Leçons pratiques de rhétorique spécialement rédigées pour les pensionnats de demoiselles, par A. Chaillot. Ouvrage tiré textuellement des "Dialogues sur l'éloquence" et de la "Lettre à l'Académie française" par Fénelon, et revu par un professeur de rhétorique de séminaire

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V. Sarlit (Paris). 1867. In-16, 106 p..
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* LEÇONS PRATIQUES
DE
RHETORIQUE
SPÉCIALEMENT RÉDIliKES
POUR LES PENSIONNATS DE DEMOISELLES
PAR A. CHAILLOT
Ouvrage tiré textuellement des Dialogues sur l'Éloquence
et de la Lettre à l'Académie Française
PAR FÉNELON
et revu
PAR UN PROFESSEUR DE RHÉTORIQUE DE SÉMINAIRE
PARIS
VICTOR SARLIT, LIBRAIRE
Rue Saint-Sulpice, 25
AVIGNON
ÂMIDÉE CUAILLOT, EDITEUR
LEÇONS PRATIQUES
DE RHÉTORIQUE
Principaux Ouvrages dont M. ÃMÉDÉE CHAILLOT est auteur,
rédacteur ou traducteur.
LA VIE ET LA DOCTRINE DE N. S. JÉSUS-CHRIST, suivant le texte
de l'Évangile commenté par Bossuet. Un volume in-So, atec Approbation
de Mgr l'Archevêque d'Avignon. 5 fr.
LA VIE DE LA TRÈS SAINTE VIERGE, méditée par BOIsuet. Un vol.
in-8°. 3 frrfiO c.
L'APOSTOLAT DE SAINT PAUL, d'après les Actes des Apôtres et les
Épttres de SaintPauL développées par Bossuet. Un vol. Íno. 3 fr. 50 c,
PSYCHOLOGIE ET DE LOGIQUE (Leçons pratiques dé), tirée» des
œuvres de Bossuet, rédigées spécialement pour les Pensionnats dp
Demoiselles, revues par un Directeur de Séminaire. En vol. in.12. 1 fr.
LA RHÉTORIQUE DES DEMOISELLES, tirée des œuvres de Fénelon,
revue par un Directeur de Séminaire. Un volume in-12. 4 fr.
LEÇONS DE LITTÉRATURE POUR LES DEMOISELLES, tirées .des
œuvres de Rollin. Un volume in-i2. 1 fr.
COSMOGRAPHIE, DE GÉOGNOSIE ET DE MÉTÉOROLOGIE (Leçons
élémentaires de), à l'usage des Pensionnats de Demoiselles, ouvrage
revu par M. le Chanoine P. Un volume in-12. i fr.
LES CONFESSIONS DE SAINT .AUGUSTIN. Un volume in-it. i ,Cr.
LA SOMME DES DONS DE SAINT JOSEPH, par Uolano, de l'ordre
des Prêcheurs. 2 volumes in-i2. 4 fr.
CHEFS-D'CEUVRE de Walter Scott, de Manzoni, de Silvio Pellico, etc.,
arrangés pour les lectures des Familles et des Pensionnats. Chaque
volume format in-12. 1 IV.
TOUS DROITS RÉSERVÉS.
LEÇONS PRATIQUES .-
DE
RHÉTORIQUE
SPÉCIALEMENT REDIGEES
POUR LES PENSIONNATS DEDEMOïSRtt Rt
1 PAR A. CHAILLOT
Ouvrage tiré textuellement des Dialogues sur l'Éloquence
et de h ~L«tlre à l'Académie Française
PAR FÉNELON
et revu
PifrirTROPESSEUR DE RHÉTORIQUE DE SÉIIINAIRE
PARIS
VICTOR SARLIT, LIBRAIRE
Rue Saint-Slllpie, 25
AVIGNON
AMÉDÉE CHAILLOT, ÉDITEUR
18 G 7
Les Éléments de Rhétorique que nous offrons aux
Maîtresses de Pensionnats de Demoiselles ont été
puisés dans les Dialogues sur l'Éloquence et dans la
Lettre à l'Académie française, deux ouvrages de l'il-
lustre archevêque de Cambrai qui font autorité sur
l'art de bien parler. Fénelon ne s'y est pas astreint
à un ordre méthodique, que n'exigeait pas la forme
de ces deux écrits. Pour nous, dans le but de rendre
classiques ses enseignements, nous les avons rangés
sous une suite de divisions qui aideront à les saisir avec
clarté. Sauf quelques courts pasàages, indispensables
pour suppléer à quelques points que Fénelon n'avait
pas traités, - tout est de lui ; et quand nous ne le
dirions pas, on reconnaîtrait, dès les premières
lignes, ce style'si pur, si doux, si coulant, si clair,
qui est resté inimitable.
Des exemples pris chez les grands écrivains.
montrent l'application des préceptes.
Les jeunes personnes, à qui ce livre est spéciale-
ment destiné , trouveront donc à chacune de ses
pages ou les leçons ou les modèles donnés par les
vrais maîtres dans l'art de parler et d'écrire avec
éloquence. Les choisir, les coordonner, les maintenir
à la portée de l'intéressante portion de la jeunesse
à qui nous destinions ce livre, telle est la pensée
— 8 —
qui nous a guidé constamment. Ce n'est pas notre
œuvre que nous offrons aux maîtresses et aux élèves,
c'est celle de Fénelon pour le fond, et des grands
orateurs français pour les exemples.
Un digne ecclésiastique, qui professe la rhétorique
avec un talent qui égale sa modestie, a bien voulu
réviser ce travail. Les retouches que nous y avons
faites, sur ses indications, l'ont amélioré en le com-
plétant. Puisqu'il ne nous permet pas de le nommer,
qu'il reçoive au moins ici l'expression de notre re-
connaissance.
c.
Rhelorique. 1
ÉLÉMENTS
DE
RHÉTORIQUE
1.
, De l'Éloquence.
Qu'est-ce que l'Éloquence ?
1. C'est l'art de bien parler.
Cet art n'a-t-il point d'autre but que celui de bien parler ?
Les hommes en parlant n'ont-ils point quelque dessein ?
Parle-t-on pour parler ?
2. Non, on parle pour plaire et pour per-
suader.
Quel doit être le but de l'Éloquence ?
3. De persuader la vérité et la vertu.
L'Éloquence est-elle toujours employée dans ce but ?
4. Malheureusement non. L'éloquence peut
être prise en trois manières : l6 comme l'art
de persuader la vérité et de rendre les hommes
meilleurs; 2° comme un art indifférent dont les
méchants se peuvent servir aussi bien que les
bons, et qui peut persuader l'erreur, l'injustice,
— JO -
autant que la justice et la vérité; 3° enfin comme
un art qui peut servir aux hommes intéressés Ú
plaire, à s'acquérir de la réputation et à faire
fortune. ;
Que pensez-vous de ces trois manières ?
5.. La première est la seule bonne ; la seconde
est évidemment blâmable, et quand on réfléchil,
on voit que la troisième l'est aussi : car si vous
admettez des orateurs ambitieux et mercenaires,
s'opposeront-ils à toutes les passions des hom-
mes ? S'ils sont malades de l'avarice, de l'ambi-
tion, de la mollesse, pourront-ils en guérir les
autres ? S'ils cherchent les richesses, seront ils
propres à en détacher autrui ?
L'Eloquence s-'aeçlh iert -elle par l'éluùe ?
