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Les Abrutis

De
247 pages

SOMMAIRE. Le badigeonneur de saintetés. — La vieille fille à la cruche cassée. — Un nègre improvisé. — Holà ! tavernier du diable ! — L’homme au sucre de canne. — L’ami du sauvage. — La bisque, les truffes, et mademoiselle Schneider. — Les accessoires de Molière. — L’habitué du Café-Concert. — La pie qui vole. — Il maestro Galimatiani.

Le badigeonneur de saintetés est ce petit vieil homme anguleux et maigre, à la face jaune et profondément ridée, que vous voyez au musée du Louvre, constamment occupé à copier des tableaux à sujets religieux.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX
Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de
France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX
a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la
littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou
livres pour la jeunesse…
Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces
efonds publiés au XIX , les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format
ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les
supports de lecture.Alfred Sirven
Les AbrutisL’ABRUTI DE LA PRÉFACE
La scène se passe à la librairie Cournol.
Un monsieur, la canne à la main et le lorgnon dans l’œil, entre.
LE MONSIEUR.
Je voudrais bien avoir quelque nouveauté littéraire.
LE COMMIS.
Quel genre d’ouvrage désirez-vous ?
LE MONSIEUR, gravement.
Donnez-moi quelque chose de sérieux.
LE COMMIS, lui désignant une partie de l’étalage
intérieur.
Vous trouverez dans ce rayon, je l’espère, une œuvre qui vous plaira.
(Le monsieur passe une grosse demi-heure à chercher.)
M. Cournol, notre éditeur, qui se trouve là en ce moment, et qui s’aperçoit de
l’interminable hésitation de cet acheteur, croit devoir lui demander s’il a fait. un choix.
L’ÉDITEUR.
Vous ne trouvez donc rien qui soit de votre goût, monsieur ?
LE MONSIEUR.
Ma foi, non. Il n’y a pas d’images.
*
* *
Voilà pourquoi notre Éditeur a tenu à intercaler des vignettes dans le texte de ce
volume, et à placer sur la couverture cette mention : IL Y A DES IMAGES DANS CE
LIVRE.CHAPITRE PREMIER
SOMMAIRE. Le badigeonneur de saintetés. — La vieille fille à la cruche
cassée. — Un nègre improvisé. — Holà ! tavernier du diable ! — L’homme au
sucre de canne. — L’ami du sauvage. — La bisque, les truffes, et mademoiselle
Schneider. — Les accessoires de Molière. — L’habitué du Café-Concert. — La
pie qui vole. — Il maestro Galimatiani.
Le badigeonneur de saintetés est ce petit vieil homme anguleux et maigre, à la face
jaune et profondément ridée, que vous voyez au musée du Louvre, constamment occupé
à copier des tableaux à sujets religieux.
Depuis trente ans et plus, cinq fois par semaine, il s’installe, coiffé de son bonnet de
soie noire, et les bras garnis de ses manches de percale, en face des cinq ou six mêmes
tableaux, les seuls qu’il ait jamais songé à admirer, car ils sont les seuls qui conviennent
à sa clienèl e cléricale et ultramontaine.
Chaque jour, avant même de préparer sa palette, il fait pieusement au pied de son
chevalet une prière mentale ; puis il tire de sa poche un vieux volume aux pages jaunies,
et se met en devoir d’en marmotter dévotement un certain nombre de pages.
Cet acte de religion rempli, certain d’avance que le Seigneur conduira sa main, il se
met à l’œuvre.
Il accomplit ainsi en un nombre à peu près constant de jours le travail qu’il s’est
proposé ; mais ne demandez pas à son dessin la correction pure de l’art, ne demandez
pas la couleur vraie à son tableau, la grâce il ses draperies. Tout est brutalement exact
dans sa copie, mais exact machinalement, exact arithmétiquement.
