Les chants de la jeunesse : poésies / par L. Tournier,...

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C. Meyrueis (Paris). 1865. 1 vol. (157 p.) ; in-18.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1865
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LES CHANTS
DE
LA JEUNESSE
POÉSIES
Par L. TOURNIER, pasteur
PARIS
CH. MEV'RUEI'S. LlBRAlliE I
174, BUE DE RIVOLI. j
I GRASSART, LIBRAIRE
[ 4, BUE SAINT-ARNAUD
GENÈVE
EMILE BEROUD, ; LIBRAIRE-ÉDITEUR
COBR1TKRIK, X° 5
Droits réservés.
LES CHANTS DE LA JEUNESSE
PARIS. — TYPOGRAPHIE DE Cil. MEYRUEIS
Uue des Grès, 1J.— 1805.
LES CHANT
DK
LA JEUNESSE
P :\ POÉSIES
pParïJTOURNIER, pasteur
PARIS
CH. MEYRUEIS, LIBRAIRE
174, RUE DE RIVOLI
GRASSART. LIBRAIRE
4, RUE SAINT-ARNAUD
GENÈVE
EMILE BEROUD, LIBRAIRE-ÉDITEUR
CORR ATEBIE , If" 8
Droits réservés.
1865
Autant et plus que l'âge mûr, peut-être, l'enfance et la
jeunesse ont besoin de poésie.
C'est à ce besoin que j'ai essayé de répondre, pour ma
faible part, en publiant il y a quelques années les Enfan-
tines,
Les Chants de la Jeunesse sont une tentative du môme
genre en vue d'un âge un peu plus avancé.
Puissent les enfants et les jeunes gens, à qui ces pages
sont destinées, trouver à les lire autant de bonbeur que j'en
ai eu moi-même à les écrire en songeant a eux ! Je n'ambi-
tionne pas d'autre succès et n'attends pas d'autre récom-
pense.
L T.
Çeuiv». Juin 1WJ,
LES CHANTS DE LA JEUNESSE
i
BONJOUR
Enfant, levez-vous ! l'aurore
Depuis longtemps brille aux cieux !
Pouvez-vous dormir encore,
Petit paresseux !
Ouvrez vos paupières closes
Et venez, à votre tour,
Souhaiter à toutes chose.-.
Un joyeux bonjour !
— 2 —
— Bonjour, montagnes hardies
Dont les sommets enflammés
Semblent autant d'incendies
Par l'aube allumés !
Bonjour, paisibles vallées
Où s'enfonce le regard,
Encore à demi voilées
D'un lég-er brouillard !
Bonjour, mon lac, où, pensive,
La ville au triple clocher
Pour se mirer sur la rive
Semble se penche, r !
Bonjour, légères nacelles
Ouvrant déjà dans le port
Vos voiles, comme des ailes,
Pour fuir loin du bord !
Bonjour, chaumières semées
Au hasard loin des hameaux »
Que signalent vos fumées
Entre les rameaux !
Bonjour, laboureur qui creusas
Tes sillons en gémissant :
Qu'un grain, sous tes mains heureuses,
En produise cent !
Bonjour, gentille fermière
Qui pars de si grand matin,
Pour arriver la première
Au marché lointain !
Bonjour, voyageur : courage,
Avant la chaleur du jour !
Bon accueil sur ton passage,
Et meilleur retour !
Bonjour, vous tous que ramène
Aux champs ou dans l'atelier
Du labeur de la semaine
L'appel journalier !
_ A __
Dieu bénisse votre voie
Et sur vos fronts satisfaits
Fasse rayonner sa joie
Et briller sa paix !
II
Jioxsom
Venez, enfant, l'heure avance,
Votre oreiller vous attend ;
Avec l'ombre, le silence
Croît à chaque instant.
Venez, avant la prière,
Sur mes genoux vous asseoir,
Et dire aux cieux, à la terre.
Un dernier bonsoir.
— Bonsoir, brillantes étoiles,
Choeur des astres de la nuit
Que dans un azur sans voiles
La lune conduit !
— 6 —
Bonsoir, nappe éblouissante,
Miroir éclatant des eaux,
Où leur reflet nous présente
Des astres nouveaux!
