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Les Cortèges qui sont passés

De
184 pages

A Madame la duchesse de Rohan.

Des fleurs, des ciels, des ors, des parfums, des désirs,
Des hymnes de triomphe et des cris de victoire !
...Et puis, ton amoureux, pour oublier la gloire
De ces pays lointains si chers au souvenir !

Des chars, tout ciselés de nacre, et pleins de roses,
Où tu serais montée ainsi qu’un jeune dieu !
Et des horizons bleus pour sourire à tes yeux,
Fatigués du soleil et des apothéoses.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Jacques d' Adelswerd-Fersen

Les Cortèges qui sont passés

Poèmes

LES CORTÈGES QUI SONT PASSÉS

A Madame la duchesse de Rohan.

CORTÈGE

Des fleurs, des ciels, des ors, des parfums, des désirs,
Des hymnes de triomphe et des cris de victoire !
...Et puis, ton amoureux, pour oublier la gloire
De ces pays lointains si chers au souvenir !

 

Des chars, tout ciselés de nacre, et pleins de roses,
Où tu serais montée ainsi qu’un jeune dieu !
Et des horizons bleus pour sourire à tes yeux,
Fatigués du soleil et des apothéoses...

 

Des lits troublants et doux pour rêver, pour dormir,
Pour s’aimer, pour mourir comme dans un beau rêve,
Avant que le serment passionné ne s’achève.
Sans avoir pu pleurer, sans avoir pu souffrir !

 

Et des vaisseaux légers, et de sveltes galères,
Voiles claquant au vent, rames baisant les flots,
Départs des matins clairs et musiques sur l’eau...
Des fleurs, des ciels, des ors, des parfums, des chimères !

 

A votre âme effrayée par les brumes du Nord,
A votre âme blessée par la tremblante neige,
Comme aux reines d’Amour j’offrirai ce cortège
De bonheur vaporeux et de caresses d’or !...

PROCESSION

A la comtesse de Fels,

Des princes sont venus s’asseoir à mon côté :
Leur front royal cachait des détresses sans nombre,
Et leurs jeunes regards qui me fixaient dans l’ombre
Avaient l’air triste et doux des lointaines clartés ;

 

Pensifs et se drapant dans leurs sombres dentelles,
Ils semblaient écouter une voix qui parlait...
Un sourire parfois sur leur lèvre passait
Semblable à ces oiseaux qui touchent l’eau de l’aile.

 

Et leur maintien si grave et si familier
Evoquait les palais sculptés qu’ils habitèrent,
Avant de revenir faire pleurer sur terre
Ceux qui les avaient vus dans leur triomphe altier.

 

... Au crépuscule d’or, je détournai la tête,
Et je grisai mon cœur des flammes du soleil,
Mais leurs fantômes noirs, encadrés par le ciel,
Parurent à mes yeux pour obscurcir la fête ;

 

Alors, la voix tremblante et le geste hagard,
Je demandai à l’un, plus jeune que les autres,
« Que voulez-vous ici ? Mon âme est-elle vôtre ?
Béni soit mon caprice et béni, le hasard !

 

Je crois vous reconnaître et pourtant je ne l’ose,
On dirait ces pays où l’on rêve partir...
 — Frère, sanglota-t-il, ce sont tes souvenirs
Qui te tendent les bras dans une apothéose,
Qui te tendent les bras au moment de mourir ! »

VOYAGE DANS LA NUIT

Ce soir j’ai entendu des pas près de ma porte,
Des pas comme les tiens. frissonnants et discrets,
Et quelqu’un a frappé, pendant que je rêvais,
Le cœur tout défaillant, à tes caresses mortes !

 

Son geste était le même, et j’ai cru, un moment,
Que par un doux miracle exquis et surprenant,
C’était toi qui venais, précédée d’un sourire...
Mais non, le soir tombait, léger, au firmament,
Et seul le vent chantait sur son ardente lyre !

 

Pourquoi suis-je resté sans voir le voyageur,
Et sans aller ouvrir à sa tendre prière ?
Peut-être, j’aurais eu la joie familière
De lui parler un peu des peines de mon cœur,

 

Peut-être, d’un seul mot, guérissant ma blessure,
Il m’aurait raconté des livres merveilleux...
Et j’aurais retrouvé au fond de ses grands yeux
La sérénité charmante de la Nature !

 

D’où vient que maintenant je ne suis plus tranquille ?
L’ombre ne suffit pas à mon chagrin secret...
D’où vient que maintenant, je regarde la Ville,
Quand j’en étais si loin en demeurant tout près ?

 

Est-ce à cause de toi, cette angoisse et ce doute ;
Jusque-là je marchais, la tête vers les cieux ;
O belle de quinze ans, avec tes grands yeux bleus,
Pourquoi es-tu passée, un matin sur ma route ?

LES YEUX DU TEMPS JADIS...

A Robert de Montesquiou.

Des yeux du temps jadis m’ont apparu ce soir,
Diaphanes et doux, ainsi que des reliques ;
Ces yeux m’ont endormi d’un sommeil angélique,
En caressant mon front comme des ostensoirs...