Ses saints, ses dieux, ses vierges : sont en bois ; la vie ne circule pas sous ces chairs,
l’air ne passe pas à travers ces paysages, ce ciel n’a pas d’horizon.
Si vous me demandez ce qui a pu ainsi abrutir cet homme, cet artiste, je vous
répondrai que c’est sa profession même : il est badigeonneur de saintetés.
Parce que son genre est le genre religieux, il se croit sans cesse obligé à la plus stricte
dévotion. C’est ainsi qu’il se signe dévotement chaque fois qu’il passe devant
mademoiselle * * *, comme lui habituée du Louvre, et que les peintres connaissent sous
le sobriquet de : La fille à la cruche cassée.
Elle aussi copie, depuis de longues années, constamment les mêmes tableaux, mais
le genre qu’elle a adopté, celui qui pour elle est supérieur à tous les autres, c’est le genre
léger, demi-érotique, à double entente.
La Cruche cassée, ce délicieux chef-d’œuvre de Greuze, est pour elle le sublime de
l’art, et n’a de rival possible que le Sommeil d’Antiope, cette merveille anatomique. cotée
deux millions.
Il y a bien encore, parmi les peintres des deux sexes qui fréquentent nos musées,
quelques types qui pourraient au besoin figurer dans ces chapitres, mais ils sont en
général plutôt originaux qu’abrutis, et peut-être nous faudrait-il sortir, en les citant, de
notre cadre, déjà fort large.
Notons cependant, et seulement comme curiosité, le peintre négrophile, qui, par intérêt
pour les pauvres nègres, n’a pas le cœur assez dur pour les fatiguer à poser, et met à
leur place son domestique blanc qu’il barbouille en noir.Celui-là est d’ailleurs plutôt un maniaque ou un fou qu’un homme privé d’intelligence.
Puisque nous quittons le Louvre, gagnons le Palais-Royal ; nous y trouverons à faire
une moisson nouvelle.
D’abord ce gros homme à figure bénévole et dont la prétention bouffit le visage ;
installé devant le café de la Rotonde, il parle sentencieusement au garçon qui, la
serviette sous le bras, a la politesse de faire semblant de l’écouter.
Ce gros homme fait, du ton dont il prononcerait sermon, des compliments sur la bonne
qualité des consommations.

Chaque année, il vient depuis quarante ans passer huit jours à Paris, et c’est au café
de la Rotonde qu’il consomme son moka quotidien.

Depuis sept jours c’est donc la septième demi-tasse qu’il hume, mais aussi c’est la
septième fois qu’il constate à haute voix et fait constater au garçon ébahi qu’il vient
toujours au même café, parce que, selon lui, c’est le seul de Paris qui se respecte assez
pour ne pas empoisonner ses clients avec du sucre de betterave.

Et là-dessus il entame une dissertation de trois quarts d’heure sur les propriétés
saniques, digestives, etc., du sucre de canne, et sur les dangers du sucre de betterave
en général impur, mal fabriqué, et surtout fort échauffant.

Il indique les moyens communs de reconnaître les deux variétés de sucre, de ne
jamais les confondre au simple examen de leur aspect physique, etc., etc.

Règle générale : Quoique le garçon de café ait bien voulu prêter toute son attention au
bonhomme, celui-ci ne lui prodigue jamais les deux sous habituels de pour boire.*
* *
Suivez maintenant ce grand gaillard à l’échiné anguleuse, au nez aventureux, à la
démarche dodelinante, dont les vêtements n’annoncent ni l’aisance ni la misère.
Il contemple d’un air connaisseur la vitrine appétissante d’un restaurateur, dans
laquelle s’étalent les primeurs les plus rares, les comestibles les plus recherchés, sous
une enseigne où on lit ceci ou à peu près :
TAVERNIER, cousin,
Successeur de TAVERNIER, cadet,
de la maison TAVERNIER, junior.
DÉJEUNERS à 1 fr. 20.
DINERS à 1 fr. 60.
