Les Antiquités égyptiennes. Traduit librement de l'anglais. Ouvrage illustré de nombreuses vignettes insérées dans le texte

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Lib. protestante (Paris). 1867. In-12.
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Publié le : mardi 1 janvier 1867
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LES
ANTIQUITÉS
ÉGYPTIENNES.
TOULOUSE,
SOCIÉTÉ DES LIVRES RELIGIEUX.
Dépôt : rue Romiguières, 8.
1867
LES
ANTIQUITÉS
ÉGYPTIENNES,
TRADUIT LIBREMENT DE L'ANGLAIS.
Ouvrage Illustré de nombreuses vignettes
insérées dans le texte.
TOULOUSE,
SOCIÉTÉ DES LIVRES RELIGIEUX.
Dépôt : rue Romiguières, 8.
1867
PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ DES LIVRES RELIGIEUX
DE TOULOUSE.
TOULOUSE, IMPRIMERIE DE A. CHAUVIN, RUE MIREPOIX, 3.
LES
ANTIQUITÉS
ÉGYPTIENNES.
CHAPITRE PREMIER.
Relations entre les habitants de l'ancienne Egypte et ceux de la terre de
Canaan.
L'Egypte occupe à peu près le centre de la
partie du monde connue des anciens. Située à
l'extrémité orientale du continent africain et
liée à l'Asie par l'isthme de Suez, elle n'est
séparée de l'Europe que par la Méditerranée,
mer de peu d'étendue et dont la navigation ne
présente aucune difficulté. Cette position lui
permit de communiquer de bonne heure aux
nations environnantes la civilisation assez avan-
cée dont elle fut le berceau.
Elle était autrefois divisée en trois grandes
provinces,
— 6 —
La Thébaïde, ou haute Egypte, couvrait la
partie méridionale de la vallée du Nil; sa capi-
tale , une des cités les plus considérables de
l'empire entier, occupait le site sur lequel on
voit aujourd'hui les villages de Louqsor, de Kar-
nak et de Gournon. Les ruines imposantes ré-
pandues autour de ces établissements moder-
nes témoignent de la magnificence de l'antique
Thèbes.
La moyenne Egypte, qui s'étendait immédia-
tement au nord de la Thébaïde, portait jadis le
nom d'Heptanomide, parce qu'elle était divi-
sée en sept nomes ou départements.
Enfin, la basse Egypte formait la troisième
province. Memphis, l'autre grande capitale de
l'empire, s'élevait au milieu d'elle. Les trois
pyramides de Ghizeh, qui s'élèvent encore dans
le désert, le sphinx colossal et les tombes tail-
lées dans le roc sur lequel reposent ces monu-
ments, sont les seuls restes de son ancienne
grandeur. La main glacée de la destruction
s'est appesantie sur elle, et une silencieuse forêt
de dattiers couvre le sol qu'occupait autrefois
la superbe Memphis.
La position géographique de l'Egypte par
rapport à la terre de Canaan et le rôle impor-
tant qu'elle a été appelée à remplir dans la
vie du peuple élu de Dieu, nous rendent l'his-
— 7 —
toire et les antiquités égyptiennes doublement
intéressantes.
La Parole de vérité nous apprend que le nom
oriental de l'Egypte , fiiiSB , Mitsraïm, est
aussi celui du troisième fils de Cam, par les
descendants duquel elle fut peuplée. Elle nous
dit, en même temps , que Canaan , frère de
Mitsraïm, s'établit avec sa famille dans la con-
trée qui porta son nom. C'est à cette commu-
nauté d'origine qu'il faut sans doute attribuer
les relations primitives établies entre les nations
voisines d'Egypte et de Canaan.
Il paraît, d'ailleurs, que la première de ces
deux contrées ne tarda pas à devenir la res-
source et le grenier des peuples environnants,
particulièrement de ceux qui habitaient le midi
de la Palestine et de la Syrie. Ainsi, nous
voyons, dans la Genèse, qu'après s'être fixé au
milieu des terres des Cananéens données par
l'Eternel à sa postérité, Abraham en fut chassé
par la famine et contraint d'entrer en Egypte,
d'où il sortit, bientôt après, « très-riche en bé-
tail , en argent et en or. »
Cette fertilité de l'Egypte était principalement
due aux inondations périodiques du Nil, qui
remplaçaient les pluies indispensables partout
ailleurs au succès des récoltes. De plus, à l'épo-
que où vivaient les patriarches, les Cananéens,
— 8 —
exclusivement occupés du soin de leurs nom-
breux troupeaux, négligeaient beaucoup la cul-
ture des terres. Il faut probablement voir dans
ce fait la cause des disettes qui désolaient alors
si souvent un pays dont les champs fournirent
plus tard en abondance « la fleur du froment »
et le pur « sang de la grappe. »
La réalisation des promesses qui dépossé-
daient les descendants coupables du fils aîné
de Cam pour donner leur territoire à la posté-
rité d'Abraham , semblait devoir briser les rap-
ports d'amitié existant entre les habitants de
l'Egypte et ceux du pays de Canaan. Mais il
n'en fut pas ainsi : un crime, la vente de Jo-
seph par ses frères à une caravane de Madia-
nites, transporta sur les bords du Nil le ber-
ceau du peuple élu de Dieu et perpétua ces
relations.
Cet événement, dont les historiens sacrés
nous ont transmis tous les détails, l'élévation
du jeune esclave hébreu aux premières digni-
tés de l'empire des Pharaons, l'établissement
de Jacob dans la terre de Goscen, la prospérité,
la servitude et la délivrance des Israélites, la
vie de Moïse, sont trop connus de nos lecteurs
pour que nous en reproduisions ici le récit.
Nous nous bornerons à jeter un coup d'oeil ra-
pide sur quelques-unes des conséquences du
— 9 —
long séjour en Egypte de la race privilégiée au
milieu de laquelle devait naître le Sauveur du
monde.
Lorsque le petit-fils d'Abraham se fixa avec
sa famille dans le delta du Nil, la monarchie
égyptienne possédait depuis longtemps un gou-
vernement régulier, était régie par des lois
équitables et sages. De plus, elle ne cherchait
pas à empiéter sur le territoire de ses voisins,
composés, pour la plupart, de tribus à demi
barbares, et se contentait de défendre avec soin
ses frontières. Ainsi protégée à l'intérieur con-
tre les guerres civiles, par des institutions mo-
dérées , et au dehors contre toute invasion
étrangère par une attitude imposante, elle avait
joui de longues périodes de paix bien rares
dans l'histoire des peuples de l'antiquité. Il
en résultait que la nation avait fait, dans les
sciences et dans les arts, de rapides progrès.
En grandissant au milieu du peuple le plus
civilisé de cette époque, les Hébreux avaient
dû nécessairement acquérir les connaissances
indispensables à toute société organisée et la
pratique des arts, dont ils n'auraient jamais eu
la moindre idée s'ils avaient continué à mener
la vie errante des pasteurs du désert. Aussi
voyons-nous que leur civilisation, leurs moeurs
et même leur costume avaient beaucoup du ca-
— 10 —
ractère égyptien ; ils en avaient seulement dé-
gagé l'élément idolâtre.
