Les Croyances du coeur, par Mme Eugénie Casanova, de Zicavo

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E. Dentu (Paris). 1864. In-8° , 324 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1864
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LES
CROYANCES DU COEUR
i'A«
M'"c EUGÉNIE CASANOVA, DE ZICAVO
PARIS
E. DENÏU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PALAIS-ROYAL, 17 ET 19, GALERIE D'ORLÉANS
18 64
LES
CROYANCES DU COEUR
Paris. — Typographie de Cosson et Comp.,rue du Four-Saint-Germain, 43,
LES
CROYANCES DU COEUR
PAR
Mrae EUGÉNIE CASANOVA, DE ZICAVO
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PALAIS-ROYAL, 17 ET 19, GALERIE D'ORLÉANS
1864
LA CHRETIENTE
A M. CASANOVA, DE ZICAVO
Auteur d'une Statuette représeutaut la Catholicité terrassant le Scliisme et ralliant le Monde autour île
la Croix. Au sommet do l'Arbre sacré sont inscrits ces mota : Portoe inferi non proevaUbuîit
adversus eam. — Cette Statuette a été agréée par le Saint-Père Pie IX.
Il est, tout est en lui, l'immensité, les temps,
De son être infini sont les purs éléments.
LAMARTINE.
Il est beau de chanter, appuyé sur la lyre,
Une hymne à l'Éternel, quand le coeur la soupire;
Mais sur le marbre blanc graver de notre main
Une page immortelle, oh ! le noble destin !
a LA CHRETIENTE.
Redire à tout jamais la parole divine,
Quand le ciel s'assombrit, quand notre astre décline;
Quand disparaît d'ici le flambeau de la foi ;
Quand tout tremble en sa base et recule d'effroi;
Quand l'homme abandonné, se voilant le visage,
Croit pouvoir de son coeur effacer toute image,
Anéantir les droits, renverser les autels
Et se créer des dieux pris parmi les mortels !
Relevons-nous! chrétiens, quand on couvre d'outrage
Celui qui nous console et fait taire l'orage,
Allons, soldats du Christ, prenons en main la croix
Que le sculpteur nous montre, et marchons à sa voix;
Sur les remparts sacrés arborons la bannière,
Et que l'on vienne encore en phalange guerrière
LA CHRETIENTE.
Se ranger, se presser comme aux temps glorieux
Où l'on voyait les rois combattre pour les cieux !
Le cèdre du Liban peut redresser la tête,
Nous saurons l'asservir, et, pour prix de conquête,
Partageant ses rameaux, nous en ferons la croix
Qu'on veut nous arracher, et, de ce même bois
Formant le bouclier pour le jour de bataille,
Nous verrons sans pâlir le fer et la mitraille : .
Animés par le Dieu qui préside aux combats,
Nous mourrons, s'il le faut, et ne tremblerons pas!..
Clairons, sonnez la fanfare,
Voici l'heure des combats !
Que la Croix soit notre phare,
Qu'elle conduise nos bras !
LA CHRETIENTE.
Sur la montagne sacrée
Allons poser l'étendard,
Et qu'une Vierge adorée
Sur nous jette son regard!
Qu'une éclatante lumière
Vienne éclairer ce beau jour,
Et que la nature entière
Soupire un hymne d'amour!
Les Chrétiens en Palestine
De nouveau plantant la Croix,
Sous une égide divine
Marcheront comme autrefois !
t
LA CHRÉTIENTÉ,
Que les enfers, pleins de crainte,
A ce signe rédempteur,
Se taisent ! que nulle plainte
N'arrive au Libérateur!
Par ce signe^la victoire
Fut donnée à Constantin ;
Obtenons la même gloire,'
Ayons le même destin !
Louis Neui en terre sainte
Pour son Dieu souffrit la mort;
Il la vit venir sans crainte:
Demandons son noble sort!
LA CHRETIENTE.
Que la grâce salutaire
Se répande dans les coeurs,
Et que tout homme sur terre
Vienne abjurer ses erreurs !
Dieu tout-puissant que j'adore !
Vois tes enfants prosternés,
- A tes pieds priant encore ;
Dis-leur qu'ils sont pardonnes!
.Et qu'une aurore nouvelle,
Se lève aujourd'hui pour eux:
Au Très-Haut tout les rappelle !
Vers toi s'élèvent leurs voeux!
