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Les Aventures d'un sultan

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348 pages

Aux temps fameux des génies, des enchanteurs et des géants, une puissante tribu des Arabes de Tabbabia occupait les vastes plaines qui entourent la ville de Djedda, sur le littoral de la mer Rouge, Ces Arabes menaient une vie nomade, et leurs tentes, portées par des chameaux, tantôt glissaient à travers les sables ardents, tantôt se dressaient dans les fraîches oasis que le désert recèle au milieu de ses replis.

On les nommait alors les Arabes-Rahala.

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Théodore de Langeac

Les Aventures d'un sultan

PRÉFACE

LE ROMAN ORIENTAL

Les Aventures merveilleuses de Sultan Zuliazan, dont on donne ici, non pas une traduction, mais une réduction fidèle, appropriée à la patience des lecteurs français, remontent, sans aucun doute, à la même époque que le fameux roman épique qu’Aboul-Moayyed-Mohammed écrivit sous le titre de Siret-Antar (Aventures d’Antar), vers le XIIe siècle de notre ère.

Une traduction du texte arabe de Sultan Zuliazan fut publiée, il y a une vingtaine d’années, à Constantinople, par un écrivain turc nommé Ali-Bey, et le roman arabe n’a guère franchi, que je sache, les limites du lieu de sa publication. M. Théodore de Langeac, qui veut bien me demander une introduction pour son livre, a pensé avec raison que l’importation de ce curieux ouvrage était opportune, et il s’est efforcé, en l’émondant çà et là, d’en rendre la lecture aussi facile qu’agréable.

La cour civilisée des khalifes, les grandes cités du Tigre, de l’Euphrate et du Nil, ne servent pas de cadre à l’action développée dans ces pages. Le conteur nous promène à travers les tentes bédouines de l’Yémen et du Hedjaz, parmi les tribus pillardes et batailleuses, toujours en quête de rhazias. C’est l’époque de la chevalerie du désert qui précède la venue du prophète Mohammed, l’époque où l’armure de fer et la cotte de mailles couvraient la poitrine des guerriers, au lieu du burnous et du haïk ; le temps où le point d’honneur était pratiqué en Arabie à l’égal de la soumission aux décrets du Dieu d’Abraham et de Noé.

Dans le Siret-Antar, l’élément merveilleux n’apparaît pas un seul instant ; dans les Aventures de Zuliazan, il est le mobile principal de l’intérêt comme dans les Mille et une Nuits ; mais, au lieu de s’éparpiller dans vingt actions diverses, il se concentre sur une histoire unique. En un mot, c’est un roman et non un recueil de contes.

L’épopée du nègre Antar, fils de l’émir Cheddad, a de la grandeur ; mais les lignes en sont sévères et peut-être un peu monotones, malgré les énormes coupures que le traducteur français a pratiquées dans le texte original, lequel commence aux patriarches pour arriver à Adnan, fils d’Ismaël, tige des Béni-Abs, tribu qui donna. naissance au nègre héroïque dont Aboul-Moayyed chante les exploits.

Zuliazan n’est ni bâtard, ni esclave, ni noir, comme l’amant de la bédouine Abla ; il est gentilhomme et prédestiné au sultanat ; il porte sur la joue le signe des Moulouks., qui indique- la protection du ciel. Plein de droiture, de chevalerie et de foi religieuse, il marche d’instinct vers le danger, le sabre au poing ou la lance en avant, en invoquant le saint nom de Dieu. Il ne possède pas seulement la force physique et l’adresse du corps, comme le fils de Gheddad ; il a l’intelligence de la race, il a la révélation de sa destinée, il a la foi dans le Dieu unique. Cette foi ne l’abandonne jamais parmi les plus dures épreuves, sous les voûtes du château fort où commande le nègre Sadoun dont il a promis la tête à son futur beau-père pour la dot de sa fiancée Schama ; ni dans le puits où on l’enferme pour l’y tuer par la faim, ni dans le divan de Sultan-Efrah, ni quand l’oiseau gigantesque l’emporte dans ses plumes et lui fait traverser la mer des Indes, comme une flèche, pour l’aller déposer près de la ville mystérieuse où il doit s’emparer du kitab sacré ; ni enfin quand la curiosité lui a fait commettre le sacrilége de lever le voile qui couvre le visage du patriarche Cham, fils de Noé, et que le caveau funéraire s’écroule sur lui et qu’il roule, sur des pointes de rochers, dans des abîmes sans fond.

