Légendes des Terres d’Opale

De
Publié par

« Rectitude, courage, compassion, respect, sincérité, honneur, loyauté. »
À une époque, ces mots étaient plus que de simples concepts. Ils étaient des vertus, toutes porteuses d’une philosophie et d’un mode de vie que seuls les cœurs les plus nobles pouvaient embrasser. Son nom était Bushido, la voie du guerrier.

Si dans l’histoire du monde, peu de cultures pouvaient s’enorgueillir d’avoir fait montre de telles vertus, il était néanmoins des lieux où le Bushido avait fait office de loi, et où l’humanité s’était efforcée d’en appliquer les codes avec discernement. Un de ces lieux était connu sous le nom d’Upalia, ou comme certains l’appelaient : l’Empire des Terres d’Opale.


Publié le : vendredi 29 janvier 2016
Lecture(s) : 12
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782334031462
Nombre de pages : 352
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-03144-8

 

© Edilivre, 2016

 

 

Rieur, assis sur son rocher, l’enfant regardait le vieux moine droit dans les yeux. Immobile, le temps ne semblait pas avoir de place en ce lieu mystique. Savait-il seulement où se situait ce lieu ?

Peu lui importait, c’était simplement ici et maintenant. Une cascade, de gros frênes, des rochers lourdement ancrés dans un sol en terre glaise, que le jeune garçon ne pouvait quitter du regard : au sol quatre cercles entrecroisés, compris à l’intérieur d’un cinquième, tracés lentement par le long doigt tremblant du vieil homme :

– Vois-tu ces cercles mon enfant ? demanda-t-il d’une voix mystérieuse.

L’enfant acquiesça d’un signe de tête franc. Pourtant, il n’était pas certain de tout à fait comprendre le chemin que prenait la démonstration du vieux moine. Celui-ci ne s’y trompait pas :

– Tu doutes, pourtant tu les connais, tous, mieux que tu ne l’imagines. Ils te font. Ils sont tout. Ils représentent l’Univers.

– L’Univers ? répéta l’enfant avec crédulité.

– Ils sont les éléments à la base de toute chose, reprit le vieil homme.

Il redressa le dos, et plongeant à son tour le regard dans celui de l’enfant, il expliqua :

– D’abord la Terre qui représente le Monde. Enveloppe matérielle délimitée dans l’espace, elle est la structure. Ce n’est qu’en développant ce Monde, que l’on peut y donner la Vie.

« Puis l’Eau qui est la Vie. Evolution calme ou déchaînée, elle est le mouvement. Ce n’est qu’en étant attentif au cycle de la Vie, que l’on peut communier avec son Esprit.

« Ensuite vient le Vent, l’Esprit. Insaisissable et pourtant omniprésent, il est l’intangible. Ce n’est qu’en faisant voyager son Esprit aux delà de ses limites, que l’on peut atteindre son Rêve.

« Enfin, le Feu symbolise le Rêve. Destructeur et créateur, il est le renouveau. Ce n’est qu’en façonnant son Rêve, que l’on peut parvenir à créer un Monde.

« La danse des éléments est un éternel retour. Elle n’a ni début ni fin. C’est un équilibre que tous les Humains se doivent de comprendre.

Imperturbable, l’enfant buvait les sages paroles du vieil homme. L’insouciance de son jeune âge stimulait d’autant plus sa soif de connaissance, qu’elle ne semblait jamais pouvoir s’étancher. Pointant tour à tour son doigt minuscule sur chacun des quatre cercles, il s’amusait à répéter :

– La Terre, l’Eau, le Vent, le Feu… Le Monde, La Vie, L’Esprit, Le Rêve…

Puis s’arrêtant soudain, il regarda une nouvelle fois le vieil homme dans les yeux, et lui demanda :

– Et ce gros cercle ? Celui qui les entoure tous. Est-ce aussi un élément ?

