Les Coulisses du régime impérial, anecdotes inédites sur le second Empire , publiées à Toulouse pendant le siège de Paris, par un journaliste parisien

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Delboy père (Toulouse). 1871. France (1852-1870, Second Empire). In-16, 71 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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LES COULISSES
DU
RÉGIME IMPÉRIAL
ANECDOTES INÉDITES SUR LE SECOND EMPIRE
Publiées à Toulouse pendant le Siége de Paris
PAR
UN JOURNALISTE PARISIEN
TOULOUSE
DELBOY PÈRE, LIBRAIRE-ÉDITEUR
RUE DE LA POMME, 71
LES COULISSES
DU
RÉGIME IMPERIAL
TYPOGRAPHIE MÉLANIE DUPIN.
TOULOUSE
DELBOY PÈRE, LIBRAIRE-ÉDITEUR
RUE DE LA POMME, 71
1841
LES COULISSES
DU
RÉGIME IMPÉRIAL
Le régime odieux et burlesque qui vient de fi-
nir n'a été qu'un long mélodrame pris au sérieux
par les masses qui ne voyaient qu'à distance la re-
présentation , mais apprécié à sa juste valeur par
ceux dont le regard pouvait pénétrer dans les
coulisses.
Journaliste d'opposition avant comme après la
farce du 2 décembre, celui qui écrit ces lignes n'a
jamais été dupe un seul instant de la mise en scène
napoléonienne, quel que fût son éclat. Il a tou-
jours reconnu les coquins et les sots sous tous les
travestissements. Victime comme tant d'autres du
régime, dans les jours de proscription, il a pu sur
la terre étrangère apprendre beaucoup de choses
que la peur empêchait de circuler en France, et
il a recueilli aussi plus tard, à Paris, de la bouche
de ses confrères de la presse, de députés opposants
ou non, de fonctionnaires civils et militaires et
— 2 —
de tout degré, quantité d'anecdotes inédites alors
et ne pouvant être publiées,mais bonnes à repro-
duire à présent que l'histoire va se faire et que
chacun doit apporter ce qu'il sait pour compléter
la physionomie véritable du héros de Sedan.
I
LE CONSPIRATEUR
En 1832, très jeune encore, Louis-Napoléon,
n'osant rêver un coup de main sur la France,
s'était fait carbonaro, comptant se servir de cette
vaste association pour usurper quelque principauté
italienne, peut-être la couronne du Pape elle-
même. Du reste, sa visée n'a jamais été clairement
connue, quand il prit part à l'insurrection de Bo-
logne. Il est même à croire qu'il ne savait pas au
juste lui-même où il marchait. Il pensait sans
doute qu'une fois le Pape renversé, le peuple ro-
main viendrait tout naturellement lui offrir la
couronne par la seule raison qu'il était Bonaparte
et que le fils de son oncle avait déjà été roi de
Rome, au moins de nom.
Quoi qu'il en soit, il se jeta à corps perdu
dans l'affaire et il y entraîna son frère, qui, se-
lon toute apparence, ne s'y serait pas mis tout
seul.
Toujours taciturne comme un monomane sur
ses vrais projets, il n'y a pas apparence qu'il les
— 3 —
eût communiqués à personne, pas plus à son frère
qu'au père d'Orsini qui était du complot.
N'ayant ni mes livres, ni mes notes à ma dispo-
sition et devant écrire de mémoire, je me vois
forcé d'omettre plus d'un détail instructif ou pi-
quant des péripéties du combat qui eut lieu dans
les rues de Bologne, aux abords de l'Hôtel-de-Ville,
dont les conjurés, si je ne me trompe, étaient par-
venus à s'emparer.
Je me résumerai sur un seul point où le héros
de Sedan se distingue et où le puffiste se montre
avec une précocité qui marquait une vocation in-
contestable. Tel qu'il était au 2 décembre lorsque,
arrangeant après boire ses officiers exécuteurs du
coup de main, il s'écriait, rappelant, dans son
ivresse, un motif d'opéra bien connu : « Je ne
vous dirai pas : marchez, je vous suis !... mais je
vous dirai : je marche, suivez-moi!... » Tel il
était à Bologne, lorsqu'après avoir envoyé son
frère et ses amis à la mort, il se sauvait par une
fenêtre de l'Hôtel-de-Ville, affublé d'une soutane
qu'il s'était procurée, à tout événement, par les
soins du supérieur du grand séminaire.
A la faveur de ce déguisement il put traverser
les rues où ses compagnons étaient traqués et fu-
sillés par les soldats Autrichiens et se rendre au-
près du supérieur qui s'était chargé de l'aider dans
son évasion.