Notre homme, allongeant ses grandes jambes, escalade plutôt qu’il ne monte les deux
étages qui séparent le sol des arcades dès salons enguirlandés d’or où l’on déjeune pour
vingt-quatre sous, je ne sais par quels prodiges de la chimie.
Gracieux et plein d’aisance, il entre et salue d’abord avec une aimable familiarité la
grosse dame de comptoir.
La serviette sous le bras, la tabatière d’une main, le maître de l’établissement vient à
lui, à la fois souriant et digne.
Le pouce et l’index de l’arrivant se glissent adroitement dans la queue de rat, il aspire
coquettement la fine prise à la fève, se rejette en arrière, puis par un mouvement plein de
hardiesse revient en avant et frappe légèrement le ventre un peu proéminent du
restaurateur, du revers de sa main, en s’écriant : Holà ! Tavernier du diable !
Cette plaisanterie, dont il s’est déjà rendu coupable la veille, et qu’il n’omettra pas de
recommencer le lendemain, est accueillie comme toujours par les rires approbateurs de
tout le personnel du restaurant.
M. Tavemier, cousin, s’approche alors d’une table réservée près du comptoir, et sert
lui-même à déjeuner à ce client préféré.
Je vous ferai grâce des quolibets absurdes et des mots surannés que ce dernier débite
à la plus grande jubilation des gens de la maison, et cela non-seulement chaque jour,
mais encore deux fois par jour, à chaque repas.
Il y a cinq ans que cela dure. Le malheureux est complétement abruti par l’esprit qu’il
déploie, mais il a atteint son but, on lui sert les portions plus fortes !Notons en passant, et pour mémoire, l’habitué du Café des aveugles, l’homme qui
raconte à tout venant quelles furent les splendeurs du Palais-Royal, les impuretés de la
Galerie de bois, les orgies de la Restauration, les maisons de jeu, les ruines et les
fortunes célèbres, les mardis gras et leurs folles nuits, etc., etc.
Il s’attendrit en parlant de Chodruc-Duclos, ce type grandi de la bohème d’alors, et ce
n’est pas sans émotion qu’il raconte quelle intimité l’a uni au sauvage du Caveau. Ne
l’entretenez jamais d’autre chose, il s’enfuirait.
Cet homme, né au Palais-Royal, y a toujours vécu et y mourra, abruti dans son
fanatisme.
*
* *
Mais voici venir un couple étrange : un homme qui n’est plus de la naïve jeunesse, à
en juger par ses cheveux rares et gris, s’avance, donnant le bras à une jeune femme
dont les regards indiquent une certaine habitude du monde.
Ils entrent dans un de nos plus riches et renommés restaurants. Un cabinet les attend
au premier.
Le monsieur fait la carte, nous entendons au passage qu’il a commandé un potage à la
bisque, des truffes, des écrevisses à la bordelaise et du xérès.
Le repas, commencé de fort bonne heure, ne dure cependant pas outre mesure, et le
couple court ensuite au théâtre du Palais-Royal.
Je crois comprendre, à quelques mots qui me parviennent aux oreilles, que son but est
d’applaudir mademoiselle Schneider.
Je regarde l’affiche ; parmi les pièces qui composent le spectacle se trouve la
Sensitive,
Allons, allons, ces braves gens recherchent tout simplement les émotions douces ;
laissons passer leur bonheur...
*
* *
Le soir, d’ailleurs, le Palais-Royal est traverse non-seulement par les habitués du
théâtre, mais encore par ceux qui se rendent chaque jour à la Comédie-Française, et quise croient si nécessaires à sa prospérité, qu’ils ont été justement baptises : Les
accessoires de Molière.
