Les cités ouvrières de mineurs / par L. Simonin,...

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L. Hachette (Paris). 1867. 52 p. ; 16 cm.
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Publié le : mardi 1 janvier 1867
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POPULAIRES
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LES
CITÉS OUVRIÈRES
DE MINEURS
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CONFÉRENCES POPULAIRES
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CITÉS OUVRIERES
DE MINEURS
) PAR
L. SIMONIN
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PARIS
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1867
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LES
CITÉS OUVRIÈRES
DE MINEURS
MESSIEURS,
Une des gloires de notre temps sera d'a-
voir courageusement sondé tous les giands
problèmes de l'économie sociale.
La plupart d'entre vous ont pu voir que
nos grandes assemblées politiques s'occupent
avec soin de la solution de ces problèmes.
Vous savez tous comment, il y a une année à
peine, la loi des coalitions a réglé ce qu'on
peut appeler les relations financières du
patron et de l'ouvrier, la libre discussion des
8 LES CTTÊS OUVRIÈRES
salaires. Puis est venue laqucstion des sociétés
coopératives, qno les Anglais et les Améri-
cains ont depuis longtemps si franchement
abordée, mais qui n'est encore chez nous qu'à
l'état d'étude. L'introduction de ces sociétés
en France n'en a pas moins préoccupé très-
fortement l'attention publique, et surtout
les amis des ouvriers.
Vous savez ce que sont ces sociétés coopé-
ratives, des espèces de sociétés mutuelles au
moyen desquelles les ouvriers s'achètent et
se vendent tous les instruments, les aliments,
les vêtements dont ils ont besoin, et réalisent
ainsi les bénéfices que feraient vis-à-vis d'eux
les intermédiaires, les courtiers, les mar-
chands..
Il me serait facile, si je voulais développer
cette entrée en matière, de vous parler aussi
des sociétés de secours mutuels, des asiles
[)!? MINEUR* 7
pour l'enfance, pour la vieillesse, pour les
convalescente dont nous avons ici un si ma-
gnifique modèle.
Il me serait facile do transformer co court
exordo en uno conférence entière et mêmo
en plusieurs conférences. Mais je no veux
pas abuser de vos instants, et je dois me rap-
peler que des maîtres bien plus autorisés
quo moi, vous ont déjà parlé ou vous par-
leront do ces sujets quo jo no fais qu'ef-
fleurer.
Pour moi, jo vais mo limiter h uno ques-
tion quo, fort heureusement, il m'a été donné
d'étudier en différents pays et sous diffé-
rentes faces, c'ost la question des logements
d'ouvriers, des habitations des travailleurs,
et par conséquent cello ofi so présente co
problème si délicat, si difficile à résoudre
des logements à bon marché.
8 LES CITÉS OUVRIÈRES
Je crois, Messieurs, que cette question
vous intéresse tous, et qu'elle est non moins
importante que toutes celles que j'indiquais
tout à l'heure.
J'essayerai d'être à la hauteur de ma tâche,
et de vous dire tout ce qui a été fait dans les
localités que j'ai visitées à ce propos, pour
le bien-être et pour la moralisation des tra-
vailleurs.
Avant tout, Messieurs, reconnaissons com-
bien nous sommes déjà loin de ces temps,
cependant si rapprochés de nous, où le frein
des règlements régissait si bien la classe la-
borieuse, que l'ouvrier, dominé par les mat-
trises, par le compagnonnage, par l'appren-
tissage, ne pouvait développer librerrent ses
facultés, travailler où il voulait et comme
il l'entendait. Aujourd'hui c'est presque la
liberté complète ; il est venu le grand règne
DE MINEURS 9
1.
de la démocratie , que les moralistes, les
philosophes ont tant appelé de leurs vœux.
1
J'entre en matière, Messieurs, et je vais
parler des logements d'ouvriers. Pour faire
une étude fructueuse de la question, je suis
obligé de m'éloigner un peu de Paris, et
surtout du centre de Paris.
Pour vous dire ce qui a été fait, la façon
dont le problème a été résolûment abordé,
je serai obligé de masser devant vous toute
une population, toute une armée de travail-
leurs qu'il a fallu, quelquefois du jour au
lendemain, nourrir, loger, à laquelle il a
fallu donner, comme on dit, le vivre et le
couvert.
10 LES CITÉS OUVRIÈRES
Où irai-je la prendre cette population
d'ouvriers ? Dans les grands centres que je
connais : on ne parle bien que de ce qu'on a
n. Je la prendrai dans nos grandes mines,
dans nos grandes usines, dans nos fonderies,
au Creusot par exemple, une usine qui est
peut-être unique dans son genre, qui occupe
jusqu'à dix mille ouvriers.