6. La véritable éloquence vient du cœur ; c'est
un talent naturel que l'étude peut perfectionner
comme tous les dons que Dieu fait aux hommes.
Quel est le grand effet de l'Eloquence ? ,
7. Un discours n'est éloquent qu'autant qu'il
agit dans l'àme de l'auditeur. Tout discours qui
vous laissera froid, qui ne fera qu'amuser votre
esprit, et qui ne remuera point vos entrailles,
votre cœur, quelque beau qu'il paraisse, ne sera
point éloquent. Ainsi, consuttez-vous vous mô-
me, pour savoir si les orateurs que vous écoutez
font bien. S'ils font une vive impression en vous,
s'ils rendent votre âme attentive et sensible aux
choses qu'ils disent, s'ils vous échauffent et vous
en lèvent au-dessus de vous-même, croyez har-
Iiment qu'ils ont atteint le but de l'éloquence.
— 11 —
Si, au lieu de vous attendrir, ou de vous in-
spirer de fortes passions, ils ne font que vous
plaire et que vous faire admirer l'éclat et la
justesse de leurs pensées et de leurs expressions,
dites que ce sont de faux orateurs.
L'Éloquence ne doit elle pas viser à des effets plus grands
encore ?
8. Oui, elle ne doit pas se borner à émou-
voir, à plaire, à faire aimer et admirer certai-
nes vérités en théorie , elle doit chercher à
s'emparer de l'esprit de ses auditeurs , pour
changer leurs sentiments et les entrainer à la
pratique de ces vérités. C'est là le triomphe de
l'éloquence.
Citez de beaux vers de l'abbé de Lasserre qui peignent les
effets de l'éloquence.
9. L'éloquence nous plaît, nous touche, nous instruit;
Pour le cœur le repos fut toujours un supplice;
Mort lorsqu'il n'agit plus, il vit par l'exercice.
Des hommes éloquents la sublime vigueur,
En secouant notre âme, en bannit la langueur.
Voyez-les triompher dans les remparts d'Athènes ;
Le conquérant ces Grecs redoute Démosthènes ;
Périclès subjuguant l'ambition des grands,
Est l'arbitre du peuple, et l'effroi des tyrans :
Cicéron, vainement de ta douce éloquence
Le courroux de César a bravé la puissance ;
L'arrêt que de sang froid il avait prononcé,
Est tombé de ,ses mains, par ses pleurs effacés ;
De ton style touchant l'adroite véhémence
Désarme le vainqueur surpris de sa clémence.
Quand l'Orateur sacré, contraire à mes désirs,
Exige qu'au devoir j'immole le plaisir,
De son styte enflammé la vigueur triomphante,
Même en me condamnant et m'entraîne et m'enchante.
Massillon aux vertus sait prêter de l'attrait,
— 12 -
Kl je fuis on pleurant le vice qui me plaît.
En vain des voluptés la voix enchanteresse
Me prêche du plaisir la séduisante ivresse,
L'Éloquence asservit mes penchants à la loi,
Mes sens à la raison, ma raison à la foi.
C'est par ce talent qu'un général inspire à ses
soldats l'ardeur et le courage dont il est animé.
C'est ce talent qui attire à un avocat la considé-
ration, l'estime et la confiance du public ; qui
fait qu'un prédicateur, humainement parlant, a
plus de succès qu'un autre dans la chaire; qu'un
magistrat devient comme l'oracle de sa compa-
gnie ; qu'un ministre d'état domine dans les
conseils; qu'un ambassadeur soutient dignement
les intérêts de son prince.
L'Eloq ucnce ne se borne pas aux discours pu-
blics ; elle se montre souvent dans les conver-
sations , dans les lettres, dans les sociétés
particulières. Faut-il consoler, louer ou blâmer,
exciter la tristesse ou la crainte, calmer la colère
ou rabaisser l'orgueil ? l'homme véritablement
éloquent remplit avec succès tous ces différents
devoirs. On voit par là combien ce talent est utile
dans la société. -
11.
De la Rhétorique.
Qu'appelle t on Rhétorique ?
10. La Rhétorique est la science de la parole,
ou l'art de parler de chaque chose d'une manière
convenable ; en deux mots : la Rhétorique est
l'art de l'Eloquence.
— 13 —
Quelle différence faites-vous entre la Rhétorique et l'Élo-
quence ?
11. L'éloquence est une faculté naturelle qui
donne à celui qui la possède les moyens de trans-
mettre aux autres, par la parole, l'émotion dont
son cœur est agité : la rhétorique indique les
moyens que la réflexion et l'expérience ont fait
trouver pour rendre un discours propre à per-
suader la vérité, et à en exciter l'amour dans le
cœur des hommes.
En quoi consistent ces moyens ?
12. Dans l'ordre et la méthode pour instruire,
dans la solidité du raisonnement, et dans les
mouvements pathétiques, c'est-à-dire qui tou-
chent et qui remuent le cœur. L'éloquence
n'est que cela.
A quoi doivent aboutir ces moyens ?
13. A persuader et à convaincre.
Que diriez-vous d'un homme qui persuaderait sans prouver?
14. Ce ne serait pas là le vrai orateur; il
pourrait séduire les autres hommes, ayant l'in-
tention de les persuader, sans leur montrer que
ce qu'il leur persuaderait serait la vérité.
Que diriez-vous d'un homme qui prouverait la vérité d'une
manière exacte, sèche,, nue ; qui mettrait ses arguments en
bonne forme, sans y rien ajouter de vif et de figuré ? Serait ce
un orateur ?
15. Non, ce ne serait qu'un philosophe. Il
faut, pour faire un orateur, choisir un philoso-
— 14 —
phe, c'est-à-dire, un homme qui sache prouver
la vérité, ét ajouter à l'exactitide de ses raison-
nements la beauté et la véhémence d'un discours
varié, pour en faire un orateur.
Exprimez d'une manière précise la différence du philosophe
et de l'orateur.
16. Je dis que le philosophe ne, fait que
.CDDvaincre, et que l'orateur, outre qu'il convainc,
persuadé. Il fait aimer la vérité prouvée : c'est
ce qu'on appelle persuasion. »
Il ne faut donc jamais séparer la philosophie de l'éloquence ?
17. Non, car le talent de persuader sans scien-
ce et sans sagesse est pernicieux ;- et la sagesse,
sans l'art de persuader, n'est point capable de
gagner les hommes et de faire entrçr la vertu
dans les cœurs.
En quoi la persuasion est-elle au-dessus de la simple convic-
tion .? :-
18. En ce que non seulement elle fait voir la
vérité, mais qu'elle la dépeint aimable, et qu'elle
éméut les hommes en sa faveur. Ainsi dans l'élo-.
quence, tout consiste à ajouter à la preuve so-
lide les moyens d intéresser l'auditeur, et d'm-
ployer ses passions pour le dessein qu'O R se
propose. On lui inspire l'indignation contre
l'ingratitude, l'horreur contre la cruaul, la
compassion pour la misère, l'amour pour la vertu»
et le reste de même.
— 15-,
De quel moyen l'orateur doit-il se servir pour exciter les
passions ?
19. Pour exciter les passions, il faut les pein-
dre.
Qu'appeliez-vous peindre ?
2.0. Peindre, c'est non seulement décrire les
choses, mais en représenter les circonstances
d'une manière si vive et si sensible, que l'audi-
teur s'imagine presque les voir. De là vient qu'un
peintre et un poète ont tant de rapport ; l'un
peint pour les yeux, l'autre pour les oreilles :
l'un et l'autre doivent porter les objets dans l'i-
magination des hommes.