Les habitués du Théâtre-Français se subdivisent en trois classes bien distinctes : les
lettrés, dont nous n’avons pas à nous occuper ici, et qui sont gens du monde, en général
fort pleins de sens et de goût ; les fanatiques, ceux qui rêvent encore de Talma et de
Rachel ; enfin, les intrigants, pour qui la fréquentation habituelle du théâtre n’est qu’un
moyen, un prétexte à relations, une recette plus ou moins heureuse pour parvenir.
Les fanatiques nous intéressent seuls.
Corneille, Racine, Molière, Régnard, Beaumarchais, Picard, Duval et Colin d’Harleville,
Ponsard, Legouvé, Viennet, sont leurs seules délices.
Pour rien au monde, nos abonnés ne manqueraient une représentation du vieux
répertoire.
Depuis sept ou huit ans j’étais lié avec l’un d’eux, septuagénaire agréable, quoique
d’une froideur désespérante. Il me dit un jour que, depuis 1830, il n’avait manqué que
trois représentations.
— J’y étais bien forcé, fit-il, je mariais mes filles et, le croiriez-vous ? la privation de
mon théâtre m’a rendu malade. Ce que c’est que l’habitude ! Dieu merci, je n’ai plus de
filles à caser.
Comme je vis son fauteuil vide, il y a quelques jours, j’en demandai la cause au vieux
placeur. — Il est mort ! me répondit-il tristement.
La mort est, en effet, presque toujours la seule cause d’une vacance dans ce cénacle
d’abrutis.
De sept à huit heures du soir apparaissent, le sourire aux lèvres, les piliers de
cafésconcerts.
Habitués folâtres de ces établissements où. la mélodie se vend et se mesure à la
choppe ou au petit verre, ils appartiennent en général à la caste spéciale des gandins qui
ne sont gandins que le soir.
Leur journée est occupée par un travail quelconque, bureaucratique ou commercial, et
leur soirée est entièrement consacrée à l’amour platonique qu’ils ont voué à
mademoiselle Pétronille, première cantatrice légère en tous genres, et aux bravos
enthousiastes, rappels et bouquets qu’ils prodiguent à la chanteuse comique en vogue.
Braves gens en somme pour la plupart, mais qui ont le tort, n’ayant pour humer un peu
d’air et prendre la somme d’exercice nécessaire à la santé comme à l’intelligence, que
les quelques heures qui suivent leur dîner, d’aller s’abrutir dans une atmosphère de
fumée de tabac, aux émanations stupéfiantes du gaz, respirant à pleins poumons l’air
méphitique d’une salle étroite où se pressent des centaines d’individus. — Et cela pour
entendre qui et quoi, je vous le demande !Leurs corps s’usent vite à cette triste habitude, mais leurs esprits sont déjà sous
l’empire de l’hébétement funeste que produisent toutes ces causes ; ils sont anéantis par
la littérature du pied qui vole, les chansons à double entente, triple détente et quadruple
bêtise, dont quelques cabotins sans emploi ou des vaudevillistes incompris sont les
fournisseurs sans vergogne ; et l’harmonieuse et suave musique de l’illustrissime
maestro Galimatiani, le Rossini du ruisseau, achève avec éclat l’abrutissement des
auditeurs.CHAPITRE II
SOMMAIRE : La place d’honneur. — Némésis de l’orgie. — La paresse et la
mort. — 7,500,000 litres d’absinthe. — La France intoxiquée. — L’hérédité du
mal. — Décadence morale. — L’abrutissement
foudroyant. — L’absinthisme. — Le soleil d’Afrique. — Officiers et sons-officiers
de l’armée. — La vie de. garnison. — Les cercles militaires. — Regénération de
l’aimée. — Le poison des pauvres. — L’impôt extraordinaire. — Un obstacle
inutile. — Question capitale. — Une-histoire drôlatique. — Réflexions
tristes. — La désespérante réalité. — Le hatschich. — Fumeurs et
mangeurs. — Leur éducation. — Canavis indiana. Les adeptes. — Les
coupables. — Les rêves factices. — Fumeur d’opium. — Caractères de
l’intoxication. - Stupéfaction. — Paralysie partielle des sens. — Paroxysme de la
sensibilité. Le délire. — L’exaltation du vice. — Rêve d’un intoxique. — Lettre du
grand mandarin. — L’écriture chinoise. — Voyage en Chine. — La villa de
porcelaine rose, — Etranges liqueurs. — Fleurs de thé. — Douze mille vierges
voilées. — Les orphéons d’oiseaux, — L’orchestre géant. — La bénédiction des
poignards. — La locomotive du temps. — La mélodie de l’amour, — Le finale de
l’amour, — .Le lendemain. — Je sais le remède.-Un journaliste spirituel. — Le
poitrinaire. — Les refrains extatiques. — La phalange des adeptes. — La foi du
vice. — L’apôtre du hatschich. — Les conversions.