LA CHRÉTIENTÉ. 7
0 Dieu du Sinaï! créateur de la terre,
Qui fais trembler les cieux, qu'on nomme notre père,
Toi qui peux au néant nous replonger soudain !
Pardonne, nous pleurons ! sur nous étends la main !
Seigneur ! Dieu tout-puissant, rends-nous la foi première
Et qu'à jamais nos yeux s'ouvrent à la lumière!
MÉDITATION
Dans ces lieux recueillis que la douleur décore
Je vais souvent, pensif, méditer ici-bas,
Je vais de souvenirs chercher à vivre encore,
Je vais parler à ceux qui ne répondent pas !
Pauvres amis perdus! amis de mon enfance
Qui partagiez mes jeux, amis de mes beaux jours!
Ensemble nous rêvions en vivant d'espérance;
Pourquoi donc nous quitter au doux mois des amours!
10 MÉDITATION.
Le printemps arrivait; la tendre pâquerette
Souriait radieuse au lever du soleil ;
Nous tenant par la main nous cherchions la fauvette :
Les bois étaient si gais à ce premier réveil !
Que de courses aux champs ! Quelle joie innocente
Sortait de notre coeur, de ce coeur d'autrefois,
Qui battait en voyant la biche frémissante
Bondir pour échapper à la meute aux abois!...
Et l'on causait assis sous un antique chêne;
De la vie, à vingt ans, on sondait l'avenir :
On le voyait joyeux; jamais, jamais de peine
Ne devait assombrir les beaux jours à venir !
Que de rêves détruits quand commençait l'aurore !
De ces amis, mon Dieu ! pas un ne m'est resté !
MÉDITATION. ■• *•
Les croyant près de moi, je leur parlais encore,
Quand une voix me dit : « Hélas! ils t'ont quitté!
— Partis, déjà partis! — Oui, pour chercher la gloire;
Pour se faire homme enfin, pour trouver le bonheur,
Ce bonheur qu'on rêvait, qu'il est si doux de croire
Toujours plus près de nous que ne Test la douleur !... »
Pauvres enfants bientôt battus par la tempête,
Vos yeux ont dû chercher le salut près du port;
Mais le vent furieux, le vent que rien n'arrête,
Emportait vos vingt ans vers le champ de la mort !
De ces amis perdus j'aime à trouver la trace.
Et dans le sombre asile où l'on ne rêve plus,
Près d'eux je viens m'asseoir, songer qu'ici tout passe,
Les amis de vingt ans, et les rêves déçus!...
APRES L'ABSENCE
Hé quoi ! n'en pourrons-nousfixer au moins la trace !
Quoi ! passés pour jamais! quoi! tout entiers perdus!
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !
LAMARTINE.
Le voilà mon village au pied de la colline,
Tel que je le laissai quand je partis enfant,
x Et je vois s'élever le bouquet d'aubépine
Qui cachait le jardin au regard du passant.
14 APRÈS L'ABSENCE.
Rien ne paraît changé dans mon humble domaine,
Les champs couverts d'épis attendent la moisson,
Du souffle du printemps je sens la douce haleine
Et du pays aimé je redis la chanson.
Je vois se perdre au loin cette source limpide
Où ma mère guidait mes pas mal assurés,
Et j'aperçois là-bas le sentier si rapide
Par où l'on revenait : souvenirs adorés...
Parlez, parlez toujours d'amis, de la famille,
' De ce que l'on regrette alors qu'on l'a perdu !
Je reviens, tout est là, le soleil de mai brille,
Il me semble pourtant n'être pas attendu...
APRES L ABSENCE. ' la
Où sont ceux que j'aimais? Le pâtre chante encore,
Mais ces chants ne sont plus les chants des anciens jours !
Et du village aussi la cloche plus sonore
N'a pas les sons chéris que j'entendrai toujours !
Des visages nouveaux que ma plainte importune
Regardent tout surpris ma pâleur, mon effroi;
Hélas! je suis parti pour chercher la fortune,
Et je reviens ici sans qu'on dise : « C'est toi!... »
Là, près de ce vieux chêne et de notre croix blanche,
Ma pauvre mère en pleurs me bénit au départ ;
Je m'en souviens encor, c'était jour de dimanche,
Jamais je n'oublîrai son si triste regard!
16 APRÈS L'ABSENCE.
Où sont-ils? Répondez, oh! répondez bien vite:
Trouverai-je un parent, un ami d'autrefois?
