Les Agitateurs, par Émile Malcaze

De
Publié par

E. Dentu (Paris). 1869. In-8° , 64 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : vendredi 1 janvier 1869
Lecture(s) : 10
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 57
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

PARIS. — TYPOGRAPHIE MORRIS PERE ET FILS
Hue Ame ot, 64.
LES
AGITATEURS
EMILE MALCAZE
Dans ces temps difficiles, il n'est
si humble citoyen qui ne doive appor-
ter sa pierre pour élever un rempart
contre la barbarie.
L'AUTEUR.
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
Palais-Royal, 17 et 19, galerie d'Orléans.
1869
I
PRÉFACE.
Toute l'armée révolutionnaire est sur pied.
L'ennemi est à nos portes.
Une nuée de barbares est prête à fondre sur
nous.
De nos demeures paisibles on entend leurs cris
sauvages et le cliquetis de leurs armes.
De nos remparts on voit briller dans la plaine
des éclairs sinistres ; c'est le reflet de leur ar-
mure.
Leurs drapeaux flottent au vent, leurs clairons
retentissent, leurs tambours battent, leurs chevaux
piaffent, impatients et pleins de feu.
On distingue la voix brève des chefs appelant
leurs soldats, encourageant les uns, stimulant les
— 6 —
autres. Tous creusent des fossés, plantent des pa-
lissades et fortifient le camp. Ils sont prêts; de-
main ils donneront l'assaut.
0 vous tous qui vous abstenez, qui vous tenez
d'ordinaire à l'écart dans nos discordes civiles, où
êtes-vous ? que dites-vous? que ferez-vous demain?
Répondez. La lutte est certaine, le danger immi-
nent.
Etes-vous prêts à combattre Catilina ?
Au premier bourdonnement de la ruche popu-
laire, vous fuyez à tire-d'aile, abandonnant à d'au-
tres, plus braves que vous, le soin de défendre
vos foyers et vos. biens.
Vous êtes ce que j'appelle des NEUTRES, c'est-à-
dire des eunuques politiques, des trembleurs, de
mauvais citoyens ; vous n'avez même pas le courage
de votre opinion. Je vous entends chaque jour
renier le pouvoir qui vous protège et dont la chute,
si elle était possible, vous remplirait d'amertume.
Au jour du danger vous abandonnez la patrie, tout
prêts que vous êtes à la servir dès que le péril a
cessé.
Je vous méprise.
Et si j'ai écrit ces lignes, c'est afin que la
France ait l'éveil, qu'elle connaisse les ennemis
qu'elle a en face, ainsi que les poltrons qui se ca-
chent derrière elle à l'abri de son bouclier puis-
sant.
Le temps m'a manqué. Je n'ai pu donner à
cette brochure tout le développement qu'elle com-
porte. J'y reviendrai. Je publierai, vers la fin du
mois de mai un complément important, dans
lequel ne seront oubliés ni ennemis ni faux
amis.
lI
THEORIES RÉVOLUTIONNAIRES.
Voici que renaissent et refleurissent, plus belles
et plus éclatantes que jamais, les théories révolu-
tionnaires de M. Ledru-Rollin, enseignées et pro-
clamées par lui, en 1848, du haut de la tribune de
l'Assemblée constituante.
On doit commencer, disait-il, par inquiéter sour-
dement l'opinion publique, par agiter les esprits,
échauffer les têtes, remuer les coeurs, sous un pré-
texte quelconque ; on doit décrier, déconsidérer,
déshonorer le pouvoir afin de l'affaiblir.
Ce premier résultat obtenu, il faut l'insulter
ouvertement, l'exciter, le provoquer du geste et de
la voix, jusqu'à ce que la lutte s'engage. Alors on
l'étreint, on l'enlace, on le serre, on le soulève
— 10 —
par un effort suprême et on le renverse. La révo-
lution est faite.
Hélas ! il n'y a rien d'absolu en,ce monde.
Ces théories admirables, réputées infaillibles
par le grand agitateur, ont complétement échoué
le 13 juin 1849, puisque ce jour-là il ne dut son
salut qu'à la fuite.