De cette similitude d'usages, de l'habitude de
vivre ensemble naquirent une certaine sympa-
thie et une tendance chez les deux peuples à
se maintenir en relations constantes. La loi lé-
vitique sanctionna, du reste, en quelque sorte,
ces rapports d'amitié ; car l'Egypte n'était pas
comprise dans la défense rigoureuse qui inter-
disait tout échange, toute communication entre
les Juifs et les nations païennes répandues au-
tour d'eux. Il était au contraire enjoint aux Is-
raélites d'être courtois, hospitaliers à l'égard
des Egyptiens. Il nous est de plus permis de
supposer que les mariages entre ces derniers
et les Hébreux n'étaient pas défendus, puisque
Salomon, le plus renommé et le plus puissant
des rois d'Israël, épousa la fille d'un roi
d'Egypte sans que le Seigneur l'en blâmât ;
tandis que plus tard, lorsqu'il s'allia à d'au-
tres femmes étrangères, « l'Eternel fut irrité
contre lui. »
Vers cette époque, les Israélites empruntè-
rent aux Egyptiens plusieurs usages prohibés
par les commandements de Dieu. Ainsi Salo-
mon , malgré les défenses contenues dans les
lois de Moïse, fit « des amas de chariots et de
gens de cheval. » Jéroboam se rendit, quelque
— 11 —
temps après, coupable d'une faute beaucoup
plus grave en introduisant au sein de la terre
promise les pratiques idolâtres des descendants
de Mitsraïm.
L'Eternel eut également des reproches fré-
quents à adresser à son peuple, parce que ce
dernier se reposait beaucoup trop sur ses rap-
ports d'amitié avec l'Egypte et sur les secours
qu'il pouvait en retirer pour repousser les atta-
ques de ses ennemis.
Salomon donna le premier l'exemple d'une
alliance offensive et défensive avec ses voisins
des bords du Nil. Il fut imité par plusieurs de
ses successeurs, et notamment par les rois
d'Israël. Ceux-ci se maintinrent étroitement
unis à l'Egypte jusqu'à la dispersion des dix
tribus.
Quant au royaume de Juda, il eut quelques
querelles avec les Pharaons. La première s'éleva
entre Roboam et Sisak, le Sésonchis des Grecs,
chef d'une dynastie qui avait chassé du trône
la famille du roi allié de Salomon. Sisak, au-
près duquel Jéroboam trouva d'abord un refuge
et probablement, plus tard, lorsqu'il amena les
dix tribus à se séparer de la maison de David,
un appui efficace, s'empara de Jérusalem qu'il
dépouilla, ainsi que le temple, de tous ses
trésors ; puis, fidèle à la politique invariable de
— 12 —
ses prédécesseurs, il retourna dans sa patrie
sans chercher à conserver sa conquête.
La bonne harmonie paraît ensuite avoir régné
entre l'Egypte et la Judée jusqu'au moment où
Josias attaqua Pharaon Néco , qui se dirigeait,
avec son armée, vers l'Euphrate, pour faire la
guerre à Karkémis, roi de Babylone. Josias fut
tué à Méguiddo, et son vainqueur, après avoir
rançonné Jérusalem, établit Eliakim ( ou Jého-
jakin) sur le trône de Juda.
Bientôt après, les Caldéens envahirent la Ju-
dée et en chassèrent les troupes de Pharaon
Néco ; ils s'emparèrent de Jérusalem, transpor-
tèrent à Babylone le fils d'Eliakim, qui avait
succédé à son père depuis trois ans, et donnè-
rent la couronne à Sédécias. Sous le règne de
ce dernier, les Juifs , sans consulter l'Eternel,
implorèrent le secours des Egyptiens pour se
soustraire au joug de Nébucadnetsar. Ce prince
se rendit encore maître de Jérusalem, et Sédé-
cias , convaincu de rébellion à l'égard de son
suzerain , eut les yeux crevés, puis fut con-
duit , chargé de chaînes, dans la capitale de la
Chaldée.
Ces rudes leçons ne purent convaincre les
Juifs de l'impuissance des Pharaons ; car ceux
d'entre eux que le roi de Babylone avait lais-
ses dans leur patrie après la destruction de Jé-
— 13 —
rusalem s'imaginèrent, malgré les représenta-
tions de Jérémie, qu'ils ne seraient en sûreté
qu'en Egypte. Ils ne tardèrent pas à être cruelle-
ment déçus. Nébucadnetsar envahit pour la se-
conde fois l'empire où ils s'étaient réfugiés, et
les fit tous passer au fil de l'épée sans distinc-
tion d'âge ni de sexe. Le souverain qui les
avait accueillis fut lui-même détrôné et mis à
mort par Amasis, l'un de ses officiers.
Quelques années plus tard, Cambyse, roi des
Perses, pénétra à son tour en Egypte, et la ra-
vagea depuis la Méditerranée jusqu'aux cata-
ractes. A partir de ce moment, la reine du
monde civilisé ne recouvra plus son indépen-
dance et devint une simple province , d'abord
de la vaste monarchie persane, ensuite de
celle des Ptolémées, et enfin de la républi-
que romaine.
Les prophètes Esaïe, Jérémie et Ezéchiel
avaient annoncé depuis longtemps cet abaisse-
ment de l'Egypte. Mais, en parlant des mani-
festations du courroux de l'Eternel, ils lais-
saient entrevoir que Celui qui se souvient d'avoir
compassion n'oubliait pas les bienfaits que
son peuple avait autrefois reçus des enfants de
Mitsraïm. La sentence prononcée contre les
Egyptiens ne comportait pas une ruine com-
plète , irrévocable.
— 14 —
Aussi, plus favorisée que les autres empires
condamnés par la Parole du Seigneur, l'Egypte,
après deux mille ans de souffrances intenses,
après avoir été la proie de tous les conquérants
qui se sont succédé sur la surface de la terre,
conserve encore son nom et nourrit les misé-
rables restes descendus de ses anciens habi-
tants.
Toutes les prédictions relatives à cette con-
trée ne sont pas encore accomplies, et il ne
nous appartient pas de soulever le voile dont
s'enveloppent les desseins miséricordieux de
l'Eternel à son égard. Contentons-nous de nous
réjouir des glorieuses espérances que ces pro-
phéties font concevoir, et prions avec ferveur
afin qu'elles soient promptement réalisées.
Après le retour des Juifs de la captivité de
Babylone, leurs relations avec l'Egypte devin-
rent plus fréquentes et plus intimes que par le
passé ; il paraît cependant qu'ils ne furent plus
tentés d'imiter les pratiques idolâtres de leur
ancienne alliée. Les deux peuples étaient alors
réunis sous la domination des rois de Perse,
et tombèrent ensemble, plus tard, sous le joug
d'Alexandre le Grand. La ville que ce conqué-
rant fit élever près de l'embouchure occiden-
tale du Nil, et à laquelle il donna son nom,
était très-fréquentée par les Juifs.
— 15 —
La première traduction en grec des saintes
Ecritures fut exécutée en Egypte par les or-
dres de Ptolémée Philadelphe, un des succes-
seurs d'Alexandre. Cette version existe encore
de nos jours ; elle est connue sous le nom de
version des Septante, d'après la fable qui l'at-
tribue à soixante et douze traducteurs pris en
nombre égal dans chacune des douze tribus
d'Israël.