Le vieil homme répondit d’abord à l’enfant par un profond et sincère sourire de satisfaction. Puis il reprit sa leçon :

– Celui-ci est particulier. Bien qu’étant le plus visible, très peu de gens lui prêtent attention.

– Comment le nomme-t-on ?

– Il n’a pas de nom, et ne peut être défini dans son ensemble sans être trahi. Ici, nous l’appelons simplement le Vide.

– Le Vide ? Qu’est-ce donc ?

– Le Vide est le lien qui unit tous les autres éléments. Il est le comment. Il est à la fois statique et dynamique. Il ne se soumet à aucune autorité, n’a pas de direction déterminée, et peut osciller du Tout au Rien.

Hésitant, le garçon avoua timidement :

– Je ne comprends pas…

– C’est normal mon enfant. Le Vide ne peut être compris dans son intégralité, il dépasse notre entendement. Le comprendre n’est pas une nécessité absolue, il faut seulement le connaître. Considère-le comme une force, une énergie, présente en chacun de nous, que ce soit dans les veines des plus vaillants comme des plus couards, des plus rusés comme des plus candides. Le Vide ne fait pas de distinction. Il ne nivelle pas. Il est une force que nous possédons tous et vers laquelle il faut tendre.

Les réponses du vieil homme amenaient encore plus de questions dans l’esprit du jeune garçon, intrigué mais toujours curieux.

– Ce Vide, où le trouve-t-on ?

– Partout et au-delà. Il est l’Ensemble, et pourtant tu comprendras avec le temps que c’est ton Intention qui lui donne une existence dans notre monde. Apprends à vivre en harmonie avec les cinq éléments, et tu trouveras la voie qui permettra de te dépasser, l’Illumination.

– L’Illumination… Le dépassement de soi… Comment pourrais-je reconnaître de telles valeurs ?

– Je l’ignore. Néanmoins une chose est entendue : elles feront de toi un Humain. Un être dont le Cœur est si grand, qu’il est capable de voir le Monde tel qu’il est, sous toutes ses formes, et de les accepter, sans que cela entre en conflit avec ses émotions propres. Un être qui reconnaît la beauté de l’Univers et qui comprend ses messages, car il ne peut que constater qu’il est une pierre à part entière de l’édifice, et que rien n’existe indépendamment du reste. Un être qui a compris qu’aucune Vérité n’est immuable, pas même celles que je viens te t’énoncer…

– Un Humain… se répéta à lui-même l’enfant avec conviction et admiration.

Ce n’était pas la première fois qu’il entendait ce mot. Aussi longtemps qu’il s’en souvenait, il avait toujours été bercé par de nombreuses légendes narrant les exploits d’hommes et de femmes devenus Humain. Dans son jeune esprit, ils étaient l’exemple à suivre. Et même si la route n’était pas toujours évidente, c’était vers cela qu’il s’efforcerait de tendre. S’adressant au vieil homme, il ajouta :

– En avez-vous connu beaucoup de ces Humains ?

– S’il est vrai que peu d’hommes et femmes sont parvenus à ce stade d’éveil, répondit le vieux moine, je peux t’affirmer que j’en ai connu à toutes les époques.

 

Image 5

Upalia, l’empire des terres d’opale

Rectitude, Courage, Compassion, Respect, Sincérité, Honneur, Loyauté.

À une époque, ces mots étaient plus que de simples concepts. Ils étaient des vertus, toutes porteuses d’une philosophie et d’un mode de vie que seuls les cœurs les plus nobles pouvaient embrasser. Son nom était Bushido, la voie du guerrier.

Il ne suffisait pas de connaître les définitions de ces mots pour prétendre les maîtriser. Devenir guerrier de l’âme demandait un travail acharné et une pratique quotidienne de ces vertus. Il fallait ne faire qu’un avec celles-ci, et être capable de les porter sans faillir en toutes situations. Chaque jour, cela exigeait du guerrier qu’il mette en relation ses élans de probité avec l’Univers dans lequel il évoluait. Seule cette discipline lui permettrait de toucher du doigt le sens profond du Bushido.

