Les Cheveux de Sif

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Ces histoires furent contées à la cour de Halfdan III le Noir, roi du Vestfold, par un scalde nommé Bjarni Olofsson.

La lyre de Bjarni s’est éteinte depuis longtemps, mais quand souffle le vent du Nord, tendez bien l’oreille : il vous emmènera dans les neuf mondes où vivent les dieux, les humains, les créatures étranges, l’aventure, la magie, l’amour et, parfois, l’humour. Alors frémiront pour vous les feuilles immémoriales d’Yggdrasil, le frêne cosmique.

Écoutez...

Écoutez l’histoire du rusé Loki, ébloui et obnubilé par la chevelure de la déesse Sif.


Publié le : dimanche 15 décembre 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791093026039
Nombre de pages : non-communiqué
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Pierre Efratas

titre-sif.eps

Sagas des Neuf Mondes

Couverture : Catherine Nodet

© 2013 Flammèche Éditions

Tous droits réservés pour tous pays.

contact@editions-flammeche.com

http://www.editions-flammeche.com

ISBN : 979-10-93026-03-9

Ces histoires furent contées à la cour de Halfdan III le Noir, roi du Vestfold, par un scalde nommé Bjarni Olofsson.

La lyre de Bjarni s’est éteinte depuis longtemps, mais quand souffle le vent du nord, tendez bien l’oreille : il vous emmènera dans les neuf mondes où vivent les dieux, les humains, les créatures étranges, l’aventure, la magie, l’amour et, parfois, l’humour. Alors frémiront pour vous les feuilles immémoriales d’Yggdrasil, le frêne cosmique.

Écoutez…

Puissant roi, dignes jarls, belles dames et vous fiers hommes libres, j’ai une confidence à vous faire ! La douceur des gâteaux et la délicatesse des vins m’ont tant mignoté le gosier que je me trouve prêt, si vous le souhaitez, à reprendre nos voyages à travers les neuf mondes. Vous aussi ? Alors, tendez bien l’oreille. Laissez les fleurs des espaces insondables éclore en vous. Je vous emmène au milieu du Fleuve Vert où réside parfois Loki, le dieu malicieux.

C’était quelque temps avant l’épopée du vaillant Oddbjörn. Les quatre portes de la grande halle étaient ouvertes à tous vents, et Loki, affalé sur ses coussins en plumes de cygnes, ses longs cheveux noirs en bataille, les yeux gonflés de larmes, labourait son beau visage de ses ongles.

Et pourquoi cet état extrême ? Parce que le pauvre était consumé de désir ! Carbonisé, taraudé par une idée fixe : les cheveux de Sif. Chaque fois que le dieu malin apercevait la déesse et sa chevelure mordorée où dansaient les rêves, il manquait de défaillir. Cette fièvre atroce brûlait Loki tout entier. Et pourtant, il avait tout entrepris pour ne plus y penser.

Les voyages lointains, les jeux du corps et de l’esprit, l’ivresse, les activités de force.

Ainsi, deux jours et deux nuits, il avait nagé dans les flots furieux de la mer battant les roches sombres des îles Suthreyjar. Malheureusement, chaque fois que le soleil se levait, caressant de ses mains dorées l’écume des vagues, il s’imaginait étendu auprès de Sif, flattant à deux mains ses doux cheveux. Et elle, déesse impitoyable, lui demandait de ne pas s’arrêter ! Cela aurait pu être merveilleux… De fait, c’était horrible, car Sif, je vous le rappelle, était l’épouse de Thór !

Alors Loki nagea cinq nuits et cinq jours supplémentaires, droit vers le sud, droit vers la Mer des Turquoises où l’eau est chaude comme un baiser dans le cou, et quand il sentit qu’une douce fatigue engourdissait ses sens, il prit pied sur un rivage fleuri.

— Enfin, murmura-t-il en se séchant sous le soleil généreux, enfin, je ne sens plus cette terrible blessure de l’âme, m’en voici débarrassé !

Et il s’endormit.

Cependant qu’il se reposait de ses rudes efforts à proximité d’un massif d’anémones, les paupières closes et la bouche ouverte, et que les songes l’emportaient dans des maelströms de nuages blancs et roses, il imagina qu’à l’aide d’un peigne en ivoire de morse, il coiffait les cheveux de Sif. Très vite, leur fragrance bouta le feu à ses joues. Ainsi, il se réveilla, trempé de sueur, le souffle bref et le cœur douloureux.

Que faire ? Boire pour oublier ? Loki se servit du fruit des vignes que cultivaient les Francs sur des collines de nacarat. À pleine bouche, il but. À plein désespoir, il but encore, et à pleine rage, encore et encore ! Hélas ! L’odeur du vin lui rappelait invinciblement le parfum enivrant des cheveux de Sif.

De colère lasse, Loki voulut s’enfouir dans les foins chauds, mais ils lui rappelèrent l’épaisseur troublante des cheveux de Sif. Plus tard, il chercha à se reposer sous un saule, mais le retombé de ses branches lui rappela les cheveux de Sif.

Loki passa ses chaussures de vent et courut à une vitesse inconcevable par les terres, les monts, les fleuves et les mers, droit vers le nord, droit vers la Grande Ile. Là, il tenta de se distraire en galopant à perte de landes sur les petits chevaux du pays Scot, mais ils lui rappelèrent le toucher animal des cheveux de Sif.

Les étangs et les rivières du misseri d’été regorgeant de nixes affriolantes aux seins tendus comme des fruits mûrs, aux croupes offertes comme des terres rondes à labourer, il se livra à de folles orgies, mais leurs gémissements lui rappelèrent la chanson du vent dans les cheveux de Sif et leurs petites morsures passionnées la grande douleur qui le torturait. C’était simple et terrible à la fois : vous lui auriez dit « Loki, regarde ce rocher », « Loki, prends un bain de pluie », ou même « Loki, tu as un furoncle sur la fesse gauche » et le dieu rusé aurait pensé à une montagne de cheveux, à une pluie de cheveux, à la douleur de ne pas pouvoir toucher ces cheveux ! (Les cheveux de Sif, bien entendu, je tiens à le souligner).

***

Las de lutter,

Las de marcher,

Las de manger,

Las de désirer,

Las d’aimer,

Que reste-t-il à l’homme sinon la...

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