La poésie et l'éloquence ne se ressemblent-elles pas beaucoup ?
21. La poésie ne diffère de la simple éloquence
qu'en ce qu'elle peint avec enthousiasme et par
des traits plus hardis. La prose a ses peintures,
quoique plus modérées ; sans ces peintures, on
ne peut échauffer l'imagination de l'auditeur, ni
exciter ses passions. Un récit simple ne peut
émouvoir ; il faut non seulement instruire les
auditeurs des faits, mais les leur rendre sensibles,.
et frapper leurs sens par une représentation par-
faite de la manière touchante dont ils sont
arrivés.
En quoi l'éroquence et la poésie différent-elles ?
22. La poésie, comme l'éloquence, cherche à
plaire et à toucher ; mais le plus souvent elle
ne se propose pas d'autre but ; tandis que l'é-
loquence veut surtout convaincre. De plus, la
*
- 16 —
poésie a certaines formes qui lui sont propres,
mais qui ne produisent que des différences
purement extérieures; car il y a de la belle poésie
dans bien des compositions en prose, et souvent
fort peu dans bien des vers.
L'art de peindre est-il bien nécessaire ?
23. Si l'on n'a ce génie de peindre, jamais on
n'imprime les choses dans l'âme de l'auditeur ;
tout est sec, languissant et ennuyeux. Depuis le
péché originel, l'homme est tout enfoncé dans
les choses sensibles ; c'est là son grand mal : il
ne peut être longtemps attentif à ce qui est abs-
trait. Il faut donner du corps à toutes les instruc-
tions qu'on veut insinuer dans son esprit: il faut
des images qui l'arrêtent.
Qu'est-ce que la Composition oratoire ?
24. Composer, c'est traiter un sujet; la com-
position oratoire est donc le travail intellectuel
applique à traiter un sujet en se conformant aux
règles de l'art oratoire ou de la rhétorique dont
nous allons parler.
Ill.
Parties de la Rhétorique.
Pourquoi divise-t-on la Rhétorique en parties ?
25. Pour donner plus de clarté aux préceptes,
en les exposant successivement dans un ordre
méthodique.
— 17 —
1.
En combien de parties divise-t-on ordinairement la Rhéto-
rique ?
26. En quatre parties qui correspondent aux
opérations de l'esprit et du corps de l'homme qui
compose et prononce un discours. Ainsi celui
qui veut parler sur un sujet donné, doit chercher
et trouver des raisons propres à convaincre, c'est
ce qu'on appelle Invention.
Ces raisons trouvées, s'il les entassait sans
ordre et sans discernement, sans choix et sans
goût, il fatiguerait l'esprit de l'auditeur au lieu
de l'instruire ; il doit donc disposer ces raisons
dans un ordre méthodique, les enchaînant les
unes aux autres, de manière à ce qu'elles se sou-
tiennent et se fassent valoir, et produisent la
conviction; c'est la Disposition.
Mais, comme nous l'avons vu, il ne suftil pas
de convaincl'e,il faut persuader; par conséquent
il est indispensable d'exprimer ces raisons d'une
manière agréable et spirituelle, leur donner un
tour heureux qui réveille et fixe l'attention, les
orner défigurés et d'images qui excitent les pas-
sions et touchent les coeurs ; c'est ce que fait
l' Elocution, ou Éloquence proprement dite.
Enfin, ce discours doit être prononcé d'une
voix et avec des gestes propres à charmer et
émouvoir l'auditeur; c'est ce que l'on nomme
Action, ou Éloquence de la voix et du geste.
Ne pourrait-on pas diviser d'une autre manière les parties
de la Rhétorique ?
27. Oui, et Aristote l'a fait. « Tout discours,
dit-il, dépend de trois choses, de celui qui parle,
-18 -
du sujet qu'on traite, de la personne à qui on
parle. » (Rhéc. 1. 3.) De là trois divisions : la
personne de l'orateur, la composition oratoire,
le caractère spécial de Tauditoire.
De ce caractère spéèial de l'auditoire découle
la division des genres d'éloquence : llEloquence
de la Chaire, l'Eloquence de la Tribune, VEloquent
ce du Barreau, ÏEloqueriee militaire, l'Eloquence
académique.
On peut donc considérer comme une partie essentielle de *
la Rhétorique ce qui regarde la personne même de l'Orateur?
28. Oui, car pour être bon Orateur, il faut..
s'étudier à acquérir certaines qualités, et à évi-
ter certains défauts. C'est donc une partie
essentielle de la Rhétorique que celle qui ap-
prend à connaître les qualités à acquérir, et les
défauts à éviter, et nous placerons cette partie
avant les quatre autres.
IV.
Des qualités de l'Orateur.
Donnez-nous une idée de ce que doit être l'Orateur.
29. 11 ne faut pas faire à l'éloquence le tort
dé penser qu'elle n'est qu'un art frivole, dont
un déclamateur se sert pour imposer à la faible
imagination de la multitude, et pour trafiquer
de la parole. C'est un art très sérieux, qui est
destiné à instruire, à réprimer les passions, à
corriger les mœurs, à soutenir les lois, à diriger
les délibérations publiques, à rendre les hommes
bons et heureux. Je cherche donc un homme
sérieux, qui parle pour moi et non pour lui,
— 19 —
qui veuille mou salut, et non sa vaine gloire.
L'homme digne d'être écouté est celui qui ne se
sert de la parole que pour la pensée, et de la
pensée que pour la vérité et la vertu. Rien n'est
plus méprisable qu'un parleur de métier, qui
fait de ses paroles ce qu'un charlatan fait de ses
remèdes.
Comment voiufriez-votis qu'un Orateur se préparât à
s'acquitter dignement de sa mission ?
30. Je voudrais qu'un Orateur se préparât long-
temps pour acquérir un fonds de connaissances
et pour se rendre capable de faire de bons
ouvrages. Je voudrais que cette préparation
générale le mit en état de se préparer moins
pour chaque discours particulier.
Qu'exigeriez-vous encore de lui ?
31. Je voudrais qu'il fût naturellement très
sensé, et qu'il ramenât tout au bon sens; qu'il
fit de solides études; qu'il s'exerçât à raisonner
avec justesse et exactitude, se défiant de toute
subtilité. Je voudrais qu'il se défiât de son ima-
gination pour ne se laisser jamais dominer par
elle, et qu'il fondât chaque discours sur un
principe indubitable, dont il tirerait les consé-
quences naturelles.
Quelles sont les études que vous regardez comme indispen-
sables à l'orateur ?
32. Ce sont les étlldes philosophiques, pour
régler son jugement, les études littéraires pour
former son style, les études historiques poar
connaître les hommes et les faits, les éludes
— 20 —
scientifiques pour ne rester étranger à aucun
progrès de l'esprit humain.
Donnez-nous, d'après Saint Augustin, les règles d'une
éloquence sérieuse et efficace.
33. Il distingue, après Cicéron, trois divers
genres, suivant lesquels on parle. Il faut, dit-il,
parler d'une façon abaissée et familière pour
x instruire. Il faut parler d'une façon douce, gra-
cieuse et insinuante, pour faire aimer la vérité.