Aujourd'hui comme à ces époques néfastes,
vous voulez, messieurs, agiter les esprits, échauf-
fer les têtes, déconsidérer le pouvoir, lui retirer
l'affection du peuple, et, vous servant de la diffa-
mation comme d'un levier, vous espérez qu'à
l'aide des démolisseurs de monarchies, vos auxi-
liaires naturels, vous renverserez l'Empire.
Dieu le protége.
Mais, vous ne l'ignorez pas, on peut tromper le
peuplé à l'aide de mensonges ourdis avec art, on
peut égarer son jugement, on peut surprendre sa
bonne foi.
Savez-vous, messieurs, vous qui savez tant de
choses, pourquoi le peuple est accessible à la
calomnie ? Eh bien ! cela tient à ce qu'il est hon-
nête, à ce que le sentiment de la loyauté et de
l'honneur, du juste et du vrai, est profondément
gravé dans son coeur ; cela tient, en un mot, au
— 11 —
don précieux qu'il a reçu de la nature : la droiture
de l'âme.
Ah ! s'il connaissait le mobile égoïste qui vous
fait agir, s'il savait combien peu vous pensez à ses
intérêts, ce que vous attendez de lui, quelle arme
empoisonnée vous lui mettez dans les mains, il
vous renierait sur l'heure, il arracherait vos mas-
ques, il vous cracherait au visage.
Votre tactique est habile, ingénieuse, savante;
mais elle est compromettante, dangereuse même
pour le repos public. Vous êtes passés maîtres dans
l'art des conspirations, messieurs, je le sais ; mais
ce qui importe le plus en ce moment, c'est que
tout le monde sache cela comme moi, c'est que
personne n'ignore vos projets subversifs et les
moyens que vous mettez en oeuvre pour y par-
venir.
Votre organisation est parfaite.
Des sentinelles vigilantes, obéissantes, dévouées,
sont placées par vous sur tous les points culmi-
nants, et pour ainsi dire stratégiques du territoire
de l'Empire. Elles ont le mot d'ordre. Fidèles à
leur consigne, toujours à leur poste, silencieuses,
le cou tendu, l'oreille au guet, elles perçoivent les
bruits lointains, bruits étranges, qui partent de
— 12 —
Bruxelles, de Londres, de Turin, de Genève, de
Paris. Échos fidèles, elles les redisent, les accrédi-
tent, les propagent en tous lieux à profusion; de
sorte que le même jour, à la même heure et pres-
que au même instant, la semence d'iniquité est
répandue sur la terre, où elle ne tarde pas à ger-
mer.
Quels sont donc ces satellites obscurs qui gravi-
tent autour de vous et se réchauffent à vos rayons?
Où recrutez-vous cette armée de séides ? Je vais
la faire défiler devant nous et la passer en revue.
Voici, ouvrant la marche, musique en tête, les
déclassés de tout âge et de tous les régimes, les
oisifs ennuyés et ruinés, les orateurs de cabaret,
les piliers d'estaminet, les buveurs d'absinthe, les
truands et les proxénètes, tous gens qui hantent
les tripots, qui culottent les pipes, qui vivent du
carambolage, du jeu et du vice, comme un hon-
nête ouvrier vit du fruit de son travail. Ces hom-
mes-là s'accommoderaient fort des étables de la
république, pourvu que les râteliers fussent bien
garnis.
. C'est l'écume de la société.
A. leur suite marchent les industriels tarés, les
commerçants véreux, les intrigants éconduits, les
— 13 —
spéculateurs aux abois, les inventeurs délaissés,
qui tous, sans exception, font remonter jusqu'au
gouvernement la responsabilité de leur mauvaise
réputation, de leur incapacité, de leur insolvabilité
et de leurs folles espérances.
Attention ! un roulement de tambour, s'il vous
plaît, en l'honneur des exaltés, des cerveaux
creux, des intelligences obtuses, des esprits faux,
des esprits forts, des rapins, des poëtes de carre-
four et des femmes nerveuses qui, esclaves révol-
tées du pot-au-feu, veulent faire éplucher les
légumes à leurs maris.
