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Légendes de Normandie

De
386 pages
Si la Normandie, au contraire de la Gascogne, de la Bretagne et de tant d’autres régions, ne compte pas de grande collecte dans le domaine du conte, elle a suscité, en revanche, une œuvre pionnière dans le domaine de la légende. Née en 1815, morte en 1904, Amélie Bosquet a donné en 1845, sous le titre “ La Normandie romanesque et merveilleuse ”, une énorme compilation des récits légendaires les plus caractéristiques de la Normandie.Des traditions liées aux fées et aux lutins jusqu’aux chasses fantastiques, aux histoires de fantômes et aux vies de Robert le Diable et Richard sans peur, rien ne lui échappe. Précise et ironique, ne perdant jamais le sens de l’humour, Amélie Bosquet nous donne une somme qui a inspiré les “ Légendes rustiques ” de George Sand et lui a valu l’estime de Flaubert dont elle était l’amie.
Avec cette œuvre, nous découvrons aussi une personnalité peu commune de femme écrivain, libre et franche.
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A m é l i e Bo s q u e t
Lé g e n d e s ' d e  t Norm an d ie
c o l l e c t e c h o i s i e e t p r é s e n t é e p a r F r a n ç o i s e M o r u a n
E d i t i o n s o u e s t - f r a n c e Extrait de la publication
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Agon-Coutalnville ; Peinteftijtcm Montmaitin-s.^er tles Chausey /
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Carte :Patrick Mérienne
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Extrait de la publication
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S A R T H E
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Extrait de la publication
V V EUNES
Collection dirigée par Françoise Morvan
ISBN : 9782737351716
© 2004, Édilarge S.A. — Éditions Ouest-France, Rennes
Extrait de la publication
PRÉFACE
Grisons-nous avec de Vencre, puisque le nectar des dieux nous manque.
Il existe pour chaque région de France des collectes folklori-ques de grande valeur, les unes connues, les autres oubliées, voire toujours inédites. Or, il semble que de plus en plus nom-breux soient les éditeurs qui publient des contes pris un peu au hasard dans les grandes collectes de chaque région, quitte parfois même à les faire récrire et les publier sous le nom de l'auteur qui s'est chargé du tri. On voit ainsi paraître des contes de Bre-e tagne collectés au xix siècle par François-Marie Luzel, Anatole Le Braz, Paul Sébillot, des contes de Normandie collectés par Jean Fleury, par Jules Lecœur, par L.-J. Chrétien, sans que leur nom soit même parfois mentionné dans le volume et sans que la moindre explication soit donnée sur leur recherche. Cependant, le travail de chacun de ces folkloristes est une œuvre personnelle, inscrite dans un lieu, dans un temps particu-liers, obéissant à des critères qui ne peuvent être effacés sans en modifier la signification ; le style de Luzel n'est pas celui d'Émile Souvestre ; son œuvre s'est en bonne partie écrite contre celle de son illustre prédécesseur : donner pêle-mêle les contes de l'un et de l'autre sous prétexte qu'ils ont tous deux recueilli des contes bretons ne simplifie pas la tâche du lecteur ; au contraire, de là vient l'impression d'égarement que l'on éprouve à lire ces anthologies. Pourquoi donc ne pas choisir pour chaque
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région la meilleure collecte et présenter l'auteur de manière à éclairer son travail ? Dans le cas de la Normandie, hélas, force est de se rendre à l'évidence : les grands contes sont rares, et même si rares que les compilateurs en sont réduits à se rabattre sur les contes d'Henry Carnoy, recueillis dans la Somme : normands quoi-que picards ? Même les Contes populaires de Normandie, publiés par Jean Fleury dans la prestigieuse collection « Les contes de toutes les nations » des éditions Maisonneuve, cèdent vite place aux chansons et aux proverbes. Pas de col-lecte majeure donc mais une floraison de légendes gracieuses donnant parfois lieu à des chansons qui comptent au nombre des chefs-d'œuvre de la chanson populaire française. C'est déjà ce que constatait Marthe Moricet, auteur d ' u n e remarqua-ble anthologie illustrant une enquête que sa mort prématurée a malheureusement interrompue :de La littérature populaire la Normandie comprend fort peu de contes proprement dits, e constate-t-elle.premiers collecteurs, aubien les  Aussi  XIX siè-cle, durent-ils adopter pour leurs recueils des titres fort complexes, où il est question de légendes, de croyances superstitieuses. Tandis qu'en Lorraine, en Bretagne, dans le Poitou, les livres compilés vers la même époque sont simple-ment intitulés Contes populaires,doit donnerdu Bois  Louis pour titre à son recueil Recherches archéologiques, histori-ques, biographiques et littéraires sur la Normandie ; celui de Pluquet s'appellepopulaires, préjugés, patois, prover- Contes bes, noms de lieux de l'arrondissement de Bayeux ;celui et de Chrétien Les Veillerys argenténois, ou contes populaires, légendes, traditions, anecdotes historiques, etc... de l'arron-1 dissement d'Argentan .
