Les annales de la paix, 1852-1867 : miscellanées historiques, d'après les documents officiels / par J. Guettrot

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E. Dentu (Paris). 1867. 1 vol. (224 p.) ; in-8.
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Publié le : mardi 1 janvier 1867
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LES ANNALES
DE LA PAIX
1852-1867
Imprimerie centrale des chemins de fer. — A. CHAIX ET Cie,
rue Bergère, 20, à Paris. — 1776
LES ANNALES
DE LA PAIX
1852-1867
Miscellanées historiques
d'après
LES DOCUMENTS OFFICIELS
PAR
J. GUETTROT
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
Palais-Royal, 17 et 19, Galerie d'Orléans.
1867
A S.A.I.
Monseigneur le Prince Impérial.
Monfeigneur,
S. M. l'Empereur terminait en ces termes le Discours
d'inauguration de la Seffion législative de 1857 :
« Fort du concours des grands Corps de l'État & du dé-
» vouement de l'armée, fort furtout de l'appui de ce Peuple
» qui fait que tous mes inftants font confacrés à fes
» intérêts, j'entrevois pour notre Patrie un avenir plein
» d'efpoir.
» La France, fans froiffer les droits de perfonne, a re-
» pris dans le monde le rang qui lui convenait, & peut fe
» livrer avec fécujrité à tout ce que produit le génie de la
» Paix. Que Dieu ne fe laffe pas de la protéger, & bientôt
» on pourra dire de notre époque ce qu'un homme d'Etat,
» hiftorien illuftre & national, a écrit du Confulat : La
» fatiffaction était partout, & quiconque n'avait pas dans
» le coeur les mauvaifes pajfions des partis était heureux
» du bonheur public... »
N'y a-t-il que les paffions des partis qui puiffent rendre
aveugle & faire méconnaître des vérités qui devraient être
dans toutes les confciences, au fond de tous les coeurs?
Je ne le crois pas ! Une obfervation de tous les jours m'a
depuis longtemps révélé que l'aveuglement peut avoir
d'autres caufes; ces caufes, je les réfume en ces termes :
oubli, indifférence, &, de plus, pour un grand nombre,
ignorance...
Apprendre à ceux qui ignorent, rappeler à ceux qui
oublient & réveiller les indifférents; en tout cas, mettre en
relief, pour les popularifer, tous les faits de bienfaifance,
d'amélioration générale, de progrès, qui ont été accomplis
par l'initiative de l'Empereur, fous l'infpiration de S. M.
l'Impératrice et en votre nom, Monfeigneur, tel eft le but
que je me fuis propofé.
J'ofe, Monfeigneur, placer fous votre patronage mes mo-
deftes efforts, & je vous prie de me croire
de Votre Alteffe Impériale
le très-respectueux, très-dévoué
& très-fidèle ferviteur,
J. GUETTROT.
Un résultat pratique, un enseignement facile & rapide étant le but
que nous poursuivons, nous devons donner quelques explications sur
la marche suivie.
Il existe bien des travaux sur la matière : le Moniteur officiel,
d'abord, où nous avons puisé largement, puis des annuaires, des mo-
nographies, des recueils spéciaux, &c... Il nous a semblé qu'une place
restait encore à prendre. Les ouvrages de la nature de ceux que nous
venons de citer disent trop ou trop peu ; de certains ne sont pas à la
portée de tous, & presque tous sont trop volumineux & d'un prix
très-élevé. Notre plan a été celui-ci : réunir en un seul volume, peu
considérable, peu coûteux & facile à consulter, les faits les plus inté-
ressants de l'Ordre pacifique accomplis pendant les quinze années qui
viennent de s'écouler.
Notre livre est un Recueil éclectique & non un répertoire général ;
nous avons compulsé le Moniteur feuille par feuille ; nous avons pris
par-ci, rejeté par-là, tantôt résumant, tantôt reproduisant les textes en-
tiers ou simplement des extraits; enfin nous avons recueilli, en forme
de Miscellanées, pour les mettre en lumière, les Faits & les Documents
les plus notables qui, rendant un juste hommage au Souverain, témoi-
gneront à la postérité de ses sympathies pour la Paix, de son amour
pour le Progrès, de sa sollicitude pour l'Ouvrier & le Malheureux,
enfin de ses efforts incessants pour rendre la France grande, prospère,
glorieuse !
Les Faits, simplement énumérés, sans commentaires, dans leur vé-
rité nue, n'ont-ils pas, comme les Chiffres, leur éloquence?
J. G.
LES ANNALES
DE LA PAIX
1852-1867
INTRODUCTION
1848-1882
Aux élections de septembre 1848, pour la représen-
tation nationale, le prince Louis-Napoléon Bonaparte
avait été élu dans, cinq départements : l'Yonne, la
Charente-Inférieure, la Moselle, la Corse et le départe-
ment de la Seine ; le nom de Napoléon exerçait déjà
sur les populations un ascendant considérable... Un
décret de l'Assemblée nationale ayant fixé au 40 dé-
cembre l'élection du Président de la République, le
8 Les Annales de la Paix.
futur Empereur se mit sur les rangs; ses concurrents
étaient : le général Cavaignac, Ledru-Rollin, Raspail,
Lamartine et le général Changarnier ; le Prince Napo-
léon obtint 5,334,226 suffrages, les cinq concurrents
réunis, 1,779,152.
Aux termes de la Constitution, les fonctions Prési-
dentielles devaient expirer après trois années révolues ;
le Prince Napoléon, fort de sa conscience, fit un appel
au peuple et demanda à la Nation de lui continuer son
mandat; le scrutin s'ouvrit le 14 décembre 1851 , et
7 millions de suffrages maintinrent au pouvoir l'héri-
tier de l'Empereur.
18S2
Depuis le dernier vote (14 décembre 1.851), un an s'est
à peine, écoulé, que la France, appelée à se prononcer sur
un nouveau Plébiscite, confère au Prince-Président, par
7,824,182 suffrages, le titre « d'Empereur des Français. »
Texte du Plébiscite proposé à l'acceptation du Peuple français
les 21 et 22 novembre 1852.
« Le peuple veut le rétablissement de la Dignité impériale
» dans la personne de Louis-Napoléon Bonaparte, avec héré-
» dite dans sa descendance directe, légitime ou adoptive, et
» lui donne le droit de régler l'ordre de la succession au
» Trône dans la famille Bonaparte. »
Répondant à la députation du Corps législatif et du Sénat,
venue à Saint-Cloud lui porter l'expression de la volonté
nationale, l'Empereur termine son discours par ces pa-
roles :
« Aidez-moi tous à asseoir sur cette terre, bouleversée par
» tant de révolutions, un Gouvernement stable qui ait pour
« bases la Religion, la Justice, la Probité et l'amour des
» classes souffrantes. »
21 et 22 nov.
Texte du Plébiscite.
Ier déc.
Réponse de l'Em-
pereur aux députa-
tions du Sénat et du
Corps législatif.
10 Les Annales
Proclamation solennelle de l'Empire.
Cette proclamation a lieu à l'Hôtel de Ville de Paris, au
milieu des acclamations d'une foule immense ; la Capitale
est en fête, et le soir la ville entière est illuminée.
La proclamation dans les départements a lieu le 5 dé-
cembre ; le 6 et jours suivants arrivent des télégrammes qui
signalent les mêmes démonstrations et le même enthou-
siasme accueillant partout l'avénement de l'Empereur.
La première sortie officielle de S. M. Napoléon III est
pour se rendre à l'église Notre-Dame de Paris, sa première
visite est pour l'Hôtel-Dieu et pour l'Hôpital militaire du
Val-de-Grâce. Les ovations les plus chaleureuses accueillent
partout l'Empereur sur son passage. Sa Majesté laisse à
à chacun des hôpitaux une somme de 10,000 francs
pour venir en aide aux malades ou à leurs familles.
L'Empereur, annonçant au Ministre de l'Intérieur son in-
tention de visiter les hôpitaux de Paris, avait dit : « Je veux
» que ma première visite, comme Empereur, soit pour ceux
» qui souffrent. »
Don par Sa Majesté l'Empereur de 200,000 francs, sur sa
cassette particulière, pour faciliter le retrait par leurs familles
des enfants trouvés et abandonnés, placés dans les divers
hospices de France.
L'Empereur inaugure son règne par des bienfaits et des
actes de clémence. Les classes souffrantes sont le premier
objet de sa sollicitude. Mais, tout en s'occupant des pau-
vres, des malades, des enfants abandonnés, Sa Majesté exer-
çait son droit de grâce dans des proportions aussi larges que
le permettaient l'autorité des lois et la sécurité publique.
Remise était faite de la prison et de l'amende à tous les
1852
2 déc.
3 déc.
« Je veux que ma
» première visite
" comme Empereur
" soit pour ceux qui
» souffrent. »
4 déc.
Libéralité en faveur
des enfants trouvés
et abandonnés.
L'Empereur inau-
gure son règne par
des bienfaits et des
actes de clémence.
de la Paix.
11
1852
condamnés pour délits simples et contraventions, et aux
soldats et matelots des punitions encourues pour fautes con-
tre la discipline, désertion, insoumission, etc.
Les condamnés et les exilés politiques ne pouvaient rester
en dehors des dispositions bienveillantes de Sa Majesté. A
l'exception des hommes qui se sont rendus coupables de ces
crimes que toute morale réprouve, tous ceux qui souffraient
des suites de nos discordes civiles sont rendus à la liberté,
à leur patrie, à leur famille, sans autre condition que de se
soumettre à la volonté nationale si clairement manifestée et
de prendre l'engagement de ne rien faire désormais contre
le Gouvernement de l'Élu du pays.
Le voeu le plus cher de l'Empereur est de voir effacées
jusqu'aux traces de nos anciennes divisions ; il fait un appel
à la concorde, à la réconciliation des partis et invoque le
concours de tous à l'oeuvre d'apaisement, de régénération
et de paix.
Création de deux primes de 5,000 francs et de deux primes
de 3,000 francs, à décerner aux auteurs d'oeuvres drama-
tiques d'un but moral, d'une exécution brillante, et de na-
ture à servir à l'enseignement des classes laborieuses par la
propagation d'idées saines et le spectacle de bons exem-
ples.
Décret promulguant l'organisation de, Sociétés de secours
mutuels en Algérie.
Décret ouvrant un crédit extraordinaire de 500,000 francs
pour encouragement aux Sociétés de secours mutuels de
l'Empire.