La foi en sa prédestination et sa confiance en-Dieu, voilà les signes qui marquent le jeune émir, abandonné par sa mère Kamaria sous un dattier du désert, et allaité par une gazelle égarée, jusqu’à ce qu’il soit emporté dans la tente du chaïkh qui doit lui rouvrir les portes de la vie.

Les recueils de contes arabes ont un charme qu’on ne saurait nier. Les Mille et une Nuits, traduites dans toutes les langues de l’Europe, sont devenues, depuis la publication de Galland, un livre universel. Mais ce n’est pas là un roman dont toutes les parties soient combinées en vue d’un intérêt principal ; ce n’est qu’une compilation de récits empruntés à l’Inde, à la Perse, à la Syrie et à l’Egypte, écrits en langage vulgaire syrien, et dont l’origine ne remonte pas à plus de quatre siècles, comme l’ont prouvé Caussin de Perceval et Sylvestre de Sacy. C’est un livre qui n’a pas d’auteur, qui s’est construit, pour ainsi dire, de lui-même, avec les matériaux recueillis dans les cafés du Caire, d’Alep, de Bagdad, d’Alexandrie et sous les tentes des chameliers nomades. C’est un charmant livre, pourtant, malgré l’absence de forme-littéraire qui le caractérise et malgré la faiblesse du lien qui rattache tous ces récits l’un à l’autre ; car, il faut bien le reconnaître, l’histoire de Schahriar, de son frère Schahzenan, de Schéhérazade, fille du vizir, et de sa sœur Dinarzade, ne figure là que comme le fil qui retient ensemble les perles d’un collier ; qu’importe, du reste, si ce collier est celui d’une sultane, et si ce fil vulgaire disparaît sous les diamants, les rubis et les escarboucles qui le couvrent en rangs pressés.

Les fameuses fables de Bidpaï, pas plus que les Mille et une Nuits, n’appartiennent â la famille des romans orientaux, dont Antar et Sultan Zuliazan chez les Arabes, Youçouf et Zuléïka chez les Turcs, sont des types connus et aimés. Ces fables du bramane Bidpaï, dont tout le monde parle et que-l’on connaît peu, sont plutôt un livre de morale que le récit d’une action où se mêle la personnalité d’un héros quelconque. La destinée de cet ouvrage, qui remonte aux temps antiques et pour ainsi dire fabuleux, a subi, avant d’arriver jusqu’à nous, les transformations les plus bizarres. Les historiens orientaux nous racontent que le sage Indien, retiré dans l’île de Sérendib (Ceylan), est censé avoir écrit son recueil pour l’éducation de son roi, Dabchélim. Ce souverain en transmit le manuscrit à ses successeurs, lesquels gouvernèrent si sagement leurs États en pratiquant les maximes du Bramane, que le fameux roi de Perse Nouchirvân (Kosroès Ier) sollicita et obtint une copie du précieux livre, qu’il fit traduire dans sa langue. Ceci se passait au VIe siècle de notre ère. Abou-Ghiafer-el-Mansour, deuxième khalife arabe de la dynastie des Abassides, se procura plus tard à grand’peine la traduction persane du recueil de Bidpaï. et sur cette traduction, son secrétaire, Abd’ Allah-ben-Mokannah, traça du bout de son calam, une nouvelle version en arabe pour l’édification de son glorieux maître.

