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Les cinq saisons du moine

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156 pages
D’une saison à l’autre, de l’adolescence à la vieillesse, des moines sont hantés par une mystique personnelle qui les confond. L’un s’égare entre les enseignements de saint Benoît et ceux d’Ovide, l’autre prétend convoquer Dieu après avoir percé le secret de la musique des sphères ; un autre encore écume églises et monastères, de Tadoussac à Paris, à la recherche des reliques du Christ afin que celui-ci, une fois ressuscité, extermine les impies tel un Ulysse vengeur.
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LES CINQ SAISONS DU MOINE
Extrait de la publication
DAVID DORAIS
Les cinq saisons du moine
nouvelles
Maquette de la couverture : AnneMarie Guérineau Illustration de la couverture : Claire Lamarre,Stratagèmes II, 2001, acrylique sur panneau d’aggloméré (61 × 76 cm) Photographie : Danielle April Photocomposition : CompoMagny enr. Distribution pour le Québec : Diffusion Dimedia 539, boulevard Lebeau Montréal (Québec) H4N 1S2 Distribution pour la France : Distribution du Nouveau Monde © Les éditions de L’instant même 2004 L’instant même 865, avenue Moncton Québec (Québec) G1S 2Y4 info@instantmeme.com www.instantmeme.com Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec, 2004
Catalogage avant publication de la Bibliothèque nationale du Canada Dorais, David, 1975 Les cinq saisons du moine ISBNpapier 978-2895021148  ISBN PDF 978-2-89502-609-9 I. Titre. PS8607.O72C56 2004 C843’.6 C20049405896 PS9607.O72C56 2004
L’instant même remercie le Conseil des Arts du Canada, le gouvernement du Canada (Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition), le gouvernement du Québec (Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC) et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec.
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La folle du logis
La folle du logis
our la première fois ce printemps, l’aubergiste avait escPalier dallé de pierres menait à l’auberge, située sous le niveau ouvert la porte d’entrée. Ce n’était que le matin, et tôt encore, mais une brise très douce soufflait du ciel. Un de la rue. Il faisait sombre à l’intérieur, la lumière s’arrêtant sur le seuil, mais l’air descendait les marches en cascade pour venir abreuver la salle. D’une tiédeur qu’on avait presque oubliée après l’hiver, il amenait avec lui une odeur de boue. La neige fondait sur le chemin, mais il en restait encore au fond des fossés. De l’extérieur parvenait le gazouillement des oiseaux. L’aubergiste sortit de la cuisine en portant une écuelle de bois et un pot de grès. Il déposa le tout sur une table, devant le jeune homme qui s’était assis au fond de la salle. Ce dernier détourna le regard de son livre, pour examiner ce qu’on lui avait apporté. L’assiette contenait des tranches de pain et des quartiers de pomme, et le pot était rempli de lait chaud crémeux. «Tu es sûr que tu ne veux rien manger de plus ? demanda l’aubergiste. – C’est là tout ce dont j’ai besoin.En évitant les excès, le moine ne sera jamais surpris par l’indigestion, ainsi le dit saint
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Les cinq saisons du moine
Benoît. Il me faut ma concentration entière pour les examens du noviciat… Et je me passerais volontiers de ceci», s’exclama til en lançant loin de son assiette une boulette de viande que l’aubergiste avait glissée sous une tranche de pain. Le gros homme éclata de rire.«Tous absolument s’abs tiendront de la chair des quadrupèdes, excepté ceux qui sont tout à fait débiles et ceux qui sont malades, citatil. Et je te garantis que cet animallà était le plus malade du troupeau. Tu peux donc manger sans crainte !» Installé à proximité du monastère depuis belle lurette, il aimait taquiner ses clients habituels et, pour le plaisir de disputer avec eux, il avait lui aussi appris par cœur des passages de la Règle. Il la connaissait mieux que tous les novices, mais ceuxci se gardaient bien de lui demander son aide pour les examens. L’histoire avait prouvé que ses conseils étaient tissés de mensonges et qu’il faisait sciemment échouer les étudiants. «Tu joues avec les mots, lui reprocha le jeune homme. Saint Benoît ne parle pas des animaux, mais des moines, quand il les traite de débiles et de malades. – Tu as bien raison, allez !» L’aubergiste