeloupe apportaient donc déjà les mœurs les plus expansives en matière amoureuse, et il n’était pas sans intérêt, même pour un père jésuite, comme le père Labat, de les voir se livrer à la fameuse danse du Kalenda, à la lueur des torches, dont chaque rayon brillantait l’émail blanc de leurs yeux, en piquant d’un accent fruste leur cou et leurs mains. La peau, si noire qu’elle fût, y contractait un effet miroitant en passant sous le vert assombri des bananiers, et le relief particulier de chaque individu frappait une note nette et juste dans le relief général de ce groupe d’une tonalité ardente et ruisselante. La description qu’en fait le père Labat fait songer à un bas-relief éthiopien :

« Ils sautent, font des virevoltes, s’approchent à deux ou trois pieds les uns des autres, se reculent en cadence, jusqu’à ce que le son du tambour les avertit de se joindre en se frappant les cuisses les unes contre les autres : c’est-à-dire les hommes contre les femmes. À les voir, il semble que ce soient des coups de ventre qu’ils se donnent, quoiqu’il n’y ait cependant que les cuisses qui supportent ces coups. Ils se retirent dans le moment en pirouettant, pour recommencer le même mouvement avec des gestes tout à fait lascifs, autant de fois que le tambour en donne le signal, ce qu’il fait souvent plusieurs fois de suite ; de temps en temps, ils s’entrelacent les bras, et font deux trois tours se frappant toujours les cuisses et se baisant… Cette danse est si fort en usage parmi eux, qu’elle fait la meilleure partie de leurs divertissements, et qu’elle entre même dans leurs dévotions. Ils la dansent dans leurs églises et à leurs processions et les religieuses ne manquent guère de la danser la nuit de Noël sur un théâtre élevé dans leur chœur vis-à-vis de leur grille qui est ouverte afin que le peuple ait sa part de la joie. »

On conçoit bien que ces danses, importées d’Afrique à la Guadeloupe, et dans les autres colonies, offraient la plus émouvante saillie d’expression. D’autres rondes présentaient des caractères d’une chorégraphie non moins étrange. Au sein des haies formées par les jeunes fourches de campêche, au milieu des plaines où le cèdre bâtard présentait son ombre hospitalière, le cercle des danseurs se déroulait non pas grave, imposant, fatidique ; mais, au contraire, à la pression de la mesure, répondait la vitesse et l’accentuation de plus en plus rapide du geste. Chaque membre tressaillait à l’attaque du son, à la reprise du rythme ; le talon frappait la terre, la tête des danseuses se renversant, projetait la gorge en avant à la façon des Ménades représentées dans la scène antique offrant la pointe de leurs seins aux aspics. Mais souvent, comme on l’observe encore aujourd’hui en Afrique, on s’abstenait de lever les pieds trop haut, afin de concentrer la puissance expressive de la posture dans le jeu du torse : frémissement de reins, airs pâmés de la tête, où l’on voyait briller les poinçons d’or plantés dans la chevelure ; les chaînettes de filigranes formaient de triples rangs sur le cou et les poignets ; les évolutions de corps appelaient le plus insensible sous leurs torsions enlaçantes. De même que le froid du marbre ou de la toile fait naître en nous une sorte de commotion galvanique, la vue de cette ronde créait un choc de la chair qui précipitait les plus sceptiques vers le tourbillon ; et lorsque le tampon frappait le « tarboukas », l’effet strident de la voix humaine s’accentuait plus sauvage, plus terrible ; on eût dit un appel sinistre parti du creux des entrailles. Les dents blanches des négresses brillaient entre l’écartement des lèvres, leurs yeux noirs avaient des crépitements d’étincelles mystérieux ; c’était chose à glacer le sang aux veines d’un Européen que ce cordon d’œils fauves allumés pour la convoitise, faisant voler des lueurs phosphoriques dans la nuit, et cette âpreté d’accent piquant les lointains.

Que deviennent les femmes légitimes des Créoles dans l’intérieur de l’habitation ? Couchées durant la chaleur du jour, plongées sous un continuel engourdissement, elles présentent à qui la veut franchir une brèche ouverte. Sous la buée des mousselines indiennes, leurs cheveux noirs à fibres amollies, se déversent sur les coussins où elles attendent qu’on vienne écraser la volupté contre leur chair rebondie, et où elles dorment les yeux ouverts. Le sein est dilaté, la narine haletante, la bouche pâmée, les reins tassés sur eux-mêmes, la respiration comme étouffée d’amour.