Il faut parler d'une façon grande et véhémente,
quand on a besoin d'entraîner les hommes et
de les arracher à leurs passions. Il ajoute qu'on
ne doit user des expressions qui plaisent qu'à
cause qu'il y a peu d'hommes assez raisonnables
pour goûter une vérité, qui est séche et nue
dans un discours.
V.
Des Défauts que l'Orateur doit éviter.
Montrez-nous ce dont le véritable orateur doit segarder.
34. On parle pour persuader; on parle aussi
pour plaire, cela n'arrive que trop souvent; mais
quand on tâche de plaire, on a un autre but plus
éloigné, qui néanmoins est le principal : l'homme
de bien ne cherche à plaire que pour inspirer la
justice et les autres vertus en les rendant aima-
bles; celui qui cherche son intérêt, sa réputation,
sa fortune, ne songe à plaire que pour gagner
l'inclination et l'estime des gens qui peuvent
contenter son avarice ou son ambition; ainsi cela
même se réduit encore à une manière de prrsua-
I
— -21 —
sion que l'orateur cherche ; il veut plaire pour
flatter, et il flatte pour persuader ce qui convient
à son intérêt.
Montrez-nous, par la comparaison de deux orateurs, les
exemples à suiVIe et les défauts à éviter.
35. Citons deux fameux orateurs de l'antiqui-
té, Démosthènes et Isocrate. Le premier est digne
de la gloire qui entoure son nom. Le second est
un froid orateur qui n'a songé qu'à polir ses
pensées et qu'à donner de l'harmonie à ses paro-
les ; il n'a eu qu'une idée basse de l'éloquence,
et il l'a presque toute mise dans l'arrangement
des mots. On ne voit dans Isocrate que des dis-
cours fleuris et efféminés, que des périodes faites
avec un travail infini pour amuser l'oreille, pen-
dant que Démosthènes émeut, échauffe et entraîne
les cœurs ; il est trop vivement touché des inté-
rêts de sa patrie pour s'amuser à tous les jeux
d'esprit d'Isocrate; c'est un raisonnement serré
et pressant ; ce sont des sentiments généreux
d'une âme qui ne conçoit rien que de grand ;
c'est un discours qui croît et qui se fortifie à
chaque parole par des raisons nouvelles ; c'est
un enchaînement de figures hardies et touchan-
tes; c'est la nature qui parle elle-même dans
ces transports ; l'art y est si achevé, qu'il n'y
paraît point; rien n'égala jamais sa rapidité et
sa véhémence.
L'art doit-il se montrer dans les discours ?
36. L'art se décrédite lui-même ; il se trahit
en se montrant. Dans Cicéron, l'art est merveil-
leux, mais on l'enlrevoit. L'orateur ne s'oublie
- 22 -
pas et ne se laisse point oublier. Démosthènes
parait sortir de soi et ne voir que la patrie : il ne
cherche point le beau ; il le fait sans y penser.
Il est au-dessus de l'admiration. Il se sert de la
parole, comme un homme modeste de son habit
pour se couvrir. Il tonne, il foudroie : c'est un
torrent qui entraine tout. On ne peut le criti-
quer , parce qu'on est saisi. On pense aux
choses qu'il dit, non à ses paroles.
PREMIÈRE PARTIE DE LA RHÉTORIQUE..
VI.
De l'Invention.
En quoi consiste lTnvenlion oratoire ?
37. Elle consiste à trouver dans chaque
sujet les moyens les plus propres à persuader.
Indiquez de quelle nature sont ces moyens.
38. L'orateur se proposant d'instruire') de
plaire et de toucher, doit trouver dans le sujet
les preuves qu'il peut fournir, dans la personne
qui parle ce qui peut la rendre aimable, dans
la personne de ceux qui écoutent ce qui peut les
émouvoir. C'est ce qu'on appelle Preuves, Mœurs,
et Passions.
VII.
Des Preuves.
Qu'est-ce qu'une Preuve ?
39. La Preuve ou Argument est une proposi-
tion qui sert à montrer la vérité d'une autre
— 23 —
proposition. Le Raisonnement n'est que le dé-
veloppement des preuves, et c'est la partie la
plus essentielle du discours.
Quelles sont les principales sortes d'arguments ?
40. Ce sont le Syllogisme et l'Enthymème.
Donnez-nous un exemple du Syllogisme.
41. Le Syllogisme est un argument composé
* de trois propositions ?
Il faut aimer ce qui nous rend heureux ;
Or la vertu nous rend heureux ;
Donc il faut aimer la vertu.
La première proposition s'appelle Majeure, la
seconde Mineure, et la troisième Conséquence ou
ConClusion. Les deux premières prises ensemble,
sont les Prémisses, parce qu'elles sont mises avant
la conclusion qui doit en être une suite néces-
saire.
L'Enthymèmc diffère-t-il essentiellement du Syllogisme ?
42. Non, car il n'est autre chose qu'un Syllo-
gisme dont une des prémisses est sous-entendue;
par exemple :
11 faut aimer ce qui nous rend heureux,
Donc il faut aimer la vertu.
Ou bien :
La vertu nous rend heureux,
Donc il faut aimer la vertu.
Comment appelle-t-on les deux propositions de l'Enthyméme?
43. La première s'appelle Antécédent, et la
la seconde Conséquent.
1
— 24 —
N'y a-t-il pas (Vautres formes d'arguments que le Syllogisme
■et l'Enlhymènie ?
44. Il y en a plusieurs autres, mais qui dé-
coulent toutes du Syllogisme. On trouvera dans les
Leçons de Logique tout ce qui a rapport aux
diverses sortes d'arguments.
Dans le discours oratoire emploie-t-on 'les arguments sous
la forme que vous venez d'indiquer?
45. Non, on fortifie les propositions par des
preuves, quand elles en ont besofti, on leur fait
perdre leur roideur et leur sécheresse en les or-
nant, en renversant leur ordre et en déguisant
leur arrangement. Ainsi le syllogisme qui nous
a servi d'exemple pourrait être présenté sous
cette forme :
• Le cœur humain aspire.sans cesse au bonheur :
Il se trompe s'il le place ailleurs que dans la vertu;
Mais quand il a comprjs que la vertu seule rend heureux,,
il s'y attache et il l'aime de préférence à tout.
VIIi.
Des Lieux oratoires. - -
Comment nomme-t-on les sources où l'on peut puiser des
arguments ?
46. On les nomme les Lieux oratoires, ou Lieux
communs de Rhétorique. On les distingue en
lieux intrinsèques ou extrinsèques, selon qu'on
considère un sujet sous ses aspects intérieurs ou
extérieurs. -
Quels sont les principaux lieux intrinsèques ?
47. Ce sont fo-Définilion qui fait trouver dans
*
1 -
- 20 —
la nature même de la chose dont on parie des
raisons pour persuader.
L'Enumératt'on des parties, où en exposant les
diverses parties d'un tout, on donne de ce tout
une idée plus complète et plus frappante;
Le Genre et l'Espèce, où ce qu'on prouve du
genre dans lequel l'espèce est contenue sert à
prouver ce qu'on a à dire de l'espèce, comme par
exemple de l'obligation de pratiquer la vertu, qui
est le genre, résulte l'obligation de pratiquer la
justice, qui est une espèce particulière de vertu ;
Les Contraires, où l'on dit d'une chose ce qu'el-
le n'est pas pour mieux faire comprendre ce
qu'elle est.
Indiquez-nous d'autres lieux intrinsèques.