Voyez encore, — ceux-là il faut les plaindre, —
des malheureux qui, étendus sur le gril ardent de
la vie, demandent, les pauvres martyrs, à être
retournés.
Enfin l'arrière-garde.... se composant du trou-
peau des naïfs, c'est-à-dire des sots crédules, qui
vont, viennent, s'agitent, se poussent, se hâtent,
se heurtent; il leur semble qu'ils n'arriveront
jamais assez tôt. Ils soulèvent sous leurs pieds des
flots de poussière ; ils bêlent, bêlent sur tous les
tons, ils bêlent à se décrocher la mâchoire.
Les loups qui les flairent et les convoitent leur
lancent de temps en temps l'éclair d'un regard
- 14 -
fauve, que nos sots prennent pour une oeillade
tendre; ils laissent voir de temps en temps des
rictus cruels, que nos imbéciles prennent pour des
sourires.
O naïfs d'aujourd'hui ! vous serez les dupes de
demain. Les tables de tonte et l'abattoir vous
réclament. Votre chair succulente calmera un
instant l'appétit glouton de nos seigneurs les
loups, et de votre laine longue et fine il sera tissé
de bons paletots pour remplacer ceux de mes-
sieurs les bergers.
Telle est votre armée, messieurs les agitateurs.
Tels sont vos auxiliaires, telles seront vos victi-
mes.
Vous avez lieu d'être fiers.
III
LES VANDALES.
Hommes sans patriotisme et sans foi politique,
c'est en vain que vous faites litière de nos trophées,
de notre drapeau, de nos gloires ; vous n'arra-
cherez jamais de nos coeurs l'amour de la patrie.
Dans votre haine aveugle contre l'empire, vous
insultez à ce qu'il y a de plus beau, de plus grand,
de plus sacré au monde : le génie, la gloire, le mar-
tyre.
Vous portez sur les cendres de l'Empereur
une main sacrilége. Oh ! Napoléon sera toujours,
dans l'histoire comme dans le coeur des Français,
la plus haute expression de l'honneur national.
Vous lui jetez l'écume de votre bouche à la face!
— 16 —
La postérié lavera ces souillures. De vous tous qui
l'outragez, que restera-t-il? Rien : on cherchera
en vain la trace de vos pas. Mais lui, au contraire,
il apparaîtra aux générations futures comme un
être surnaturel, comme un demi-dieu, fils du Ciel
et de la Terre.
Allez! vous n'êtes que d'obscurs blasphémateurs.
Il faut bien que votre jugement s'égare, que votre
esprit se trouble, car vous attaquez jusqu'aux mo-
numents de sa grandeur. Vous nourrissez le cou-
pable espoir de renverser la colonne d'Austerlitz.
O Vandales ! les Cosaques l'ont épargnée. Vous
nourrissez le coupable espoir de détruire le pont
d'Iéna.
O Vandales ! Louis XVIII l'a fait respecter. Écou-
tez le langage noble et fier qu'il tint à Blücher,
cet autre barbare, qui avait donné l'ordre de faire
sauter ce pont :
« Général, le jour où vous ferez sauter le pont
d'Iéna, le roi de France sera dessus. »
A la bonne heure ! voilà une parole toute fran-
çaise, qui va droit à l'âme, et qui adoucit bien des
amertumes.
Mais poursuivons... car il faut que la France vous
— 17 —
connaisse, vous apprécie, vous juge, vous qui as-
pirez à l'insigne honneur de la gouverner.
N'êtes-vous pas ouvertement les amis dé nos
ennemis?
Quels sentiments furent les vôtres lors de la
guerre de Crimée?
Vous faisiez publiquement des voeux impies pour
l'insuccès de nos armes.
Quels sentiments furent les vôtres lors de la
campagne d'Italie?
Les glorieux bulletins datés de Magenta et de
Solferino vous ont atterrés; vous n'avez respiré qu'à
la paix de Villa-Franca.
Comment avez-vous accueilli l'annexion de la
Savoie et du comté de Nice à la France, cette con-
quête pacifique, pure de sang versé ?
Par des rugissements tels, que le bruit de la tem-
pête qui éclata au sein du parlement anglais fut à
peine entendu.
Quelle attitude fut la vôtre lors de l'expédition
du Mexique ?