1. Récits et contes des veillées normandes, Cahiers des Annales de Nor-mandie n° 2, Caen, 1962.
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Extrait de la publication
Surtout pas d'affabulation gratuite, un souci permanent de montrer que Ton n'est pas dupe et, jusque dans l'intérêt porté aux traditions merveilleuses, une manière de peser le pour et le contre et de ne pas se laisser prendre au jeu, voilà ce qui semble caractériser le conte normand. Trouver une collecte majeure dont le style n'ait pas trop vieilli étant impossible, il ne restait qu'à faire un choix, autre-ment dit reprendre les pièces essentielles des quelques collectes fiables, sans toutefois partager la sévérité de l'ethnologue Jean Cuisenier qui, en tête d'un autre recueil, non moins remarquable dans la perspective d'un travail ethnographique, déclarait que, si bon nombre de collectes anciennes sontsinon frau- douteuses, duleusesrevanche, deux d'entre elles, celles de L.-J. Chrétien, en et de Jules Lecceur, sont à recommander. Chrétien et Lecœur : telles sont les deux sources majeures pour le folklore du Bocage 2 normand. Il y a bien d'autres recueils, certains d'entre eux écrits très tôt, avant que la grande vogue du conte à l'époque roman-tique n'ait commencé de susciter des vocations de folkloristes dans toutes les provinces ; simplement, ils sont d'un intérêt très inégal, ce qui passionne l'ethnologue ne séduit pas forcément le lecteur et l'on ne découvre pas sans déception des textes au style pesant, vieilli, voire didactique ou édifiant (le folkloriste nor-mand étant, de plus, fort enclin à moraliser). Une œuvre cependant se détache de l'ensemble : un gros volume, paru en 1845 sous le titreNormandie romanesque et La merveilleuse, traditions, légendes et superstitions populaires de cette province, un volume dû à la plume d'une hardie pionnière des traditions populaires, une Rouennaise, Amélie Bosquet, sur-tout connue (ou moins oubliée) comme romancière (ou plutôt romancier) sous son nom d'Emile Bosquet. Sans fin reprise, citée, exploitée, La merveilleuseNormandie romanesque et  est une véritable mine où quiconque s'intéresse au folklore normand est,
2. Récits et contes populaires de Normandie, Gallimard, 1979.
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à un moment ou à un autre, amené à puiser. Dans quels recueils de contes et légendes de Normandie ne trouve-t-on pas « Le lac de Fiers », objet d'une prédilection qui semble ne s'être jamais démentie ? Et la légende de Marianson, « Le lutin ou le fé amou-reux », la légende de la fée d'Argouges, qui amènent Jean Cuise-nier lui-même, quoi qu'il en dise, à mettre ses pas dans ceux d'Amélie Bosquet ? En 1858 déjà, George Sand, qui était en cor-respondance avec elle, s'inspirait des recherches d'Amélie Bos-quet pour sesLégendes rustiques qui devaient faire date. On a pu lui reprocher, comme à sa devancière, de donner une version trop littéraire des récits de tradition orale mais, dansNormandie La romanesque et merveilleuse, le style travaillé, les descriptions et dialogues appuyés et la grandiloquence ironique des commentai-res sont ce qui fait le charme de ces récits que la distanciation et l'humour ont gardé de trop vieillir. Au contraire de la plupart des folkloristes, Amélie Bosquet se laisse prendre au charme des légendes qu'elle rapporte, mais ne manque aucune occasion de glisser une allusion sarcastique. Ainsi raconte-t-elle la pieuse légende du seigneur de Préauxlointaines appe- que des guerres lèrent hors de son pays : A son retour, un bruit injurieux lui fit concevoir des soupçons sur la fidélité de sa femme. Sa colère jalouse ne lui permit pas d'examiner les motifs de l'accusation : il condamna aussi la pré-tendue coupable à être attachée à la queue d'un cheval vigou-reux et emporté. Plus tard, il se repentit de son crime, et, pour tâcher d'en obtenir le pardon, il fonda le monastère de Préaux et s'y consacra le reste de ses jours à la pénitence... Et de conclure : Si aucun mari ne confie plus, de nos jours, à son cheval le châtiment de sa femme, au moins nous n 'oserions répondre qu11 n'y ait pas encore quelques femmes persécutées et battues; mais, assurément, il n 'est personne, parmi les plus scrupuleux, qui se préoccupât de fonder une église, ou tout autre monument