Décision impériale pour la création, dans trois.des quar-
tiers les plus pauvres de Paris, de trois établissements de
7 déc.
Créai ion de primes
de 5,000 et 3,000 fr.
en faveur d'oeuvres
dramatiques.
l5 déc.
Origine des Socié-
tés de secours mu-
tuels en Algérie.
800,000 francs aux
Sociétés de Secours
mutuels de l'Empire.
Création de bains
et lavoirs gratuits.
1852. 12 Les Annales de la Paix.
bains et lavoirs gratuits. — Les frais de ces établissements
seront prélevés sur la cassette particulière de Sa Majesté.
En dehors des actes de générosité que nous venons de
signaler, la bienveillance de l'Empereur se manifeste en
mille occasions diverses : dons à des indigents, à des infirmes,
à des infortunes de toute nature; pensions à d'anciens mi-
litaires du premier Empire; objets de valeur envoyés aux
oeuvres et loteries de bienfaisance ; secours à des victimes
d'accidents divers (incendies, inondations, etc.); en un
mot, toutes les souffrances trouvent en la munificence im-
périale un recours sûr et généreux.
1853
Une subvention de 17,000 francs est accordée à la ville de
Remiremont (Vosges), pour l'aider dans les dépenses néces-
sitées par la création d'un établissement-modèle de bains et
de lavoirs publics, gratuits et à prix réduits.
Des sommes importantes ont été déjà accordées pour
pareils travaux aux villes de Mulhouse, Lille, Reims, Sedan,
Nantes, etc; des encouragements sont adressés, pour entrer
dans cette voie des créations humanitaires, aux autres villes
de l'Empire.
Promulgation d' un décret qui ouvre un crédit de 10 mil-
lions au ministère de l'Intérieur, pour pourvoir à l'amélio-
ration des logements de la classe ouvrière.
L'Empereur, ayant réuni aux Tuileries le Sénat, le Corps
législatif et le Conseil d'État, fait part aux grands Corps de
l'Etat de son projet de mariage.
Après avoir exposé, dans un langage plein de franchise et
de patriotisme, les motifs pour lesquels il n'a pas cherché
13 janv.
Encouragements ac-
cordés pour création
de bains et lavoirs
publics, gratuits ou
à prix réduits..
22 janv.
Crédit de 10 mil-
lions affecté à l'amé-
lioration des loge-
ments de la classe
ouvrière.
Communication de
S. M. l'Empereur aux
grands corps de l'É-
tat, au sujet de son
mariage.
1853
14
Les Annales
au sein d'une famille Souveraine l'épouse qui doit être
Impératrice des Français, Sa Majesté termine en ces termes :
« Ainsi, décidé à m'écarter des précédents suivis jusqu'à
» ce jour, mon mariage n'était plus qu'une affaire privée;
» il restait seulement le choix de la personne. Celle qui est
» l'objet de ma préférence est d'une naissance élevée....
»
y Douée de toutes les qualités de l'âme, elle sera l'ornement
» du trône, comme, aux jours du danger, elle deviendrait
» un de ses courageux appuis. Catholique et pieuse, elle
» adressera au ciel les mêmes prières que moi pour le bon-
» heur de la France; gracieuse et bonne, elle fera revivre,
» dans la même position, j'en ai le ferme espoir, les vertus
» de l'Impératrice Joséphine. »
Ce discours est accueilli aux cris de : Vive l'Empereur,
vive l'Impératrice !
Des actes de charité et de bienfaisance signalent le mariage
de Leurs Majestés. Vingt-huit jeunes filles des divers arron-
dissements de Paris sont dotées et mariées; les outils engagés
au mont-de-piété par les ouvriers leur sont rendus gratui-
tement; remise est faite aux mères indigentes des sommes
dues par elles à l'administration pour mois de nourrice
arriérés; les divers bureaux de bienfaisance reçoivent des
secours supplémentaires pour être distribués aux indi-
gents, etc. — Jamais les classes nécessiteuses n'auront été
aussi largement secourues qu'à l'occasion du mariage de
Napoléon III.
Le 27 de ce mois, la Commission municipale de Paris avait
voté une somme de 600,000 francs pour l'achat d'un collier
en diamants qui devait être offert à l'Impératrice au nom
de la ville de Paris. Aujourd'hui, la future Souveraine adressé
à ce sujet une lettre au Préfet de la Seine. Son Excellence
2 7 janv.
Libéralités à l'oc-
casion du mariage de
Napoléon III.
29 janv.
Collier de 600,000
francs offert à l'Im-
pératrice par la ville
de Paris.
de la Paix.
15
1853
remercie en termes touchants le Conseil municipal de sa
généreuse décision, mais elle n'ambitionne qu'une chose,
« c'est de partager avec l'Empereur l'amour et l'estime du
peuple français. » Quant à la somme destinée à l'achat du
collier, elle demande qu'elle soit plutôt employée en charités
et en bonnes oeuvres.
Le Conseil municipal, vivement ému des sentiments
exprimés par Son Excellence, a décidé que cette somme de
600,000 francs serait employée à la fondation d'un Établis-
sement où de jeunes filles recevront une éducation profes-
sionnelle et d'où elles ne sortiront que pour être convenable-
ment placées. Cet Établissement portera le nom et sera placé
sous la protection de l'Impératrice.
Célébration du mariage de l' Empereur.
Tous les jours arrivent des adresses à l'Empereur, votées,
à l'occasion de son mariage, par les différentes municipalités
de l'Empire. Cet événement est une occasion nouvelle pour
la Province comme pour Paris de manifester sa sympathie
et son attachement.
Publication d'un décret qui place les Sociétés de charité
maternelle, dont le but est de venir en aide aux pauvres
femmes en couche, sous la présidence et protection de
l'Impératrice.
Parmi les objets composant la corbeille de mariage de
S. M. l'Impératrice, l'Empereur avait fait placer un portefeuille
renfermant 230,000 francs. L'Impératrice a voulu que cette
somme fût entièrement consacrée à des oeuvres de charité.
Par ses ordres, 100,000 francs sont répartis entre les Sociétés
maternelles dont le patronage vient de lui être confié, et
Réponse de S. M.
l'Impératrice.
Destination donnée
aux 600,000 francs.
30 janv.
3 fév.
S. M. l'Impératrice
patronne des Sociétés
de chanté mater-
nelle.
la corbeille de ma-
riage de S. M. l'Im-
pératrice.
1853
16
Les Annales
130,000 francs devront servir à fonder de.nouveaux lits à
l'hospice des incurables, en faveur des pauvres infirmes des
deux sexes.
Une somme de 3,000 francs est accordée au Bureau de
bienfaisance et à la Société de Saint-Vincent-de-Paul, à Reims,
destinée à venir en aide aux ouvriers malheureux.
Des secours de ce genre, plus ou moins considérables,
sont ainsi chaque jour accordés à différentes villes de l'Empire.
Le Ministre des finances, dans le Rapport sur le budget
qu'il présente au Corps législatif, expose que la généreuse
initiative de l'Empereur a eu pour résultat de diminuer :
1° De 27 millions l'impôt foncier, qui pèse principalement
sur l'habitant des campagnes ;
2° De 6 millions les droits d'enregistrement sur les obliga-
tions contractées par les emprunteurs ;
3° D'environ 7 millions les droits d'octroi, en renonçant au
dixième qui appartenait à l'État dans le produit de cet impôt.
C'est donc une charge de 40 millions dont le gouverne-
ment de l'Empereur a, dans un très-court espace de temps,
allégé la classe laborieuse des villes et des campagnes.
Par l'initiative du Prince-Président, une Caisse de retraite
pour la vieillesse fut créée le 18 juin 1850. Un rapport publié
ce jour, sur la situation de cette Caisse, constate qu'elle est
entrée dans une voie de développement considérable : à la fin
des six premiers mois, au 1er janvier 1851, les versements
s'élevaient à la somme de 1,200,000 francs; deux ans plus
tard, à la fin de 1852, ils s'élevaient à plus de 31 millions
de francs !...
De pareils résultats signalent d'une manière, remarquable
les progrès de l'esprit d'épargne et de prévoyance, et sont,
26 fév.
Libéralités en fa-
veur des bureaux de
bienfaisance des dé-
partements.
28 fév.
Réduction de 40
millions sur les char-
ges imposées aux vil-
les et campagnes.
13 avril.
Situation de la
Caisse de retraite
pour la vieillesse.
de la Paix.
17
1853
en même temps, une preuve évidente de l'élan imprimé
par l'Élu du 2 décembre à la confiance et à la prospérité
publiques.
Signature d'une Convention postale entre la Prusse et la
France (1).
S. M. l'Impératrice, ayant appris l'état de gêne dans le-
quel se trouvait la communauté des Petites Soeurs des Pau-
vres, lui fait remettre une somme de 10,000 francs, prise
sur sa cassette.
L'OEuvre des Petites Soeurs des Pauvres a pour but de venir
en aide à la vieillesse pauvre et délaissée ; il en existe à
Paris deux maisons, où plus de trois cents vieillards, recueillis
par ces saintes filles, sont, de leur part, l'objet des soins les
plus touchants et d'une affection toute filiale.
Envoi, par ordre de l'Empereur, dans les départements,
d'une Commission composée de Sénateurs et de Conseillers
d'État, dans le but d'étudier, de visu, l'état des voeux du
pays et les améliorations à réaliser dans l'intérêt public.
Envoi par LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice d'une
somme de 10,000 francs au chanoine-recteur de l'église Saint-
Louis-des-Français à Madrid, pour subvenir aux besoins de
cette église et à ceux d'un hôpital qui y est joint, dans le-
quel sont reçus et traités les Français domiciliés à Madrid.
si avril.
24 avril.
L'OEuvre des Peti-
tes Soeurs des Pau-
vres.
3 mai.
Commission d'en-
quête envoyée dans
les départements.
9 juin.
L'église et l'hôpi-
tal Saint-Louis-des-
Français à Madrid.
(1) Des Traités concernant le commerce, la navigation, la télégraphie,
les postes, la propriété littéraire, artistique et industrielle, etc., ont été
conclus par le Gouvernement de l'Empereur avec presque toutes les
nations du monde ; nous mentionnerons les plus importants par-ci par-là,
pour mémoire.