fit aussitôt mine de ramasser la boulette de viande, tombée dans la poussière et que commençait à lécher un chat. Avec un soupir d’énervement, le jeune homme plongea le nez dans son livre. L’aubergiste éclata de rire de nouveau, puis s’assit en observant, amusé, l’étudiant absorbé par sa lecture. Celuici, de temps à autre, sortait un bras de derrière son volume pour aller pêcher quelque chose dans l’écuelle. Le déjeuner se déroula silencieusement, jusqu’à ce qu’on entendît des pas sur les marches. Le novice que son ami attendaitentradunairdigne.Ondevinaitcependantunegrandeexcitation chez lui. Il avait les joues rouges, on voyait qu’il avait marché vite.«Ah ! Ça sent la crotte et le gazon mouillé…
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La folle du logis
Une belle raspoutitsa dehors ! Que c’est bon ! Et regardez ce que j’ai trouvé !»Il tendit avec fierté un bourgeon, petite tête mauve, dure comme un clou de girofle.«C’est le premier que je vois cette année. Je l’ai coupé avec les ongles, il pointait au bout d’une branche. Comme il va être splendide quand il va s’ouvrir ! Qu’estce que tu en penses ?» L’ami leva les yeux de son livre, les y replongea pour vérifier quelque chose, puis lança :«Au chapitre trentecinquième, dans quel cas les frères ontils droit à un coup à boire et à un morceau de pain, en sus de la portion ordinaire ?»Le novice fut un instant décontenancé. Il perdit le sourire, mais réfléchit un peu et répondit : «Quand ils font le service. D’ailleurs, c’est mon tour ce soir. – Bien. Et à partir de quand peuventils les consommer ? – Une heure avant le repas. Je ne m’en priverai pas. – Bravo !» L’ami avait l’air sincèrement heureux. Il tira un siège au novice. Ce dernier s’assit, de nouveau souriant, et vola une tranche de pain dans l’écuelle qui traînait. Il ouvrit, lui aussi, son saint Benoît et se mit à étudier avec gravité. Toutefois, il ne resta pas immobile longtemps : il commença à se balancer sur les pattes arrière de sa chaise, à se racler la gorge, à serrer nerveusement sa bure. Pour l’agacer, l’auber giste le dévisageait. Le novice se reprit un peu. Il fit semblant d’être occupé totalement par sa lecture. Mais il continuait à mal camoufler les signes de l’agitation la plus vive. L’aubergiste remarqua une forme rigide qui saillait à travers le tissu de la robe du novice. Déclarant qu’il avait à faire à la cuisine, il se leva et quitta la pièce. Seulement, il resta caché derrière la porte, curieux de voir ce qui troublait tant son jeune client. Une fois l’aubergiste disparu, le novice agrippa son ami par la manche.
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Les cinq saisons du moine
«J’ai quelque chose à te montrer. – Je sais, ton bourgeon. – Non, quelque chose d’autre. Regarde.» Les yeux scintillants de fierté, il écarta un pan de son vêtementdelaineetenretiratriomphalementunlivrebleu.«L’Art d’aimerd’Ovide !»murmuratil. Il ne pouvait réprimer un sourire. L’ami eut l’air estomaqué. «Où astu trouvé cela ? – On me l’a donné. – Qui ? – Une femme que j’ai rencontrée au carrefour, en m’en venant ici. Elle portait une robe de soie blanche et ses cheveux étaient tressés en une longue natte dorée. Elle m’a simplement tendu le livre et a refermé mes doigts dessus. – Tu es fou. D’abord, nous ne pouvons rien posséder en propre, tu le sais bien. Si l’abbé t’attrape, tu seras sévèrement réprimandé. Et puis, qu’estce que tu vas en faire, de tonArt d’aimer? Tu te destines à l’amour de Dieu, pas à celui des femmes. Il ne te servira à rien !» Mais le novice ne l’écoutait pas et parcourait avec passion son livre. Celuici tenait dans la paume de la main. Le nom de l’auteur et le titre étaient sobrement inscrits sur la couverture, les pages, faites de papier mince comme de la pelure d’oignon. Les pieds sur son siège, il feuilletait le volume en se léchant le bout de l’index. Devant le titre de certaines parties, le jeune homme se mettait à ricaner d’un rire égrillard. Il l’ouvrait sous les yeux de son ami, qui s’en détournait avec répulsion.«Eh, eh ! Regarde :Moyens de plaire,Larmes, baisers, hardiesseOooh ! Et ici :Pratique des choses de l’amour!» L’ami se confinait dans son livre saint, jetant de temps en temps un regard mauvais sur sa gauche. Le novice, quant à lui, une main entre les cuisses, compulsait le volume, le visage
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