Sous le règne de Ptolémée Philométor,
Onias, fils d'Onias III, souverain sacrificateur
de Jérusalem, bâtit à Héliopolis un temple pour
ses compatriotes ; il y établit des sacrificateurs,
des lévites, et tout le cérémonial prescrit par
les lois de Moïse. Ce fait prouve qu'à cette épo-
que, ou cent cinquante ans avant Jésus-Christ,
le nombre des Juifs résidant en Egypte était
considérable.
C'est dans cette contrée que les descendants
déchus d'Israël acquirent les premières notions
de la philosophie grecque. Quelques-uns d'en-
tre eux fondèrent à Alexandrie une secte qui
avilit la Révélation divine en la mêlant aux vai-
nes rêveries de Platon. Cette école se maintint
longtemps dans un état florissant et parvint
même à faire adopter ses doctrines par des
chrétiens , au commencement du troisième
siècle.
— 16 —
Enfin l'Egypte, après avoir été pour le peu-
ple de Dieu une terre hospitalière, et trop
souvent aussi « une pierre d'achoppement, »
fut chargée de protéger l'espoir de l'humanité
entière : elle eut l'insigne honneur de servir
d'asile à l'enfance menacée de Jésus-Christ.
C'est le dernier événement qui la lie aux récits
des historiens sacrés.
CHAPITRE II.
Du climat et des monuments de l'Egypte.
Certaines particularités dues à son climat et
au fleuve magnifique qui la parcourt du nord
au midi, font de l'Egypte une contrée fort re-
marquable.
Elle est comprise dans la zone qui s'étend
depuis le tropique du Cancer jusqu'au 32e de-
gré de latitude septentrionale, et se trouve,
par conséquent, dans une région presque par-
tout aride à cause du manque absolu d'eau.
Elle est, en outre, entourée de la plus vaste
étendue de déserts qui existe sur la surface de
la terre. A l'est se déroulent les sables brû-
lants de l'Arabie, dont elle n'est séparée que
par le bras de mer étroit connu sous le nom de
mer Rouge ; à l'ouest et au midi elle touche
aux confins des solitudes désolées de la Libye,
— 18 —
Par suite de cette disposition géographique,
les pluies sont fort rares en Egypte, et ce pays,
qui n'est en résumé qu'une vallée étroite com-
prise entre deux chaînes de montagnes peu
élevées se dirigeant du nord au sud, serait,
comme les plaines environnantes, un désert
aride et desséché si le Nil ne venait l'arroser.
Ce fleuve, dont les eaux claires et limpides
sont tellement renommées par leur salubrité et
par leur fraîcheur que les habitants de ses
bords en supportent difficilement la privation ,
conserve ordinairement la pureté de ses ondes
jusqu'au moment où il se décharge dans la Mé-
diterranée. Mais tous les ans, vers le solstice
d'été, lorsque des pluies diluviennes tombent
enfin sur les plateaux d'où il descend, le Nil
change subitement d'aspect ; ses eaux devien-
nent bourbeuses, rougeâtres ; au bout de quel-
ques heures, il ressemble à un fleuve de sang.
Cet effet ne peut être attribué à aucune varia-
tion atmosphérique survenant en Egypte ; car
le soleil brûlant, le ciel serein, la sécheresse
qui caractérisent ce pays, n'ont éprouvé aucune
altération.
Quelques jours après, les eaux s'élèvent dans
le lit du fleuve et continuent à croître graduel-
lement jusque vers le milieu de juillet, où
elles débordent des deux côtés ; à la fin du
— 19 —
mois d'août, l'Egypte n'est plus qu'une mer
semée çà et là de villes, de villages , et cou-
pée dans tous les sens par des chaussées éle-
vées d'avance pour assurer les communica-
tions. L'inondation va en progressant jusqu'à
l'équinoxe d'automne ; alors les eaux commen-
cent à se retirer, et, à la fin de novembre, le
Nil, rentré dans son lit, présente de nouveau
l'azur de ses flots limpides aux rayons ardents
du soleil.
Les efforts des Egyptiens ont toujours eu
pour but d'amener sur la plus grande étendue
de terrain possible, au moyen de canaux et de
digues, les eaux provenant de ce débordement
du Nil. Ceux de leurs rois qui se sont signalés
par des travaux tendant à produire ce résultat
ont été les objets de la reconnaissance publi-
que , et leurs noms ont été transmis avec vé-
nération à la postérité. La configuration générale
du pays les a, du reste, secondés, car l'Egypte
présente une surface convexe ; elle s'élève gra-
duellement, depuis les montagnes qui la bor-
nent à l'est et à l'ouest, jusqu'au lit du fleuve.
Le Nil contribue à la fertilité de l'Egypte,
non-seulement par l'arrosage naturel dont nous
venons de parler, mais encore par le limon
qu'il dépose sur les terres en se retirant. Là où
les débordements du fleuve s'arrêtent, toute
culture cesse; aussi voit-on, dans cette curieuse
partie du globe, une végétation riche et vigou-
reuse s'élever à côté d'un désert aride.
L'extrême sécheresse du climat de l'Egypte
produit un effet remarquable. L'atmosphère y
est presque entièrement dépourvue d'humidité
et, par conséquent, d'un des plus puissants
agents de destruction; il en résulte que le
temps, dont les étreintes corrosives détruisent
si rapidement, dans les autres contrées, les
plus beaux travaux des hommes, passe sur les
antiques monuments de l'Egypte sans y appor-
ter aucun changement perceptible. Les peintu-
res qui couvrent les murs de temples privés de
toiture depuis près de deux mille ans ne sont
pas effacées ; on en distingue les couleurs, qui
même , dans plusieurs lieux, ont conservé leur
fraîcheur primitive. Quant aux travaux d'art
d'une nature moins fragile, tels que les édifi-
ces bâtis en granit, en basalte, ou avec cette
pierre calcaire si dure que les Egyptiens prodi-
guaient dans leurs constructions, ils sont com-
plètement intacts. Les sculptures , les inscrip-
tions qui les couvrent, quoique exécutées
depuis bien des siècles, n'ont subi presque
aucune altération ; ainsi les débris des temples
abattus par l'ordre de Cambyse, cinq cents ans
avant l'ère chrétienne , n'ont pas encore perdu
-21 —
le poli qu'ils avaient le jour où ils sortirent des
mains des ouvriers.
La même particularité se fait surtout remar-
quer dans les constructions souterraines exécu-
tées sur les flancs des montagnes. En voyant
l'immense temple d'Ipsamboul, dans la Nubie,
on est porté à croire que les sculpteurs, que
les peintres, y travaillent encore. Il est impos-
sible que la blancheur des murailles ait jamais
été plus éclatante, plus pure ; que les arêtes
des ciselures aient été plus aiguës, les couleurs
plus belles qu'aujourd'hui. L'illusion est sur-
tout frappante quand on pénètre dans les lieux
où des lignes interrompues, des ébauches,
prouvent que le travail gigantesque est ina-
chevé. Mais la poussière noire, épaisse, amon-
celée sur le pavé rocailleux et qui provient des
débris vermoulus des portes et des boiseries
intérieures du temple, démontre d'une façon
irrécusable que, depuis bien des siècles, les
mains au talent desquelles ces merveilles sont
dues demeurent immobiles dans la tombe.
Grâce à cette propriété conservatrice du cli-
mat de l'Egypte, nous pouvons encore admirer
plusieurs des antiques monuments de cette
contrée.