2
1853
18
Les Annales
Nous pourrions enregistrer souvent des faits et libéralités
de cette nature, le Moniteur en cite à chaque page des
exemples ; nous nous bornerons à mentionner un fait par-ci
par-là, pour mémoire.
Il en est de môme des secours et dons en argent, ou des
objets de valeur envoyés partout pour loteries, quêtes et
oeuvres de bienfaisance ; de temps en temps ils seront signa-
lés, les énumérer serait impossible : ces témoignages de bien-
faisance et de charité sont de tous les jours.
Dans sa sollicitude pour de grands intérêts trop souvent
sacrifiés, l'Empereur décide que le Ministère de l'agriculture
et du commerce sera rétabli, et que les attributions du
Ministère des travaux publics y seront rattachées.
Décret concernant un système de pensions à accorder au
clergé, pour venir en aide aux prêtres que l'âge et les in-
firmités ont obligés à resigner leurs fonctions.
L'Empereur ordonne qu'une somme de 130,000 francs,
prise sur sa cassette, sera mise à la disposition de M. le Pré-
fet de la Loire-Inférieure pour contribuer aux travaux du
dessèchement des marais de Donges en Bretagne. Cette libéra-
lité est la réponse de Sa Majesté à la démarche d'une dé-
putation venue du fonds de la Bretagne implorer sa bien-
veillante sollicitude.
Il y a aujourd'hui un an qu'a été posée la première pierre
des constructions monumentales qui, par ordre de l'Empe-
reur, s'élèvent pour réaliser la grande pensée de la réunion
du Louvre aux Tuileries. — Il est des anniversaires qu'on
ne saurait oublier sans ingratitude ; tel est celui-ci, qui
A propos des libé-
ralités impériales.
24 juin.
Rétablissement du
Ministère de l'agri-
culture et du com-
merce.
26 juin.
Pensions au clergé.
7 juil-
130,000 francs pour
les marais de Donges
(Bretagne).
24 juil.
ORIGINE DES GRANDS
TRAVAUX ACCOMPLIS
DANS PARIS.
de la Paix.
19
1853
marque dans la vie d'un grand peuple une ère nouvelle de
prospérité et de gloire.
C'est de cette époque que date aussi l'impulsion donnée
à ces grands travaux qui ont depuis transformé Paris et la
plupart des grandes villes de l'Empire; grands et utiles
travaux, qui ont porté partout l'air, la lumière, la vie !...
L'aménagement nouveau du bois de Boulogne et sa trans-
formation complète, qui font de ce parc le lieu de prome-
nade le plus magnifique dont une capitale puisse s'enor-
gueillir, date encore de cette année mémorable.
Les généreuses intentions de l'Empereur pour l'améliora-
tion des logements des classes laborieuses s'exécutent aussi
rapidement et aussi largement que possible. Une vaste et
belle maison a été achetée dans le faubourg Saint-Antoine
et, d'ici à quelques semaines, quatre cents logements d'ou-
vriers y seront préparés dans les meilleures conditions
d'hygiène et de propreté. Plusieurs autres constructions vont
s'élever ou être appropriées dans le même but sur plusieurs
points de Paris (voir page 13).
Mention au Moniteur de différentes mesures prises par
l'Administration dans le but de hâter et de faciliter l'exécu-
cution des projets de l'Empereur en faveur de la Sologne.
Grâce à l'initiative impériale, des travaux considérables sont
entrepris pour assainir ces contrées déshéritées, les appro-
prier à la culture et porter là, comme partout, la vie et le
bien-être.
Nous sommes a la veille de la guerre d'Orient. L'Empe-
reur, qui a fait tous ses efforts pour aplanir les difficultés
survenues entre la Porte et la Russie, et qui est plein de
confiance encore dans le maintien de la paix, fait la réponse
12 août.
Amélioration des lo-
gements de la classe
ouvrière.
13 août.
Sollicitude impé-
riale en faveur de la
Sologne.
15 août.
La question d'Orient.
1853
20 Les Annales
suivante aux félicitations qui lui sont adressées par le Corps
diplomatique à l'occasion du fête du 15 août :
« Je remercie le Corps diplomatique de ses félicitations. Ce
» qui pouvait m'être le plus agréable aujourd'hui, c'est de
» voir la paix consolidée ; du moins, je la considère comme
» telle, sans qu'il en coûte rien à la dignité et à l'amour-
» propre d'aucune nation. »
Au moment où la question d'Orient est brûlante et lors-
que la presse dans tous les pays s'en occupe avec passion,
il n'est pas sans intérêt de reproduire l'article suivant, que
publiait à Londres, en 1839, le prince Louis-Napoléon Bo-
naparte, alors qu'il analysait les Idées Napoléoniennes :
«L'Idée Napoléonienne n'est point une politique de guerre,
mais une politique sociale, industrielle, commerciale, huma-
nitaire. Si elle paraît à quelques-uns rêver de batailles, cela
vient de ce que longtemps cette politique s'est fait jour au
milieu de la fumée du canon et de la poussière des ba-
taillons. Mais actuellement ces nuages se sont dissipés, et,
à travers la gloire militaire, on attend une gloire bien plus
grande et bien plus durable des rapports pacifiques des
Nations. »
Envoi par S. M. l'Impératrice d'une somme de3,000 francs,
pour une souscription ouverte à Saint-Valery-en-Caux en
faveur des victimes du naufrage du bateau pêcheur la
Caïman, de Saint-Valery. (Pour mémoire, voir p. 18.)
Pendant un séjour de deux semaines à. Dieppe, outre
l'initiative de grandes améliorations pour le port et la ville,
Leurs Majestés laissent des traces nombreuses de leur mu-
nificence. Des secours abondants sont distribués aux indi-
gents, à l'Hôpital, à la Société de Saint-Vincent-de-Paul, aux
L'IDÉE NAPOLEONIEN
21 août.
Naufrage du Caï-
man, de Saint-Valery-
en-Caux.
11 sept.
Séjour de Leurs
Majestés à Dieppe. Li-
béralités diverses.
de la Paix
21
i853
écoles, aux églises; — S. M. l'Impératrice fait don d'une
somme de 40,000 francs à l'établissement des Soeurs de la
Providence, qu'elle prend sous son patronage ; — de plus,
elle décide la création d'une société qui, désignée sous le
titre de Société de Notre-Dame-de-Bon-Secours, devra venir
en aidé aux marins vieux et infirmes, ainsi qu'aux familles
qui auront perdu à la mer quelques-uns de leurs membres.
Une somme de 15,000 francs est donnée par l'auguste Fon-
datrice, et d'autres ressources sont assurées à cette oeuvre
charitable.
Par un décret en date du 16 courant, le Gouvernement a
adopté une série de mesures destinées à stimuler énergique-
ment la culture du coton en Algérie.
En dehors de ces encouragements, l'Empereur, désirant
s'associer d'une manière plus intime à cette oeuvre nationale,
a daigné instituer, sur les fonds de sa Liste civile, un prix
de 20,000 francs à décerner chaque année, pendant cinq
ans, au colon qui aura recolté les meilleurs produits et sur
la plus large échelle.
Une importante et salutaire innovation est introduite,
sous l'inspiration des généreuses pensées de l'Empereur,
dans l'administration des secours publics à Paris. Jusqu'ici,
lorsqu'un indigent tombait malade, il n'avait guère d'autre
ressource que l'hôpital. Outre que cette extrémité était dure
pour quelques-uns, il arrivait aussi qu'ils ne pouvaient même
pas toujours y recourir sur-le-champ, car les hôpitaux de
Paris, si nombreux et si grands qu'ils soient, sont presque
toujours au complet.
Cette situation donna l'idée d'organiser un service de trai-
tement des malades à domicile.
Désormais, les indigents seront assurés de trouver, dans des
locaux spéciaux et dans tous les quartiers de Paris, et des
28 oct.
Encouragements à
la culture du coton
en Algérie.
21 nov.
ORIGINE DU TRAITE
MENT DES MALADES
INDIGENTS A DOMICILE.
1853
22
Les Annales
médicaments gratuits, et des médecins pour leur donner
gratuitement des consultations. Quant à ceux atteints de
maladies aiguës qui les retiennent à leur domicile, le règle-
ment porte qu'ils seront visités chez eux.
Ainsi, à l'avenir, le père et la mère de famille malades ne
seront plus forcés, pour se faire traiter, de quitter le foyer do-
mestique et de laisser à l'abandon leurs enfants en bas âge ou
de jeunes filles exposées aux dangereuses suggestions de la
misère. Celui qu'une répugnance quelconque, bien qu'irré-
fléchie, éloigne de l'hôpital ne sera plus exposé à souffrir
sans soulagement et à mourir sans secours. Ajoutons que,
dans beaucoup de cas, les progrès du mal seront arrêtés
par des remèdes administrés à propos, .et que la guérison
en sera d'autant plus prompte et plus sûre.
Décret qui ouvre un crédit extraordinaire de 250,000 francs
pour construction et réparations de maisons d'école, — et
un crédit de même somme pour construction et réparations
d'églises et de presbytères.
Décret ouvrant un crédit de 4 millions pour subvenir à
divers travaux d'utilité communale, tels que chemins vici-
naux, ponts, halles et marchés, terrassements, constructions
ou réparations diverses.
Jusqu'à ce jour, il n'existait à Paris qu'un seul hôpital
exclusivement destiné aux enfants. Par sa situation au delà
du boulevard des Invalides, il exposait les indigents à des
déplacements pénibles et dispendieux. S. M. l'Impératrice,
dans sa sollicitude pour les classes nécessiteuses, a signalé
cet inconvénient à l'Administration de l'Assistance publique,
et a fait décider la création d'un hôpital de quatre cents
lits, qui sera construit dans le quartier Saint-Antoine, au
Bienfaits qui résul-
tent de celle inno-
vation .
2 3 nov.
Crédit de 500,000 fr.
pour construction et
réparation d'écoles,
d'églises et de pres-
bytères.
4 millions pour tra-
vaux d'utilité com-
munale.
2 déc.
S. M. l'Impératrice
décide la création
d'un, hôpital d'enfants
dans le faubourg
Saint-Antoine.
de la Paix. 23
centre du faubourg le plus vaste de Paris, de celui auquel
cette bienfaisante création peut être le plus utile.
1853
Inauguration du boulevard de Strasbourg, la première
étape de ces grands travaux d'édillté qui doivent transfor-
mer et régénérer Paris!