Afin de dérouter la police et de lui faire perdre
la piste, il passa trois jours au grand séminaire
dans la cellule d'un abbé qui, pendant ce temps-
— 4 —
là fut invité par le supérieur à venir habiter son
appartement. Je tiens le fait de cet abbé même
qui réside à Paris depuis fort longtemps et qui me
l'a raconté en 1857 en présence du docteur Casto-
rani, professeur à l'Université de Naples, et du sa-
vant Caselli, inventeur de la nouvelle télégraphie,
lesquels en avaient déjà connaissance. Si je ne
nomme pas l'abbé, c'est que le manque de commu-
nication avec Paris m'empêche de lui en deman-
der l'autorisation.
II
LES AIGLES
Napoléon Ier croyait à son étoile ou faisait sem-
blant; en tous cas, il en parlait à ses généraux et à
ses soldats en la leur montrant quelquefois. Na-
poléon III tirait ses augures des aigles ou peut-être
faisait semblant, comme son oncle, pour ['étoile;
mais supercherie ou toquade, ou les deux ensem-
ble, il est certain que les aigles ont joué leur rôle
dans la mise en scène du second empire.
Je ne rappellerai pas l'aigle de Boulogne illustré
par Henri Rochefort, mais je rapprocherai quel-
ques autres anecdotes les unes inédites, les autres
répétées en leur moment par tous les journaux ;
il en résultera sans effort que mon opinion n'est
pas de fantaisie.
Sans parler du nom de l'impérial oiseau, spon-
tanément adopté pour titre après le coup d'Etat
— 5 —
par une foule d'organes de la presse décembriste,
je rappellerai aux Toulousains qu'en 1851 ou l'an-
née suivante, au moment du vote d'un plébiscite,
un aigle de forte race et de large envergure fut
remarqué à la grande stupéfaction de la foule, lon-
geant la rue des Balances à une petite distance du
sol et battant de l'aile avec effort pour chercher à
s'élancer dans l'espace. Qui avait lâché cet aigle si
à propos? Je n'en sais rien. Etait-ce Chapuis-
Montlaville, ce préfet à poigne, ou le maire d'alors
son émule en probité ? Etait-ce le comité de sau-
vetage impénal? Il n'importe ; mais ce qu'il y a
d'incontestable, c'est que cet aigle n'était pas des-
cendu de lui-même des Pyrénées pour venir con-
firmer par un prodige le tour de gobelet plébisci-
taire qui se jouait dans les circonscriptions de vo-
tre ville.
Ce fut l' Aigle, courrier du Midi, qui me fit con-
naître le passage de cet aigle augure sur le pavé
de Toulouse.
A Paris, vers la même époque, des aigles furent
signalés perchant sur les monuments. Un jour il
y en eut un qui fut aperçu au sommet du fronton
de la Madeleine. Quelques jours après un autre
venait se poser sur le chapeau du Napoléon de la
colonne. Tous les journaux ont relaté ces deux
faits, et je peux ajouter que c'est dans le Siècle
que j'ai vu le dernier reproduit et sans réflexion
ironique. C'était le temps où les rédacteurs du
Siècle, toujours bons démocrates, avaient part aux
promotions du 15 août.
— 6 —
C'est à un aigle que le député Jubinal dut sa
fortune politique et même l'autre.
On était au moment du plus grand enivrement
du coup d'Etat. Les départements, bon gré mal
gré, se soumettaient à l'envi et acclamaient ; les
déportés étaient embarqués en masse, et la terreur
faite par les traîneurs de sabre du régime était si
complète, que les populations stupéfiées voyaient
passer sans soulèvement ni murmure ces proscrits
politiques traités en forçats. Tout allait pour le
mieux, la représentation impériale commençait à
grand renfort de fanfares comme l'ouverture d'un
drame guerrier. Jubinal , qui connaissait son
homme et qui avait flairé le vent, se dit à part soi
qu'un aigle ne pourrait qu'être bien venu du héros
de Boulogne et faire sa figure dans la farce impé-
riale qui commençait. Aussitôt, vite il met en ré-
quisition les plus hardis braconniers de sa contrée
pyrénéenne, et en peu de temps son aigle lui est
apporté. Je ne sais pas les moyens qu'il prit pour
emmener à Paris l'impériale volatile; mais ce
qu'on m'assura, c'est qu'il le fit sortir d'un panier
quand il vint offrir ses hommages et ses félicita-
tions à son futur empereur.
Jubinal, en habile farceur, avait frappé juste et
touché la corde sensible ; le Bonaparte fut ravi à la
vue de l'impérial oiseau, et la fortune de Jubinal
fut faite.
Immédiatement porté sur la liste des députés
recommandés, il le fut et l'a été comme on sait jus-
qu'à la dernière chandelle. Il l'était encore le 4 sep-
— 7 —
tembre pour recevoir de la bouche de Gambetta le
plus terrible mot de mépris qui'ait été lancé con-
tre les séïdes du régime déchu.