48. Les Choses quirépugnent servent à prouver
l'impossibilité du fait: « Vous accusez Pierre
d'avoir tué Paul, mais il était son ami, il n'avait
nul intérêt à sa mort, il était loin de lui ; il ré-
pugne donc qu'il soit l'auteur de ce meurtre. »
Les Circonstances sont d'un grand poids dans
les preuves : « Vous accusez Jean d'avoir tendu
des piéges à André ; mais considérez les circon-
stances où il se trouvait : Jean était dans sa
voiture, avec sa femme et les suivantes de sa
femme ; il était enveloppé d'un manteau embar-
rassant. »
Les Antécédents et les Conséquents sont les
choses qui précédent ou qui suivent un fait, ou
qui aident à le reeonnaître. « Vous aviez eu des
démêlés avec Paul ; vous l'aviez menacé. » Voilà
des antécédents. « Il est tué : vous disparaissez;
— 2G — •
vous vous déliez de ses amis. » Voilà des consé-
quents.
Les Causes et les Effets sont encore des lieux
intrinsèques.
Quels sont les lieux appelés extrinsèques ?
49. Ce sont ceux que l'on trouve hors du sujet,
comme la Loi, les Titres, le Serment et les Té-
moins. La Loi, parce qu'elle est fondée sur le
droit, c'est-à-dire sur la justice éternelle, les
Titres, parce qu'ils expriment les conventions des
parties, le Serment, parce qu'il est le moyen le
plus puissant d'empêcher un homme de mentir,
les Témoins, parce qu'il est difficile qu'ils s'ac-
cordent pour affirmer une chose fausse.
IX.
Des Uœllrlh
Expliquez-nonsee que vous nous avez dit, que par les Mœurs
l'orateur doit plaire à ses auditeurs.
50. Quiconque parle ou écrit doit inspirer
pour sa personne des sentiments qui lui soient
favorables. Je vois paraître un orateur connu
par sa probité et sa droiture, par son zèle pour
le bien et par son désintéressement; la bonne
opinion que j'ai de lui me prévient en sa faveur;
une modeste sécurité perce à travers ses traits,
ses manières sont décentes et nobles, son ton est
affectueux, son accent est touchant; tout me
presse d'écouter, tout me cache ou me fait par-
donner ses fautes; s'il hésite, je tremble ; s'il
est applaudi, je me réjouis de son succès ; il
n'avait pas encore parlé que j'étais persuadé par
— 27 —
le désir de l'ètre. Ma confiance donne à ses preu-
ves toute la force de l'évidence, et l'idée que j'ai
de sa vertu, tourne au profit des vérités qu'il
enseigne.
Qu'entendez-vous par Bienséances oratoires ?
51. C'est ce goût, ce discernement qui apprend
ce qu'il faut faire dans chaque circonstance, et
comment on doit le faire. C'est ce qui s'appelle
avoir du tact.
Que sont les Précautions oratoires ï *
62. Ce sont certains ménagements nécessaires
pour ne point blesser la délicatesse des audi-
teurs. Il faut en user surtout quand on a des
préjugés, des erreurs, des passions à combattre.
C'est alors que l'orateur a besoin de toute son
habileté pour employer ce que l'art a de plus fin,
de plus adroit et de plus ingénieux.
X.
Des Passions.
Est-il permis d'exciter les passions dans un discours ?
53. L'éloquence qui a pour but d'émouvoir,
ne peut se passer d'exciter les passions, mais elle
doit les diriger vers un objet légitime. Il n'y a
rien de blâmable à faire espérer ce qu'il est juste
d'espérer, à faire craindre les maux réellement à
redouter, à faire détester les actions que la morale
condamne, à faire prendre une détermination
généreuse. Un orateur doit-il raconter de sang-
froid une action atroce ? combattre sans s'émou-
voir le spoliateur de l'orphelin ? montrer avec
— 28 —
calme les vengeances célestes qui amendent le
vice impénitent ?
Quelle esi lJinipor tancé des passions dans un-discours ?
..1
54. Les passions sont l'âme de l'éloquence.
Si le cœur n'est pas touché, l'orateur n'a rien fait
que ne pût faire également le philosophe. Les
arguments prouvent la bonté d'une cause, mais
les passions font désirer qu'elle soit bonne.
Eu quoi consiste l'art de calmer ou d'exciter les passions ?
55. Tolit l'art de remuer. le cœur ne consiste
qu'à exposer, amplifier ou diminuer les bien, et
4es maux de cette vie. Si l'on parle à des. gens
trop attachés aux biens du monde, on leur en
montre le néant, la bassesse et l'incertitude ; si
l'on s'adresse à des personnes peu sensibles aux
vrais biens, à la vertu, à leur devoir, on leur en
prouve l'importance. Cela s'appelle diminuer
ou amplifier. De sorte que l'amplification ou la
diminution ne sont que des vérités' développées
avec force, ou des faits circonstanciés avec soin.
Quels sont les objets des passions ?
56. Ce sont les biens et les maux de la vie :
ainsi le danger est l'objet de la crainte, l'infamie
de la honte, les biènfaits de la reconnaissance ;
le mépris ou l'outrage foitf naître la colère, es,
malheurs d'un honnête homme produisent l'in-
,dignation ou la pitié. -
De quelle manière l'Orateur peut-il amplifier on diminuer
les objets des passions ? -
57. En mettant en pleine lumière les circon-
— 29 —
stances qui doivent exciter les passions qu'on
veut faire naître, et en glissant sur celles qui
exciteraient les passions que l'on désire calmer.
DEUXIÈME PARTIE DE LA RHÉTORIQUE.
XI.
La Disposition.
Donnez-nous quelques règles générales pour la Disposition
d'un discours.
58. L'orateur remonte d'abord au premier
principe sur la matière qu'il veut débrouiller.
Il met ce principe dans son vrai point de vue;
il le tourne et le retourne pour y accoutumer
ses auditeurs les moins pénétrants. Il descend
jusqu'aux dernières conséquences par un en-
chaînement court et sensible. Chaque vérité
est mise en sa place par rapport au tout. Elle
prépare , elle amène, elle appuie une autre
vérité, qui a besoin de son secours. Cet arran-
gement sert à éviter les répétitions qu'on peut
épargner au lecteur; mais il ne retranche aucune
des répétitions par lesquelles il est essentiel
de ramener souvent l'auditeur au point qui
décide lui seul de tout.
La règle la plus importante de la Disposition n'est-elle pas
l'unité du discours ?
59. Oui. Il faut montrer souvent à l'auditeur
la conclusion dans le principe. De ce principe,
comme du centre, se répand la lumière sur tou-
tes les parties de cet ouvrage, de même qu'un
— 30 —
peintre place dans son tableau le jour, en sorte
que d'un seul endroit il distribue à chaque objet
son degré de lumière. Tout le discours est un;
il se réduit à une feule proposition mise au plus
grand jour par des tours variés. Cette unité de
dessein fait qu'on voit d'un seul coup-d'œil l'ou-
vrage enlier, comme on voit de la place publique
d'une ville toutes les rues et toutes les portes,
quand toutes les rues sont droites, égales et en
symétrie. 4
Le discours n'csl-il pas In proposition développée ?
60. Oui, la proposition est le discours déve-
loppé.
I/unilé et l'ordre ne sont elles pas les conditions nécessaires
de la Disposition du discours ?