La première année du nouvel Empire est close par un évé-
nement qui comptera dans les fastes maritimes de la France :
la digue de Cherbourg est entièrement terminée aujourd'hui,
31 décembre 1853!
Ce gigantesque travail, commencé en 1783, suspendu pen-
dant la tourmente révolutionnaire, repris sous l'Empire, sus-
pendu encore une fois pendant toute la période de la Res-
tauration, est enfin accompli, après soixante-dix années
d'attente et quarante et un ans d'efforts constants.
La France peut, à juste titre, s'enorgueillir d'une pareille
oeuvre, qui .n'a son égale ni dans les temps anciens ni dans
les temps modernes, et qui, commencée par Vauban, mar-
quée par l'Empereur Napoléon Ier du sceau de son génie,
est achevée par S. M. Napoléon III.
10 déc.
Inauguration du
boulovard de Stras-
bourg-.
31 déc.
La digue de Cher-
bourg terminée!
1834
Décret qui ouvre un crédit extraordinaire de 2 millions
au Ministère de l'intérieur pour secours aux établissements
de bienfaisance des départements.
L'Empereur et l'Impératrice envoient deux lots magnifi-
ques pour la loterie organisée en faveur de l'Établissement
des Petites Incurables. — On sait que cette oeuvre intéres-
sante, fondée depuis neuf mois, est placée sous le patronage
de S. A. I. la Princesse Mathilde. (Voir 26 janvier 1865.)
Le Moniteur publie ce qui suit :
« Pendant cette saison rigoureuse, on s'est souvent de-
mandé s'il ne vaudrait pas mieux, donner aux indigents les
sommes dépensées en bals et fêtes officielles. Pour peu qu'on
y réfléchisse, la réponse ne saurait être douteuse. Dans les
fêtes, comme celles de l'Hôtel de Ville et des Tuileries, il faut
voir autre chose qu'un vain étalage de magnificence. Leur
véritable but est de favoriser le commerce et de procurer du
16 janv.
2 millions pour
les établissements de
bienfaisance des dé-
partements .
Les Petites Incura-
bles et la princesse
Mathilde.
3o janv.
A propos des fêtes
officielles de l'Hôtel
de Ville et des Tui-
leries.
de la Paix
25
1854
travail aux classes laborieuses. A l'exemple de l'Empereur
et de l'Impératrice, le Conseil municipal de.Paris a sage-
ment pensé que les dépenses d'un grand bal retomberaient
en pluie d'or sur toutes les industries de la ville.
» La charité la plus efficace est celle qui, tout en donnant
du travail, en fait vendre les produits. S'il est bon de se-
courir l'indigence, mieux vaut la prévenir. Dans les Sociétés
comme la nôtre, l'industrie, môme celle du luxe, est une
partie considérable de la richesse publique; d'ailleurs, la
pauvreté n'est pas secourue seulement par l'opulence; le petit
commerçant, l'artisan lui-même contribuent à la soulager,
que pourraient-ils donner si la vente ou le travail leur
manquait? •
» La splendeur des fêtes, dans les Palais n'empêche pas
Leurs Majestés de répandre leurs bienfaits sous une autre
forme.
» Les sommes distribuées par la charité impériale, pour
soulager la misère, s'élèvent annuellement à plusieurs
millions. Il ne se passe pas de jours où les feuilles des dé-
partements n'en apportent de nouveaux témoignages. On
sait aussi, d'autre part, avec quelle intelligence et quelle li-
béralité la ville de Paris pourvoit à l'entretien de ses nom-
breuses Institutions dé bienfaisance. »
Ouverture d'un second crédit de 2 millions de francs au
Ministère de l'intérieur, pour continuer l'oeuvre généreuse
commencée par le décret du 23 novembre 1853 (travaux
d'utilité communale).
Publication au Moniteur des documents diplomatiques
relatifs aux affaires d'Orient,
Ces divers documents démontrent, d'une manière sura-
bondante, tous les efforts que, depuis six mois, l'Empereur
a tentés pour aplanir les difficultés survenues entre le gou-
3 fév.
Travaux d'utilité
communale, 2 mil-
lions.
7 fév.
Documents diplo-
matiques relatifs à la
question d'Orient.
1854
Les Annales
vemement Russe et la Turquie. Le dernier de ces documents
se termine par ces mots :
« Le cabinet de Saint-Pétersbourg connaît aujourd'hui les
conditions, assurément honorables, auxquelles la paix peut
être rétablie; la responsabilité des événements lui appartient
donc tout entière, et nous voulons croire que sa sagesse
saura conjurer le développement d'une crise qui n'a déjà
duré que trop longtemps. »
Les journaux français et étrangers rendent hommage à la
politique sage et loyale de l'Empereur en ces graves cir-
constances. La Gazette de Cologne, entre autres, publie l'ar-
ticle suivant :
« Nous ne faisons que remplir un devoir en reconnaissant
la politique loyale, honorable, ferme et modérée en même
temps, que la France a suivie du moment où la Russie a
ouvert ses prétentions concernant la question d'Orient. Jusqu'à
la fin, la France a mis tout en oeuvre pour assurer le main-
tien de la paix, et la calomnie môme n'a pas pu indiquer
les prétendus buts cachés que l'Empereur Napoléon III aurait
pu avoir en vue dans une guerre avec la Russie. Aussi on
peut dire que l'Empereur des Français n'a voulu et ne veut
défendre que le droit des gens et les intérêts Européens. »
Les classes nécessiteuses reçoivent chaque jour de nou-
veaux témoignages de la sollicitude de LL, MM. Impériales.
Informés par M. le préfet de la Seine de l'organisation d'un
système de secours distribués aux ouvriers sans travail et
aux familles nécessiteuses non inscrites aux Bureaux de bien-
faisance, l'Empereur et l'impératrice font remettre, pour
concourir à cette oeuvre, une somme de 100,000 francs.
13 fév.
Opinion de la presse
française et étran-
gère.
16 fév.
Subvention de 100
mille francs aux né-
cessiteux non inscrits
au contrôle des indi-
gents.
de la Paix.
27
1854
S. M. l'Empereur des Français avait adressé une lettre
autographe à S. M. l'empereur de Russie, dans laquelle,
après un exposé sincère de la situation, il le priait d'accepter
une solution équitable dont il donnait les bases. — La ré-
ponse de Saint-Pétersbourg est arrivée ce jour. L'empereur
Nicolas annonce qu'il n'accepte pas les propositions d'ac-
commodement qui lui ont été adressées par l'Empereur Na-
poléon.
Cette réponse ne laisse plus de chance à une solution
pacifique, et la France doit se préparer à soutenir, par des
moyens plus efficaces, la cause que n'ont su faire pré-
valoir ni les efforts persévérants de la diplomatie, ni la bien-
veillante intervention de l'Empereur.
Pour répondre aux intentions généreuses de S. M. l'Impé-
ratrice, qui avait décidé qu'un second hôpital pour les en-
fants malades serait élevé dans le faubourg Saint-Antoine,
l'Administration, pensant que les souffrances ne peuvent
attendre, transforme dans ce but l'hôpital Sainte-Marguerite.
En conséquence, dans peu de jours, le nouvel hôpital des
Enfants sera ouvert, et quatre cent vingt-cinq lits y atten-
dront les jeunes malades. Cet établissement sera mis sous le
patronage de l'Impératrice. (Voir 2 déc. 1853.)
Dans sa, séance d'aujourd'hui, le Corps législatif a voté à
l'unanimité le projet de loi qui autorise un emprunt de
250 millions, proposé par le Gouvernement en vue des
éventualités de guerre. Le Corps législatif tout entier s'est
rendu aux Tuileries pour présenter à l'Empereur le projet
qu'il venait de voter. S-. Exc. le président, M. Billaut, adresse
à Sa Majesté les paroles suivantes :
« Sire, nous apportons à Votre Majesté la loi qu'elle nous
a fait présenter hier et qu'aujourd'hui nous venons de voter
2 mars.
le nouvel hôpital
des Enfants du fau-
bourg Saint-Antoine.
- 18 fév.
Lettre de l'Empe-
reur Napoléon à l'em-
pereur de Russie.
7 mars.
Emprunt de 250 mil-
lions voté à l'unani-
mité par le Corps lé-
gislatif.
1854
Les Annales
à l'unanimité. Dans cette circonstance, -le Corps législatit
tout entier a désiré se joindre à son bureau pour rendre
plus éclatant encore, aux yeux de l'Europe, le témoignage
qu'il offre à l'Empereur de sa confiance entière et de son
concours le plus résolu. »
L'Empereur a répondu :
« Je suis très-touché de l'empressement que vous avez mis
» à voter cette loi ; votre adhésion me prouve que je ne me
» suis pas trompé dans la marche que j'ai suivie. Comment
» n'aurais-je pas compté sur votre concours, nous avons tous
» les mêmes sentiments, nous représentons tous les mêmes
» intérêts, car, vous et moi, sommes les élus de la France. »
Dans la séance de ce jour, le Sénat est saisi d'un projet
de loi dont l'initiative remonte au Gouvernement, et qui a
pour objet de garantir le droit de propriété aux veuves et
aux enfants des auteurs, des compositeurs et des artistes.
Le Gouvernement de l'Empereur avait décidé de procéder
par souscription publique à l'emprunt des 250 millions
demandés pour la guerre. Un délai de dix jours était accordé
aux souscripteurs. Dès le premier jour, la souscription publi-
que devient une souscription nationale : quatre-vingt-dix-
huit mille souscripteurs se font inscrire, et les sommes
souscrites s'élèvent à 467 millions de francs!...
Le Moniteur publie un rapport du Ministre de l'intérieur
à l'Empereur sur l'emploi qui a été fait d'une somme de
3,892,028 francs, à valoir sur celle de 10 millions affec-
tés, par décrets des 22 janvier et 27 mars 1852, à l'amélio-
ration des logements de la classe ouvrière dans les villes
manufacturières.
21 mars.
La propriété artis-
tique et littéraire au
Sénat.
2 8 mars.
467 millions pour
250 millions.
6 avril.
AMÉLIORATION' des
logements de la classe
ouvrière dans les vil-
les manufacturières.
de la Paix.
29
1854
De ce rapport il résulte que de grands travaux ont été
déjà accomplis, ou sont en voie d'exécution. Dans Paris, des
logements sains et convenables ont été mis à la disposition
de six mille ouvriers, et les grandes villes de l'empire, Mar-
seille des premières, suivent avec empressement cet exemple.