Bonsoir, montagnes lointaines,
Découpant sur un ciel pur
Vos silhouettes sereines,
Argent sur azur !
Bonsoir, plaines odorantes
D'où, comme d'un encensoir,
Des senteurs plus pénétrantes
Montent vers le soir !
Bonsoir, paisibles villages
Dont le clocher dans la nuit,
Seul, au-dessus des feuillages,
Scintille et reluit !
Bonsoir, laboureur : oublie
Dans un repos bienfaisant
Le poids de ta rude vie
Parfois si pesant !
Bonsoir aussi, pauvre fille,
Qui, souvent jusqu'au matin,
Penches ton front sur l'aiguille
Pour avoir du pain !
Bonsoir, malades, qu'éclaire
De son obscure prison
La veilleuse solitaire,
Triste compagnon !
Qu'un peu de sommeil suspende,
Calme du moins vos douleurs,
Et que d'en haut Dieu répande
Sa paix dans vos coeurs !
Et vouSj messagers fidèles,
Qui campez autour de nous,
Pour nous couvrir de vos ailes,
Anges, levez-vous !
— 8
III
PROMENADE
Debout, enfants, le jour est magnifique !
Adieu l'école et ses graves leçons,
Adieu grammaire, histoire, arithmétique :
Travail demain, fête aujourd'hui : partons!
Dans les rameaux tout baignés de rosée
Le frais matin babille à son réveil;
Sur chaque fleur une perle est posée :
Oh ! le beau jour, l'air pur, le gai soleil !
Sur la montagne encore un peu dans l'ombre
Le ciel étend sa coupole d'azur :
Des noirs sapins la silhouette sombre
Rend son éclat plus brillant et plus pur.
— 9 —
De toutes parts la clarté qui ruisselle
Eveille un chant, un soupir, une voix :
Entendez-vous gazouiller l'hirondelle,
Et le ruisseau murmurer sous les bois?
Prenons ici le sentier qui serpente.
La chèvre y grimpe et butine en chemin,
Des châtaigniers en ombragent la pente,
La ronce y tend ses fruits à votre main.
Montons. Voici des fleurs à peine écloses,
La campanule avec son grelot bleu,
Et la bruyère avec ses cloches roses
Que le soleil fait paraître de feu.
Plus haut, voici de verts tapis de mousse
Pour reposer vos pieds las de marcher,
Et tout auprès une eau limpide et douc.e
Qui fuit sous l'herbe en tombant du rocher.
Montons toujours. Voici des pâturage?,
De grands troupeaux et de petits bergers,
r
— 10 —
Et là, rotigeâtfe, ail milieu des ombrages,
Un toit qui fume au-dessUsdes vergers.
Après la course une halte est permise :
Asseyons-nous au foyer du chalet.
Avez-vous faim? la table est bientôt mise :
Voici des oeufs, des framboises, du litit.
Reposez-vous, reprenez bien haleine,
Nous ne partons que dans une heure ou deux.
En attendant, regardez vers la plaine :
Oh ! quel tableau se découvre à vos yeux !
Là, sous vous pieds, ce sont des routes blanches
En longs rubans déroulant leurs anneaux ;
Là des hameaux qu'à demi soiis leurs branches
De grands noyers voilent, mouvants rideàiix.
Là le vallon couronné d'ahondance,
Là le vignoble attendant le pressoir,
Là, daiis un champ qu'il ouvre à la semence,
Un laboureur, nomme un petit point noir.
— M —
Ici la tour dominant les campagnes*
Muet témoin des siècles oubliés,
Et tout au fond, là-bas, vers les montagnes,
Le lac dormant, immobile, à leurs pieds.
Regardez bien, et voiis verrez peut-être
Sur ce coteau notre blanche maison :
Genève est là, qui se fait reconnaître
Aux trois clochers découpant l'horizon.
Mais du départ déjà l'heure est sonnée,
Le soleil baisse et commence à tourner.
En route, enfants, notre belle journée
A son beau soir encore à nous donner !