Accordons la place d’honneur dans ce chapitre traitant de la dégradante ivresse au
stupéfiant le plus usité en France, à l’absinthe, cette Némésis de l’orgie, qui tue plus
sûrement que les plus dévorantes épidémies ; à l’absinthe, sœur de la paresse et de la
mort !
La Suisse seule importe en France, chaque année, 7,500,000 litres d’absinthe ;
Montpellier, Cette et vingt autres villes de nos provinces, en distillent dans des
proportions non moindres ; Paris en fabrique autant que la Suisse et nos départements
réunis !
Cette épouvantable intoxication de la nation française s’accomplit quotidiennement
avec conscience du danger, certitude du mal, et sa marche ascendante ne saurait plus
être entravée.
Les générations se succèdent et déjà les traces de l’hérédité se font sentir, il y a
dégénérescence physique, incontestablement ; il y a de même, pour les clairvoyants, des
indices non douteux de décadence morale.
L’ivresse de l’absinthe est, de toutes les ivresses alcooliques, la plus dangereuse,
sinon la plus dégradante.
L’alcool agit concurremment avec l’absinthe : tous sont de puissants désorganisateurs.
La science seule, la science spéciale, connaît ou peut connaître les secrets désastres
produits par la terrible boisson.
Nous ne connaissons, nous, que les effets moraux, nous ne voyons que les signes
extérieurs.
Le buveur d’absinthe d’ailleurs subit des désordres latents qui n’agissent
ostensiblement que d’une manière foudroyante.
Physiquement, il ne se reconnaît qu’alors qu’il est parvenu au degré de l’abjection
corporelle : l’hébétement du regard, l’impéritie et le tremblement maladif des membres,
l’ineptie des fonctions internes.
Le buveur d’absinthe tombe mort, ou devient en quelque sorte g â t e u x , et cela tout à
coup, à l’heure même où un instant de tempérance semblait devoir lui assurer l’impunité.
Il y a quelques années, l’absinthisme, habitude contractée par eux en Afrique, sous ce
soleil torréfiant qui exige des toniques puissants, des stimulants énergiques, exerçait de
terribles ravages dans les rangs des officiers et sous-officiers de notre armée.La vie de garnison, inoccupée, fastidieuse, rendait plus grande encore leur funeste
passion pour cette ivresse absorbante.
Quelques hommes supérieurs, frappés des effroyables conséquences qui en
pouvaient surgir, eurent l’idée heureuse, l’inspiration bienfaisante, de créer les cercles
d’officiers, et même de sous-officiers.
Le gouvernement les encouragea, et les meilleurs résultats ont été obtenus.
Sans doute le mal n’est point complètement détruit, mais l’armée, que les générations
se succédant les unes aux autres rendent éternellement jeune, s’est presque
entièrement régénérée, et ces buveurs d’absinthe, si communs autrefois, qui absorbaient
jusqu’à un litre par jour du terrible alcool vert, se comptent aujourd’hui par de rares
exceptions.
Bien plus, ils sont vus d’un mauvais œil par leurs collègues, et généralement peu
considérés.