Le Moniteur publie le décret suivant :
« Considérant que les Salles d'asile contribuent de la ma-
nière la plus efficace au bien-être moral et physique de l'en-
fance, partout où des familles demandent leurs moyens
d'existence à des travaux qui les éloignent de leur domicile ;
» Voulant contribuer au développement d'une institution
si utile à la partie la moins aisée de la population de l'Em-
pire, et donner en même temps à l'Impératrice une preuve
particulière de notre affection,
» Avons décrété et décrétons ce qui suit :
» Les Salles d'asile de l'enfance sont placées sous la pro-
tection de S. M. l'Impératrice. »
Suit un décret relatif à la création d'un Comité central de
patronage, qui sera placé sous les auspices de l'Impératrice,
Ce comité, composé des femmes des plus hautes notabilités
et des personnages les plus importants, aura pour but la sur-
veillance des salles d'asile en France, et devra rechercher les
mesures les plus propres à propager et à perfectionner cette
grande et intéressante institution.
Décret qui place sous l'auguste patronage de S. M. l'Im-
pératrice l'hospice des Quinze-Vingt, destiné à recevoir
comme pensionnaires, ou à subventionner par des rentes
viagères les aveugles des deux sexes de Paris et des dépar-
tements.
30 mars.
Les Salles d'asile
sont placées sous le
patronage de S. M.
l'Impératrice.
Comité de patro-
nage, ses fonctions,
son but.
25 juin.
L'hospice des
Quinze- Vingt (aveu-
gles) placé sous le
patronage de l'Impé-
ratrice.
1854
30
Les Annales
À l'occasion de la fête du 15 août, le Ministre de l'intérieur
adresse aux Préfets une circulaire qui se termine ainsi :
« Vous n'oublierez pas, Monsieur le Préfet, que, dans la
pensée de l'Empereur, la meilleure part de la fête sera celle
consacrée au soulagement des malheureux. Vous guiderez
dans cette voie le zèle des administrations municipales, et
vous me rendrez spécialement compte de la partie du pro-
gramme où auront été inscrites les oeuvres de bienfaisance
et de charité. »
On lit au Moniteur au sujet du premier séjour de la Cour à
Biarritz :
« La présence de l'Empereur, qui se manifeste chaque jour
dans la capitale par tant de bienfaits et d'heureuses amélio-
rations, est toujours féconde en résultats utiles pour les villes
qui ont le bonheur de le posséder. De grands travaux perpétue-
ront à Dieppe le souvenir du séjour que LL. MM. Im-
périales y ont fait en 1853. L'année 1854 ne sera pas moins
heureuse pour Bayonne et Biarritz; le séjour de l'Empereur
aura sur l'avenir de ce pays une immense influence. »
Ces lignes prophétiques se sont grandement réalisées.
La circulaire suivante est adressée aux Préfets :
« Monsieur le Préfet, les villes sont généralement dotées
d'établissements charitables, où l'ouvrier indigent et malade
trouve les secours qui lui sont nécessaires; mais les cam-
pagnes n'offrent à nos cultivateurs aucune ressource de ce
genre...
» La charité, la justice, la bonne politique,veulent un re-
mède à cet état de choses. Sous leur bienfaisante inspira-
tion, l'institution des médecins cantonaux a été adoptée par
plusieurs départements; les bons effets en sont chaque jour
constatés par la reconnaissance des populations; le Gouver-
5 août.
Circulaire ministé-
rielle au sujet de la
fête du 15 août.
14 août.
Premier séjour de
la Cour à Biarritz.
15 août.
Les médecins can-
tonaux.
de la Paix.
31
1854
nement de l'Empereur porte au développement de cette bonne
oeuvre un intérêt tout paternel.,. »
Suivent les recommandations et l'indication des moyens
les plus propres à atteindre promptement ce résultat.
L'année 1853 lut malheureuse à divers points de vue. Des
récoltes insuffisantes, la guerre et les germes d'une épidémie
lurent le legs qu'elle fit à l'année 1854 Cela n'empêche pas
que ce jour, et à juste raison, le Moniteur peut dire :
« La -France recueille aujourd'hui les fruits de la politique
loyale et ferme inaugurée par l'Empereur. Malgré la disette,
l'épidémie, la guerre, l'activité nationale ne s'est pas ralentie
et le crédit public n'a point été ébranlé. Grâce aux sages ré-
solutions du Gouvernement, si bien secondé par le courage et
la confiance du pays, les trois plus redoutables fléaux qui
puissent frapper un peuple ont été réduits aux proportions
de difficultés passagères. L'épidémie s'éteint, la disette a fait
place à une abondante récolte, la guerre, commencée sous
d'heureux auspices, n'inspire plus de craintes qu'à l'ambition
qui l'a suscitée, et bientôt les nations, fidèles au rendez-vous,
seront réunies à Paris pour prendre part aux luttes pacifiques
de l'industrie et des arts !.., »
Promulgation d'un décret qui ouvre un crédit de 5 mil-
lions de francs pour continuer les subventions aux travaux
d'utilité communale et aux bureaux de bienfaisance.
Bans une assemblée générale de la Société de secours mu-
tuels du Ier arrondissement de Paris, M. Delangle lit un rap-
port plein de détails intéressants, et dans lequel il proclame
que le principe d'association des ouvriers entre eux a trouvé
dans l'Empereur un appui énergique et fécond. Nous en ex-
trayons ces quelques lignes :
16 sept.
L'épidémie, la di-
sette et la guerre.
23 déc.
Nouveau crédit de
5 millions.
24 déc.
Un rapport de
M. Delangle.
Les associations ou-
vrières.
1854 32 Les Annales
« Que de théories, que de systèmes imaginés jusqu'en 1852
pour assurer à l'homme un bien-être impossible ! Que de
rêves insensés ou coupables ! L'Empereur a demandé la so-
lution du problème aux meilleurs sentiments du coeur humain ;
sa haute raison a senti tout ce qu'il y a de fécond dans le
principe de l'association, et il a voulu, en réunissant les
forces que l'isolement condamnait au néant, non-seulement
assurer à l'ouvrier une ressource contre les maux qui sem-
blent inhérents à sa condition, mais créer un précieux élé-
ment de moralisation. »
Dans ce passage, l'illustre rapporteur fait allusion au dé-
cret présidentiel du 26 mars 1852; en faveur du développe-
ment des associations ouvrières.
1853
Les difficultés exceptionnelles de l'année qui vient de finir,
guerre, disette, choléra, avaient rendu nécessaire un nouvel
emprunt. L'Empereur demanda au Corps législatif 500 mil-
lions ; cet emprunt, comme les précédents, fut voté à l'una-
nimité et devint de même l'objet d'une souscription
nationale. Comme en mars 1854, le chiffre de la demande
fut considérablement dépassé, et, au lieu de 500 millions, la
France souscrivit pour 2 milliards 200 millions !...
Rendant compte à l'Empereur du résultat de cet emprunt,
S, Exc, le Ministre des finances s'exprime en ces termes :
« Sire, la souscription à l'emprunt de 1855, dans les con-
ditions où elle s'est ouverte, avec les proportions qu'elle a
prises, ne constitue pas seulement une opération financière
heureusement accomplie, elle devient un événement politique
d'une haute importance, sans précédent dans les annales des
nations. Jamais, dans aucun pays, ne s'est produite une telle
manifestation de force et de richesse; jamais peuple n'a
donné à son souverain un si éclatant témoignage de con-
3
17 janv.
L'Empereur deman-
de par voie d'em-
prunt 500 millions. —
La France souscrit
pour 2 milliards 200
millions.
Rapport du Ministre.
1855
34
Les Annales
fiance et de dévouement : c'est une nouvelle acclamation
qui vient, une fois de plus, consacrer la politique nationale
suivie par Votre Majesté. »
Dans un Rapport à l'Empereur concernant les chemins de
1er, le Ministre des travaux publics constate en ces termes
les progrès accomplis depuis le nouveau règne :
« Bientôt tout le territoire de la France sera sillonné
par ces voies merveilleuses de communication, À très-peu
d'exceptions près, toutes les localités de quelque importance
seront servies, et, grâce à vous, Sire, notre pays, naguère si
arriéré sous ce rapport, pourra figurer au rang des nations
les plus avancées.
» En résumé, au moment de la révolution de 1848, les
chemins de 1er concédés avaient une étendue de 3,600 kilo-
mètres : les concessions embrassent aujourd'hui plus de
10,000 kilomètres.
» Les chemins de fer exécutés n'avaient pas une longueur
de plus de 2,000 kilomètres : près de 6,000 kilomètres seront
livrés au public avant de la fin de l'année courante. — La
longueur des lignes concédées aura donc été triplée dans
l'espace de quelques années.
» Plus de 2 milliards ont déjà été consacrés à l'exécution de
cette gigantesque entreprise, sans qu'il en soit résulté aucun
embarras pour le crédit de l'État ni aucune perturbation
dans les affaires industrielles, sans que, même dans ces der-
niers temps, la crise des subsistances et les charges de la
guerre aient arrêté un seul instant la marche des travaux. »
Il y a dans les quelques lignes qui suivent, extraites
d'un long article du Moniteur au sujet de la guerre d'Orient,
une vérité qui trouve ici sa place :
« La guerre n'est pas seulement la crise de la vie des
3 fév.
État actuel des tra-
vaux de chemins de
fer.
Impulsion consi-
dérable, progrès ac-
complis.
16 fév.
Comment on doit
envisager la guerre.
de la Paix.
35
1855
peuples, elle est aussi l'épreuve la plus décisive de la puis-
sance de leurs moeurs, de la sagesse de leurs institutions et
des éléments de leur grandeur politique et morale.
» Il est permis de dire que la lutte dans laquelle la France
s'est engagée à bon droit a déjà montré dans ses armées,
dans son gouvernement, dans sa diplomatie, dans son esprit
public, dans sa civilisation, ces conditions d'ordre, de force,
de dignité, de sécurité intérieure, de prospérité matérielle
et de patriotisme viril qui permettent à un grand État d'en-
treprendre tout ce qui est juste, d'accomplir tout ce qui est
utile et de marcher à son but sans témérité comme sans
faiblesse.