Oh! qu'il est beau! Voyez, tout se recueille,
La fleur au bord du sentier, le ruisseau
Sous le rocher, et l'oiseau sous la feuille;
L'ombre aux grands bois prête un charme nouveau,
Nous dépassons de paisibles chaumières,
4 leur foyer brille un feu pétillant;
— 12 -
Dites bonsoir à ces bonnes fermières
Qui sur leur seuil causent en travaillant.
Voici l'église et son clocher que dore
Le jour mourant à travers les rameaux ;
L'écho lointain de sa cloche sonore
A la prière appelle les hameaux.
Que le couchant, là-bas, est magnifique !
Ce grand nuage, immobile, éclatant,
On le prendrait pour un palais magique
Bâti dans l'air par la main d'un géant.
Ceux-ci, plus haut, dispersés dans l'espace,
Dirait-on pas, à leur molle toison,
Un grand troupeau de moutons blancs qui passe
Et qu'un berger pousse vers l'horizon !
Puis, par degrés, tout s'éteint dans la brume,
Avec la nuit le silence descend,
Et dans l'azur, où l'étoile s'allume,
La lune pâle élargit son croissant,
— 13
Mais au logis quelle fête nouvelle !
Quel doux baiser, le baiser du retour !
Quel doux repos, sous l'aile maternelle !
Bonsoir, enfants, et dormez jusqu'au jour !
— 14 —
ÎV
LE LIERRE ET LE CHÊNE
Autour d'un chêne séculaire
Au feuillage majestueux,
Une jeune tige de lierre
Montait en festons gracieux.
Liée à la robuste écorce,
Aux rameaux de l'arbre géant,
Sa faiblesse, changée en force,
Bravait tous les assauts du vent.
Mais un jour, triste conseillère,
La voix de l'orgueil s'éveilla :
— Je suis bien bon, se dit le lierre,
De rester assujetti là !
- 15 -
Qu'ai-je besoin de ce vieux chêne?
C'est lui qui retient mon essor !
Soyons libre, brisons ma chaîne :
Etre libre c'est être fort !
Sans délibérer davantage,
Le lierre à quitté son appui.
Hélas ! deux jours après, l'orage
L'avait balayé devant lui !
Enfant, ton âme, c'est ce lierre,
Et ce chêne, c'est le Seigneur.
Par l'amour et par la prière
Unis à lui ton jeune coeur.
Ta force n'est pas en toi-même,
N'en crois pas de trompeuses voix;
Elle est toute en l'Ami suprême
Qui te protégea tant de fois!
Du jour où de lui détachée
Ton âme perdrait son appui,
Comme ce lierre desséchée
Plie périrait comme ]\\\ !
— 40 —
V
LA MOUCHE ET L'ABEILLE
La mouche un jour dit à l'abeille :
— D'où vient que rîotre sort, ma soeur, est différent,
Quand notre figure est pareille ?
Deux ailes d'un tissu délicat, transparent,
Soutiennent notre vol errant;
Le même éclat les colore;
Aux fleurs qui viennent d'éclore
Je fais ma cour comme vous;
Comme vous, je me repose
Au bord du lis, de l'oeillet, de la rose ;
Ma trompe y sait puiser un nectar pur et doux.
Mais, tandis que la bienvenue
Vous est souhaitée en tous lieux.
Moi, partout l'on me chasse ainsi qu'une inconnue;
Mon vol importune les yeux
— 17 —
Et les oreilles;
On me poursuit, on en veut à mes jours.
Pourtant, n'en déplaise aux abeilles,
Il en devrait, ce semble, aller tout au rebours.
Bien moins haut que vous je bourdonne,
Je n'ai point d'aiguillon perçant
Caché sous un air innocent;
Je ne fais de mal à personne.
— Cela peut être vrai, mais faites-vous du bien?
Lui répondit l'abeille.
Eh ! ce n'est point merveille
Que l'on n'accueille pas qui n'est utile à rien !
C'est pour mon miel qu'on m'accueille, ma chère.
Oisive, l'on me chasserait
Ainsi que vous, voilà tout le .secret :
Vivre inutile, c'est mal faire !
_ 18 —
VI
L'ÊTOÏLE DE BETHLÉEM
CASTIQl'E DE NOËL
Dans les deux sans voile
Toi qui luis là-bas,
Où, divine étoile,
Conduis-tu nos pas?