Belmontet, le poète du règne, ne négligeait pas
plus l' aigle que les autres, et dans un accès de dé-
lire à mettre en l'air toutes les mouches du man-
teau impérial, il terminait une strophe en s'é-
criant :
" L'aigle signifie : en avant !!! »
III
L'EXPLOITATION.
La France, pour Louis Napoléon et sa bande,
était une exploitation à laquelle on faisait rendre
au plus vite tout ce qu'en pouvait, sans crainte d'en
épuiser la sève.
L'empire a rencontré bien des complices à di-
vers degrés, il a rencontré aussi bien de lâches
complaisances. Il faut que, dans sa juste indigna-
tion, l'opinion distingue aujourd'hui et rende à
chacun selon ses oeuvres. Ce ne doit pas être à
titre de représaille politique, les fripons auraient
trop beau jeu; les proscriptions, même les plus
méritées, consacrent toujours leurs victimes. Pas
de proscriptions et un sévère examen de la gestion
impériale, voilà ce qu'il faut. L'on trouvera large-
ment les éléments de cet examen non-seulement
dans les papiers des Tuileries et dans les divers
centres d'administration publique, mais aussi dans
— 8 —
des faits restés dans la mémoire de ceux qui en
ont été les témoins:
Je ne donnerai pas le menu de ces faits ; je
m'attacherai plutôt à montrer les moyens généraux
d'exploitation dont se servait l'empire. Ces moyens
étaient de plusieurs sortes : il y avait les pots de
vin, les tours de bâton, les notes de bourse, les vire-
ments, etc. Tout cela faisait affluer dans la cas-
sette impériale une véritable Californie, surtout
dans les premiers temps du règne, alors que les
écus trop longtemps cachés roulaient sur le mar-
ché, rassurés par le sauvetage du coup d'Etat. Ce
qui n'est pas médiocrement instructif et plaisant,
c'est la confiance que prêtaient au régime nouveau
les capitalistes et les faiseurs d'affaires. Ils se figu-
raient, dans leur naïveté, que c'était pour eux que
venait de se lever le soleil, et qu'ils auraient leur
couvert à un festin dont ils faisaient les frais, mais
dont ils ne devaient recueillir que les miettes.
C'était Morny qui était le grand administrateur
des pots de vin ; c'était par ses mains que passaient
les concessions de chemin de fer et d'autres tra-
vaux publics. Il avait pour cela tout un personnel
tenant à la fois de la police occulte et de la gent
boursicotière, ces limiers étaient sans cesse à l'affût
des capitalistes qui désiraient prendre part aux
grandes entreprises industrielles et y occuper un
rang dans le conseil administratif. Un exemple
montrera comment se passaient les choses et com-
ment on battait le buisson pour faire sortir le gi-
bier.
- 9 —
Je me rencontrais quelquefois le soir dans un
café du boulevard des Italiens avec cinq ou six
amis, pour la plupart mes confrères, parmi lesquels
se trouvait un ancien magistrat autrichien rési-
dant alors en France, où il possédait plusieurs im-
meubles de grande valeur, ce qui ne l'empêchait
pas d'avoir encore quelques millions disponibles
pour les opérations de circonstance. Un jour je lui
dis plaisamment :
« Si vous voulez être administrateur d'un che-
min de fer italien, moins d'un demi-million vous
suffirait peut-être pour obtenir ce poste d'élite. »
Comme il prenait au sérieux cette indication et,
qu'il me questionnait pour savoir si réellement il
s'agissait d'une affaire, j'ajoutai que j'avais vague-
ment entendu parler de cela dans un bureau de
correspondance, et que je lui adresserais la per-
sonne qui paraissait s'en occuper.
Quinze jours au moins s'étaient écoulés et j'a-
vais totalement oublié cet incident quand un soir
l'Autrichien m'abordant, me dit :
— Eh bien! il paraît que la police de M. de
Morny se fait encore mieux que celle de l'empe-
reur ; vous ne vous douteriez pas que notre con-
versation au sujet du chemin de fer italien lui a
été rapportée.
— Pas possible! m'écriai-je.
— Très possible et très certain, repartit-il.
Voici, du reste, le fait :
Mandé ces jours derniers par M. de Morny et in-
troduit dans son cabinet en tête à tète avec lui, il
*
— 10 —
me tint à peu près ce langage précis et catégori-
que : « Vous désirez, monsieur, utiliser vos capi-
taux et vos loisirs dans l'administration d'un
chemin de fer, j'ai une concession à vous proposer
pour une nouvelle ligne française. »
A ces mots, quel ne fut pas mon étonnement !
Et tandis que je me confondais en remerciements :
— Il y aurait une petite condition, ajouta M. de
Morny, douze cent mille francs à verser...
— Très bien, monsieur, répondis-je, j'en ferai
part à mes cointéressés, et sur ce je le saluai.