Vous avez laissé éclater une joie cruelle à la
nouvelle des difficultés inouïes qu'auraient à vain-
cre nos braves soldats, avant même d'atteindre
l'ennemi.
— 18 —
Et ces guerres lointaines de Chine et de Cochin-
chine, glorieuses entre toutes, car elles furent en-
treprises dans le but d'agrandir le cercle étroit de
notre influence et de nos relations commerciales !
Y avez-vous applaudi?
Non, vous avez sifflé.
Gomment ! il se rencontre un prince éclairé qui
prend à tâche de réaliser les voeux, les aspirations
nationales, un prince qui non-seulement ouvre au
commerce français les marchés de l'extrême Orient,
mais encore qui crée sur la route, à notre flotte
militaire, des points stratégiques importants, et
vous sifflez !
Ah ! ce n'est pas ainsi qu'agissaient les peuples
de l'antiquité envers leurs grands hommes. Loin
d'amoindrir les services rendus à la patrie, ils les
exaltaient, les proposaient en exemple à leurs con-
temporains et les gravaient sur le marbre ou sur
e bronze pour en perpétuer le souvenir.
Ce n'est pas ainsi que, de nos jours, les Anglais
comprennent le patriotisme; ils honorent leurs
grands citoyens, ils les encouragent dans le succès,
ils les soutiennent dans les revers.
— 19 —
JE CONCLUS :
Vous étiez de coeur et d'esprit
A Sébastopol avec les Russes;
A Magenta avec les Autrichiens ;
A Puébla avec les Juaristes ;
A Nice avec les Anglais.
Vous passeriez demain aux Prussiens si le roi
Guillaume nous déclarait la guerre. Vous n'êtes
pas Français.
IV
L' EMEUTE.
Vous êtes friands d'émeutes, messieurs, et l'un
de vos principaux griefs contre le gouvernement
actuel consiste en ce qu'il ne partage pas vos sym-
pathies à cet endroit. Plusieurs parmi vous ont
fait leurs premières armes sous les gouvernements
de Juillet et de la seconde république.
Sous Louis-Philippe, l'émeute était à peu près
mensuelle : elle serait devenue hebdomadaire pour
peu que le régime eût duré; mais, sous ce Prince,
elle fut généralement bénigne : elle se formait sur
un point déterminé, y stationnait pendant huit
jours pour se dissoudre et se reformer sur un autre
point de la voie publique.
— 22 —
Les groupes étaient sédentaires, ne remuant
non plus que s'ils eussent eu des racines dans le
sol, et ne manifestant leur hostilité que par des
huées et des sifflets.
On allait voir l'émeute après dîner pour se dis-
traire.
On y conduisait même sa femme et ses enfants.
Ces émeutes, qui n'ont guère été que des pa-
rades, attiraient la foule des désoeuvrés, des
badauds et des filous.
Elle changea d'allure sous la république de 1848.
Elle devint péripatéticienne, c'est-à-dire qu'elle se
promenait sans cesse dans la rue. Quelquefois., des
flots grossis par les orages des clubs ou soulevés
par la parole ardente de Barbes et le trident de
Blanqui, roulaient comme des torrents, débordant
sur les quais pour aboutir à la mer : La place de
l'Hôtel-de-Ville.
Vous voudriez recommencer aujourd'hui ces
stations et ces promenades patriotiques. Que d'ef-
forts vous avez tentés pour' vous procurer' ces di-
vertissements! Tout récemment, vous avez gratté
la pierre moussue sous laquelle reposent les restes
— 23 —
mortels du représentant Baudin, à qui vous n'aviez
pas songé depuis dix-sept ans.
Vous avez fauché les herbes et les ronces qui
l'entouraient et semblaient protéger sa cendre
contre le bruit de ce monde.
Vous vous êtes fait un piédestal, que dis-je! une
tribune, de cette tombe, appelant et convoquant
le ban et l'arrière-ban de vos amis de France et
de Navarre, afin de glorifier sa mémoire.
Vos séides ont répondu à votre appel; tous ont
fait écho, tous ont redit votre mot d'ordre, d'un
bout à l'autre de l'Empire.