Celui qui décidait d’emprunter cette voie, se devait de combattre les mensonges et les faux-semblants, qui ne l’épargneraient pas tout au long de sa route. C’était avant tout un combat contre soi-même, et en sortir vainqueur était la plus belle de toutes les victoires.

Si dans l’Histoire du Monde, peu de cultures pouvaient s’enorgueillir d’avoir fait montre de telles vertus, il était néanmoins des lieux où le Bushido avait fait office de loi, et où l’Humanité s’était efforcée d’en appliquer les codes avec discernement. Un de ces lieux était connu sous le nom d’Upalia, ou comme certains l’appelaient : l’Empire des Terres d’Opale.

L’Histoire de cet empire débuta dans une partie du monde que l’on appelait Les Terres d’Opale. Plusieurs clans se partageaient ces terres, et la vie était régie sous l’autorité des chefs de guerres et sous le culte des Kami. Ces divinités, innombrables et immortelles, étaient les protectrices de toutes choses, vivantes ou non, et les humains les vénéraient toutes.

Si certains de ces dieux avaient une place privilégiée dans le panthéon, tel Jiuno, le Kami de la Pluie, ou encore Setaimi, le Kami du Foyer, aucun n’était aussi respecté qu’Amaterasu, Kami du Soleil, et Tsukuyomi, Kami de la Lune. On les appelait alors Dame Soleil et Sire Lune, ou encore Le Couple Céleste, et il ne se passait pas un jour sans qu’on les remerciat de leurs bonnes grâces.

Malgré de telles protections, la vie des habitants des Terres d’Opale n’était pas des plus heureuses. La Guerre, les pillages, et les querelles incessantes, étaient autant de fléaux qui frappaient tous les clans sans distinction. Ne pouvant plus supporter de voir leurs peuples ainsi malmené, et devant leur incapacité à régner, les chefs de guerres demandèrent l’aide du Couple Céleste, qui dans son infini miséricorde, décida d’intervenir.

Telle que le voulait une des Anciennes Lois Cosmique, le Couple Céleste ne pouvait agir directement dans la destinée des mortels. Il convoqua alors les Esprits Gardiens des Grandes Constellations, et réunis en grande assemblée, ils purent ainsi débattre de ce qu’il convenait de faire.

La discussion s’étala sur des jours et des semaines, et si presque tous les Esprits Gardiens étaient d’accord sur l’idée de créer un grand empire pour unifier les clans et les idées, aucun d’eux ne s’accordait quant au rôle du futur dirigeant de l’empire à venir. Tous avaient des points de vue bien définis sur ce à quoi devait veiller ou contrôler l’empire pour s’épanouir, mais chacun exposait ses arguments sans réellement écouter ceux des autres. Certains étaient complémentaires, d’autres contradictoires.

L’Esprit Gardien de la Constellation du Paon, par exemple, soutenait l’instauration d’une loi et d’une justice forte, alors que celui du Tigre affirmait que seules l’armée et la sécurité importaient. Le Taureau mettait l’accent sur la répartition de la nourriture et d’une bonne gestion de la santé, quand le Scorpion ne parlait que de comprendre la psychologie du peuple, et de l’importance de contrôler les réseaux d’information. Le Phœnix de son côté défendait l’idée d’une religion puissante, et voulait favoriser la communion avec les Kami, tandis que la Carpe supportait activement la création d’une monnaie globale et l’essor du commerce. L’Esprit Gardien du Cheval plaidait en faveur d’une diplomatie ouverte avec les royaumes voisins, et jouait sur la diversité que cela apporterait. Ce qui enrageait le Chien, qui ne jurait que par le contrôle du territoire et de ses frontières, ou le Loup, qui ne valorisait que la tribu et se méfiait de ses ennemis. De leur côté, l’Ours prônait la paix et le contrôle de ses émotions, tandis que la Salamandre encourageait la science et le développement de la technologie.