Le Creusot produit cent mille tonnes de
fer par an (cent millions de kilogrammes),
le douzième de tout ce que produit la
Frano le Creusot fait pour cinq mille che-
vaux ae force de machines à vapeur, fabrique
cent locomotives par au, deux locomotives
par semaine.
A côté du Creusot se place la houillère de
BJanzy, qui occupe trois mille travailleurs,
ot qui dessert le centre de la France par le
t
canal du Centre et le canal latéral do la
DR MINEURS Il
Loire. Blanzy, le Montceau, co sont des vil-
lages d'ouvriers. Ces mines produisent cinq
cent mille tonnes de charbon.
Au nord, dans le mémo département, se
trouve la mino d'Épinac qui extrait plus de
cent cinquante mille tonnes de houille qu'elle
transporto au canal de Bourgogne, occupe
près de quinze cents ouvriers, et qui, placée
loin des centres d'habitations, a dA impro-
viser une cité pour loger tous ses travail-
leurs.
Voilà, Messieurs, les localités ott j'ai vu,
surtout en France, sans parler des houillères
du midi et du nord, la population travail-
leuse logée par les patrons.
Eu Angleterre, dans les grands districts
miniers et métallurgiques du pays de Galles,
dans les comtés de Stafford, de Warwick, de
Durham, à Birmingham, à Newcastle, j'ai
fi LES CITÉS OUVRIÈItES
visité également des logements d'ouvriers au
milieu de populations de dix à quinze mille
travailleurs, les unes ressemblant aux nôtres
par l'industrie exercée, les autres un peu diffé-
rentes. Nous en parlerons également, et nous
verrons chez les Anglais un sentiment qui
manque quelquefois chez nous ; c'est le sen-
timent de la valeur personnelle.
Nous avons un tort en France, c'est de
toujours chercher où est l'Etat, le gouverne-
ment; et pour Dieu, Messieurs, laissez le
gouvernement où il est, il est déjà bien
assez occupé, et faites vous-mêmes vos affai-
res ; apprenez à compter sur vous seuls 1
Dans l'Amérique du Nord, dans les
grandes villes industrielles de ce pays qui
rivalise déjà avec l'Angleterre, nous verrons
également les ouvriers abrités, logés dans les
grands centres industriels. Le plus souvent,
DE MINEURS 13
comme ou outre là le principe do l'initia-
tive individuelle, le travailleur est complè-
tement livré à lui-même, au point que les
compagnies exploitantes ne prennent aucun
soin de lui, dans le cas où il est malade, où
il a besoin de soutien. L'ouvrier ne compte
que sur lui, et dans ce pays, ce n'est pas
moi seulement qui le dis, mais tous ceux qui
y sont allés , MM. Tocqueville et Michel
Chevalier à leur tête, il n'y a aucun mal-
heureux , aucun mendiant. Là l'ouvrier,
Messieurs, est autant que le patron. Quand
il est à l'œuvre, il est calme, il est digne, il
ne chante ni ne fume; c'est tout au plus si,
par l'effet d'une vieille habitude, qui est
commune à tous les Américains, grands et
petits, il mâche silencieusement du tabac,
il chique, comme nous disons familière-
ment. Puis quand il a fini sa tâche, il en-
14 LES CITES OUVRIÈRES
tlosso comma le bourgeois (jo dis lo bour-
geois pour me faire comprendre, car le
bourgeois n'existe pas aux États-Unis), il
endosse l'habit et le chapeau noir, et il est
autant que son patron ; il a exécuté libre-
ment son travail. S'il n'est pas content de la
situation qui lui est faite dans un endroit, il
va s'employer ailleurs. Aussi en Amérique
les grèves sont rares, elles n'ont lieu que
dans quelques cas particuliers. Je désire vi-
vement voir les ouvriers français acquérir ce
sentiment de leur valeur personnelle. Il
faut que nous l'ayons, et j'espère que nous
l'aurons bientôt, car les choses vont vito
dans notre pays, quand nous le voulons.
*
DE MINEURS 15
II
Je m'aperçois, Messieurs, que j'ai mis,
comme on dit, la charrue devant les bœufs,
et que je vous ai parlé des habitants avant
de vous parler de ce qui est l'objet principal
de cette conférence, des habitations. Reve-
nons donc aux habitations ouvrières.
La première idée, qui se présenta aux in- <
dustriels qui, occupant un nombre considé-
rables d'ouvriers, songèrent à les loger, et à
les loger confortablement, fut d'établir d'im-
menses casernes. Naturellement on cherche
des modèles autour de soi dans les grandes
agglomérations, et comme les plus grandes
agglomérations sont celles des armées, des
soldats de la guerre, quand on voulut loger
les soldats du travail, on prit le modèle des
casernes mUiLail'ei.