Ces restes de la grandeur d'une des plus an-
ciennes monarchies du monde se composent,
pour la plupart, d'édifices consacrés à des cé-
rémonies religieuses ou à des assemblées publi-
ques. Telle est, du moins, la destination que
paraissent avoir eue les établissements dont on
remarque les ruines dans les lieux qu'occupaient
jadis les villes principales de la haute Egypte.
Tous ces débris sont couverts de tableaux sculp-
tés en relief, généralement coloriés et repré-
sentant des scènes de la vie politique et reli-
gieuse des princes fondateurs ; on y voit des
idoles recevant les hommages du roi, des ba-
tailles , des sièges, des triomphes, de longues
files de captifs menés aux pieds de la divinité.
Toutes les figures sont pleines de vie et d'exac-
titude; le costume, les traits caractéristiques
et la couleur des habitants des diverses nations
sont rendus avec une fidélité étonnante.
Ces reliefs sont accompagnés d'inscriptions
explicatives composées d'hiéroglyphes ou carac-
tères sacrés de l'Egypte. On est parvenu der-
nièrement à lire une partie de ces inscriptions,
et l'on a découvert qu'elles contiennent toutes
les informations nécessaires pour éclaircir, à
l'aide des tableaux auxquels elles sont an-
nexées , plusieurs points obscurs de la religion
et de l'histoire de l'Egypte.
Ainsi, elles nous donnent les noms des dieux
représentés, leurs généalogies, les cérémonies
-23 -
à observer dans leur culte, et plusieurs autres
détails mythologiques. Sous les portraits des
rois se trouvent toujours les noms et les titres
du prince ; on désigne de la même manière les
peuples ennemis, les villes ou les forteresses
assiégées, les principaux captifs traînés à la
suite des conquérants. Les dates de la con-
struction des temples divers et du commence-
ment des guerres sont également conservées ;
comme dans les livres des rois de l'Ancien
Testament, elles sont comptées d'après les
années et les mois du règne du monarque
vivant.
On a enlevé de ces ruines, pour les placer
dans les principaux musées européens, des sta-
tues de dieux, de rois, des sphinx , des obé-
lisques , des fragments de colonnes, des frises,
et plusieurs autres débris curieux.
Mais c'est dans les tombeaux de l'Egypte que
l'on a trouvé les monuments les plus intéres-
sants du degré de civilisation auquel elle était
parvenue. Dans la Thébaïde, les morts étaient
déposés dans des caveaux immenses creusés
sur les flancs des montagnes qui forment la
limite occidentale de la vallée du Nil ; dans la
basse Egypte , des puits profonds , revêtus de
murailles de briques, ou percés dans la roche,
remplissaient le même but. Ces cavernes sépul-
-24-
crales prouvent que Diodore de Sicile n'exagé-
rait pas en écrivant que les Egyptiens dépen-
saient moins d'argent pour leurs maisons que
pour leurs tombes.
Quelques-unes de ces dernières sont de vas-
tes fosses communes dans lesquelles se trou-
vent rangés, en nombre incroyable, les momies
ou corps embaumés des classes pauvres; quel-
ques-unes d'entre elles sont enfermées dans
des cercueils ; mais, le plus souvent, elles
n'ont pour enveloppe que les bandelettes épais-
ses de toile dont toutes sont entourées. Ailleurs,
on voit des caveaux affectés spécialement aux
membres d'une seule famille ; construits pour
des personnes riches, ils sont parfois très-éten-
dus et décorés avec luxe. Il en est qui se com-
posent d'une série de cellules communiquant
entre elles par des galeries; tous les murs sont
enduits de stuc et couverts de dessins repré-
sentant, soit des circonstances des funérailles,
soit des faits relatifs à leurs croyances mytholo-
giques, soit des actes ordinaires de la vie.
Ainsi le défunt paraît entouré de sa famille,
assis devant un festin, écoutant de la musique,
regardant les pas des danseuses ou les tours
exécutés par des jongleurs. Plus loin, on le
voit dans la campagne, se livrant aux plaisirs
de la chasse ou de la pêche; à côté, il est oc-
— 25 —
cupé, dans les champs, à surveiller des travaux
d'agriculture ou à compter son bétail.
Sur d'autres tombeaux, on a représenté les
divers procédés employés dans les arts méca-
niques ; des tanneurs, des tisserands, des vigne-
rons , des maçons, des charpentiers, des for-
gerons, des potiers sont à l'oeuvre; tous les
détails de la fabrication des armes, de la con-
struction des" chariots et des navires sont dé-
peints avec la fidélité la plus minutieuse. On
retrouve, en un mot, dans ces lieux de sépul-
ture, d'où l'artiste paraît avoir voulu bannir
l'idée même de la mort, toutes les occupations
ordinaires de l'existence ; car tout, excepté les
cadavres qui les habitent, y respire la vie. Une
anomalie aussi singulière s'explique par l'habi-
tude qu'avaient les Egyptiens de préparer et
d'embellir eux-mêmes d'avance leur dernière
demeure.
Les momies des classes élevées de la société
étaient parfois enfermées dans des sarcophages
ou cercueils de granit, de basalte ou d'albâtre,
couverts de figures et d'hiéroglyphes sculptés
en relief; mais on les trouve plus souvent dans
des caisses en bois richement ornées de pein-
tures et de dorures.
Il paraît aussi que les Egyptiens plaçaient
auprès de leurs parents décédés les ustensiles
2
— 26 —
dont ceux-ci se servaient pendant leur vie, et
les objets de luxe auxquels ils tenaient le plus.
On voit, en effet, dans toutes les tombes, des
vases élégants en granit, en albâtre, en métal,
en terre; des outils, des chaises, des tables,
des lits ; des palettes semblables à celles dont
se servaient les scribes sacrés, avec les couleurs
en pâte et les brosses; des modèles de bateaux,
de maisons, de greniers. On y rencontre très-
fréquemment des livres en forme de rouleaux
qui formeront, sans doute, la partie la plus
intéressante de ces restes antiques quand on
sera parvenu à en comprendre le contenu. Ces
livres sont généralement placés au milieu des
bandelettes enveloppant les momies, quelque-
fois dans des jarres en terre ou dans des mor-
ceaux de bois creux. Ils sont écrits sur une
substance, appelée le papyrus ou biblus, ex-
traite d'une espèce de roseau autrefois très-
commune dans les canaux et dans les lacs de
l'Egypte.
Les sépultures royales découvertes à Biban-
el-Molouk, vallée retirée à l'ouest de Thèbes,
l'emportent de beaucoup sur celles des simples
particuliers par la magnificence de leurs déco-
rations. L'étude des peintures et des inscrip-
tions qu'elles renferment a jeté un grand jour
sur l'histoire de l'Egypte. On en connaît main-
— 27 —
tenant vingt et une ; elles ont été malheureuse-
ment dépouillées, il y a longtemps, de tout ce
qu'elles contenaient.
Si nous possédons sur la vie privée des an-
ciens habitants de l'Egypte plus de détails que
sur celle de tous les autres peuples de l'anti-
quité, nous les devons, d'après ce qui vient
d'être dit, aux moeurs elles-mêmes et au cli-
mat spécial de cette contrée. Les ruines inté-
ressantes, conservées jusqu'à ce jour, nous
aideront bientôt, il faut l'espérer, à connaître
l'histoire réelle d'une nation sur laquelle nous
ne possédions que les documents confus re-
cueillis par les auteurs grecs.