Devant une telle confusion, la Lune et le Soleil ne savaient que faire. Mettre en avant l’art et l’imagination comme le proposait l’Esprit Gardien du Calao était une idée intéressante, tout comme celle du Serpent qui mettait l’accent sur la mémoire et la communication avec les Anciens, mais insatisfaisante pour un suzerain supposé parvenir au bonheur de tout un peuple. Au milieu de cela, l’Esprit Gardien du Dragon, indifférent, soutenait que la première chose à laquelle les êtres humains devaient veiller était Soi-même et la première chose à contrôler était son ego. À l’opposé, l’Esprit Gardien du Ver ne cessait de prôner la domination totale, en donnant tous les pouvoirs au suzerain de manière à ce qu’il puisse modeler le monde selon ses désirs. Quant au Singe, il répondait qu’il n’avait que faire de l’empire, et que si les habitants des Terres d’Opale voulaient vivre en paix, il fallait qu’ils laissent au loin toutes ces querelles, qu’ils se réfugient sur les mers, et qu’ils se concentrent sur la famille, véritable pilier d’une société.

Les discussions n’en finissaient plus, et de tous les Esprits Gardiens, seul l’un d’entre eux n’avait pas encore parlé : la Tortue. Patiente, elle attendait son moment, et lorsque le Couple Céleste lui donna enfin la parole, elle répondit que les premières vertus d’un suzerain étaient de veiller à l’harmonie entre les peuples et à l’héritage qu’il laisse derrière lui.

À l’écoute de ces sages paroles, la Lune et le Soleil comprirent qu’ils venaient de trouver là, la réponse à ce grand débat. À quoi devait veiller en premier le suzerain pour le bienfait de l’empire ? Il était évident que tous les Esprits Gardiens avaient donné des solutions valables, et le meilleur moyen pour les faire vivre était de créer l’harmonie entre elles. Tel fut le rôle donné à la Tortue.

Cette dernière prit forme humaine, et descendit sur les Terres d’Opale pour en devenir le suzerain. Néanmoins pour garder l’équilibre et représenter parfaitement l’Harmonie, la Tortue se scinda en deux : un homme et une femme. Le Couple Impérial venait de naître.

Satisfait de ce choix, la Lune et le Soleil ordonnèrent à tous les autres Esprits Gardiens de prendre forme humaine, de descendre à leur tour sur les Terres d’Opale et d’apporter leur soutien à l’empire naissant. Ainsi, et avec l’aide des habitants des Terres d’Opale, ils fédérèrent les clans, qui chacun dans leur domaine se mit au service du Couple Impérial et participa à l’émergence de l’Empire d’Opale.

Les Esprits Gardiens, devenus humains, prirent naturellement la tête de ces clans sous le titre de daimyo, qui signifiait Grand Nom. Les hommes placés sous leurs ordres furent appelés, samouraï, celui qui sert. En l’espace de quelques années, seize clans furent établis. Tous étaient aux ordres du Couple Impérial, mais chacun d’eux avait une philosophie propre, qui reflétait la personnalité de l’Esprit Gardien le dirigeait.

Main dans la main, les clans, bâtirent des routes, des temples, des palais et des villes. Ils instaurèrent des règles et une culture basées sur le Bushido et le respect des Kami.

Upalia, l’Empire d’Opale venait de naître. Il ne lui restait plus qu’à prospérer.

Mais tous les empires aussi proches du peuple soient-ils ont leur lot de laissés-pour-compte, et si en théorie, tout avait été prévu pour rendre le peuple heureux, en pratique cela se révéla beaucoup moins aisé. Pour ne pas voir sa jeune nation imploser, le Couple Impérial décida d’instaurer un système de castes appelé l’Ordre Cosmique, une hiérarchie sociale très structurée qui décidait de la place de chaque habitant dans l’organigramme upalien. Bien que non équitable et strictement descendant, personne ne contesta ce déterminisme pour la simple raison qu’il trouvait son origine dans les cieux. Pour appréhender au mieux les mécanismes de la société upalienne, il était nécessaire de bien comprendre les rouages de cet Ordre Cosmique.