Près d’elles se meuvent des Métis vêtues d’étoffes zébrées de rouge et de bleu, ou des négresses à la laideur hottentote, semblables à des sorcières thessaliennes, aux yeux jaunes, aux mamelles pendantes, circulant au milieu des cassolettes comme pour accomplir des incantations magiques. Les éventails agités par les esclaves produisent une ondulation de brise perpétuelle courant sur la peau comme des caresses de mains invisibles, pendant que de petites mélodies grêles sortent d’une flûte soufflée par un nègre à face de singe, à sourire lascif.

 

IV

 

On n’a pas oublié le nom d’Alderman Boidell possédant, du peintre Robert, six tableaux sur la Jamaïque, parmi lesquels se mélangeaient la sauvagerie audacieuse et terrible de Salvator, la suavité, la poésie pénétrante du Lorrain, et la science de la création poussinesque.

C’était à la tombée de la nuit, que les scènes de cette nature créolienne présentaient au pinceau des peintures expéditives, brillantes, aisées, où l’on pouvait mettre certaines effusions de tendresse. La monotonie des champs de cannes n’y déplaisait pas à cause des intervalles qui les séparent. Dans les prairies, les cocotiers, les palmiers, le tamarin et l’oranger proportionnés en nuance et en hauteur, mariaient leurs verts pâlis sous les pentes de la lumière blonde. Au milieu, s’enlevaient en un élégant faîtage les plumes du bambou côtoyé par l’épine de Jérusalem, les roses d’Afrique, le cordium au ton d’écarlate vif, et l’oléander courant en buissons, à côté des lilas et des feuilles de la Portlandea au tissu argenté ; la vigne de Grenade, rejointe par le jasmin, se courbait en berceaux ; les grands parcs enceignaient les fermes ; enfin, quelque chétive cabane de nègre offrait çà et là des figures de vieilles femmes accroupies, sortes de méduses, regardant d’un œil scrutateur l’éparpillement des bêtes dans les herbes, comme pour jeter un sort aux troupeaux.

À l’époque où s’accomplissait la créolisation des terres américaines, les nègres du Congo y faisaient dominer toute la puissance de leurs institutions, quoique dans l’esclavage. Les colons apportaient, de leur côté aussi, la même part de lubricité. Aucun ne cédait aux autres sur ce point, et le principe voluptueux s’incréait chez les deux races dès l’enfance.

« Je fus averti un jour, raconte le père Labat, que sept ou huit petits nègres et négresses étaient sous des bananiers où ils faisaient des actions qui passaient leur âge, et qui montraient une très grande malice. Le plus âgé n’avait pourtant qu’environ neuf ans. J’allai les trouver, et les ayant pris en flagrant délit, j’ordonnai à la cuisinière de la maison de les fouetter d’importance. À peine cette exécution était-elle commencée qu’un de nos vieux nègres me vint prier de la faire cesser, parce qu’il avait quelque chose à me dire. Je voulus bien avoir cette complaisance pour lui et je dis à la cuisinière de s’arrêter. Ce nègre me demanda s’il n’était pas vrai que j’avais mis un tel nègre qu’il me nomma, avec le tonnelier pour apprendre à faire des barriques. Je lui dis qu’oui. – Hé bien ! me dit-il, t’a-t-il apporté des barriques ? – Je lui répondis qu’il ne pouvait pas encore avoir appris à en faire, parce qu’il n’y avait que peu de jours qu’il était en apprentissage, mais qu’il apprendrait peu à peu et qu’ensuite il en ferait. – Toi tenir esprit, me dit-il, pour tonnelier, mais toi bête pour petits hiches-là ; pourquoi toi faire battre eux ? – Je lui en dis la raison ; mais il me répliqua encore une fois que j’étais bête. – Hé pourquoi ? lui dis-je. – Parce que, me répondit-il, quand ils seront grands, tu les marieras et tu voudras qu’ils te fassent des hiches, c’est-à-dire des enfants, tout aussitôt, et comment veux-tu qu’ils les fassent, s’ils n’ont appris tout doucement quand ils étaient jeunes ? Vois M. B… – c’était un de nos voisins qui n’avait point d’enfant – il n’a point d’enfant parce qu’il n’a pas appris à en faire quand il était petit. Je voulus faire entendre raison à mon harangueur, continue le père Labat, mais il ne fut pas possible ; il en revenait toujours à dire que tous les métiers se doivent apprendre de jeunesse, ou qu’autrement on n’est jamais bon ouvrier. »

Il était encore plus impossible de rendre accessibles au mariage des gens qui trouvaient naturel d’accomplir entre eux le partage des concubines et de les adjoindre au dernier survivant d’un parent ; leur habitude était de vivre quelque temps avec la jeune fille qu’ils voulaient épouser, aussi les missionnaires ne les persuadaient-ils jamais de se contenter d’une...