61. Quiconque ne sent pas la beauté et la force
de cette unité et de cet ordre n'a encore rien vu
au grand jour. Que dirait-on d'un architecte qui
ne sentirait aucune différence entre un grand
palais dont tous les bâtiments seraient propor-
tionnés, pour former un tout dans le même des-
sein, et un amas confus de petits édifices qui ne
seraient point un vrai tout, quoiqu'ils fussent les
uns auprès des autres? Quelle comparaison'
entre le Colisée et une multitude confuse de mai-
sons irrégulières d'une ville ?
Quelles sont les véritables conditions de l'unité et de l'ordre
dans le discours ?
62. Un ouvrage n'a une véritable unité que
quand on ne peut rien en ôter sans couper dans
le vif. Il n'a un véritable ordre que quand on
— 31 —
ne peut en déplacer aucune partie, sans affai-
blir, sans obscurcir, sans déranger le tout.
Donnez encore quelques explications sur la nécessité
de l'ordre.
63. Tout auteur qui ne donne point cet ordre
à son discours ne possède pas assez sa matière ;
il n'a qu'un goût imparfait et qu'un demi génie.
L'ordre est ce qu'il y a de plus rare dans les
opérations de l'esprit. Quand l'ordre, la jus-
tesse, la force et la véhémence se trouvent réunis,
le discours est parfait. Mais il faut avoir tout
MI, tout pénétré et tout embrassé, pour savoir
la place précise de chaque mot. C'est ce qu'un
(léclamateur livré à son imagination et sans
science ne peut discerner.
XII.
Des parties du Discours.
La disposition, ayant pour objet de mettre de l'ordre dans
le discours, doit donc le diviser en ses diverses parties î
64. Ces parties sont indiquées par la nature
elle-même ; c'est elle qui nous avertit de ne
pas entrer brusquement en matière, mais de
préparer les esprits, d'exposer ensuite la chose
dont il s'agit, puis de la prouver, en faisant
valoir nos raisons, enfin de mettre au discours
une conclusion qui les termine.
Comment désigne-t-on ces parties ?
65. Ce sont l'Exorde qui prépare les esprits ;
La Proposition qui expose le sujet; dans la
— 32 —
Proposition on comprend la Narration qui le
raconte, quand il s'agit d'un fait ;
La Confirmation qui fournit lés preuves ; et
dans la Confirmation on comprend la Réfutation
qui combat les preuves fournies par l'ad-
versaire ;
La Péroraison qui conclut.
, XIII.
De FExorde.
Quelles sont les qualités de FExorde ?
66. 1° L'Exorde doit avoir un rapport intime
et une liaison réelle avec le discours lui-même:
2° Il doit être modeste, car l'auditeur.n'aime
pas qu'on ait l'air de lui faire la leçon.
3° Il doit être court, car ce n'est pas ici le
lieu d'approfondir la matière.
Quel est l'objet principal de l'Exorde ?
67. C'est de rendre l'auditeur attentif en l'in-
téressant au sujet qu'on va traiter.
Combien distingue-t-on d'Exordes? •'
68. On distingue plusieurs sortes d'Exordes :
L'Exorde simple, où l'orateur,* sûr de l'at-
tention de ses auditeurs, se hâte d'entrer en
matière; ,,
L'Exorde par insinuation, qu'on emploie quand
on craint des dispositions peu favorables dans
l'auditoire, et où un grand tact est nécessaire,
pour se concilier les esprits en atténuant leurs
préventions ;
— 33 —
Ilhétorique. 2
L'Exorde pompeux, qui convient aux discours
prononcés dans de grandes solennités , aux
panégyriques, aux oraisons funèbres, etc.
L'Exorde véhément ou ex abruplo, lorsqu'il
s'agit d'une chose très grave, très importante,
qui excite par elle-même des sentiments violents
d'indignation, de crainte, de douleur, etc.
Voici des exemples de ces diverses sortes
d'Exordes :
Exordes simples.
Idoménée commence ainsi l'histoire de ses
malheurs, en s'adressant à Mentor et à Télé-
maque.
J'avoue que je ne connaissais point encore assez l'art de
régner, quand je revins en Crète après le siège de Troye.
Vous savez, chers amis, les malheurs qui m'ont privé de
régner dans cette grande île, puisque vous m'assurez que
vous y avez été depuis que j'en suis parti. Encore trop heu-
reux, si les coups les plus cruels de la fortune ont servi à
m'instruire et à me rendre plus modéré !
Combien le ton doux et simple de cet exorde
dispose à pardonner les fautes qu'on y avoue !
Exorde du discours de Mithridate à ses fils.
Approchez, mes enfants. Enfin l'heure est venue
Qu'il faut que mon secret éclate à votre vue :
A mes nobles projets je vois tout conspirer ;
Il ne me reste enfin qu'à vous les déclarer.
Exorde par insinuation.
Oresle à Py-rrlltls.
Avant que tous les Grecs vous parlent par ma voix,
Souffrez que j'ose ici me flatter de leur choix,
Et qu'à vos yeux, seigneur, je montre quelque joie
— 34 —
De voir le fils d'Achille et le vainqueur de Troye.
Oui, comjne ses exploits, nous admirons vos coups :
Hector tomba sous lui, Troye expira sous vous:
"kt vous avez montré, par une heureuse audace,
Que le fils seul d'Achille a pu remplir sa place.
On sent combien cet exorde est adroit et
prévenant.
- Exorde pompeux.
Exorde de l'oraison funèbre de la reine d'Angleterre,
par Bossuet.
Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les
empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté, l'indépen-
dance, est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois,
et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes et de terribles
leçons. Soit qu'il élève les trônes,. soit qu'il les abaisse, soit
qu'il communique sa puissance aux princes, soit qu'il la retire
à lui-même et ne leur laisse que leur propre faiblesse, il leur
apprend leurs devoirs d'une manière souveraine et digne de
lui ; car, en leur donnant sa puissance, il leur commande d'en
user, comme il fait lui même, pour le bien du monde : et il leur
fait voir en la retirant que toute leur majesté est empruntée,
et que pour être assis sur le trône, ils n'en sont pas moins sous
sa main et sous son autorité suprême. C'est ainsi qu'il instruit
les princes, non seulement par des discours et des paroles, mais
encore par des effets et par des exemples. Et nunc, reges, in-
telligite ; erudimini qui judicatis terram.
Chrétiens, que la mémoire d'une grande reine, fille, femme
mère de tant de rois si puissants et souveraine de trois royau-
mes, appelle de tous côtés à cette triste cérémonie, ce discours
vous fera paraître un de ces exemples redoutables qui étalent
aux yeux du monde sa vanité tout entière. Vous verrez dans
une seule vie toutes les extrémités des choses humaines : la
félicité sans bornes aussi bien que les misères ; une longue et
— 35 -
paisible jouissance d'une des plus nobles couronnes de l'uni-
vers ; tout ce que peuvent donner de plus glorieux la puissance
et la grandeur accumulées sur une tête qui ensuite est exposée
à tous les outrages de la fortune ; la bonne cause d'abord suivie
de bons succès, et depuis, des retours soudains, des change-
ments inouïs ; 'la rébellion longtemps soutenue, à la fin tout à
fait maîtresse ; nul frein à la licence ; les lois abolies ; la ma-
jesté violée par des attentats jusqu'alors inconnus, l'usurpation
et la tyrannie sous lé nom de liberté ; une reine fugitive qui ne
trouve aucune retraite dans trois royaumes, et à qui sa propre
patrie n'est plus qu'un triste lieu d'exil ; neuf voyages sur mer
entrepris par une princesse, malgré les tempêtes; l'Océan
étonné de se voir traversé tant de fois en des appareils si divers
et pour des causes si différentes ; un trône indignement ren-
versé et si miraculeusement rétabli. Voilà les enseignements
que Dieu donne aux rois ; ainsi fait-il voir au monde le néant
de ses pompes et de ses grandeurs. Si les paroles nous man-
quent, si les expressions ne répondent pas à un sujet si vaste
et si relevé, les choses parleront assez d'elles-mêmes. Le cœur
d'une grande reine, autrefois élevé par une si longue suite de
prospérités et puis plongé tout à coup dans un abîme d'amertu-
mes, parlera assez haut ; et s'il n'est pas permis aux particuliers
de faire des leçons aux princes sur des événements si étranges,
un roi me prête ses paroles pour leur dire: Entendez, ô grands
de la terre ! Instruisez-vous, arbitres du monde !