— Petits de la terre,
Méprisés de tous,
Au Sauveur, au frère,
Pauvre comme vous !
— Coeurs sans espérance,
Au Roi de douleurs
- 19 -
Qui sait la souffrance
Et connaît nos pleui's !
— Brebis égarées,
Au divin Berger :
Sous ses mains sacrées
Courez vous ranger !
— Pécheurs que menace
La loi qui punit,
Au Dieu qui fait grâce
Pardonne et bénit !
—Vous qui voulez vivre
Pour Dieu seulement,
Au modèle à suivre,
A suivre en l'aimant !
— A l'Ami suprême,
Au Maître humble et doux,
Enfants, vous qu'il aime,
Qu'il aime entre tous !
— 20 —
Dans les deux sans voile
Brille toujours plus,
0 divine étoile
Qui mène à Jésus !
- 21 —
VII
MA CHAMBRETTE
Venez avec moi, Rose, Claire,
Henriette, Angélique, Armand!
Venez, et je vous ferai faire
Un petit voyage charmant.
Un voyage dans ma chambrette !
Tenez, le soleil justement
A travers la vitre y projette
Un gai rayon en ce moment.
Voici d'abord, enveloppée
D'un rideau que je n'ouvre pas,
La couchette de ma poupée
Près de mon lit... Chut! parlez bas.
- 22 -
Pour s'être un peu trop amusée
A jouer hier avec le chien,
Julie est très indisposée:
Le repos lui fera du bien.
Ici, mon pupitre, mes plumes,
Et mes cahiers, et mes crayons,
Et vous, ô mes charmants volumes,
Qui souriez sur vos rayons !
Vieux amis, qui m'avez distraite
Plus d'une fois de ma leçon,
Ali-Baba, Pierre et Pierrette,
Peau-d'ân.e, Augustin, Robinson !
Là, suspendus à la muraille,
Deux portraits, vous voyez lesquels,
Me suivant toujours, où que j'aille,
De leurs doux regards paternels !
Les premiers, quand revient l'aurore,
A me bénir à mon révail,
— 23 -
Et le soir les derniers encora
A bénir aussi mon sommeil!
Plus loin, la table où je travaille,
Mon dé, mon fil et mes ciseaux,
Ma petite chaise de paille,
Et tout à côté mes oiseaux!
Mes oiseaux! ah! de ma chambrette
C'est là surtout l'enchantement!
Voyez donc la cage proprette
Qu'habitent Charmante et Charmant I
Chaque jour ma main leur apporte
Graine au repas, sucre au dessert :
Aussi, quand je franchis la porte,
Vous pouvez juger quel concert!
Mais c'est surtout quand ma croisée
S'ouvrant l'été sur le jardin,
Au soleil leur cage est posée
Entre la rose et le jasmin}
- 24 -
Qu'il faut entendre leur ramage
Et les voir s'entre-becqueter!
Tous les oiseaux du voisinage
Se taisent pour les écouter !
Je vous invite, Rose, Claire,
Henriette, Angélique, Armand,
Lorsque la saison printanière...
Mais chut! attendez un moment..
C'est ma poupée, oui, c'est Julie,
Je crois, qui vient de s'éveiller!
Vous allez voir qu'elle est jolie !
Vous m'aiderez à l'habiller.
-25 —
VIII
A MA POUPÉE
Ma poupée, il faut vous le dire :
Depuis quelque temps, entre nous
(Veuillez, s'il vous plaît, ne pas rire),
Je suis mécontente de vous.
A no? leçons, j'en suis frappée,
Vous ne mettez nul intérêt;
Ailleurs vous êtes occupée :
Une mouche, un rien vous distrait.
Aussi n'en profitez-vous guère :
Au lieu de lire couramment,
C'est à peine, à peine, ma chère,
Si vous épelez seulement!
2
- 26 —
Encor, sur ce manque de zèle
Je passerais facilement,
Si vous vouliez, Mademoiselle,
N'y pas joindre l'entêtement.
Souvent, j'ai beau vous faire signe
Quand votre esprit s'est obstiné,
Vous voyez un A dans la ligne,
Mais vous dites : Non, c'est un E !
Vous mériteriez, quand j'y songe,
De recevoir une leçon...