— Que pensez-vous de cela ? me dit alors mon
Autrichien.
— Eh ! j'en pense que l'anecdote est instructive
et que...
— Vous n'allez pas me compromettre en la pu-
bliant?
— Pas encore. Le péril serait plus grand pour
moi que pour vous; mais il viendra un jour de
suprême réparation, je l'espère, où tout ce qui est
contenu à présent éclatera, et où il nous sera per-
mis d'empoigner ces drôles pour les clouer au pi-
lori.
Ah ! mon cher Autrichien, ce jour de grâce est
enfin venu, et vous comprendrez, si vous lisez ces
lignes, que je me tienne pour délié de ma parole
et que la publicité de votre anecdote ne puisse ex-
poser à aucun inconvénient vos millions ni votre
personne.
Je ne parlerai pas aux Toulousains des mines
ni des hauts fourneaux de M. de Morny, ils les
— 11 —
connaissent. Ce sont des capitaux méridionaux,
si je ne me trompe, qui ont fait les frais de ces
opérations sans en avoir les profits.
Victor Hugo, dans Napoléon le Petit, disait de
Morny :
« Celui-là, du moins, a de l'esprit. »
Ah ! oui, parole fort juste. Celui-là fut le véri-
table organisateur du coup d'Etat, comme de la
grande exploitation qui le suivit. S'il se donna la
spécialité des pots de vin , il n'en eut pas moins la
main sur tout le reste, et si Persigny et les autres
eurent leurs parts aux bénéfiees, ils ne l'eurent
pas à la conception des moyens.
Ce que j'appelle les notes de Bourse, étaient ces
nouvelles à sensation que, dans la première pé-
riode du régne, on lançait ordinairement le di-
manche dans le Moniteur et qui produisaient la
hausse et la baisse sur le marché du lundi. Ces
notes étaient toujours lancées à coup sûr et es-
comptées à l'avance; l'officine impériale avait ses
banquiers qui payaient comptant, assurés qu'ils
étaient de la récolte du lendemain. Le marché
obéissant n'avait pas d'autre baromètre que la pa-
role officielle et cela marcha à ravir tant que la
contradiction ne put se manifester nulle part dans
la presse, ni à la tribune, ni même sur le marché.
Dans ce temps de mutisme universel et de pani-
que continue, quiconque osait exprimer à la
Bourse des doutes sur la véracité de la note, se
voyait aussitôt empoigné et emprisonné sans savoir
pourquoi ni comment. J'ai connu quantité d'exem-
— 12 —
ples de ces arrestations arbitraires qui aboutis-
saient quelquefois à un procès pour propagation
de fausses nouvelles, mais qui, le plus souvent,
n'étaient suivies que de huit ou dix jours de dé-
tention au secret. Dans ce dernier cas, les préve-
nus étaient mis en liberté, sans avoir subi aucun
interrogatoire. On se contentait de leur faire pro-
mettre de ne plus mettre en suspicion l'organe of-
ficiel et l'on aurait pu se dispenser d'obtenir d'eux
cette promesse ; le bâillon de la peur était plus
que suffisant.
Les virements servaient à équilibrer les budgets
des ministères respectifs. On tirait d'une balance
pour compléter le poids de l'autre et l'on suppu-
tait les excédants à venir pour combler le vide to-
tal. Ce système n'allait pas mal tant qu'on n'avait
à faire qu'à une chambre muette et à une presse
bâillonnée, mais il devint impraticable le jour
où l'opposition put ouvrir son feu ; cependant on
continua malgré tout à le pratiquer, en se mo-
quant de l'opinion comme de tant d'autres choses.
En dehors des grandes opérations en ce genre,
il y en avait de petites qu'on négligeait de signa-
ler à la tribune, mais qui avaient bien aussi leur
prix et qui auraient apporté leur lumière sur l'es-
camotage gouvernemental.
Quand les fonds étaient bas dans la caisse des
Tuileries et qu'il y avait quelque carte à payer, on
allait voir ce qui pouvait rester dans les caisses
particulières des ministères.
— 43 —
Ce qui restait dans ces caisses était souvent des-
tiné aux indemnités des employés ; mais on pre-
nait toujours, et les employés devaient se tenir
pour satisfaits de toucher leur traitement sec et
net et de conserver leurs emplois.
La caisse de la justice fut vidée deux fois de
la sorte (je tiens le fait de bonne source, il ne sau-
rait être contesté). Une fois il s'agissait de payer une
note de tapissier pour des tentures dressées sur la
voie publique en l'honneur de l'impératrice.