Au XVIe siècle, il prend envie au sultan des Turcs, Suleyman II, l’ami de notre roi François Ier, de lire à son tour les fables de Bidpaï, et comme il ne savait probablement ni le sanscrit, ni le persan, ni l’arabe, quoiqu’il fût quelque peu protecteur des arts, il fait de nouveau traduire en turc la traduction arabe par un mollah de Constantinople, nommé Ali-Tchélébi-ben-Saleh, qui-lui donna- le nom de Humayoun-Nameh, ou Livre impérial.

Si le bramane Bidpaï a jamais existé en chair et en os, s’il a réellement servi de pédagogue à l’hypothétique Dabchélim, Sultan, des Indes Noires, il est évident, du moins, que ce n’est pas lui qui s’est mis en scène dans le petit roman qui encadre les fables, absolument comme l’histoire de Schahriar et de Schéhérazade encadre les contes des Mille et une Nuits. Ce petit roman très-primitif est évidemment le fait de l’un des trois traducteurs.

Tel qu’il est, traduit un peu bourgeoisement par Galland et Cardonne sur le texte turc, le recueil attribué à Bidpaï n’en est pas moins un ouvrage des plus remarquables par la saine morale qu’il prêche et par la riche invention de ses sujets, qui ont défrayé tous les fabulistes de la terre, depuis Ésope jusqu’à Lafontaine.

C’est Bidpaï qui a imaginé la touchante histoire des Deux Pigeons, qu’il nomma Bézendeh et Nézavendeh, et dont l’odyssée est bien autrement complète que celle des pigeons de Lafontaine ; c’est lui encore qui a imaginé l’Ours et l’amateur de jardins, la Souris métamorphosée en femme et tant d’autres charmantes compositions dont la nomenclature serait trop longue.

Les littératures de l’Orient possèdent beaucoup d’autres livres d’imagination qui mériteraient d’être connus de l’Europe. Malheureusement, nous ne retrouvons plus qu’à grande peine un Galland ou un Cardonne qui nous gratifie de loin en loin de quelques traductions cueillies dans le vaste jardin de la littérature orientale. A défaut des Chézy et des Sacy, il nous reste encore, il est vrai, quelques philologues dévoués, comme M. Stanislas Julien, par exemple, comme M, Pauthier, comme M. Fauche, qui défrichent avec une ardeur toujours juvénile une lande de la Chine littéraire ou de l’Inde savante. Le roman des Deux Cousines, celui des Jeunes filles lettrées n’ont ni l’ampleur ni lé brillant des romans arabes et des poëmes dramatiques de la Perse, mais ce sont de curieuses peintures de la vie domestique de ce peuple ingénieux et bizarre qui, pour nous, sera longtemps encore une énigme inexpliquée.

Les aventures de Sultan Zuliazan ont donc le mérite d’être un roman dont l’action se suit et marche vers un but moral. Ce roman est écrit en prose, quoiqu’il porte dans sa forme quelque chose d’épique. M. de Langeac a pensé qu’il devait l’abréger avant de l’offrir à un public peu habitué aux récits de longue haleine. Il a peut-être eu raison de sacrifier certains épisodes dont la naïveté aurait pu prêter à rire dans un temps où les rois de la Grèce, lès héros et les dieux de l’Iliade sont devenus-des-farceurs si plaisants. Les abréviations et les atténuations ne seront sans doute qu’un mérite de plus aux yeux des lecteurs parisiens.

 

ALPHONSE ROYER.

I

L’ÉMIGRATION D’UN PEUPLE

Aux temps fameux des génies, des enchanteurs et des géants, une puissante tribu des Arabes de Tabbabia occupait les vastes plaines qui entourent la ville de Djedda, sur le littoral de la mer Rouge, Ces Arabes menaient une vie nomade, et leurs tentes, portées par des chameaux, tantôt glissaient à travers les sables ardents, tantôt se dressaient dans les fraîches oasis que le désert recèle au milieu de ses replis.