Mais je veux bien passer l'éponge
Encor, et vous parler raison.
Quelle poupée avez-vous vue
Qui fût retardée à ce point?
Si paresseuse et si têtue?
Quant à moi, je n'en connais point.
Tenez, par exemple, Françoise,
Votre cadette au moins d'un an^
-27 —
Lit sans faute, écrit sur l'ardoise,
A ce que m'a dit sa maman.
Et Toinette, j'en suis certaine,
A la sienne, le jour de l'an,
A récité tout d'une haleine
Une fable de Florian!
Vous pensez, sans doute, Julie,
Que l'on peut, sans tant travailler,
Etre une poupée accomplie,
Plaire, réussir et briller;
Qu'il suffit d'un joli visage,
Yeux noirs, beaux cheveux, dents d'émail.
Et même d'un joli corsage
Ou bien d'un élégant camail?
Non, non ! Etre belle, ma fille,
Ou riche, ce n'est rien encor;
Etre sage, instruite et gentille,
Voilà quel est le vrai trésor !
— 28 -
A présent, vous allez, je pense,
Dire vos lettres couramment.
Je vous lirai, pour récompense,
Après, la Belle au bois dormant,
Puis, avec Françoise et Toinette,
Plus tard, comme ces jours derniers,
Nous irons faire la dînette
Là-bas, sous les grands marronniers !
29 —
IX
LA NEIGE
La neige, amis, la neige! quel bonheur!
Pendant la nuit elle a couvert la plaine,
Et sous son voile, éclatant de blancheur,
Routes et champs se distinguent à peine !
La neige, amis! quels jeux et quels combats!
Nous voilà bien, je pense, une vingtaine :
Vite en deux camps partageons nos soldats,
Et que chacun choisisse un capitaine !
Bien ! A présent il faut trouver des noms
Pour désigner et l'une et l'autre armée :
Vous, vous serez les Russes, supposons ;
Nous, les Français : la guerre est en Crimée.
— 30 —
Là, ce vieux mur, ce sera, n'est-ce pas,
Sébastopol, dont nous ferons le siège;
Là, notre camp, vis-à-vis, à vingt pas.
Et maintenant, partez, boules de neige!
Partez, volez, et croisez-vous dans l'air !
Oh! quel plaisir, amis! Plus on les serre,
Plus on les voit, promptes comme l'éclair,
Frapper au but et voler en poussière!
Bon ! notre attaque a réussi, je vois
Fuir en tous sens les Russes en déroute!
Sur le rempart il n'en reste que trois :
Donnons l'assaut, enlevons la redoute!
Mais non! c'était un piège! et les voilà
Qui dahs la plaine arrivent en bataille !
Ah! mes amis, souffrirons-nous cela?
Attaquons-les-à boulets, à mitraille!
En avant, marche ! Ils perdent du terrain !
|5n avant, marche ! Ils battent en retraite !
- 31 -
Poursuivons-les par le plus court chemin,
Et culbutons tout ce qui nous arrête !
Le grand redan est tombé sous nos coups,
Plus qu'un effort, l'affaire est terminée !
Victoire, amis, Malakoffestà nous!
Sébastopol est pris, ville gagnée !
Et maintenant, pour conclure la paix,
Nous allons faire un grand homme de neige
Et puis... Hélas! adieu tous nos projets :
J'entends sonner la cloche du collège!
— 32 —
X
LA PETITE ÉCOLE
Quoi? vous ne savez pas encore
Jouer à l'école, vraiment?
Est-ce des choses qu'on ignore?
• Eh bien ! vous verrez, c'est charmant !
Il nous faut d'abord une classe :
C'est ce pavillon, supposons;
Que chacun y prenne sa place :
Là les filles, là les garçons.
Puis, il nous faut une régente :
Qui sera-ce? — Tirons au sort. —
Bon! c'est moi, que je suis contente :
Etre régente, c'est mon fort!
— 33 -
, Elèves, un peu de silence,
Les mains sur les bancs : commençons!
A vous la première, Clémence,
Venez réciter vos leçons.
« Fable du Coche et de la Mouche. »
— Pas mal, mais vous parlez trop bas :
Ouvrez donc un peu plus la bouche,
Mademoiselle, on n'entend pas !