Une autre fois c'étaient les frais de raill-ways
des équipages de la cour, aller et retour de Fon-
tainebleau. Le rédacteur du cabinet chargé d'ins-
crire celte dépense, assurément très insolite pour
son ministère, l'avait placée à la suite des frais de
transport, par voie ferrée, des forçats à Toulon. Ce
que voyant, le secrétaire général de se récrier et
de blâmer vertement un rapprochement, qui au-
rait pu paraître injurieux pour Sa Majesté Impé-
nale, et l'employé de répondre : « Mais, M. le se-
crétaire général, Fontainebleau et Toulon c'est la
même voie. »
C'est ainsi que le malicieux rédacteur, quelque
peu vaudevilliste et poète grivois, se paya son in-
demnité.
Ceci n'est pas un détail privé, mais je le rap-
pelle au chapitre des virements ne sachant où le
classer et pour que nu! n'en ignore; c'est la main
mise sur la caisse des dépôts et consignations, les
biens des hospices et la caisse du remplacement
militaire.
— 14 —
Pour restituer les millions raflés, on avait ou-
vert le grand livre et l'on avait fait de la rente, ce
qui ne fut régularisé que rétrospectivement par
le ministère Fould.
C'est ainsi que le régime du coup d'Etat procé-
dait par des violations incessantes de la légalité.
IV
L'EMPEREUR S'AMUSE
En choisissant ce titre qui rappelle l'un des
plus beaux drames de Victor Hugo, je ne prétends
pas comparer le héros de Sedan à celui de Pavie
sous le rapport chevaleresque. Il ne s'agit réelle-
ment ici que du côté léger, de l'amusement.
En effet, l'empereur Napoléon III s'amusait
comme le roi François Ier, et chez l'un, comme
chez l'autre, l'amusement occupa large part du
règne.
Les fêtes du second empire ont été assez illus-
trées par tous nos journaux pour que je n'aie pas
même besoin de les mentionner; mais les festins
privés, ce qu'on pourrait appeler les menus plai-
sirs du despote, sont demeurés dans la pénombre,
et pour cette raison me semblent naturellement
relever de l'anecdote. C'est donc là que je vais
chercher le chapitre de l'amusement.
C'était aux eaux surtout que s'amusait l'empe-
reur. Là, point de représentations officielles, point
de diplomates étrangers, point de princes à trai-
— 45 —
ter selon leur rang et leur dignité. S'il en venait,
c'était incognito, et leur présence ne pouvait par
conséquent, en aucune façon, déranger les plai-
sirs. La société parisienne prêtait, il faut le
dire, un utile concours aux passe-temps impé-
riaux. À Plombières, à Vichy, à Biarritz, elle allait
partout faire cortége. Il y avait des petits soupers
ravissants, à faire envie au plus galant paladin de
la régence ; mais comme cela se passait à huis-
clos, l'on a pu manquer des plus jolis détails à cet
endroit. Ce qui a été mieux connu, c'est ce qu'on
pourrait nommer : la cour en plein air.
L'après-midi, quand l'état du ciel le permettait,
S. M., entourée de quelques compagnons de plai-
sir, faisait son apparition sur la pelouse où des
siéges champêtres lui avaient été préparés. A quel-
que distance, la société parisienne était admise à
prendre place sur d'autres siéges situés en face et
disposés en fer à cheval. On eût dit les spectateurs
d'un cirque romain venant assister aux jeux hip-
piques de Néron. L'empereur était naturellement
le point de mire de tous ces courtisans, et c'était à
qui attirerait ses regards et fixerait un moment
son attention. Les dames surtout (je ne le dis pas
pour l'honneur de la société parisienne), s'y es-
crimaient à qui mieux mieux. De temps en temps,
S. M. dépêchait à l'une d'entre elles un aide de
camp chargé de la lui amener; inutile d'ajou-
ter de gré ou de force, car le gré y était toujours.
Cette dame était parfois une jeune fille, et la bonne
bourgeoise parisienne, les bonnes familles, comme
— 16 —
écrit Jules Janin, ne trouvaient pas de mal à cela.
Au contraire, on en pariait au retour des eaux
et l'on s'en vantait, et l'on cherchait le moyen d'en
tirer l'épingle.
Paris expie en ce moment bien cruellement ses
fautes, et ses malheurs ni son héroïsme ne pour-
ront empêcher l'inflexible histoire de stigmatiser
ses complaisances et ses bassesses devant ce Bona-
parte triomphant. Voulez-vous savoir ce qu'en
pensait l'Allemagne à cette époque d'anéantisse-
ment et de prostitution ? Voyez la carte du rema-
niement de l'Europe qu'elle publiait. Tandis qu'elle
y partageait les diverses provinces entre les Etats
circonvoisins, que faisait-elle de Paris ? Elle l'ad-
jugeait à Abdel-Kader, à un musulman amateur
de polygamie, comme pour lui donner le plus
beau harem du monde.