On les nommait alors les Arabes-Rahala.

Ils avaient à leur tête un sultan renommé pour sa sagesse dans le conseil et pour sa bravoure dans le combat.

Une nuit, ce sultan vit en rêve un vieillard vénérable, entouré d’une auréole lumineuse, qui lui dit :

  •  — Chef des Arabes-Rahala, lève-toi et marche vers l’Orient. Le Dieu tout-puissant te l’ordonne, car il veut te donner un fils, marqué d’avance pour l’accomplissement de ses volontés.

Le malik1 crut d’abord qu’il avait été le jouet d’un rêve ; mais le vieillard lui étant apparu durant trois nuits consécutives et lui ayant enjoint d’un ton sévère de ne pas résister à la volonté de Dieu, il fit appeler son vizir et le consulta sur le parti qu’il avait à prendre,

  •  — Heureux malik ! s’écria le vizir, ton rêve doit se réaliser, et il faut obéir à un ordre céleste.

Sur cette parole, le sultan fit donner à ses troupes et à tousses sujets Tordre du départ, Les tentes et les bagages furent chargés sur les chameaux, et les guerriers montèrent à cheval, Le malik adressa sa fervente prière au Créateur de toutes choses, puis, se plaçant au centre de ses cavaliers, il marcha du côté de l’Orient,

Longtemps ils cheminèrent, franchissant des déserts arides, des larges fleuves et aussi des montagnes escarpées. Enfin, ils atteignirent La Mecque, la Ville-Sainte, qui renferme la Maison de Dieu. Les habitants de la Mecque sortirent dans la campagne èt escortèrent le malik avec tous les honneurs dus à sa puissance et à sa réputation de haute sagesse.

Dès son arrivée dans la Ville-Sainte, le sultan des Arabes se rendit à la Chambre de Dieu, dont il fit le tour pour accomplir son pèlerinage. Il donna ensuite l’ordre de dresser les tentes, et accorda trois jours à ses guerriers pour qu’ils pussent se reposer des cruelles fatigues qu’ils venaient d’endurer. Quant à lui, il passa ces trois jours en prières dans l’enceinte sacrée, et ne sortit du temple qu’après avoir offert de riches présents pour la Chambre de Dieu, et une grosse somme en argent monnayé pour le gardien et pour les pauvres.

Ce devoir accompli, le malik repartit avec son peuple.

Pendant bien des jours et bien des semaines ils traversèrent encore l’immensité des sables solitaires, lorsqu’enfin ils atteignirent une région délicieuse. L’air y était doux et parfumé ; les ruisseaux qui sillonnaient la plaine entretenaient une verdure splendide ; les arbres touffus qui se dressaient sur le bord des routes versaient un frais ombrage. Il n’y avait pas jusqu’au chant des oiseaux qui ne parût admirable, et l’on eût dit qu’ils remerciaient Dieu d’avoir créé cette heureuse terre.

Le malik, transporté d’admiration, appela son visir Yattrab :

  •  — C’est ici, lui dit-il. que je Veux bâtir une ville.
  •  — Maître du monde, répondit le vizir, le commandement est à toi ; l’obéissance nous reste.

Dès lors, le sultan ordonna que l’on réunît des maçons ; des ingénieurs et des charpentiers. Le plan de la cité fut promptement tracé, et de riantes habitations s’élevèrent comme par enchantement au bord des eaux vives et au milieu des massifs de verdure.

Une année s’était à peine écoulée que le sultan des Arabes-Rahala entrait avec ses troupes dans une ville magnifique, et s’occupait sans retard à organiser les affaires du gouvernement.

A son insu, le malik avait élevé cette ville dans une contrée dépendante du territoire des Abyssins et du Soudan.

On désignait sous le nom de Soudan une région immense divisée en plusieurs gouvernements, dont le chef suprême était sultan Saïf-Rad2. La ville capitale de ce prince était Medinet-Adour, située auprès de la grande mer, et son armée comptait plus de huit cent mille hommes. Ces peuples étaient de race noire et adoraient une étoile qu’ils appelaient Zahl.