Au sommet de celui-ci se trouvait Amaterasu la Déesse Soleil, et Tsukuyomi le Dieu Lune. Ils éclairaient l’Empereur et l’Impératrice, appelés Couple Céleste, qui lui-même régnait sur les daimyo des seize clans majeurs.

La caste des samouraï était la caste noble la plus diffuse. Ces derniers représentaient un dixième de la population, et avaient le droit de vie ou de mort sur toutes les castes inférieures. Ils vivaient au travers du Bushido, et n’avaient de cesse de servir leur empire sous les ordres de leur daimyo. Qu’il fut général d’armée, ou simple soldat, courtisan ou artiste, un samouraï vouait une loyauté inconditionnelle à son maître. En plus d’un nom de famille et d’un blason appelé mon, les samouraï étaient les seuls autorisés à porter le daisho. Celui-ci était le nom donné au couple de sabres, un court et un long, respectivement, wakizashi et katana, veritables symboles de cette caste de noble.

La caste des heimin, le demi-peuple, regroupait la grande majorité des habitants de l’Empire d’Opale. Au sommet de cette caste se trouvaient ceux qui nourrissent : les fermiers, berger et pêcheurs. Venaient ensuite ceux qui façonnent : les bûcherons, ébénistes, potiers, et artisans en tous genres. Enfin, ceux qui vivent de : les marchands et les négociants. Il arrivait aussi à certains heimin de travailler en tant que serviteur de bonne famille, restaurateur, auxiliaire de justice, ou dans des milices. Ils pouvaient se voir offrir un régime particulier, tels les moines, qui bien que faisant partie de la caste des heimin, avaient statut privilégié et étaient respectés de tous.

La caste des hinin était au plus bas de l’Ordre Cosmique. De véritables parias, le non-peuple. Supposés n’être que des mendiants et des criminels, ils étaient avant tout des charlatans, des baladins, des joueurs, des devins, des prostitués et toutes autres professions marginales. À la base de cette caste de miséreux, se trouvaient les eta, les intouchables. Traités avec moins de respect que l’animal, ils étaient tout comme leur métier considérés comme impurs. S’occupant de tout ce qui était lié à la mort et au sang, ils regroupaient, les fossoyeurs, les équarrisseurs, les bouchers, les bourreaux…

Qu’ils soient hinin ou eta, les gens de cette caste n’avaient tout bonnement aucun droit, et pas la moindre chance de voir leur situation évoluer. Ils étaient de simples esclaves.

Ainsi était fait Upalia. Et c’est dans ce contexte que l’Empire prospéra sereinement.

Malheureusement, un des seize clans ne se montra pas aussi serviable envers l’Empire qu’il ne le devait. Fidèle à sa volonté de modeler le monde selon leur envie, les membres du clan du Ver, spécialistes en biologie, créèrent toutes sortes de créatures chimériques à l’aspect insectoïde qui échappèrent à leur contrôle, et ne tardèrent à les asservirent. Très vite, ces créatures se multiplièrent et commencèrent à répandre la terreur au Nord des Terres d’Opale. Les habitants appelèrent ce fléau, l’Essaim.

Dépassés par les évènements, les clans du Loup et de l’Ours virent leurs terres détruites et ravagées par la puissance de l’Essaim. Les survivants trouvèrent refuge sur les terres du Chien, et ensemble, les trois clans luttèrent contre les viles créatures, opposant une résistance honorable, voyant pourtant leur effectif diminuer de jour en jour, tendis qu’au Sud, les autres clans se mobilisaient. Après des jours de combat, les renforts arrivèrent, et sous la bannière de l’empire, ils repoussèrent les forces de l’Essaim, hors des terres du clan du Chien. Celles du Loup et de l’Ours étaient malheureusement perdues, et les survivants de ces deux clans trouvèrent refuge sur les terres du Chien. Ensemble, ces trois clans formèrent l’Alliance de La Griffe, et ils jurèrent de tout faire pour empêcher de nouvelles invasions de l’Essaim.