16 LES CITÉS OUVRIÈRES
Malheureusement on s'aperçut bientôt
que les casernes offraient de graves incon-
vénients. Ces inconvénients, je n'ai pas be-
soin de les détailler; vous les devinez tous.
Quelques-uns d'entre vous en ont pro-
bablement souffert, et les ont présents
à l'esprit. Comme dans les grandes fon-
deries et dans les mines on occupe des
milliers d'ouvriers, et qu'on les occupe sans
interruption, si bien que les postes de nuit
relèvent les postes de jour et cela même le
dimanche pour quelques industries, on de-
vine tous les inconvénients qu'offre cette
accumulation de tous les ouvriers dans une
même caserne.
Les ouvriers qui rentrent ou qui vont
partir réveillent ceux qui reposent. Puis, en
, l'absence des maris, les femmes se dispu-
tent; les maris eux-mêmes, de retour de l'ou-
DE MINEURS 17
vrage, se querellent entre eux. C'est ensuite
la troupe des enfants qui n'a pas toujours
des habitudes d'ordre et de propreté, si bien
que l'hygiène et le bien-être, et jo dois le
dire aussi la morale, ont souffert de l'agglo-
mération des ouvriers dans les grandes mai-
sons communes.
Alors on a songé à construire des habita-
tions plus restreintes, des modèles plus con-
venables. Une ville laborieuse, intelligente
entre toutes, Mulhouse, d'où nous viennent
presque tous ces tissus de couleur qui consti-
tuent l'une des branches les plus impor-
tantes de l'industrie française; Mulhouse, où
les patrons se sont occupés avec tant de soin
et de persistance des besoins des travailleurs,
Mulhouse aua type qui a gardé le nom
du pays d'oîi il est vefau. Ce type, celui des
maisons d'ouvriera à Quatre logements, s'ap-
18 LES CITÉS OtlVlUÈRKS
polio lo typo des cités ouvrières de Mul-
house. On a essayé do l'installer dans quel-
ques mines, dans quelques usines, mais on
a reconnu bien vito dans ces logements, qui
quoique séparés n'en sont pas moins grou-
pés sous un mémo toit, à pou près les mêmes
inconvénients que pour les grandes casernes,
si bien qu'au Creusot j'ai vu ces habitations
livrées aujourd'hui à la propriété privée, et
désertées complètement par les travailleurs.
Quant aux grandes casernes, elles sont
également abandonnées partout, mémo dans,
les villes. Je me rappello, en remontant à
1848, une année oTi les événements politi-
ques, en interrompant lo travail, firent cruel-
lement souffrir les ouvriers, jo me rappelle
avoir vu édifier à Marseille une immense
1 cité qu'on appelait la Cité ouvrière, et qui
faisait concurrencef on peut le dire, à la
DR MINEUR» 19
caserne des douanes située dans lo voisi-
nage. Non-seulement cette grando maison
avait été fondéo pour les ouvriers, mais en
mémo temps pour les commis. Ceux-ci sont
quelquefois plus malheureux que ceux-là,
car souvent ils ne gagnent pas davantage,
5 à 6 francs par jour, et ils ont à supporter
des frais que vous n'avez pas, dans l'alimen-
tation, le logement, le costume, surtout pour
sauver les apparences, ces malheureuses
apparences auxquelles on sacrifie si souvent
le solide et l'utile 1
La cité ouvrière marseillaise, fondée pour
loger ouvriers et commis, fut bientôt com-
plètement désertée; on n'en voulait pas, Lo
sentiment qui trop souvent reste chez nous a
l'état latent, celui de la valeur individuelle,
ce sentiment se révoilla. On ne voulait pas
être parqué comme des moutons, assujetti à
20 LES CITRS OUVRIÈRES
des règlements disciplinaires qui ont leur
raison d'être et leur nécessité quand on les
applique aux troupes armées, mais qui delà
part des ouvriers sont Je sujet de plaintes
continuelles. Ainsi vous êtes obligés de ren-
trer à telle heure, vous ne pouvez avoir do
lumière passé telle autre. Tous ces ennuis
s'ajoutent à ceux dont je vous ai déjà parlé,
et peutrêtre ce sont ceux qui ont le plus vexé
le travailleur.
Il a donc fallu, quoi qu'on ait tenté, arri-
ver au système des habitations isolées. Mal-
heureusement ce système ne peut guère être
pratiqué dans les villes où le terrain coûte si
cher, mais dans les grands centres de fabri-
cation il est souvent possible, et là on s'est
empressé de Mtir de ces habitations isolées,
et on en a Mti par centaines, par milliers.
Aujourd'hui, c'est la question à l'ordre du

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