Les découvertes modernes relatives à l'Egypte
ne peuvent être vues avec indifférence par les
chrétiens; car, indépendamment de l'intérêt
naturel excité par tout ce qui concerne une
nation dont la vie politique a été liée pendant
près de deux mille ans à celle du peuple élu de
Dieu, il est permis de supposer que cette contrée
servira puissamment la cause de l'Evangile.
Un esprit d'examen, un désir ardent d'obte-
nir la preuve de toutes choses, dominent, en
effet, notre époque. Or, le nouveau champ
ouvert en Egypte à nos investigations est d'une
importance extrême, puisqu'on y a déjà trouvé
un témoignage éclatant rendu à la vérité de
-28-
plusieurs récits des saintes Ecritures ; l'exacti-
tude des autres sera, sans doute, confirmée
de la même manière, et la philosophie du siè-
cle deviendra ainsi l'instrument employé par
Dieu pour combattre l'incrédulité.
CHAPITRE III.
Du dessin et de la sculpture chez les anciens Egyptiens.
Les enfants d'Israël devaient être déjà initiés
aux arts de la vie civilisée, lorsque, délivrés
pour toujours des poursuites de leurs oppres-
seurs , ils se trouvèrent assemblés au pied du
mont Sinaï; puisque l'Eternel leur prescrivit
alors , par la bouche de Moïse , de construire
immédiatement le sanctuaire dans lequel il
voulait habiter au milieu d'eux. L'exécution de
ce magnifique travail exigeait des ouvriers con-
sommés, des hommes de talent et de goût;
ils se trouvèrent parmi le peuple, et les ordres
du Seigneur furent ponctuellement exécutés.
Dans cette circonstance, les Hébreux, doués
par Dieu « d'un esprit de science , » utilisèrent,
sans doute, les connaissances qu'ils avaient
acquises pendant leur long séjour au milieu des
Egyptiens.
— 31 —
Nous savons, en effet, que ces derniers
avaient fait de grands progrés dans les arts
d'agrément et de luxe ; ils possédaient, surtout
pour le dessin et pour la sculpture, un pen-
chant qui les leur faisait appliquer avec une
profusion inconnue partout ailleurs. Leurs tem-
ples étaient remplis de statues; les murailles
étaient chargées, comme nous l'avons déjà dit,
de tableaux en relief et d'inscriptions hiérogly-
phiques. On en voit la preuve dans les monu-
ments existant encore de nos jours : l'oeil ne
rencontre de tous côtés que des figures gigan-
tesques, que de longues colonnes d'hiérogly-
phes. Les obélisques, les deux colosses, les
pylônes qui forment l'avenue de chaque édifice
sacré ; l'encadrement des portes, toutes les co-
lonnes sans exception ; l'intérieur, l'extérieur
des temples, depuis la base jusqu'au faîte,
depuis l'entrée jusqu'au sanctuaire, tout, en
un mot, est couvert de bas-reliefs.
Leurs tombeaux, ainsi qu'on l'a vu dans le
chapitre précédent, sont revêtus d'ornements
semblables ; mais ce qu'il y a de plus extraor-
dinaire , c'est que l'on observe la même profu-
sion de figures et d'hiéroglyphes sur des vases
en terre, sur des ustensiles consacrés aux sim-
ples usages de la vie domestique.
On comprendra combien la pratique du des*
— 32 —
sin était répandue parmi les Egyptiens, en se
rappelant que les caractères dont se compo-
sait leur système d'écriture représentaient des
formes ou d'hommes, ou d'animaux, ou d'ob-
jets matériels.
Du reste, ils avaient dans l'emploi de cet art
un but tout différent de celui des Grecs. Ceux-ci
cherchaient à plaire, à frapper l'imagination,
tandis qu'en Egypte les peintres et les sculp-
teurs devaient parler à l'intelligence, trans-
mettre à la postérité le souvenir des faits. Aussi
Clément d'Alexandrie prétend-il qu'un tem-
ple égyptien est « un écrit » s'adressant à l'es-
prit comme le ferait un livre. On y voit le
recueil de tous les événements qui ont amené
sa construction et des détails historiques pré-
cieux sur le règne des princes qui l'ont élevé.
Les bas-reliefs et les inscriptions sculptés sur
les pylones servent, en quelque sorte, d'intro-
duction au récit des faits retracés sur les mu-
railles du monument. Chacun d'eux porte géné-
ralement une figure gigantesque du Pharaon
par lequel l'édifice a été construit, saisissant,
de sa main gauche, la chevelure de captifs
prosternés à ses pieds, et brandissant, de la
main droite, un glaive ou une massue. Ces cap-
tifs représentent les nations soumises par le
monarque vainqueur; leurs costumes, leurs
— 33 —
traits, leur teint font aisément reconnaître à
quel peuple ils appartiennent.
Travaillant ainsi pour l'instruction de la pos-
térité, les artistes égyptiens s'attachaient à la
clarté du sujet bien plus qu'à l'effet du tableau.
Ils imitaient la nature avec assez d'exactitude
pour faire comprendre ce qu'ils voulaient repré-
senter; mais ils n'allaient pas au delà. C'est à
cette circonstance qu'il faut attribuer les iné-
galités d'exécution, si toutefois l'on peut ainsi
parler, remarquées dans leurs oeuvres. On y
trouve des figures humaines, imparfaites, négli-
gées dans tous les détails, à côté d'oiseaux,
par exemple, dessinés avec une fidélité, un
goût irréprochables. Un simple croquis des pre-
mières suffisait pour rendre la pensée de l'au-
teur tandis qu'une imitation minutieuse était
indispensable pour spécifier la nature précise
de l'animal.
Ils nous ont cependant laissé des statues
dans lesquelles les formes humaines sont mo-
delées avec soin et, dans tous leurs portraits,
on distingue facilement, par les traits du visage,
le sexe de la personne représentée.
Les Egyptiens ne connaissaient pas les lois
de la perspective, et n'apportaient, dans le colo-
ris, aucune attention aux effets de la lumière
et des ombres. Ils n'en sentaient pas évidem-
— 34 —
ment la nécessité pour être compris de ceux
auxquels ils s'adressaient. Cet oubli ou cette
ignorance leur faisait souvent donner aux per-
sonnages de leurs tableaux des attitudes outrées
ou contre nature. Ainsi ils dessinaient souvent
des figures, soit d'hommes soit d'animaux,
avec une partie du corps en profil et le reste,
sinon complètement en face, au moins en trois
quarts. C'est encore pour la même raison qu'ils
peignaient, les uns au-dessus des autres, les
objets placés sur un même plan.
Ces divers défauts d'exécution ont singuliè-
rement compliqué l'étude des antiquités égyp-
tiennes. Il a fallu une attention et une persé-
vérance soutenues pour arriver à reconnaître
des outils, des maisons , des jardins, dans les
dessins par lesquels ils sont représentés sur les
ruines dont nous nous occupons.
Quoique négligeant l'effet pittoresque dans les
détails de leurs tableaux, les artistes égyptiens
savaient l'atteindre au plus haut degré dans
l'arrangement et dans l'harmonie de l'ensem-
ble. L'effet produit par les immenses bas-reliefs
coloriés qui couvrent les murailles de quelques-
uns de leurs temples surpasse, dit-on, celui
des monuments les plus remarquables des Grecs.