 

Et j’ai senti l’odeur mystique des églises
Envelopper mon rêve et parfumer ma voix,
Et tout ceci semblait d’un charme d’autrefois,
M’acheminer vivant vers la Terre Promise !

 

Des yeux du temps jadis, qui beaucoup ont pleuré,
Sont venus consoler les miens d’avoir eu peine,
Et me berçant le cœur de leur douceur hautaine,
M’ont fait croire un instant que je t’ai oublié...

 

En m’adressant un signe innocent de les suivre,
Ils m’ont mené très loin, vers des pays très beaux,
Déserts comme la nuit, blancs comme les tombeaux
 — Où seuls d’anciens Rois continuaient à vivre...

 

Pour me montrer d’un geste un grand espace noir
Où gisait le charnier de mille destinées :
... Où viendront finir mes amours passionnées...
Des yeux du temps jadis m’ont apparu ce soir !

LE TRIOMPHATEUR

Que m’importe la mort, puisque j’ai ton amour !
Puisque j’ai ton amour, que m’importe le monde ?
Le soleil a baisé ta chevelure blonde,
Et tes yeux de caresse ont absorbé le jour !

 

Tu es pour moi l’unique et l’étrange chimère !
Le reste disparaît, et je le foule aux pieds !
Je donnerais ma vie, avec un geste altier,
Pour un de tes regards que j’exalte en prière !

 

Le ciel n’existe plus, si ce n’est ton baiser !
Je méprise les fleurs, si ce n’est ton haleine !
Et l’étoile qui tremble au sein des mers lointaines
Est moins belle que toi et ne m’a pas grisé !

 

Je n’ai pas le regret des branchés frissonnantes
Qu’agite avec douceur le dernier vent du soir,
Mais je souffre et je meurs de ne pas te revoir
Heureuse entre mes bras, tentatrice et vivante !

 

Je te veux, je te veux, dans un désir brutal,
Dans un désir très triste et presque nostalgique ;
Et souvent loin de toi comme un enfant mystique,
J’évoque les pays d’un voyage idéal

 

Où je te cacherais, ô ma nudité blonde,
Loin des humains méchants, loin de Dieu, loin du jour !
Que m’importe la mort, puisque j’ai ton amour ;
Puisque j’ai ton amour, que m’importe le monde !

SACRIFICATUR

Dans une coupe d’or où des bijoux se fanent,
Où des rubis mourants ont des teintes de fleur,
Goutte à goutte, en riant, j’ai fait saigner mon cœur,
Et j’offre à tes yeux clairs cette liqueur profane !

 

Que ta lèvre s’y trempe, ô mon unique amour,
Avec l’ardeur étrange et fauve de la fièvre :
Doucement, d’un baiser très chaste, que ta lèvre
Prolonge ma torture et dure jusqu’au jour.

 

Le soleil automnal et l’aurore en dentelle
Baigneront mon sommeil d’un éternel bonheur,
Et mort, je rêverai que les vieilles douleurs
Demeurent sur ta bouche et caressent en elle !

 

... Dans une coupe d’or où des bijoux se fanent
Goutte à goutte en riant j’ai fait saigner mon cœur...

LOINT AINEMENT

Pour vous seule...

Là-bas, bien loin, si loin que le Rêve s’égare,
Dans des pays charmants, ensoleillés et bleus,
Où rien n’attriste plus le bonheur de vos yeux,
Parmi les oiseaux d’or, parmi les plantes rares,
J’ai caché mon amour comme un mort précieux !

 

... Dans un linceul de soie, de tendresse et de larmes
Qui caresse son corps d’un baiser éternel,
Il attend, couronné par le vivant soleil,
Qu’un seul de vos regards ressuscite ses charmes,
Le fasse triomphant s’envoler vers le ciel !

 

Et son petit tombeau, parfumé d’anémones,
De roses d’Orient qui ne durent qu’un jour,
Est si doux, qu’en passant sur les fleurs de velours
Les sveltes papillons, les abeilles mignonnes
Versent dans un baiser leur offrande d’amour...

 

Et la nuit, quand la lune, ainsi qu’un diadème,
Orne le front du ciel et pleure sur la mer,
Oubliant vos dédains et pardonnant hier,
Le pauvre petit mort chante, comme un blasphème,
Votre nom caresseur dans un cantique clair !

 

... Là-bas, bien loin, si loin que le rêve s’égare,
Parmi les oiseaux d’or, parmi les plantes rares,
J’ai caché mon amour comme un mort précieux !

NOELLERIES

A Loulou.

Doux contes de Noël et joyeuses histoires,
Sapins givrés d’argent, églises dans les bois,
Crèches illuminées de Mages et de Rois,
Menus sabots d’enfants dans les cheminées noires !

 

Anges aux ailes d’or qui volent près des toits,
Où les rêves charmants tendent leurs lèvres roses !
Doux contes de Noël, chères apothéoses,
Et le petit Jésus sur son berceau en croix...

 

Joseph, le bœuf et l’âne, et la Vierge Marie,
Alleluias d’amour, auréoles de voix,
Cierges allumés en offrande fleurie,
Messes de minuit dans le soir villageois...

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