Celui-ci s’en retourna dans le Nord, occupant les anciennes terres du Loup, de l’Ours, et du Ver. Des lieux maudits de tous, et que l’on appelait désormais, La Ruche.

Peu à peu, les blessures causées par cette grande guerre cicatrisèrent. Les membres survivants du clan du Ver furent bannis vers les territoires de La Ruche, et leurs noms furent oubliés.

La vie dans l’empire reprit son cours.

Tel l’Univers, la nature humaine évolue en permanence.

Bien que se revendiquant du Bushido, la ligne de conduite de certains samouraï ne fut pas toujours des plus nobles. Au fil du temps, il n’était pas rare que ceux qui étaient censés représenter les Vertus Principales finissent par en oublier le sens profond.

Trop souvent, Rectitude rima avec Sévérité, Courage avec Folie, Compassion avec Indifférence, Respect avec Punition, Sincérité avec Hypocrisie, Honneur avec Orgueil, et Loyauté avec Intérêt. La caste des samouraï était sur le point de s’effondrer sur elle-même, et le Couple Impérial dût rappeler tous les clans à l’ordre. Ceux-ci, ne pouvant plus se permettre d’accueillir en leur sein des samouraï indisciplinés, furent contraints de sévir. L’Honneur était devenu la première des vertus, et tout manquement à ce commandement se voyait immédiatement sanctionné. Dans toutes les strates de leurs castes, du grand général au jeune bushi, les clans réussirent à ramener l’ordre et la discipline en coupant toutes les branches pourries.

Conséquemment, une nouvelle race de samouraï vit le jour. Qu’ils aient perdu leurs seigneurs excommuniés, ou qu’ils aient été bannis eux-mêmes, c’était déshonorés que ces samouraï sans maître se retrouvèrent à errer dans l’empire. Déchus, ils n’avaient plus rien à protéger, plus personne à servir, et ne profitaient plus de la protection d’un clan. Pour subsister, les samouraï vagabonds louèrent leur sabre au plus offrant, ignorant la morale souvent douteuse de leurs employeurs, devenant ainsi de véritables mercenaires. Certains, forts de leur condition martiale, se mirent à piller et à tuer, faisant fi de tous les codes d’honneur de la caste qui les avait rejetés. La réputation de ces samouraï errants se dégrada au plus vite, et l’Ordre Cosmique fut bouleversé. Le statut de ces guerriers sans maître était paradoxal : bien que bannis et considérés par tous comme des renégats, des traîtres ou des brigands, ils faisaient inexorablement partie de la caste des samouraï, le Ciel en était témoin. Ils étaient une anomalie, à la fois dans et hors de l’Ordre Cosmique, et les gens finirent par leur donner un nom : rônin, les hommes errants.

Les siècles passèrent. Les clans grandirent, les humains évoluèrent, les mentalités aussi. Dans tout l’empire, les cités prospérèrent, les routes s’élancèrent, et la culture ne cessa de grandir. A plusieurs reprises, les puissances de l’Essaim revinrent tester la résistance de l’Empire d’Opale, sans jamais parvenir à mettre en péril la paix upalienne.

Malgré leurs origines divines, les Esprits Gardiens, devenus humains, finirent par s’éteindre. Leurs fils et petit-fils prirent le relais à la tête des clans tout en conservant le nom de leurs ancêtres comme nom de famille. Certaines guerres internes éclatèrent, et Upalia devint plus que jamais un échiquier géant sur lequel se jouait l’avenir des hommes.

En l’an 936 du calendrier impérial, les guerres inter-clans, la puissance financière, et les complots politiques étaient en train de bouleverser l’équilibre de l’Empire d’Opale. Son Age d’Or était derrière lui.