En apprenant l’établissement des Arabes sur son territoire, sultan Saïf-Rad entra dans une colère épouvantable, et appelant autour de lui ses vizirs et ses conseillers :

  •  — Voyez, s’écria-t-il, quelle est l’audace de ce malik qui bâtit une ville dans mon propre pays. Il faut que je marche contre cette peuplade et que je l’efface de la terre.

Alors le vizir, nommé Scardion, après s’être prosterné, lui dit

  •  — Grand maître du monde, sache qu’il y aurait imprudence de la part des Abyssins et des hommes du Soudan à vouloir attaquer les Arabes, car la prière de Noé pourrait s’accomplir.
  •  — Quelle est cette prière ? interrompit brusquement Saïf-Rad.
  •  — Un jour, répondit Scardion, le prophète Noé dormait sous un arbre ; auprès de lui se tenaient ses fils Sem et Cham. Bientôt le vent dérangea la tunique du prophète et le laissa dans une complète nudité. Cham se mit à rire, tandis que Sem se leva promptement et recouvrit son père. A son réveil, Noé connut la conduite de ses fils, il éleva les mains vers le ciel et dit : « Que Dieu rende noirs tous les enfants de Cham et qu’il les fasse esclaves des enfants de son frère Sem. » Nous sommes issus de Cham, c’est pourquoi nous ne devons pas attaquer les Arabes qui descendent de Sem.
  •  — S’il en est ainsi, quel est donc ton conseil ? demanda Saïf-Rad au vizir.
  •  — Il faudrait, continua Scardion, envoyer des félicitations et des présents au malik des Arabes. Parmi les présents, il y aurait une esclave belle et séduisante, à laquelle on confierait du poison. Une fois leur chef mort, les Arabes se hâteraient de quitter la contrée.
  •  — Qu’il soit fait suivant ta pensée, dit Saïf-Rad.

Et sans tarder, il ordonna que l’on préparât une lettre et des présents. Il choisit en même temps dans son harem une esclave unique en beauté et douée d’une finesse extraordinaire. Celle-ci fut mise promptement au courant du service que l’on attendait de son adresse, ainsi que des grandes récompenses qu’elle devait recevoir en cas de succès.

Cette belle esclave était nommée Kamaria.

  •  — Maître, répondit Kamaria, je vous promets de réussir. Je saurai séduire le malik de ces étrangers, et en échange de mes caresses, il recevra la mort.

Or, il se trouva que Saïf-Rad avait un autre vizir appelé Rif, homme instruit et aimant le droit chemin. Ce vizir professait en secret la religion d’Ibrahim (Abraham), prophète de Dieu, et pensait que la prière de Noé ne tarderait pas à s’accomplir. La trahison de son maître le jeta dans un trouble profond, et il se décida à envoyer un émissaire secret chez les Arabes pour les avertir du danger qui les menaçait.

Un jour, le malik fut informé qu’une troupe nombreuse, conduite par un officier, sollicitait une audience de la part du sultan des Abyssins. Il se rendit dans la salle d’honneur de son palais, et assis sur son trône, au milieu des officiers de ses gardes, il donna l’ordre qu’on introduisît les ambassadeurs.

Ceux-ci, après avoir touché le sol de leur front, remirent au malik une lettre affectueuse de Saïf-Rad, et, avec d’autres présents magnifiques, ils lui offrirent la belle esclave Kamaria.

Dès que le malik jeta les yeux sur cette femme, il ressentit dans son cœur une impression profonde. Il lui sembla qu’il n’avait rien vu, pendant toute sa vie, qui pût lui être comparé. Après avoir commandé que l’on traitât avec distinction l’officier qui l’avait amenée, il se leva de son trône, voulant la conduire lui-même dans son harem.