Au bruit de leurs voix, de leurs cris de rallie-
ment, de leur appel désespéré, on eût cru que le
vaisseau de la France allait s'entr'ouvrir et som-
brer.
La France, assourdie un instant par ce vacarme,
ne s'est point émue.
Le Gouvernement a fermé les grilles du cime-
tière; il a dissipé quelques gamins, en a arrêté quel-
ques autres qu'il a relâchés ensuite... et c'est
ainsi qu'a fini et finiront les manifestations d'une
minorité tapageuse.
Quelle conclusion doit-on tirer de ces exemples ?
— 24 —
que les émeutes n'ont lieu, ne sont possibles que
sous les gouvernements faibles et pusillanimes.
C'est donc avec un profond sentiment de pitié
que j'assiste au déchaînement de vos colères, et que
je devine vos folles espérances à l'endroit des élec-
tions prochaines.
Vous n'atteindrez pas votre but, Messieurs, car
à bon droit, vous effrayez la France. Vous avez
beau revêtir les habits de Guillot, le berger, votre
voix vous trahit; vous êtes des loups déguisés, rien
que des loups, et vous mangeriez le troupeau qui
serait confié à votre garde.
Je lisais dernièrement dans l'un de vos livres :
« Nous touchons à de grands événements. »
Dans votre langage cela signifie que vous conce-
vez l'espoir de renverser le gouvernement.
Ah çà! Messieurs, êtes-vous décidément fous?
Comment ! vous supposez que Napoléon III, qui
a été acclamé par la nation entière, vous supposez
que l'Empereur, homme de coeur et d'énergie, va
prendre le chemin de Cherbourg, comme fit
Charles X, à la première émotion populaire qu'une
poignée des vôtres aura suscitée?
Vous supposez que, s'affaissant sur lui-même,
— 25 —
il va abdiquer entre vos mains et fuir comme le
malheureux Louis-Philippe? Cela seul suffit à don-
ner la mesure de votre jugement et de votre bon
sens.
Est-ce qu'il existe aucune analogie physique,
morale et politique entre ces deux vieillards et
l'Empereur?
Vous vous frottez les mains ! Vous vous croyez
déjà aux Tuileries! Vous en êtes heureusement
loin.
De quel droit, d'ailleurs., iriez-vous aux Tuileries?
Est-ce que la loi n'est pas égale pour tous en
France?
Si elle protége la cabane du pauvre, elle protège
aussi la demeure somptueuse du riche.
Il y a un proverbe bourguignon qui dit : Char-
bonnier est maître dans sa loge.
Quoi de plus misérable que la loge d'un char-
bonnier?
Eh bien! je vous le dis en vérité, tout intrus qui
entrerait dans une loge de charbonnier pour en
évincer le légitime propriétaire ne sortirait pas
vivant.
Et vous voudriez que ce droit de propriété, ce
— 26 —
droit de légitime défense, si bien compris par le
plus humble des Français, fût une lettre morte
pour le plus grand citoyen de l'empire?
Vous avez de beaucoup surfait, Messieurs, vos
révolutions de 1830 et de 1848. Qui ne sait
comment les choses se sont passées? La lutte, en
février surtout, n'a pas été sérieuse. Il s'est trouvé,
comme toujours en pareil cas, un grand nombre
de vainqueurs après la victoire : il y en avait
moins pendant l'action. Je n'entends pas dépré-
cier la valeur du peuple parisien : il a du courage,
et du vrai. Il se peut qu'il soit égaré, il l'est sou-
vent; mais quand il se bat pour une idée qu'il croit
juste, rien ne surpasse son héroïsme.
Les journées de juin en font foi.
Rien n'était plus facile, à mon avis, que
d'empêcher l'effet de la révolution de 1848. —
Toujours est-il, Messieurs, que je ne vous conseille
pas, pour vous d'abord, pour nous ensuite, de
tenter une répétition de ces drames célèbres.
L'Empereur a le droit d'en interdire les représen-
tations malsaines :
1° En sa qualité de représentant direct du peu-
ple qui lui a confié ses destinés, c'est-à-dire son
honneur, sa fortune, son repos;

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.