Rien ne saurait égaler l'imposante magnifi-
cence de la grande salle de Karnak, au milieu
— 35 —
des ruines de Thèbes. « Imaginez, » écrit
M. Ampère, « une forêt de tours ; représentez-
vous cent trente-quatre colonnes égales en gros-
seur à la colonne de la place Vendôme, dont les
plus hautes ont soixante et dix pieds de hauteur et
onze pieds de diamètre, couvertes de bas-reliefs
et d'hiéroglyphes ; les chapiteaux ont soixante-
cinq pieds de circonférence; la salle a trois
cent dix-neuf pieds de long et plus de cent
cinquante pieds de large. Ni le temps, ni les
conquérants qui ont ravagé l'Egypte n'ont
ébranlé cette impérissable architecture. Elle est
exactement ce qu'elle était il y a trois mille ans,
à l'époque florissante des Ramsès. Les forces
destructives de la nature ont échoué ici contre
l'oeuvre de l'homme.
» Cette salle était entièrement couverte; on
voit encore une des fenêtres qui l'éclairaient.
Ce n'était point un temple, mais un vaste lieu
de réunion destiné sans doute à ces assemblées
solennelles qu'on appelait des panégyries. L'hié-
roglyphe dont ce mot grec semble être une
traduction se compose d'un signe qui veut
dire tout et d'un toit supporté par des colonnes
semblables à celles qui m'entourent. Ce monu-
ment forme donc comme un immense hiéro-
glyphe au sein duquel je suis perdu.
» La grande salle de Karnak a été achevée
— 36 —
par Ramsès Sésostris ; mais elle avait été con-
struite presque entièrement par son père Séthos,
dont les exploits sont représentés sur les murs
de l'édifice. Ces tableaux forment réellement
une épopée en bas-reliefs dont le héros est le
Pharaon Séthos, une séthéide sculptée et vi-
vante. Ici on voit Séthos, debout sur un char,
percer de ses flèches ses ennemis, qui tombent
en foule dans mille attitudes désespérées. Le
roi, le char, les coursiers, tout est gigantes-
que par rapport aux ennemis de l'Egypte. Le
poitrail des chevaux lancés au galop domine la
forteresse et couvre l'armée tout entière des
vaincus. Plus loin, le vaillant Pharaon est aux
prises avec un chef ennemi qu'il tient à la
gorge et va percer; son pied écrase un adver-
saire qu'il vient d'immoler. Le mouvement qui
exprime cette double action est sublime. Ail-
leurs on voit Séthos traîner après lui les peuples
soumis par ses armes, et, ce qui est plus ex-
traordinaire , emporter plusieurs chefs sous son
bras, ainsi qu'on emporterait un enfant mutin.
Puis les vaincus font acte de soumission ; ils
abattent les forêts de leur pays comme pour
l'ouvrir devant les pas du vainqueur. Le roi
revient en triomphe dans ses Etats, où il reçoit
les hommages de ses peuples, et où les grands
et les prêtres, inclinés devant lui et repré-
— 37 —
sentes avec une stature très-inférieure à la
sienne, offrent en toute humilité leurs respects
au Pharaon victorieux.
» On n'a point exagéré en disant que la salle
prodigieuse de Karnak est la plus vaste et la
plus splendide ruine des temps anciens et mo-
dernes (1). »
La plupart des voyageurs s'accordent aussi à
reconnaître que l'architecture solennelle et im-
posante des temples égyptiens est bien plus
appropriée que celle des Grecs aux monuments
revêtus d'un caractère religieux.
(1) Extrait de la Revue des Deux-Mondes. Voyage et recherches en
Egypte et en Nulle, par J.-J. Ampère.
CHAPITRE IV.
De l'interprétation des hiéroglyphes.
Les anciens auteurs grecs et romains, tout
en donnant quelques renseignements sur cer-
tains groupes d'hiéroglyphes, avaient laissé
entrevoir que, par suite des précautions prises
par les prêtres égyptiens pour cacher au vul-
gaire l'interprétation de ces caractères bizarres,
on avait fini par en oublier complètement
l'usage et la signification. Ils ajoutaient même
qu'un des derniers souverains de Rome avait
offert en vain une récompense considérable à
celui qui parviendrait à lire l'inscription placée
sur un obélisque qu'il faisait redresser.
Malgré ces décourageantes assertions, on
commença, vers le milieu du quinzième siècle,
à s'occuper sérieusement, en Europe, de l'in-
terprétation des hiéroglyphes gravés sur les mo-
— 39 —
numents égyptiens que les empereurs romains
avaient fait autrefois transporter en Italie. On
s'attendait alors à trouver sous ces mystérieux
symboles des trésors cachés de vérités perdues,
des connaissances importantes sur les sciences
métaphysiques et naturelles (1).
Un érudit remarquable par son savoir et par
son zèle infatigable pour l'étude, A. Kircher,
publia, en 1636, un ouvrage (2) en six gros
volumes in-folio, dans lequel il donnait une
prétendue traduction des inscriptions conservées
sur la plupart des monuments égyptiens alors
connus en Europe. D'après cet auteur, ces hié-
roglyphes se rapportaient à des sujets de l'ordre
le plus abstrait : tels que l'âme du monde, l'es-
prit de la nature, etc. ; chaque inscription pou-
vait être lue indifféremment, en commençant
soit par le haut soit par le bas, sans que le
sens en fût changé.
Quoique les interprétations de Kircher fussent
erronées, ses travaux facilitèrent les recherches
des savants qui vinrent après lui, en présentant
à ces derniers une collection complète de tous
les passages des divers auteurs grecs et latins
(1) Cette opinion, que certains écrivains font remonter au règne de
Psamméticus, six cents ans avant Jésus-Christ, fut de nouveau répandue
par les gnostiques au troisième siècle de l'ère chrétienne.
(2) OEdipus AEgyptiacus.
— 40 —
relatifs à l'Egypte. Ils attirèrent surtout l'atten-
tion des lettrés sur le copte ou idiome national
des anciens Egyptiens (1) : c'est la langue qu'em-
ployèrent, en lui appliquant les caractères grecs,
les chrétiens primitifs des bords du Nil pour
écrire la Bible, les liturgies, les légendes et
les nombreux manuscrits existant encore de
nos jours dans plusieurs bibliothèques euro-
péennes.
On n'avançait cependant qu'à tâtons dans
l'étude des antiquités égyptiennes, lorsque la
mémorable expédition française de 1798 vint
donner aux recherches des savants une impul-
sion nouvelle. Des hommes profondément ver-
sés dans toutes les branches de la littérature
et de la science avaient été adjoints à l'armée
du général Napoléon Bonaparte ; les récits pu-
bliés par quelques-uns d'entre eux sur leurs
aventures personnelles , leurs rapports au sujet
des merveilles dont ils étaient entourés, les
débris de monuments envoyés en France, ap-
pelèrent l'attention de toute l'Europe sur un
pays dont les ruines antiques portaient le ca-
chet d'une civilisation déjà fort avancée.
Les zodiaques observés par les savants fran-
(1) Le mot Copte est une corruption arabe du mot grec AIYUTCTOÇ ,
Egypte.
- 41 —
çais sur les voûtes des temples de Dendérah et
d'Esné, firent d'abord naître, à cause de l'anti-
quité extraordinaire que certains auteurs leur
assignaient, des controverses longues et ani-
mées. M. Jomard faisait remonter l'un d'eux à
l'année 1923 avant l'ère chrétienne; M. Dupuis
donnait aux zodiaques quatre mille ans d'exis-
tence, et M. Gori soutenait qu'ils en avaient
dix-sept mille.