Continuez, vous, Henriette!
« La mouche, en ce pressant besoin... »
Eh bien? qu'est-ce qui vous arrête?
Vous n'avez pas appris plus loin?...
Quelle paresse impardonnable,
Henriette ! Trois points marqués,
Trois fois à copier la fable,
Et quatre, si vous répliquez !
Passons au thème d'orthographe,
Et faites bien attention :
— 34 —
Je vais vous dicter la Girafe,
Tiré de Monsieur de Buffon.
« La girafe est un... » Charles! Rose!
Vous ne voulez pas travailler?
Quatre fois le verbe « je cause, »
Pour vous apprendre à babiller !
Je reprends et dicte la suite :
« La girafe est un des premiers... »
El catera. Relisez vite,
Et montrez-moi tous vos cahiers.
Bien, Clémence, votre orthographe
A fait des progrès; cependant
Vous mettez ph à giraphe :
C'est un/qu'il faut, mon enfant.
Bernard, écriture meilleure,
Mais dix fautes; Charles, vingt-deux!
Thème à refaire, et trois quarts d'heure
De retenue à chacun d'eux !
- 35 —
Pour finir, un peu de musique
D'après la méthode Chevé.
Je vais vous donner la tonique ;
Voyons, que ce soit enlevé !
Do, do, sol, sol, un peu d'ensemble -
La, la, sol, c'est un air nouveau —
Fa, fa, mi, point de voix qui tremble
Bon ! Fa, fa, mi, mi, ré, ré, do.
Sol, sol, ni, plus doux ce passage —
Bien — continuez seulement -r-
La reprise, à présent, courage —
Do, do, sol, sol, — parfaitement!
Elèves, je suis très contente !
Aussi, tout pensum abrogé.
Ecoutez bien — votre régente
Vous donne trois jours de congé!
30 —
XI
LA POULE
Devinez ma découverte,
Enfants? — Là, chez nos voisins,
Devant la grange entrouverte,
Une poule et ses poussins !
J'en ai compté jusqu'à treize...
Suivez-moi tout doucement,
Et jouissons à notre aise
De ce spectacle charmant.
Voyez ! La voilà dans l'herbe
Qui marche seule, en avant,
La tête haute, superbe,
Tous ses petits la suivant.
— 37 —
Les uns de plumes nouvelles
Encore à peine couverts;
De leur queue et de leurs ailes
Les autres déjà tout fiers.
Même il en est dunt la tète,
Plus haute d'un pouce ou deux,
Porte un petit bout de crête
Qui les rend fort belliqueux.
Mais la mère a fait entendre
Son gloussement redoublé,
Elle appelle : Qui veut prendre
Ce grain de mil ou de blé?
Aussitôt on court, on lutte,
Pour devancer son voisin,
Et plus d'un fait la culbute
Ou reste à moitié chemin.
Nouveau grain, nouvelle guerre:
On se venge sans façon,
3
— 38 —
Si bien que du beo la mère
Les doit mettre à la raison.
Enfin, la paix achevée,
Sur le sable, en plein soleil,.
La couveuse et la couvée
Se disposent au sommeil.
La poule enflant ses deux ailes
Pour abriter ses petits,
Bientôt les voilà sous elles
L'un après l'autre blottis.
Tout, d'abord, est bien tranquille
Sous la plume, chaudement,
Chacun se tient immobile,
Et l'on dort très sagement.
Sommeil de courte durée!
Déjà, par un petit coin,
Une tète s'est montrée,
La seconde n'est pas loin.
— 39 —
C'est la bande prisonnière
Qui cherche à s'émanciper
Et qui bientôt tout entière
Réussit à s'échapper.
Alors, ce sont des gambades,
Des sauts à n'en plus finir,
Entremêlés des gourmades
Des petits coqs à venir.
Et la poule les regarde,
Et sur son dos, par moment,
Le plus hardi se hasarde
A grimper tout doucement.
Heureux petits! tendre mère!...
Mais qu'aperçois-je soudain?
Un point noir dans l'atmosphère
Plane au-dessus du jardin.
C'est l'épervier dont la serre
Comme un cercle meurtrier
Se rapproche, se resserre...