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d'espèce semblable pour expier les plus énormes contraventions aux lois pacifiques du mariage. Il faut s'accoutumer à ce style particulier pour pouvoir en goûter l'ironie ; or, mêlés aux contes d'autres auteurs, les textes d'Amélie Bosquet semblent inutilement ornés, longs, fleuris, ennuyeux. Mais, publié intégralement, le volume, encombré d'un appareil critique historiquement daté, ne peut guère, si inté-ressant soit-il, espérer toucher qu'un lectorat érudit (les éditions Le Portulan l'ont ainsi naguère publié en reprint). Comment donner à lire les quelque cent cinquante légendes qu'il contient sans les sortir de la gangue de cet appareil critique ? Et comment les donner à la suite, telles qu'elles apparaissent à l'intérieur de chapitres didactiques ? Il nous a semblé que le meilleur moyen de rendre vie à une telle œuvre, à la fois drôle sous ses dehors d'érudition pontifiante et sérieuse (Amélie Bosquet donnant toujours ses sources et per-mettant à chacun de poursuivre ses recherches à partir des sien-nes), c'était de reprendre son travail en essayant d'en accroître la lisibilité. Autrement dit : garder l'architecture du volume et l'ordonnancement des récits, respecter scrupuleusement le style mais couper les commentaires d'une érudition dépassée qui pouvaient occuper de longues pages, voire interrompre un conte et, le fil de la lecture étant perdu, le rendre incompréhensible ; ajouter des titres, comme Amélie Bosquet elle-même avait commencé de le faire dans les derniers chapitres ; enfin, supprimer certains chapitres, soit étrangers au sujet (un long chapitre consa-cré aux possessions n'avait pas grand-chose à voir avec les tradi-tions populaires), soit purement énumératifs (tels les chapitres sur les trésors cachés et sur les menhirs et dolmens de Normandie considérés commedruidiques monuments , selon alorsla croyance admise), et en condenser d'autres (ainsi les trois longs chapitres introductifs sur les ducs de Normandie ont-ils été réduits à la chronique merveilleuse de Robert le Diable et Richard sans Peur — encore cette chronique aurait-elle pu se rattacher au chapitre
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des « personnages célèbres », lui-même partie intégrante des « légendes historiques » mais, dès lors qu'Amélie Bosquet avait choisi de donner cette chronique en ouverture, l'ordre du volume ne pouvait être modifié sans changer la tonalité d'ensemble). Signaler les coupes n'était pas difficile : Amélie Bosquet igno-rant les points de suspension, ils pouvaient être utilisés pour les indiquer aussi discrètement que possible. Sa ponctuation, caracté-risée par une surabondance de virgules, précédant parfois des conjonctions de subordination, a été rectifiée lorsqu'elle ralentissait par trop la lecture. Enfin, certaines coquilles ou fautes diverses ont été corrigées. Nous avons pris soin de conserver les résumés en tête de chapitre (en y insérant les titres des légendes) et les lettrines d'E.-M. Langlois, G. Morin, A. Drouin gravées par Brevière. Ce que nous donnons ici n'est donc plusLa Normandie roma-nesque et merveilleuseœuvre mais une version accessible d'une qui nous permet de revenir aux sources du légendaire normand sans trahir un auteur aussi inattendu qu'attachant.
*
Quelques pages ne seront pas inutiles pour présenter, non pas Emile Bosquet, romancier, non pas Amélie, amie et correspon-dante de Haubert, restée célèbre pour avoir transmis à la postérité la célèbre phrase « Madame Bovary, c'est moi », mais Amélie Bosquet, auteur tout à la fois atypique et représentatif d'une géné-ration de femmes écrivains, rejetées par leur condition même en marge du milieu littéraire — et de là à explorer les marges de la littérature pour y trouver des chasses moins bien gardées, il n'y a pas loin :c'est ce qui explique sans doute en partie l'intérêt d'Amé-lie Bosquet, puis de George Sand, pour la littérature populaire. Née à Rouen en 1815, Amélie Bosquet, restée très tôt orphe-line, avait été élevée par un fabriquant de rouenneries (c'est-à-dire de toiles de coton de couleur) qui devait l'adopter peu avant la parution de son premier livre,Normandie romanesque et La
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