» Cette situation est nouvelle dans l'histoire de la France. »
Rendant compte à l'Empereur des travaux qui se pour-
suivent depuis deux ans, dans le but de réunir les Tuileries
au- Louvre, S. Exc. le Ministre d'État termine ainsi son
Rapport :
« Quand tous ces travaux seront terminés, ainsi que ceux
des rues et des places qui l'avoisinent, le Louvre ne sera pas
seulement, pour Votre Majesté, un palais digne de son vaste
empire, il comprendra dans son ensemble, et pour ainsi dire
sous les yeux mêmes de l'Empereur, tous les services de
l'administration intérieure, dont l'expérience réclame la réu-
nion ; il donnera une place d'honneur, dans la résidence im-
périale, aux plus belles collections d'objets d'art, et tout un
quartier populeux se trouvera assaini et embelli par l'ouver-
ture de voies nouvelles, telles qu'en exige la capitale de la
France.
» Vous aurez ainsi exécuté, Sire, plus grande encore qu'elle
n'avait été conçue, une oeuvre commencée depuis plus de
deux siècles, poursuivie, abandonnée et reprise sous plusieurs
règnes, et dont il ne semblait pas que notre génération pût
se promettre de voir l'achèvement. »
8 mars.
Rapport du Minis-
tre d'État sur l'étal
des travaux ayant
pour objet la réunion
des Tuileries au Lou-
vre.
1855
36
Les Annales
Au Moniteur : Rapport à l'Empereur, par S. Exc. le Mi-
nistre de l'intérieur, sur l'établissement d'ASILES POUR LES
OUVRIERS CONVALESCENTS OU qui auraient été mutilés dans le
cours de leurs travaux. — Décret qui établit sur le Domaine
de la Couronne, à Vincennes et au Vésinet, deux Asiles de
Convalescents.
Nous extrayons du Rapport les passages qui suivent :
« Sire, un Gouvernement stable et fort peut seul apporter
au sort de l'ouvrier ces améliorations que les agitateurs leur
promettent vainement ; les classes laborieuses commencent à
le comprendre.
» Après la crise de 1848, c'est à votre énergique mais
bienfaisante autorité qu'elles ont dû le retour du travail et
du crédit, les chantiers et les ateliers se rouvrant, se multi-
pliant partout, de nombreuses cités ouvrières construites, les
Sociétés de secours mutuels vigoureusement soutenues et
propagées, la Caisse de la Vieillesse solidement établie, la
Caisse de la Boulangerie et les secours à domicile organisés
dans Paris, l'assistance gratuite du médecin cantonal provo-
quée pour toutes les campagnes, etc... Ces faits ont une élo-
quence qui va au coeur du peuple; ils constatent à la fois
et la stérilité des temps de troubles et l'efficacité de votre
sollicitude pour les besoins de ceux qui souffrent.
» Aujourd'hui, l'attention de Votre Majesté se porte vers
la réalisation d'un nouveau bienfait.
» En pensant à nos glorieux blessés des camps, vous avez
songé que l'industrie a ses blessés comme la guerre. Le chan-
. tier, l'atelier, qui, pour l'ouvrier, sont le vrai champ d'hon-
neur, le renvoient bien souvent malade ou mutilé ; l'hospice
le reçoit à l'égal du soldat, et la Caisse de secours mutuels
l'aide momentanément à soutenir sa famille. Mais quand il
sort de l'hospice, assez rétabli pour ne plus y rester, trop
faible cependant pour reprendre son travail, il traîne sa con
10 mars.
Décret qui décide
la création des ASILES
DE CONVALESCENTS de
Vincennes et du Vé-
sinet.
de la Paix.
37
1855
valescence dans la misère ; ou bien même, s'il en sort mu-
tilé, pas assez vieux pour avoir conquis par ses économies
une pension suffisante sur la Caisse de la Vieillesse, impuis-
sant cependant désormais pour tout travail qui suffise à le
nourrir, il reste condamné au plus affreux dénûment.
» Votre Majesté voudrait alors pour lui une sorte d'Asile,
où il pût venir, soit définitivement prendre une retraite
accordée à une grave blessure, à la perte d'un membre, soit
en passant recouvrer toutes ses forces pour mieux rentrer
ensuite dans sa vie de travail.
» Une telle oeuvre, Sire, attirera sur l'Empereur les béné-
dictions du peuple, et, par vos ordres, elle va être tentée. »
(M. BILLAULT, Ministre.)
L'alliance entre la France et l'Angleterre dans la guerre
d'Orient a été non-seulement considérée comme un acte de
sage politique de la part de l'Empereur, mais on y a vu,
en même temps que l'espoir d'une fin prochaine .de la
guerre présente, un gage puissant de la paix dans l'avenir.
Cette alliance est de même envisagée par la nation an-
glaise; l'accueil enthousiaste fait à l'Empereur et à l'Impé-
ratrice, hôtes en ce moment delà Reine d'Angleterre, en est
une preuve éclatante, et, dans un banquet offert à Leurs
Majestés par la Cité de Londres, le Lord-Maire s'en fait l'in-
terprète en ces termes :
« Grâce à la sage politique du règne de Votre Majesté,
toutes nos anciennes jalousies ont été apaisées, et les dra-
peaux de la France et de l'Angleterre confondent mainte-
nant leurs couleurs en Orient.
» Nous regardons, en conséquence, cette réunion
courtoise entre l'Empereur, élu du peuple français, et la Sou-
veraine de l'Empire britannique, comme l'emblème de l'ami-
tié qui s'affermit entre les deux nations et comme le présage
le plus heureux d'un temps à venir où, sans être troublées
21 avril.
L'Empereur et l'Im-
pératrice hôtes de
l'Angleterre.
Heureux effets de
l'alliance anglo-fran-
caise.
L'Empereur compli-
menté par le Lord-
Maire.
1855 38 Les Annales
dans le progrès de la civilisation, les nations de l'Europe
pourront mettre de côté les armes et laisser renaître entre
elles une noble rivalité dans les seules oeuvres qui soient
utiles au monde. »
Ouverture de l'Exposition universelle
de l'Industrie et des Beaux-Arts.
L'inauguration de l'Exposition universelle de 1855 a eu
lieu aujourd'hui, au Palais de l'Industrie, en présence de
LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice, de S. A. I. le Prince
Napoléon, Président de la Commission impériale, du Corps
diplomatique, des Commissaires des gouvernements étran-
gers et d'un nombreux concours d'exposants français et
étrangers.
S. M. l'Empereur a voulu présider lui-même cette grande
fête du travail universel, à laquelle il a convoqué tous les
peuples du monde, et qui emprunte aux circonstances ac-
tuelles un si puissant intérêt.
Rapprocher les nations en rapprochant les oeuvres de leur
intelligence, telle est la pensée qui a présidé à la création
du grand concours de 1855. Cette pensée, tous les gouver-
nements l'ont comprise et accueillie avec empressement, car
le nombre des exposants étrangers a dépassé toutes les pré-
visions. Les conséquences de cet événement sont immenses
pour l'avenir : de ces grandes assises de la science, de l'in-
dustrie et des arts de toutes les nations, il doit sortir des
résultats décisifs, des progrès inespérés. De ces visites de
peuple à peuple, il doit naître une communauté d'idées et
d'intérêts que rien désormais ne saurait faire oublier.
La journée du 15 mai 1855 marquera dans les annales de
l'Industrie; c'est la plus grande fête que notre pays ait ja-
mais célébrée en l'honneur du Travail.
15 mai.
de la Paix.
39
1855
En même temps que l'Industrie et les Arts, l'Agriculture
a son Exposition, et un Concours d'animaux reproducteurs
français et étrangers est ouvert au Champ de Mars. Jamais
fête agricole plus splendide ne réunit une plus grande af-
fluence de curieux et d'intéressés ; elle inaugure de la ma-
nière la plus brillante la série des solennités du même genre
qu'un récent arrêté ministériel institue pour les années 1856
et 4857, avec cette différence que la lutte entre les concur-
rents prendra, cette fois, des proportions plus grandioses
encore par l'admission des instruments aratoires et des pro-
duits agricoles des pays étrangers.
L'Empereur, ayant appris les désastres causés par des
inondations dans sept départements du midi de la France,
envoie au préfet de chacun de ces départements une somme
de 40,000 francs, pour être distribuée aux habitants pauvres
qui ont le plus souffert du fléau. L'Impératrice joint à cet
envoi une somme de 10,000 francs, pour être employée dans
le même but.
L'Empereur ayant décidé que les sommes annuellement
employées par le Ministre d'État à célébrer la fête du
45 août seraient distribuées, cette année, aux familles des
militaires morts à l'armée d'Orient, un crédit de 300,000 fr.
a été ouvert dans ce but au Ministère de la guerre.
De son côté, la Commission municipale de Paris avait
voté 300,000 francs pour la célébration de la Saint-Napoléon ;
désirant s'associer aux intentions de sa Majesté, elle a dé-
cidé que, sur cette somme, une allocation de 100,000 francs
serait prélevée, pour être distribuée aux veuves et orphelins
des militaires morts en Crimée; que 80,000 francs seraient
consacrés, comme d'habitude, en secours aux indigents de
1er juin.
Exposition spé -
ciale d'Agriculture au
Champ de Mars.
6 juin.
Inondations dans le
midi de la France
is août.
A propos de la fête
du 15 août.
1855 40 Les Annales
Paris, et que le reste serait employé en réjouissances
publiques.
Arrivée à Paris de la Reine d'Angleterre, du prince Albert
et du prince de Galles, rendant à l'Empereur et à l'Impé-
ratrice des Français la visite que LL; MM. Impériales leur
ont faite en avril dernier.
Ce sera certainement l'un des faits les plus importants de
notre époque, si fertile en grands événements, que cette
visite à Paris de la famille royale d'Angleterre sous le règne
de l'Empereur Napoléon, que cette consécration solennelle
d'une alliance aujourd'hui cimentée par des souffrances et des
victoires communes, et que resserrent encore les sympathies
mutuelles des deux Souverains.
L'indomptable courage de nos soldats et celui de nos
alliés viennent de remporter un éclatant triomphe. Après
trois grandes batailles qui ont été trois victoires, après les
efforts gigantesques d'un siége sans pareil dans les fastes
militaires, Sébastopol, son fort, ses arsenaux, son matériel,
sont entre nos mains, et la puissante flotte qui jadis domi-
nait la mer Noire n'existe plus !
Cet événement considérable ne peut qu'être le prélude de
la conclusion prochaine de la paix.