Il faut dire à la décharge de Napoléon III que,
bien que fidèle imitateur de son oncle, il y met-
tait pourtant cette différence qu'il faisait prier les
dames par ses chambellans, au lieu de les faire
enlever par des hussards.
A Biarritz, dans le château impérial qu'il s'y était
fait construire, il avait pris l'habitude de s'y don-
ner de temps à autre des soirées d'ovations. Le fa-
cétieux confrère qui me rapportait le fait était
l'auteur de cette dénomination, d'ailleurs très bien
justifiée. En effet, tandis qu'on dînait ou qu'on
dansait au château, des groupes d'amateurs, obéis-
sant à un mot d'ordre, venaient stationner sous
les fenêtres et y crier à tue-tête : Vive l'empereur !
— 17 —
jusqu'à ce que S. M. daignât se montrer au bal-
con ; c'était alors un redoublement de cris enthou-
siastes, et à' ce tapage souvent les promeneurs oi-
sifs accouraient. De sorte que les reporters pou-
vaient le lendemain faire savoir aux journaux de
la capitale qu'une foule considérable avait salué
l'empereur de ses acclamations.
Un soir de grande réception, par un malentendu
des agents préposés au service des ovations, il ad-
vint qu'à l'heure convenue les abords du château
étaient déserts. L'empereur, inquiet et pensif aï-
lait d'une fenêtre à l'autre, négligeant tout à fait
les fanfares intérieures et paraissant ne faire au-
cune attention à la multitude des courtisans atta-
chés à ses pas. Fatigué d'une longue attente et stu-
péfait du silence inaccoutumé qui remplissait au
loin les abords du château, il ouvrit tout à coup
brusquement une fenêtre et murmura entre dents
en portant ses regards au dehors : Comment, il
n'y aura donc pas ce soir d'ovation! » Un spirituel
satirique ajoutait qu'il avait alors à plusieurs re-
prises poussé lui-même le cri de : Vive l'empereur!
Mais sans insister autrement sur le dire du satiri-
que, ce que l'on m'a assuré, c'est que les courtisans
une fois informés du vrai motif de l'inquiétude de
leur maître, s'empressèrent de satisfaire à son
désir en faisant immédiatement organiser l'ovation
oubliée..
L'empereur ne perdit rien pour attendre, car
l'ovation fut ce jour-là plus chaude qu'on ne la vit
jamais. Aux cris du dehors se mêlaient les cris du
— 18 —
dedans et l'enthousiasme dut être indescriptible
surtout dans le compte-rendu officiel que dut en
donner le Moniteur.
V
LA LOI DES TITRES DE NOBLESSE
Quand on proposa au Corps législatif une loi
ayant pour but apparent de poursuivre les faux
nobles, le député Legrand s'écria : « Mais nous al-
lons avoir une véritable Saint-Barthélemy de ti-
tres nobiliaires. » L'expérience a montré que M.
Legrand se trompait et qu'il se méprenait entiè-
rement sur l'intention du gouvernement.
Ce n'était pas en effet l'extermination des titres
usurpés que voulait poursuivre le gouvernement
à la faveur de cette loi, c'était tout au contraire
leur confirmation et leur maintien, sauf les con-
ditions qu'il y pourrait mettre. Cette loi fut, ni
plus, ni moins, un instrument de règne dont on
usa peu ostensiblement, mais qui, par le seul fait
de son existence, produisit tout ce qu'on pouvait
en attendre.
Il y a en France quantité de tenanciers d'an-
ciens fiefs qui n'ont rien de commun avec; les fa-
milles qui lés possédèrent autrefois, mais qui se
sont emparés de leur nom comme ils eussent pu
le faire quand les noms se transmettaient avec les
terres, et qui les portent aussi crânement que s'ils
les eussent légalement acquis. Ces grands pro-.
— 19 —
priétaires constituent en France une sorte d'aris-
tocratie qui a toujours exercé une influence pro-
portionnée aux richesses considérables qu'elle tient
et ne lâche point. Tous les gouvernements ont eu
à compter avec cette aristocratie sans le concours
de laquelle on ne pourrait former une Chambre
complaisante.
L'empire se sentant déjà sur la pente fatale,
voyait peu à peu cette aristocratie se refroidir et
lui tourner le dos. Comment la ramener quand
ses richesses la plaçaient au-dessus de la vénalité ?
La loi des titres de noblesse fut merveilleusement
trouvée, il faut le dire, pour l'empêcher à temps
d'aller grossir en masse les rangs de l'opposition.