Exorde véhément.
Exorde de la première Catilinaire de Cicéron.
Jusqu'à quand enfin, Catilina, abuseras-tu de notre patience?
jusqu'à quand ta hardiesse effrénée et furieuse bravera-t-elle
notre juste ressentiment ? Quoi ! ni la garde qui veille à la
sûreté publique, ni la crainte du peuple, ni ton arrêt déjà pro-
i noncé dans le cœur de tous les gens de bien, ni le respect dû
— 36 —
à ce lieu sacré, ni l'aspect de ces augustes sénateurs, n'ont pu
ébranler ton insolente audace ! Ne vois-tu pas que tes complots
perfides sont dévoilés ; que ta conjuration est découverte,
qu'aucun de nous n'ignore ce que tu as fait cette nuit et la nuit
précédente ; à quelle coupable assemblée tu as présidé ; quelles
résolutions plus coupables encore y ont été prises ? 0 temps !
ô mœurs ! le Sénat le sait, le Consul le voit, et ce traître res-
pire! Que dis-je? Il respire! Il met dans le Sénat un pied
téméraire ; il prend part aux délibérations de ce corps vénéra-
ble ; il jette sur chacun de nous des regards sanguinaires ; il
marque de l'œil la place où il veut enfoncer le poignard !
XIV.
La Proposition.
Expliquez-nous bien ce que doit être la Proposition.
69. Une exposition courte el naturelle du sujet
que l'on veut traiter. Elle sert dans le plaidoyer
à amener le point qui est à juger, ou quel est le
point précis de la question. Pour s'y préparer,
on commence par écarter tous les points étran-
gers à la cause, afin d'en séparer bien nettement
ce dont il s'agit uniquement.
Quand ce n'est. ni une thèse philosophique, ni
un sujet de dogme ou de morale, mais un fait,
la proposition s'appelle Narration.
La Narration oratoire est-elle un simple récit des faits ?
70. C'est l'exposition des faits assortie à l'uti-
lité de la cause. L'Orateur doit toujours respec-
ter la vérité, mais il lui est permis de présenter
sous le jour le plus avantageux les faits dont il a
des arguments à tirer, et de laisser dans l'ombre
ceux qui pourraient choquer les esprits qu'on
1
— 37 —
2.
veut se concilier. C'est dans la Narration qu'or
use de l'amplification ou de l'atténuation.
Exemple de Narration Oratoire.
Dans l'Oraison funèbre de ta reine d'Angleterre.
Cent pièces de canon tonnèrent sur elle à son arrivée, et la
maison où elle entra fut percée de leurs coups. Qu'elle eut
d'assurance dans eet effroyable péril ! Mais quelle eut de
clémence pour l'auteur d'un si noir attentat ! On Iamena
prisonnier peu de temps après ; elle lui pardonna son crime,
le livrant pour tout supplice à sa conscience, et à la honte d'a-
voir entrepris sur la vie d'une Princesse si bonne et si géné-
reuse; tant elle était au-dessus de la vengeance aussi bien que
de la crainte! Mais ne la verrons-nous jamais auprès du Roi,
MHi souhaite si ardemment son retour ? Elle brûle du même
désir, et déjà je la vois paraître dans un nouvel appareil. Elle
marche comme un général à la tête d'une armée royale ; elle
assiège et prend d'assaut, en passant, une place considérable ;
elle triomphe, elle pardonne, tout semble prospérer par sa
présence ; les rebelles étaient consternés. Mais le terme
fatal approchait : la Re;ne tomba en langueur, et tout J'État
languit avec elle; elle se retire à Excester; bientôt elle est
obligée de sortir du royaume. Elle part des ports d'Angleterre,
à la vue des vaisseaux des rebelles qui la poursuivaient de si
près, qu'elle entendait presque tous leurs cris et toutes leurs
menaces insolentes. Voyage bien différent de celui qu'elle avait
fait sur la même mer, lorsque venant prendre possession du
sceptre de la Grande Bretagne, elle voyait pour ainsi dire, les
ondes se courber sous elle, et soumettre toutes leurs vagues à
la Dominatrice des mers! Maintenant chassée, poursuivie par
ses ennemis implacables qui avaient eu l'audace de lui faire son
procès, tantôt sauvée, tantôt presque prise, changeant de
fortune à chaque quart d'heure, n'ayant pour elle que Dieu et
— 38 —
son courage inébranlable, elle n'avait ni assez de vents, ni assez
de voiles pour favoriser sa fuite précipitée.
XV.
lia Division.
N'est-il pas nécessaire pour mettre de l'ordre dans le dis-
cours de faire des divisions dans la Proposition ?
71. Les Divisions sont utiles, mais elles ne
sont pas indispensables, quoiqu'elles soient d'un
usage assez général dans les sermons.
Quelle confusion y aurait-il dans un discours qui ne serait
point divisé ?
72. Les anciens orateurs n'ont point pris cette
règle. Les pères de l'Eglise ne l'ont point connue ;
saint Bernard, le dernier d'entr'eux marque sou-
vent des divisions, mais il ne les suit pas, et il
ne partage point ses sermons.
Est-ce à dire qu'il ne faut jamais diviser un discours ?
73. Non. Quand le sujet est simple, que son
étendue peut être embrassée d'un coup d'œil,
une division ne serait qu'une affectation puérile.
Mais lorsque la matière est vaste, la méthode de
la division, qui semble plus pesante que celle
des anciens, est au fond plus lumineuse, moins
sujette aux écarts et à la confusion. La Division
soulage la mémoire de celui qui parle. Encore
même un ordre naturel, sans être marqué, ferait
mieux cet effet ; car la véritable liaison des ma-
tières conduit l'esprit.
Quelles doivent être les qualités de la Division ?
74. Il faut 1° qu'elle soit entière, c'est-à-dire
— 39 -
que ses divers membres embrassent toute l'éten-
due du sujet ; 20 qu'un membre ne rentre point
dans l'autre, et ne le rende pas inutile en repré-
sentant la même idée sous différents termes ;
3. qu'elle soit fondée sur la nature, et qu'elle
soit exprimée en termes clairs et précis.
XVI.
Du Plan général et de l'Ordre du Discours.
La Division est-elle la seule règle à suivre pour mettre de
l'ordre dans un discours ?