Décret qui ouvre au Ministère de l'intérieur un nouveau
crédit de 10 millions, pour subventions aux travaux d'utilité
communale et pour distributions de secours par les Bureaux
de bienfaisance.
S. Exc. le Président du Sénat, M. Troplong, pro-
nonce à la fête agricole de Cormeilles (Eure) un discours
dont nous extrayons ce qui suit :
18 août.
La Reine d'Angle-
terre à Paris.
9 sept.
PRISE DE SÉBASTOPOL.
22 sept.
Un nouveau crédit
de 10 millions.
9 oct.
Concours agricole
de Cormeilles.
de la Paix. 41 1855
« Notre pays, Messieurs, est destiné à s'élever bien haut
sous le règne de l'Empereur. Secondons ce règne national
en élevant, dans notre sphère, le niveau de ce qui nous
environne. Déjà la France a repris aux yeux de l'Europe
entière le titre de « Grande nation », que lui avait donné
Napoléon Ier. Le colosse du Nord, que la superstition d'une
vieille politique déclarait invulnérable, a été foudroyé par le
tonnerre sorti des flancs de nos bataillons, et l'Aigle impériale
flotte sur l'imprenable Sébastopol ! Soyons fiers de ces ma-
gnifiques succès; ce sont ceux d'un grand peuple, d'un grand
Gouvernement et d'une grande époque! Le rétablissement de
l'Empire ne nous a pas donné seulement un Empereur, il nous
a rendu, avec lui et par lui, la gloire, la puissance, le res-
pect et l'admiration du monde. »
LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice ont daigné vi-
siter ce jour les produits de la Galerie de l'économie domes-
tique, créée sous leur auguste patronage à l'Exposition uni-
verselle.
Cette Galerie est particulièrement consacrée aux produits
utiles et nécessaires à la vie, et qui, par leur bon marché,
leur bonne confection et leur commodité, sont propres à
faire pénétrer le bien-être dans la partie la plus nombreuse
des populations.
La création de cette Galerie est une des idées les plus fé-
condes qu'ait fait éclore l'Exposition de 1855; c'est le com-
mencement d'une oeuvre philanthropique qui intéresse toutes
les classes de la société. Cette idée est venue d'abord à un
membre de la Société des Arts de Londres, qui, pensant avec
raison que les Expositions ont été jusqu'à présent plutôt des
exhibitions d'objets d'art et de luxe que la mise en relief
d'objets d'une utilité générale pouvant servir à l'économie
domestique, émettait l'avis qu'à côté des grandes richesses
industrielles qu'elle étale, il y eût une autre exhibition d'ob-
2 nov.
La Galerie de l'éco-
nomie domestique à
l'Exposition univer-
selle.
1855
42
Les Annales de la Paix.
jets destinés à l'humble demeure du pauvre, et de produits
ayant un rapport direct avec le bien-être physique ou le
développement intellectuel des classes ouvrières.
Cette idée fut soumise à S. M. l'Impératrice, qui s'em-
pressa de la prendre sous son patronage, et à l'Empereur,
qui en voulut la réalisation immédiate.
Clôture de l'Exposition universelle. — Distribution des ré-
compenses.
La distribution des récompenses aux exposants de 1855
a eu lieu aujourd'hui avec toute la pompe que compor-
tait cette grande et mémorable solennité. Près de qua-
rante mille personnes étaient réunies dans la grande nef du
Palais de l'Industrie, transformée en une vaste salle brillam-
ment décorée. Dans cette immense enceinte se déroulait
pour ainsi dire la carte du monde animée et vivante, et
s'étageait l'élite des nations civilisées, représentées par les
hommes les plus illustres et les plus éminents qui se sont
distingués dans ce concours universel des Beaux-Arts et de
l'Industrie.
L'Exposition universelle de 1855 demeurera comme l'un
des plus grands événements pacifiques de notre époque, et
l'Empereur peut revendiquer le mérite d'en avoir eu l'ini-
tiative.
Dans sa sollicitude pour les Salles d'asile placées sous son
auguste patronage, et voulant témoigner l'intérêt que lui ins-
pirent ces utiles Établissements, S. M. l'Impératrice a décidé
qu'elle accorderait vingt-cinq médailles d'encouragement aux
Directrices les plus méritantes.
Rentrée solennelle à Paris des troupes de l'armée d'Orient.
15 nov.
Clôture de l'Expo-
sition universelle.
20 déc.
L'Impératrice et les
Salles d'asile.
29 déc.
1886
S. Exc. M. Magne, Ministre des finances, présente à
l'Empereur un Rapport sur la situation financière de l'Empire,
qu'il termine en ces termes :
« En résumé, Sire, cet exposé des principaux événements
financiers de l'année qui vient de s'écouler nous montre une
activité commerciale sans égale, un progrès inouï dans la
consommation, deux emprunts énormes acquittés avec la plus
grande régularité, les contributions directes payées en grande
partie par anticipation, un budget convenablement balancé,
la dette flottante réduite, le tout malgré la guerre, malgré
la crise des subsistances, malgré les dépenses si considérables
que des circonstances accidentelles nous ont imposées.
» Quelle plus grande preuve de la vitalité, de la richesse
du pays et de tout ce que peut la France sous un Gouverne-
ment populaire ! »
Décret qui décide qu'à l'avenir les voeux des Conseils gé-
néraux seront recueillis et livrés à la publicité.
Le Ministre, S. Exc. M. Billault, en demandant à l'Em-
pereur cette mesure, dit :
15 janv.
Situation financière
au 1er janvier 1856.
10 fév.
Voeux des Conseils
généraux.
1856 44 Les Annales
« Le Sénat peut suggérer à votre Gouvernement toutes les
grandes mesures d'utilité publique; il entend les pétitions
des citoyens, il examine la situation du pays, il recherche
ses besoins, il étudie les perfectionnements de son organi-
sation, il signale les réformes utiles, il propose les améliora-
tions réelles
» Mais, pour bien accomplir une si haute et si délicate
mission, il faut l'enquête incessante de tout ce que réclament
la moralisation du peuple, son bien-être, les intérêts de
l'agriculture, les développements du travail et du crédit, enfin
la sécurité et la prospérité de la France. »
Suivent les termes du décret.
La première réunion du Congrès pour le rétablissement
de la paix a lieu aujourd'hui au Ministère des affaires étran-
gères. Un armistice a été conclu dès ce jour entre les parties
belligérantes.
Rappelant le discours prononce la veille par S. M. l'Em-
pereur à l'ouverture des Chambres, S. Exc. le Président du
Corps législatif s'exprime en ces termes :
« Messieurs, l'exposé si simple et si digne de la grande
situation de la France, que vous avez entendu hier, a dû
charnier votre patriotisme. Tout ce que vous avez dans le
coeur de sentiments d'orgueil national, de tendresse pour
votre patrie, a dû ressentir une vive satisfaction.
» En effet, quelle vertu a manqué à la nation française?
Elle s'est montrée alliée fidèle et loyale; elle a fait la guerre
avec vigueur, avec patience, avec désintéressement, avec
humanité ; elle a été en même temps calme, laborieuse, hos-
pitalière, libérale.
» Aussi elle a obtenu un triomphe moral plus précieux
25 fév.
Réunion du Con-
grès de la paix.
6 mars.
Ouverture de la ses-
sion législative 1856.
de la Paix.
45
1856
que celui que donnent les conquêtes : elle a acquis les sym-
pathies et la confiance du monde entier.
» M'est-il permis de le dire? cela est dû surtout à ce que
se trouvent réunies sur le trône les qualités les plus oppo-
sées, l'énergie et la modération.
» Ces courtes et glorieuses années, qui ont replacé la
France au premier rang des nations, tiendront une large
place dans l'histoire, qui leur accordera une de ses pages
les plus brillantes. »
C'est du commencement de cette année que datent les pre-
miers travaux des nouvelles Halles centrales de Paris. A
toutes les merveilles que renferme Paris viendront bientôt
s'ajouter celles de cette oeuvre grandiose, monument d'utilité
publique le plus remarquable, le plus complet, qui ait jamais
été construit dans la capitale d'un grand Empire.
Dans sa sollicitude pour la classe agricole, et pour faciliter
aux agriculteurs les moyens de participer au grand Concours
universel qui doit s'ouvrir à Paris au mois de juin prochain,
le Gouvernement de l'Empereur a décidé que tous les ani-
maux envoyés à ce Concours seraient transportés et nourris
aux frais de l'État pendant toute la durée de l'Exposition.
Seront de même transportés gratuitement les instruments et
produits agricoles primés dans les différents Concours régio-
naux, et qu'il conviendrait à leurs propriétaires d'envoyer à
Paris concourir de nouveau.
Naissance du Prince Impérial.
Dans un Mandement de Mgr Sibour, archevêque de Pa-
ris, prescrivant des prières pour l'heureuse délivrance de
S. M. l'Impératrice, le digne prélat s'exprime en ces termes :
8 mars.
Les Halles centra-
les du nouveau Paris.
10 mars.
A propos du Con-
cours agricole uni-
versel de 1856.
16 mars.
Un Mandement de
Mgr Sibour.
1856
46
Les Annales
«N. T. C, F., tout annonce que le moment n'est pas éloigné
où les voeux et les prières que nous adressons au Ciel de-
puis plusieurs mois, selon les intentions de l'Empereur, vont
recevoir leur accomplissement. L'auguste Compagne qu'il a
fait asseoir à côté de lui sur son trône, après l'avoir reçue de
la main de Dieu et de l'Église, va lui donner le premier
fruit de leur union et des bénédictions célestes. Dieu, qui
est l'auteur de toute paternité, se dispose ainsi à couronner
de ses dons les plus doux et les plus précieux cette Maison
bâtie par lui-même au milieu des orages, et dont le soleil
des plus éclatantes prospérités illumine aujourd'hui le faîte.
» C'est pour nous, c'est pour la France, c'est pour le repos
de l'avenir que la divine Providence prodigue ses faveurs au
Prince qu'elle a pris par la main et qu'elle a conduit, à tra-
vers tant de vicissitudes, au gouvernement du premier Empire
du monde...»
A l'occasion de la naissance du Prince Impérial, S. M.
l'Empereur a décidé qu'il serait parrain et l'Impératrice
marraine de tous les enfants légitimes nés en France dans la
journée du 16 mars.