Aussitôt après la promulgation de la loi arrivè-
rent de toute part au ministère de la justice des
demandes à peu près ainsi conçues :
Monsieur le ministre,
«Bien que le château de *** que nous possédons
dans ma famille depuis deux générations ne nous
ait jamais appartenu sous l'ancien régime à titre
de fief héréditaire, toutefois on ne nous connaît
plus dans la contrée par noire nom patronymique,
et la dénomination de M. de... est devenue telle-
ment familière de la part des populations à notre
égard, que mon frère et moi nous avons, dans l'é-
tat civil de nos enfants, cru devoir accoler ce sur-
nom à notre nom patronymique. Je compte, M. le
garde des sceaux, que Votre Excellence daignera
nous autoriser à porter légalement ce nom qu'il
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nous deviendrait maintenant impossible de délais-
ser aux yeux des habitants du pays. Notre dévoue-
ment au gouvernement de l'empereur est le seul litre
que nous puissions invoquer à votre condescen-
dance, mais nous n'attendons que l'occasion d'en
donner des preuves.
» C'est dans ces sentiments, M. le ministre,
etc., etc. »
La lettre était ordinairement accompagnée
d'une apostille du procureur général ou du pro-
cureur impérial dont ressortissait l'impétrant.
Le ministre, après un examen plus ou moins ra-
pide et où les employés ordinaires ne prenaient
guère part, confirmait purement et simplement le
nom et parfois le titre usurpé.
Ordinairement, pour ces sortes de choses, on
se faisait recommander au cabinet de l'empereur,
et alors, si on l'était bien, l'affaire marchait comme
sur des roulettes.
Quand c'était un vrai noble, ayant perdu ses
parchemins et dont le fief des ancêtres était tombé
en des mains étrangères, qui demandait la confir-
mation de son titre nobiliaire, on l'éconduisait sou-
vent s'il était signalé comme d'opposition, et bien
que sa noblesse fût incontestable, il était obligé de
l'établir judiciairement à l'aide de sept témoins.
J'ai connu plusieurs exemples de ce genre, et
l'on m'en a même cité qui se sont produits dans
ce pays-ci.
Ce qu'il y avait de plus piquant, c'est quand le
faux noble recevait ses lettres au détriment du
— 21 —
vrai. Parmi les nombreux procès suscités par Mi-
rès, l'on en a vu un qui a fourni un incident de
ce genre. Il y avait ce détail particulier que l'u-
surpateur s'était l'ait nommer comte romain par le
Pape à l'aide de son nom usurpé. Le tribunal de la
Seine, par une pudeur qu'il n'avait pas toujours
sous le régime déchu, s'était refusé a sanctionner
l'usurpation ; mais le garde des sceaux n'y mit pas
tant de façons et, à l'aide d'un extrait de l'état ci-
vil qu'il savait être faussé, il délivra les lettres
qu'on réclamait de sa complaisance.
Il est vrai que la préfecture de police avait chau-
dement recommandé la demande ; ce qui peut faire
présumer que le demandeur était plus ou moins
des siens.
Si l'on fouillait bien dans les archives de la pré-
fecture de police, on en trouverait de belles. Cette
recherche serait d'un haut enseignement et d'une
haute moralité. Il est à souhaiter qu'elle se fasse,
mais qu'elle se fasse bien, et qu'après avoir été
complètement faite, le résultat en soit publié.
Malheureusement, sous le dernier règne la pré-
fecture de police a eu des hôtes qu'on ne soupçon-
nait pas et qui ne portaient pas tous la cocarde de
l'empire. Toutes les plumes indépendantes, et qui
n'ont jamais eu d'autre mobile que l'honneur,
devraient soutenir le voeu que j'exprime et que je
signerai de grand coeur quand on voudra.
Le conseil d'Etat prêtait son aide au ministère
de la justice, quand il le fallait, pour donner à
ces sortes de supercheries toutes les apparences
— 22 —
de la légalité. Le conseil d'Etat était-il dupe ou
complice, c'est ce que je ne saurais dire, mais il
était assurément coupable de ne pas se livrer à un
examen plus approfondi, surtout quand il y allait
de l'honneur et de l'intérêt des familles.
Voici un fait qui fera juger du reste, il m'est
personnellement très connu : Un noble, seul lé-
gitime possesseur du nom qu'il portait, avait de-
mandé à être autorisé à le transmettre à son gen-
dre. Ce nom avait déjà été usurpé par un fils pré-
sumé et non reconnu d'un membre de cette
famille, mort célibataire. Le conseil d'Etat avait,
on ne sait par quel motif, sanctionné cette usur-
pation. Cependant l'unique possesseur légitime du
nom adressa au garde des sceaux une demande
pour qu'il lui fût possible de le transmettre à son
gendre. La demande, soumise au conseil d'Etat,
fut rejetée, sous prétexte que l'autorisation avait
déjà été accordée à un autre.
Devant ce refus, le légitime possesseur du nom
fit parvenir au garde des sceaux une réclamation
dans laquelle il dénonçait les moyens frauduleux
employés par le fils présumé de son parent pour
le succès de sa demande. Le garde des sceaux
avait paru ébranlé par cette réclamation et il avait
fait espérer que le conseil d'Etat reviendrait sur
sa décision antérieure. Mais le conseil d'Etat ne fit
que répéter son refus.