On sait qu'en vertu du phénomène connu
sous le nom de précession des équinoxes, les
points où l'écliptique coupe l'équateur ont un
mouvement d'orient en occident, dont la durée
est de vingt-cinq mille huit cent soixante-sept
ans. Or, les auteurs que nous venons de citer,
prétendant que les signes par lesquels com-
mencent les deux zodiaques égyptiens corres-
pondaient à l'équinoxe du printemps à l'époque
où les temples furent bâtis, ont essayé de dé-
terminer, par un calcul rétrograde, la période
dans laquelle le 21 mars coïncidait avec le signe
du Lion, comme dans le zodiaque de Dendérah,
et avec celui de la Vierge, comme dans le zo-
diaque d'Esné.
Ces calculs étaient dirigés, sinon ouverte-
ment, au moins d'une manière tacite, contre la
chronologie mosaïque ; car les incrédules pen-
saient qu'en sapant ainsi par sa base la vérité
— 42 —
de la révélation, le christianisme recevrait un
coup mortel ; mais leurs coupables espérances
ne furent pas de longue durée.
Parmi les débris apportés en Europe, il s'en
trouva un qui devait servir de point de départ
à l'heureuse découverte du sens jusqu'alors
caché des caractères égyptiens. C'est une masse
de basalte noir mise au jour par les soldats de
l'armée française, chargés de creuser les fonda-
tions du fort Saint-Julien, près de Rosette.
Elle porte trois inscriptions : la première, fort
mutilée, est en caractères hiéroglyphiques ; la
seconde est dans le caractère égyptien désigné
sous le nom de démotique ou populaire ; la
troisième est en grec.
Cette dernière devint aussitôt le sujet des
travaux des savants qui s'intéressaient à
l'Egypte; ils parvinrent à rétablir les mots
presque effacés par l'action du temps, et elle
fut traduite. C'était un décret du corps sacer-
dotal réuni à Memphis pour le couronnement
de Ptolémée Epiphane, l'an 196 avant J.-C. (1).
On acquit, en même temps, la conviction
que les trois inscriptions sont la traduction
(1) On a trouvé depuis, dans la première cour du groupe de temples
qui s'élève dans la partie orientale de l'île de Philse, une inscription
semblable à celle de la fameuse pierre de Rosette. ( Voyage et recher-
ches en Egypte et en Nubie, par J.-J. Ampère.)
— 43 —
l'une de l'autre, ou plutôt que la pierre de Ro-
sette porte le même texte reproduit de trois
manières différentes. Les auteurs grecs et latins
s'étaient donc trompés en affirmant que l'usage
des hiéroglyphes avait été perdu à peu près à
l'époque de la conquête de Cambyse.
Un fac-similé de ces inscriptions ayant été
ensuite publié, les antiquaires se mirent à
l'oeuvre et essayèrent de déchiffrer les hiéro-
glyphes en se servant des mots correspondants
de la version grecque.
M. Akerblad fit d'abord remarquer les signes
se rapportant au passage grec qui parlent des
« temples du premier, du second et du troi-
sième ordre. » Le baron Sylvestre de Sacy re-
connut, de son côté, d'une manière satisfai-
sante , les groupes de caractères démotiques de
la deuxième inscription, qui donnaient les noms
d'Alexandre et de Ptolémée.
Quelque temps après (1814), un jeune Fran-
çais , M. Champollion, publia , sur les antiqui-
tés égyptiennes, un ouvrage qui assigna à son
auteur un rang distingué parmi tous ceux qui
avaient traité ce difficile sujet.
« L'Egypte sous les Pharaons, » c'est le titre
de ce livre, analyse avec une profonde érudi-
tion les renseignements fournis par les manu-
scrits coptes, et les compare à tout ce que les
— 44 —
anciens et les modernes ont écrit sur l'Egypte.
En 1819 on connut les résultats des labo-
rieuses recherches du docteur Thomas Young ;
il avait réussi, en comparant les trois inscrip-
tions de la pierre de Rosette, à trouver la si-
gnification de plus de deux cents groupes de
caractères hiéroglyphiques. Il découvrait, en
même temps, le mode de numération employé
dans ce genre d'écriture.
Mais c'est à l'infatigable Champollion que re-
vient l'honneur d'avoir atteint le but poursuivi
depuis tant d'années.
Belzoni avait trouvé dans l'île de Philae un
petit obélisque sur lequel on voyait une inscrip-
tion grecque : c'était une supplique des prêtres
d'Isis adressée au roi Ptolémée et à sa soeur
Cléopâtre. On remarquait au-dessus une se-
conde inscription en hiéroglyphes, et, dans
ceux-ci, deux groupes de caractères entourés
chacun d'un encadrement. L'un de ces groupes
existait sur la pierre de Rosette, et l'on avait
constaté qu'il formait le nom propre de Ptolé-
mée; on en conclut que l'autre était le nom
de Cléopâtre. Nous reproduisons ici la curieuse
analyse que Champollion fit de ces deux noms.
« Le premier signe du nom de Cléopâtre, qui
figure une espèce d'équerre équivalente sans
doute à la lettre K (C), ne doit pas se présenter
—45—
dans le nom de Ptolémée ; il n'y est effectivement
pas. Le second, un lion rampant, remplacerait
la lettre L ; il est semblable au quatrième de
Ptolémée qui est aussi une L. Le troisième si-
gne est une plume ou une feuille ; il doit tenir
la place de la voyelle brève E ; deux feuilles
semblables sont observées à la fin du nom de
Ptolémée où, par leur position, elles ont le son
d'un E long. Le quatrième caractère à gauche,
qui représente une fleur ou une plante dont la
tige est courbée vers le bas, devrait répondre à
la lettre O ; on ne peut en douter, puisque c'est
le troisième signe du nom de Ptolémée. Le cin-
quième est un carré ; comme il commence le
nom de Ptolémée, nous en concluons qu'il
figure la lettre P. Un épervier forme le sixième
signe ; il doit être mis pour la lettre A ; celle-ci
n'existe pas dans le nom du roi. Le septième
caractère est une main ouverte ; il est proba-
blement destiné, ainsi que le deuxième signe,
ou segment circulaire, du nom de Ptolémée, à
représenter un T. Le huitième signe, une bou-
che vue en face, devait être la lettre R ; on ne
le voit naturellement pas dans le nom hiéro-
glyphique du roi. Le neuvième et dernier ca-
ractère, correspondant à la lettre A, est encore
l'épervier déjà employé pour celle-ci. Les si-
gnes du féminin terminent le nom de Cléopâ-
tre ; celui de Ptolémée finit par une tige courbée
que nous croyons être une S. »
Champollion connaissait donc onze caractères
hiéroglyphiques représentant des consonnes et
des voyelles de l'alphabet grec. Les beaux ou-
vrages sur l'Egypte, publiés par les soins du
gouvernement français, lui fournirent d'abon-
dants matériaux pour étendre sa découverte.
Les noms d'Alexandre, de Bérénice, des divers
Ptolémées complétèrent à peu près la liste des
rois macédoniens de l'Egypte, et firent trouver
plusieurs autres signes de l'alphabet hiérogly-
phique; on constata dans celui-ci l'emploi fré-
quent de caractères différents pour exprimer le
même son.