Au loin, les Vents du changement commençaient à souffler…

Livre I

Rônin

« La Vie est un bien perdu pour celui qui ne l’a pas vécue comme il aurait voulu »

Acte 1 :
Réveil mortel

L’aube se lève sur Upalia. Dans le clan du Tigre, au Sud des terres, près de la frontière avec le clan du Paon, se trouvait Kima : un petit village d’une centaine d’habitants. Les rayons lumineux d’Amaterasu, la déesse Soleil, n’éclairaient pas tout à fait les pâturages, mais donnaient déjà une jolie teinte orangée au ciel clairsemé ici et là de quelques nuages.

Hiko était le patron du seul ryokan du village, curieusement baptisé La Griffe, qui n’avait d’acéré que le nom, quand même les couteaux de la modeste cuisine ne l’étaient plus depuis longtemps. Hiko, la cinquantaine méritante, brillait auprès des villageois par sa simplicité et sa générosité. Un homme sans histoire, sans ambition, qui affectionnait particulièrement les matins colorés, où l’humidité des rizières se mêlait à la brise matinale.

Comme tout commerçant, il avait ses habitués, des amis fermiers pour la plupart, mais également des gens de passage, qu’il n’accueillait jamais sans un sourire profondément sincère. Parmi ces voyageurs nomades, il n’était pas rare de rencontrer des samouraï. Hiko connaissait particulièrement bien cette caste, dont il fallait connaître et maîtriser les habitudes, les exigences, l’inconstance parfois, pour espérer conserver son commerce et pouvoir l’offrir à sa descendance. Trop souvent, il avait eu à déplorer l’attitude de ces samouraï. Hiko, si bon, si honnête, si généreux, n’aurait jamais pris le risque de généraliser un tel sentiment d’aversion envers toute une caste, si ces derniers ne lui avaient pas donné maintes occasions de nourrir une rancœur profonde, à force de mauvaise conduite, d’irrespect, et d’inhumanité. Un esprit cynique oserait crier que dans l’attitude, Hiko était bien plus samouraï que le samouraï lui-même, mais le cynisme n’avait pas sa place dans le monde bafoué du petit aubergiste. D’ailleurs, la vie ne lui avait jamais laissé d’autre choix que le fatalisme. Les gens de sa caste ne pouvaient s’offrir le luxe du cynisme. Il en était ainsi. La caste des samouraï elle, pouvait se le permettre et en jouissait au quotidien avec une arrogance totale. D’ailleurs, il y a peu de choses que ces derniers s’interdisaient. Comme si tutoyer la mort au quotidien autorisait à s’affranchir des convenances. Ainsi, beaucoup de ces samouraï exigeaient d’Hiko des réductions de prix sur les nuits, ainsi que sur les repas. Ce qui était un moindre mal, car ceux-là au moins, laissaient quelques kan derrière eux, la monnaie locale. Que pouvait faire cet humble commerçant contre les injustices, quand sa place était à la base de l’organigramme upalien, bien en-dessous de ces mêmes samouraï qui le toisaient du haut de leur statut privilégié ? Alors même sur les terres du clan du Tigre, clan d’honneur et de probité, Hiko avait pu voir les pires hommes arborer fièrement le costume de samouraï.

Avec le temps, il s’était résigné à l’idée que les choses ne changeraient pas. Il avait décidé d’apprendre à composer avec ces injustices, et d’accepter définitivement son sort. Il ne voulait plus essayer de comprendre, il ne voulait que vivre, simplement, entretenir son commerce dignement, et contempler jusqu’à sa mort son plus beau trésor. Ce trésor avait un sourire angélique et se prénommait Tisa : sa fille. Sa femme avait donné sa vie pour permettre à cet ange de voir le jour. Les gens de Kima les aimaient beaucoup sa fille et lui. On ne leur connaissait pas d’ennemis. Fait rare, ils avaient même des amis parmi les samouraï, et plus rare encore, parmi les rônin.