Assurément, en dehors du ministère de la jus-
tice, une puissance occulte avait fait sentir son au-
torité. Cette puissance, on la retrouvait partout et
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toujours en travers de toutes les affaires, c'était le
cabinet de l'empereur.
VI
LE BUREAU DES RETAUDS
Il y aurait beaucoup à dire sur le bureau des re-
tards, autrefois appelé cabinet noir et ayant existé
n'importe sous quel nom sous tous les régimes,
quoique nié par tous; mais je n'en parlerai que
pour ce qui me concerne et pour des faits pure-
ments personnels.
Quoique je maintienne cette opinion que tous
les régimes ont plus ou moins tâté les lettres comme
M. Vandal et se sont permis de les lire quelque-
fois, je dois établir tout de suite ce point qui ne
me paraît pas contestable : c'est qu'aucun régime
n'a autant abusé à cet égard de la confiance publi-
que que le second empire.
Dans les premiers temps on ne se donnait pas
la peine de recacheter les lettres qu'on avait trouvé
intéressant de connaître, et l'on vous les remettait
tellement déchirées et éventrées, que j'ai pu me fi-
gurer un moment qu'on le faisait à dessein quand
la lettre était hostile au gouvernement et que c'é-
tait une manière de vous avertir officieusement que
la main de la police était à deux doigts de votre
collet, selon la pittoresque expression de Granier
de Cassagnac dans un article écrit dans son jour-
nal, la veille du coup d'Etat.
24
Souvent même les lettres, quelque importantes
qu'elles pussent être pour vos affaires personnel-
les, étaient tout simplement interceptées et mises
au pilon. Cela arrivait surtout quand elles vous
étaient adressées à l'étranger. Pendant mon séjour
en Belgique, j'ai pu constater deux fois un sem-
blable procédé du bureau des retards, à mon dé-
triment.
La première fois il s'agissait d'une proposition
qui m'était faite pour prendre la direction des
correspondances d'un journal, ce qui m'eut été
fort utile pour m'aider à vivre en ce moment ;
mais le gouvernement décembriste se mettait peu
en souci du vivre des journalistes et il pensait que
nous devions nous estimer fort heureux puisqu'il
ne nous faisait pas fusiller. Une autre fois c'était
un dossier contenant des pièces de procédure que
mon frère m'envoyait. J'aurais pu perdre un pro-
cès faute de ce dossier ; mais eût-ce été grand
dommage pour un brouillon de journaliste en-
nemi du sauvetage napoléonien? Oh ! non vrai-
ment, ce n'étaient là que des bagatelles dont les
bons bourgeois d'alors n'eussent pas daigné se
préoccuper si l'on eût pu les leur faire connaître.
De retour en France, j'ai constaté deux ou trois
ans plus tard qu'en un an on m'avait intercepté
sept lettres, dont une qui contenait une valeur de
commerce et une autre trente francs de timbres-
poste.
Tout cela, d'ailleurs, ne regardait pas M. Van-
dal; mais j'arrive à son administration, et j'ai en-
25
core à son sujet une anecdote qui m'est person-
nelle et qui prouve combien son cabinet noir avait
mérité le nom de bureau des retards.
Le rédacteur en chef de mon journal m'ayant
appris qu'il m'avait adressé depuis trois jours une
lettre que je n'avais point reçue, j'écrivis à M. Van-
dal pour lui en demander des nouvelles. M. Van-
dal me répondit aussitôt qu'il allait se mettre aux
informations. Le cinquième jour, la lettre me par-
vint, tandis que se poursuivait l'enquête de M. Van-
dal. Je ne me souviens pas combien de temps dura
cette enquête, mais à son issue M. Vandal eut
l'obligeance de m'en communiquer le résultat. Il
se réduisait à ceci : c'est que ma lettre n'avait
souffert aucun retard et qu'elle avait été réguliè-
rement comprise dans la levée qui avait suivi sa
mise à la boîte. Ma réplique était facile, je priai
M. Vandal de rapprocher la date de ma réclama-
tion de celle de la levée présumée de ma lettre.
Il en résultait que j'aurais par exemple réclamé le
10 une lettre qui n'aurait dû. être déposée dans la
boîte que le 12. Ainsi bloqué, M. Vandal ne souf-
fla plus mot, et ma conviction sur l'existence du
bureau des retards demeura entière.
J'ai en mains les pièces nécessaires pour établir
les faits que j'avance, et si quelqu'un les contestait
je les produirais sans difficulté.
Le retard de cinq jours infligé à la lettre du ré-
dacteur en chef de mon journal s'explique pour
moi par les allées et venues auxquelles on dut
soumettre cette lettre à cause des détails politiques
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