Bientôt Champollion parvint à lire dans plu-
sieurs groupes d'hiéroglyphes les titres grecs
de quelques empereurs romains. On déchiffra
plus tard, sur les murs des temples égyptiens,
leurs noms à tous depuis Auguste jusqu'à Ca-
racalla.
Mais un résultat très-intéressant de ces cu-
rieuses recherches fut la découverte des titres
d'Auguste César sur le zodiaque de Dendérah,
et du nom d'Antonin sur celui d'Esné. Le pre-
mier de ces monuments, loin d'avoir la haute
antiquité, que lui attribuait M. Dupuis, ne da-
tait donc que du commencement de l'ère chré-
—47 —
tienne ; le second ne remontait pas au delà des
Ptolémées et des empereurs romains (1).
Les études de Champollion et des autres
égyptologues ont, du reste, clairement prouvé
qu'il n'existe pas de monument dont la con-
struction puisse être assignée à une époque
antérieure au second ou au troisième siècle
après le déluge, et pas une des théories qui
mettent en question les récits bibliques n'est
acceptée par les interprètes d'hiéroglyphes.
Tous les savants n'admirent pas de suite
l'exactitude et l'importance des découvertes de
Champollion. Plusieurs d'entre eux essayèrent
de prouver que l'emploi alphabétique des hié-
roglyphes ne s'appliquait qu'aux encadrements
ou cartouches contenant les noms des monar-
ques grecs et romains. Un ouvrage publié en
1824 convainquit les plus opiniâtres et détruisit
toute opposition (2).
Aussi, à partir de ce moment, des voyageurs
de toutes les nations européennes se rendirent
en Egypte afin d'y étudier, sur les monuments
eux-mêmes, les moeurs et l'histoire de l'un
des peuples les plus intéressants de la terre.
(1) Voir l'ouvrage déjà cité de J.-J. Ampère.
(2) Précis du système hiéroglyphique, etc., par Champollion le
jeune.
— 48 —
Les gouvernements français et toscan y envoyè-
rent, en 1828, une commission scientifique
présidée par Champollion et par le docteur
Rossellini ; les dessins exacts, les collections
d'antiques dus aux travaux de ces hommes
éminents, fournissent un vaste champ d'ex-
plorations à ceux qui s'occupent de l'ancienne .
Egypte.
Une mort prématurée arrêta, en 1831, les
travaux de Champollion, qui préparait une
grammaire et un dictionnaire ; ces ouvrages
furent heureusement continués et publiés par
son frère aîné. Les bases du système adopté et
perfectionné depuis par les égyptologues mo-
dernes étaient jetées.
CHAPITRE V.
Suite de l'interprétation des hiéroglyphes.
Les antiquaires n'avaient d'abord reconnu
que deux classes d'hiéroglyphes : les représen-
tations exactes et les représentations symboli-
ques. Ceux de la première catégorie sont, il
est à peine nécessaire de le dire, des dessins
des objets dont il est question ; la peinture
d'un cheval signifie un cheval, celle d'un
homme un homme. Les hiéroglyphes de la se-
conde classe rendent les idées par des symbo-
les ; ainsi, un oeil représente la vue, un trône
la royauté, un chacal la ruse, un crocodile, un
boeuf ou un ibis, les divinités auxquelles ces
animaux étaient consacrés.
Ces caractères symboliques servaient encore
à exprimer des abstractions : un verbe transi-
tif était indiqué par des jambes qui marchaient ;
3
—50 —
la négation, par des bras dans l'attitude de la
répulsion; l'âme humaine, par une tête ac-
compagnée d'ailes.
Les travaux de Champollion nous ont fait
connaître un autre genre de caractères symbo-
liques établis sur une particularité du langage
de l'ancienne Egypte, c'est-à-dire sur l'emploi
du même son pour rendre plusieurs idées dif-
férentes. Quand deux objets ou deux idées
étaient exprimés par le même mot ou par deux
mots prononcés à peu près de la même ma-
nière, la peinture de l'un devenait le symbole
de l'autre ; le canard, par exemple, était ap-
pelé chin, et comme le mot chini signifiait « mé-
decin, » le dessin d'un canard servait à indiquer
un médecin.
L'égyptien, comme les autres langues de
l'antiquité, était, en grande partie, composé
de monosyllabes ; les caractères qui expri-
maient ces derniers furent souvent réunis pour
former des mots plus longs ; ainsi, Osiris était
désigné par un trône [os) et un oeil [iri). Des
syllabes aux lettres la transition était facile ; il
n'y avait qu'à élider la voyelle jointe à la con-
sonne , et le signe représentait alors celle-ci
seulement. Un nombre considérable d'hiéro-
glyphes étaient donc de véritables caractères
alphabétiques employés, comme nos lettres
— 51 —
modernes, pour composer des mots. L'aigle se
disant aehem, on représentait par cet oiseau de
proie la lettre a, son initial de son nom; une
cruche remplie d'eau, nem, indiquait la lettre
n, et un hibou, moulag, la lettre m. Ces trois
signes réunis formaient le mot anem, perle ;
dans les langues orientales, les voyelles lon-
gues étaient seules indiquées par des caractères.
Le système de Champollion reconnaissait
plus de deux cents sons ; Richard Lepsius, en
1834, les réduisit à quinze, correspondant à
nos lettres a, b, f, h , i, k, l ou r, m, n,p,
s, t, u, ch et sch. On suppose que les Egyp-
tiens exprimaient le d par le t, le g par le ch,
le t ou le k , et l'o par l'u. L'alphabet ainsi fixé
et le résultat des recherches les plus récentes
sont donnés, avec une grammaire et un voca-
bulaire de la langue égyptienne, dans un ou-
vrage publié par le baron de Bunsen.
En résumé, on croit généralement aujour-
d'hui que l'écriture hiéroglyphique exprimait
les sons ou les idées de trois manières diffé-
rentes :
1° Par des caractères images des objets dont
on voulait parler ;
2° Par des caractères symboliques montrant
aux regards la forme d'un objet qui rappelait à
l'esprit une idée ou un autre objet avec les-
—52—
quels on lui trouvait une ressemblance, un
rapport souvent de convention ;
3° Par des caractères phonétiques faisant de
l'objet peint le représentant du son par lequel
son nom, ou celui de l'idée qu'il symbolisait,
commence ; ceux-ci étaient employés seuls ou
groupés ensemble comme le sont nos lettres
alphabétiques.
On voit, d'après ce qui précède, que le même
signe pouvait avoir plusieurs significations dif-
férentes ; le vautour, par exemple, représen-
tait, non-seulement la lettre n initiale de son
nom, nurhèu, mais encore l'idée de maternité,
la déesse Mouth la lettre m, et enfin l'oiseau
lui-même.
Chaque lettre est également exprimée par des
caractères divers appelés, pour cette raison,
homophones. Dans le « catalogue complet » de
Bunsen, la lettre a est représentée par un bras,
un aigle , un roseau, un brochet, un ciseau,
un autel, une peau tigrée, une oie, un arbre,
une croix, un oeil surmonté d'un sourcil, une
perche ( poisson ), une paire de cornes, une
bourse, une oreille de vache, un canif, un
objet inconnu, un bras armé d'une massue, un
bras tenant une balle, une tête d'épervier, une
fleur, une plante aquatique, un bouquet de
fleurs, une fleur à quatre pétales, une plume,

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