Ce matin là, comme chaque matin depuis qu’elle était en âge de porter le seau, Tisa partit chercher du lait à la ferme voisine, tandis qu’Hiko alla tirer de l’eau au puits du petit village. Absorbé par ses pensées, l’aubergiste avait même oublié de saluer la vielle Inha, croisée sur le chemin, une habituée tremblante de la fin de semaine. Arrivé à destination, d’un geste élégant, mais machinal, il jeta un vieux seau en bois au fond de ce puits improbable, niché au sommet d’une petite colline. Le regard dans le vide, les images de la soirée de la veille continuaient de défiler dans sa tête, à mesure que le seau remontait. Il ne parvenait pas à chasser l’inquiétude de son esprit.

Il revoyait la salle commune de son ryokan et les rares clients qui l’animaient. De toute la soirée, les rires n’avaient pas cessé, et c’était avec entrain qu’Hiko peinait à suivre les incessantes commandes de boisson que son euphorique clientèle lui hurlait d’apporter entre deux blagues salaces, ce que semblait peu apprécier Hachigoro et Atsushi, deux fermiers et amis qui, comme souvent en fin de journée, étaient venus se reposer auprès d’un bon verre de saké. Les deux paysans étaient sceptiques : certes il était toujours amusant de voir des gens rigoler de bon cœur, mais il pouvait être dangereux de laisser s’enivrer ainsi des hommes en armes, notamment quand ceux-ci étaient des rônin. Un geste mal placé ou un mot de travers pouvait suffire à faire pleuvoir les morts.

– Les trois rônin n’ont pas l’air commode, susurra Hachigoro à son compagnon. Il ne faudrait pas qu’ils s’excitent de trop, la soirée pourrait mal tourner.

– M’ouais… ce qui m’inquiète le plus, répondit Atsushi à voix basse, c’est que Nita, le fils du forgeron, est avec eux. J’espère qu’il sait ce qu’il fait, ce jeune imprudent.

Si ses deux amis étaient soucieux, Hiko, lui, ne l’était pas le moins du monde. À l’exception de quelques mauvaises habitudes de langage, Nita ne risquait pas grand chose. Cela faisait maintenant une semaine que l’aubergiste hébergeait les trois rônin, et savait que contrairement aux apparences, ils n’étaient pas des mauvais bougres. Il fallait simplement ne pas leur chercher querelle. Installés à leur table, les trois hommes buvaient et plaisantaient au sujet d’histoires passées, sous le regard admiratif du jeune forgeron :

– Et la fois où nous nous sommes retrouvés dans le repère de Juno le Coriace ? Quel plan tordu ! On a bien failli tous y rester !

Tojiro n’était pas très grand, un peu frêle, et sa gestuelle approximative lui faisait renverser beaucoup de saké sur la table. Peu concerné par sa toilette, qui était loin d’être quotidienne, on ne le distinguait du vulgaire Hinin que par son katana, exhibé fièrement aux yeux de tous. Son regard fuyant le rapprochait sans trahir de sa véritable condition : celle d’une vipère. Tournez-vous, et il sera dans votre dos. Pensez un peu trop fort, et il vous entendra. Cet homme avait tout du serpent : silencieux, immersif, discret… et dangereux. Car son katana lui, n’était pas là pour dissuader ni pour servir ses belles phrases. C’était un outil de mort, d’autant plus vicieux qu’à ce jour, il s’était enfoncé dans autant de dos que de ventres. Intrépide à bien des égards, si Tojiro était avant tout doué pour l’infiltration et la roublardise, il n’en demeurait pas moins un guerrier redoutable, tant son intelligence au combat et sa faculté à lire dans le jeu de ses adversaires étaient remarquables.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Les 12 portes du Kaama

de editions-edilivre

Le Prix des choses

de editions-edilivre

Le Chant de Marie

de editions-edilivre

suivant