Rentrez vite au poulailler !
— 40
XII
LES JOUJOUX
Ainsi, cette grande journée,
Trop courte au gré de vos souhaits,
Enfants, la voilà terminée :
Que de bonbons, que de jouets !
Jamais de richesses pareilles
Le nouvel an ne vous combla;
Ce sont des trésors, des merveilles :
Voyons, montrez-moi tout cela.
Un grand cheval, une trompette,
Un sabre, un tambour, un cerceau,
Une poupée et sa couchette,
Un gros poupon dans son berceau,
— 41 —
Un déjeuner en porcelaine,
Des soldats le sabre au côté,
Un mouton couvert de sa laine,
Un chien qui jappe à volonté !...
Ah! certes, voilà des étrennes,
Ou bien je ne m'y connais pas,
Des cadeaux de rois et de reines
Qui font presque envie aux papas !
Pourtant, bien qu'il soit doux, mes anges,
De recevoir tant de joujoux,
Je sais — les papas sont étranges —
Quelque chose encor de plus doux !
Voyons, comblés comme vous l'êtes,
Ne songez-vous point, dans vos coeurs,
A tous ces témoins de nos fêtes,
Hélas! qui n'ont jamais les leurs!
A tant de petits, blonds et roses,
Comme vous, mais qui, ce matin,
— 42 —
Loin d'avoir tant de belles choses,
Peut-être à peine ont eu du pain !
Tout à l'heure, de ma fenêtre,
J'en regardais deux, frère et soeur,
Que j'ai pu très bien reconnaître,
Et cela me fendait le coeur.
Devant les glaces éclatantes
D'un riche marchand de joujoux,
Mains jointes, lèvres palpitantes,
Ils étaient là, presque à genoux.
C'était une extase, un délire
Devant ces jouets merveilleux.
Que c'est donc beau! semblaient-ils dire,
Et que les riches sont heureux !
Soudain, leur figure charmante
S'assombrit, leur coeur se gonfla,
Et de leur paupière brûlante
Une grosse larme coula!
— 43 —
Et le garçon et la fillette
Pleurant près du beau magasin,
C'étaient — c'étaient Pierre et Pierrette,
Les pauvres enfants du voisin !
— Comment! c'étaient Pierre et Pierrette?
Et qui pleuraient? Eh bien! c'est nous,
Pourvu que papa le permette,
Qui leur donnerons des joujoux !
— Oui, moi je donne ma trompette!
— Moi, mon poupon et son berceau !
— Moi, ma poupée et sa couchette !
—: Et moi, mon sabre et mon cerceau !
— Bien, mes petits anges! et môme
Vous les leur porterez ce soir :
Voyez-vous, le bonheur suprême
C'est donner, et non recevoir!
— 44 —
XIII
LES DIX LÉPREUX
Luc XVII. 11-19.
Le Seigneur traversait un jour la Galilée,
Quand soudain, l'implorant du geste et de la voix,
Dix lépreux, troupe errante et de loin signalée,
Aux approches d'un bourg s'arrêtent à la fois.
— Pitié, s'écriaient-ils, pitié, Maître! — A leur vue
Jésus s'arrête aussi, son âme. s'est émue :
— Aux sacrificateurs montrez-vous tous les dix, —
Leur dit-il. Ils y vont, et tous étaient guéris!
Et l'un d'eux, aussitôt, retournant en arrière,
Rendait gloire au Soigneur tout le long du chemin.
Et, venant à Jésus, la face contre terre :
— 45 —
— Béni sois-tu d'avoir exaucé ma prière !
Disait-il; oui, bénis soient ton coeur et ta main! —
Or, cet homme pieux était Samaritain.
Alors Jésus tournant les yeux vers ses apôtres
Et vers la multitude : — Eh! quoi? les dix lépreux
Ne sont-ils pas guéris? Où sont donc les neuf autres?
Il ne s'est donc trouvé qu'un seul, un seul d'entre eux,
Un étranger, qui vînt, avec reconnaissance,
Adorer du Seigneur la gloire et la puissance !
Puis, regardant cet homme, et l'ayant relevé :
— Mon fils, retourne en paix ! va, ta foi t'a sauvé !
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