À l'occasion de la naissance du Prince Impérial, S. M.
l'Empereur a ordonné qu'une somme de 100,000 francs, pré-
levée sur les fonds de la Liste civile, serait répartie entre les
Bureaux de bienfaisance des principales villes et communes
où sont situés des Domaines de la Couronne.
Par décision en date du môme jour, l'Empereur a accordé
sur les fonds de la Liste civile :
Une somme de 10,000 francs à la Caisse de secours de la
Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques;
Une somme de 10,000 francs à la Caisse de secours de la
Société des Gens de lettres ;
Une somme de 10,000 francs à la Caisse de secours de la
Société des Artistes dramatiques ;
17 mars.
Libéralités à l'oc-
casion de la nais-
sance du Prince Im-
périal.
de la Paix.
47
1856
Une somme de 10,000 francs à la Caisse de secours de la
Société des Artistes musiciens ;
Une somme de 10,000 francs à la Caisse de secours de la
Société des Artistes peintres, sculpteurs, graveurs et dessina-
teurs ;
Une somme de 10,000 francs à la Caisse de secours de la
Société des Inventeurs et Artistes industriels ;
Une somme de 10,000 francs à la Caisse de secours de
l'Association des Médecins du département de la Seine.
La nouvelle de la naissance d'un Prince est accueillie avec
enthousiasme par le Sénat et le Corps législatif. Au Sénat,
S. Exc. le Président prononce ces paroles :
« En attendant que nous soyons convoqués pour aller
complimenter l'Empereur, félicitons-nous de cette grande et
heureuse nouvelle, qui déjà a fait tressaillir tous les coeurs.
Qu'elle retentisse dans cette enceinte par les chaleureuses
acclamations de Vive l'Empereur! vive l'Impératrice! vive le
Prince Impérial! »
Ces cris sont répétés avec le plus grand enthousiasme par
tous les sénateurs.
Mêmes manifestations au sein du Corps législatif.
Le Conseil municipal met à la disposition du Préfet de la
Seine une somme de 200,000 francs pour être employée,
partie au paiement de mois de nourrices dus par des familles
indigentes, partie au dégagement d'objets de literie et d'ou-
tils déposés au Mont-de-Piété. La Ville désire qu'en cette
occasion les pauvres de Paris aient un motif de plus pour
bénir le nom de l'Impératrice.
Par ordre de l'Empereur, des représentations gratuites sont
données, aux frais de la Liste civile, dans tous les théâtres
de Paris.
17 mars.
Manifestations au
Sénat et au Corps
législatif.
18 mars.
Libéralités do la
ville de Paris.
1856
48
Les Annales
Des Décrets de grâce, des remises de peine ou d'amende
font participer à la joie commune une foule de citoyens at-
teints de condamnations diverses.
S. M. l'Empereur décide que l'autorisation de rentrer en
France sera accordée à tous ceux qui déclareront se soumettre
loyalement au Gouvernement que la nation s'est donné, et
s'engageraient d'honneur à respecter les lois. Déjà, lors de
l'inauguration de l'Empire, ce généreux appel avait été fait;
l'Empereur a ordonné qu'il fût fait de nouveau. Il n'y aura
plus désormais hors du sol de la patrie que ceux qui se se-
ront obstinés à méconnaître la volonté nationale et la mo-
narchie qu'elle a fondée.
Des adresses arrivent de tous les départements ; toutes les
villes et jusqu'aux moindres communes de l'Empire envoient
à l'Empereur des félicitations, qui sont autant de preuves nou-
velles de sympathie et d'attachement.
Les Gouvernements étrangers s'empressent de même de
transmettre leurs compliments à l'Empereur.
Les principaux organes de publicité à l'étranger apprécient
comme en France la naissance du Prince Impérial. Un journal
anglais, le Globe, publie à cette occasion l'article suivant :
« Enfant de France! tel est le titre que l'Empereur donne
à son premier-né, comme le plus beau qui convienne au
Prince Impérial; et Sa Majesté, en le lui donnant, s'est
appuyée sur ces deux raisons bien puissantes, les précédents
adoptés par son oncle Napoléon Ier et la mission à laquelle
il destine le jeune Prince, « celle de perpétuer un système
national. » Ce titre lui impose des devoirs, car il n'est pas
seulement le rejeton d'une famille, mais l'enfant du pays
tout entier. Son éducation lui apprendra que naissance
oblige, et qu'il doit avant tout travailler pour la France; qu'il
est l'héritier de l'Élu de la nation et le représentant des in-
Grâces et amnistie.
Adresses.
32 mars.
Le Prince Impérial
et le journal anglais
le Globe.
de la Paix.
49
1856
térêts de tous. Tel est le résumé de la réponse que l'Empe-
reur a faite à l'adresse du Sénat. C'est, en peu de mots,
tout le système d'éducation que Sa Majesté compte donner
au Prince Impérial. »
Par ordre de l'Empereur, sur l'avis de la Commission su-
périeure des Sociétés de secours mutuels, il est décidé qu'une
somme de 500,000 francs sera prélevée sur le revenu de la
dotation de ces Sociétés pour constituer des pensions de re-
traite en faveur de leurs vieillards.
Les plénipotentiaires de la France, de la Grande-Bretagne,
de la Turquie, de la Sardaigne, de l'Autriche et de la Prusse
ont apposé, ce jour, leur signature au contrat qui met fin
à la guerre actuelle et qui, en réglant la question d'Orient,
asseoit, le repos de l'Europe sur des bases solides et durables.
Une salve de cent et un coups de canon annonce à la popula-
tion de Paris cet heureux événement. Le soir, la ville entière
a été spontanément illuminée de la manière la plus brillante.
Par ordre de l'Empereur, le Prince Impérial a été inscrit
comme « Enfant de troupe » sur les contrôles du 1er régiment
de Grenadiers de la Garde impériale.
En présentant son Fils aux Officiers de ce régiment, l'Em-
pereur a dit :
« Prenez cet enfant bien-aimé sous votre glorieuse tutelle.
» Qu'il grandisse dans les idées d'abnégation de la vie, de
» dévouement au pays, d'obéissance aux lois, dont votre
» coeur est le sanctuaire. Lorsque pour lui viendra l'heure
» de régner, il saura commander, parce qu'il aura su
« obéir. »
Pensions de retraite
aux vieillards des
Sociétés de secours
mutuels.
30 mars.
Signature de la
paix avec la Russie.
28 avril.
Le Prince Impérial
« Enfant de troupe »
1856
50
Les Annales
Des comités de souscription s'étaient formés, tant à Paris
que dans la banlieue, pour offrir à S. M. l'Impératrice et au
Prince Impérial un témoignage de gratitude et de dévouement
à l'occasion des fêtes prochaines du baptême; un nombre
considérable de signatures et une somme importante avaient
été recueillies; les présidents des comités, chargés d'offrir à
Leurs Majestés le résultat de cette oeuvre toute spontanée, re-
çurent du Ministre de l'intérieur, M. Billault, la réponse sui-
vante :
« Messieurs, j'ai fait connaître à LL. MM. l'Empereur et
l'Impératrice la touchante manifestation dont vous êtes les
organes. Ces 600,000 souscriptions, si rapidement recueillies
dans Paris et sa banlieue, les ont vivement émus.
» L'Impératrice vous en remercie pour elle et pour son
Fils ; elle acceptera avec gratitude ces volumes de signatures,
éloquent témoignage des sentiments d'affection de la popu-
lation parisienne; mais quant aux sommes produites par la-
souscription, vous lui permettrez d'en faire, comme des
600,000 francs votés, lors de son mariage, par le Conseil
municipal, une OEuvre de bienfaisance pour les enfants du
peuple.
» Patronne des Sociétés de charité maternelle et des Salles
d'asiles, Sa Majesté désire placer sous le patronage de son
Fils les pauvres orphelins; elle veut que le malheureux ou-
vrier, enlevé prématurément à sa famille, emporte du moins
en mourant la consolante pensée que la bienveillance impé-
riale veillera sur ses enfants.
» Mais il ne s'agit pas seulement de leur assurer la res-
source ordinaire d'une maison de refuge; l'Impératrice a
puisé dans son coeur une idée plus touchante : sous le pa-
tronage du Prince Impérial, une Commission, présidée par le
Ministre de l'intérieur, recherchera en même temps dans
Paris et les orphelins et les honnêtes ménages d'ouvriers
qui, moyennant une subvention annuelle, voudront prendre
chez eux ces pauvres enfants, les élever, leur donner une
20 mai.
ORIGINE DE L'OR-
PHELINAT DU PRINCE-
IMPÉRIAL.
Économie del'OEuvre.
de la Paix. 51 1856
nouvelle famille et l'apprentissage d'un état. Cette oeuvre
profitera presque autant à la famille adoptive qu'à l'orphelin
qui lui sera confié, et l'Impératrice aura ainsi réalisé sa
pieuse et délicate pensée de donner à ces pauvres petits êtres
que la mort a privés de leurs soutiens, non pas l'abri d'un
hospice, mais l'appui, l'affection, les soins d'une nouvelle
famille.
» Au revenu produit annuellement par le montant de la
souscription placé en rente sur l'Etat, l'Empereur, chaque
année, et jusqu'à ce que son Fils puisse le faire lui-même,
ajoutera sur sa cassette les 30,000 francs nécessaires pour
que cent orphelins au moins soient ainsi patronnés.
» L'unanimité de vos souscripteurs applaudira certaine-
ment à cette générosité qui transforme en un bienfait les
manifestations de leur dévouement; les enfants si maternel-
lement secourus se souviendront qu'ils le doivent à l'ingé-
nieuse bonté de l'Impératrice; la reconnaissance reportera
tout naturellement leur affection vers le jeune Prince dont le
berceau les protége déjà, et cette bonne oeuvre, à laquelle
l'Empereur s'est si largement associé, restera au milieu des
populations ouvrières comme un nouveau et vivant témoi-
gnage de son incessante sollicitude pour les souffrances du
pauvre. »
Des inondations considérables ont ravagé un certain nom-
bre de départements du centre et du midi de la France ;
S. M. l'Empereur, voulant présider en personne aux secours
à porter aux victimes du fléau, part ce jour pour Lyon,
centre du désastre.
Ouverture solennelle, sous la présidence du Prince Napo-
léon, du Concours universel agricole de 1856.
Ses ressources.
1er juin.
Inondations de
Lyon. Départ de l'Em-
pereur.
Ouverture du Con-
cours universel agri-
cole de 1856.

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