75. Non ; le discours doit se développer sui-
\ant un plan général. Les anciens ne divisaient
pas leurs discours, mais ils y distinguaient soi-
gneusement toutes les choses qui avaient besoin
d être distinguées. Ils assignaient à chacune sa
place, et ils examinaient attentivement en quel
endroit il fallait placer chaque chose pour la
rendre plus propre à faire impression. Souvent
une chose qui, dite d'abord, n'aurait paru rien,
devient décisive lorsqu'elle est réservée pour un
autre endroit où l'auditeur sera préparé par d'au-
tres choses à en sentir toute la force. Souvent un
mot qui a trouvé heureusement sa place y met
la vérité dans tout son jour. Il faut laisser quel-
quefois la vérité enveloppée jusqu'à la fin.
Indiquez-nous d'une manière plus précise comment on doit
ordonner le plan général d'un discours.
76. Il doit y avoir partout un enchaînement
de preuves; il faut que la première prépare à la
seconde, et que la seconde soutienne la première.
On doit d'abord montrer en gros tout un sujet,
— io -
t't prévenir favorablement l'auditeur par un début
modeste et insinuant, par un air de probité et
de candeur; ensuite on établit les principes,
puis on pose les faits d'une manière simple, clai re
et sensible, appuyant sur les circonstances dont
on devra se servir bientôt après. Des principes,
des faits on tire les conséquences; et il faut
disposer le raisonnement de manière que toutes
les preuves s'entr'aident pour être facilement
retenues. On doit faire en sorte que le discours
aille toujours croissant, et que l'auditeur sente
- de plus en plus le poids de la vérité. Alors il
faut déployer les images vives et les mouvements
propres à exciter les passions. Pour cela, il faut
connaître la liaison que les passions ont entre
elles, celles qu'on peut exciter d'abord plus fa-
cilement, et qui peuvent servir à émouvoir les
autres ; celles enfin qui peuvent produire les
plus grands effets, et par lesquelles il faut ter-
miner le discours. Il est souvent à propos de faire
à la fin une récapitulation qui recueille en peu
de mots toute la force de l'orateur, et qui remette
devant les yeux tout ce qu'il a dit de plus per-
suasif.
Faut-il garder scrupuleusement cet ordre d'une manière
uniforme ?
77. Pas toujours ; chaque sujet a ses excep-
tions et ses propriétés. Ajoutez que dans cet
ordre même on peut trouver une variété presque
infinie. Il faut un ordre qui ne soit point promis
et découvert dès le commencement du discours.
Le meilleur, presque toujours, est de le cacher
H d'y mener l'auditeur sans qu'il s'en aperçoive.
— 41 —
XVII. �
La Confirmation.
La Confirmation a-t-elle une grande importance dans le
discours ?
78. On n'a encore rien fait quand on s'est
borné à plaire à l'anditeur; on lui parle pour le
convaincre, pour l'amener à reconnaître la vérité
qu'on lui présente et à l'aimer. Dans ce but,
l'orateur déploie toutes ses forces. Preuves soli-
des, pensées frappantes, expressions nerveuses,
tout est mis en œuvre pour triompher de l'erreur,
pour conquérir l'adhésion des esprits enlacés
dans les liens des préjugés et des passions.
Quelles sont les formes de la Confirmation oratoire ?
1 79. Elle ne se borne pas à prouver d'une ma-
nière sèche, quoique invincible, une vérité dou-
teuse ou contestée. Elle se sert d'armes plus
redoutables que le raisonnement parce qu'elles
sont plus douces ; elle porte ses traits victorieux
dans le fond du cœur, qui lui fournit de lui-même
les raisons dont elle a besoin pour achever sa
conquête. t ,
A quelles sources l'orateur doit-il puiser ses preuves et ses
moyens oratoires ?
80. La nature seule donne le moyen de les
trouver ; mais l'art peut développer ce talent
et le diriger. Il faut lire de bonne heure des
ouvrages bien raisonnes, fréquenter les hom-
mes judicieux, les entendre discuter les affaires,
voir comment ils en saisissent les rapports Ios
— 42 —
plus éloignés, et les comparent pour juger de
leurs -différences et de leurs ressemblances.
Par là un esprit naturellement juste et un peu
pénétrant parviendra à découvrir les preuves
les plus propres à défendre la vérité et à con-
fondre l'erreur..
Comment l'orateur doit-il disposer ses preuves ?
81. Quand l'orateur a, découvert les principes
incontestables dont il saura tirer des-consé-
quences capables de convaincre, alors, par un
seul enchaînement de propositions, également
simples et évidentes, il conduira l'esprit de
l'auditeur de vérités en vérités, sans jaçaaisui
lasser ni partager son attention, et dans le
temps même que les auditeurs s'attendent à
une longue suite de raisonnements, ils sont
surpris de voir que, par un artifice innocent,
Ja simple méthode a servi de preuve, et que
l'ordre seul a produit la conviction. -
Parlez-nous de là Réfutation.
82. La Réfutation est liée a la Confirmation
par un enchaînement nécessaire; on ne peut
bien prouver une thèse sans détruire les objec-
tions qui s'élèvent eonlre elle. Quelquefois
même on les prévient, et on les combat avant
qu'elles vous soient faites. Les sources où
l'orateur 'puise ses preuves pour la Réfutation
sont les mêmes que pour la Confirmation. Celui
qui est capable de prouver son sujet est aussi
capable de détruire les objections qu'on lui
pppose.
- 43 —
A quel usage eniploic-l-on l'exemple dans le discours?
83. On cite fréquemment des exemples pour
donner plus de poids à ce qu'on avance où
pour réfuter les objections. Les exemples bien
choisis et qui ont un rapport marqué avec le v
sujet font toujours impression sur l'esprit des
auditeurs.
Exemple de la Confirmation.
Lusignan à Zaïre.
Ma fille, tendre objet Je mes dernières peines,
Songe au moins, songe au sang qui coule dans tes veines ;
C'est le sang de vingt rois tous chrétiens comme moi,
C'est le sang des héros défenseurs de ma loi ;
C'est le sang des martyrs. 0 fille encor trop chère f
Connais-tu ton destin ? Sais-tu quelle est ta mère ?
Sais-tu bien qu'à l'instant où son flanc mit au jour
Ce triste et dernier fruit d'un malheureux amour,
Je la vis massacrer par la main forcenée,
Par la main des brigands à qui tu t'es donnée ?
Tes frères, ces martyrs égorgés à mes yeux,
T'ouvrent leurs bras sanglants tendus du haut des cieux. (
Ton Dieu que tu trahis, ton Dieu que tu blasphèmes,
Pour toi, pour tes péchés est mort en ces lieux mêmes,
En ces lieux où mon bras le servit tant de fois,
En ces lieux où son sang te parle par ma voix.
Vois ces murs, vois ce temple envahi par tes maîtres,
Tout annonce le Dieu qu'ont vengé tes ancêtres :
Tourne les yeux, sa tombe est près de ce palais ;
C'est ici la montagne où, lavant nos forfaits.
; 11 voulut expirer sous les coups de l'impie ;
I C'est là que de sa tombe il rappela sa vie.
I Tu ne saurais marcher dans cet auguste lieu,
| Tu n'y peux faire un pas sans y trouver ton Dieu ;
? Et tu n'y peux rester sans renier ton père,
� Ton honneur qui te parle, et ton Dieu qui t'éclaire.
Je te vois dans mes bras et pleurer et frémir:
Sur ton front pâlissant Dieu met le repentir.
Je vois la vérité dans ton cœur descendue :
î

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