Voyez, je suis tremblant, mon pauvre coeur palpite,
De ceux que je chéris entendrai-je la voix ?
Hélas! rien rie répond ; un vieillard qui soupire,
Comprenant ma douleur, me montre de la main •
Des cyprès balancés par un léger zéphire :
« Us sont là, tes amis! prends ce sombre chemin....
— Ils sont là, le crois-tu? Mais je cherche ma mère,
Je voudrais Y embrasser; je suis le petit Jean.
— Je le sais, me dit-il ; à l'ombre, au cimetière
Tu retrouveras ceux que tu demandes tant ! »
APRES L ABSENCE. tf
J'arrive en frissonnant à la triste demeure
Où je devais trouver les parents, les amis,
Et ceux qui me voyaient disaient : « Cet homme pleure, »
Et je leur répondais : « Ils ne sont qu'endormis!... »
Le malheur, un moment, avait troublé ma tête,
Moi qui venais joyeux sans songer à la mort,
Sans craindre un seul instant le vent de la tempête.
Souffle dévastateur qui m'arrêtait au port.
A genoux prosterné, le front dans la poussière,
J'invoquai le Seigneur, et je gémis longtemps.
Que reverrai-je donc dans ma triste chaumière ?
Qui me dira : « Mon fils, te voilà, je t'attends! »
2
18 APRES L ABSENCE.
Tout y sera désert; mais que leurs douces ombres
Passent en m'effleurant quand sonnera minuit,
Et mes jours sans bonheur s'écouleront moins sombres,
Si j'espère les voir quand paraîtra la nuit.
\ 0 bien-aimé foyer, garde au moins leur empreinte !
D'un adieu, le dernier, as-tu le souvenir?
Je n'ose t'approcher, et c'est tremblant de crainte
Que près de mon berceau je m'en vais revenir.
Et toi, pauvre jardin qui vis fleurir les roses
Que j'aimais à soigner, que ma mère adorait,
La ronce a remplacé tes fleurs fraîches écloses,
Tout me semble gémir en un triste regret.
APRES LABSENCE.
Entrons ! mon coeur ému n'ose trouver la trace
De ceux qui ne sont plus ; il bat, il bat plus fort.
0 souvenirs d'enfance, ô vous que rien n'efface,
Vous survivez à tout! je vous retrouve encor!
Voilà mon petit lit, le crucifix d'ébène
Où je tournais les yeux quand venait le matin,
Pour demander à Dieu d'éloigner toute peine
De mon humble foyer, content de son destin.
Mais que vois-je? Un oiseau, quand j'ouvre la fenêtre,
Arrive tout heureux me fêter au retour :
Dis-moi, petit oiseau, dis-moi, viens-tu de naître,
Ou d'un monde invisible as-tu vu le séjour?
20 APRES L ABSENCE.
Viens-tu rendre à mon âme une douce espérance^
Me dire que là-haut on pense, on pense à moi?
Viendrais-tu pour calmer ma bien vive souffrance?
Alors, mon doux oiseau, je veux veiller sur toi.
Les fleurs viendront encore embellir ce parterre,
Les arbres mieux soignés t'offriront leur appui,
Pour toi je vais parer le, jardin solitaire
Que je voulais quitter pour jamais aujourd'hui.
Chaque soir en rentrant, rapporte sur ton aile
Le parfum du séjour où sont les bienheureux,
Je te verrai venir, ô ma chère hirondelle,
Car, de loin, dans les airs, je te suivrai des yeux.
LE DÉSESPOIR
Au banquet de la vie, infortuné convive,
J'apparus un jour et je meurs ;
Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j'arrive,
Nul ne vien dra verser des pleurs.
GILBERT.
Il est minuit, et tout sommeille,
Le temps est froid, le ciel est noir,
Moi seul, infortuné, je veille
Et sans amour et sans espoir !
22 LE DÉSESPOIR.
Ma vie a passé comme un songe,
Songe pénible et plein d'effroi,
La douleur qui m'use et me ronge
Glace mon coeur, tente ma foi.
Pourquoi supporterais-je encore
Des jours au sombre lendemain?
Pourquoi prier quand mon aurore
N'eut pas de fleurs sur son chemin?
A vous, les heureux de la terre,
Tous ses plaisirs, tous ses festins!
A moi, malheureux prolétaire,
La coupe vide aux noirs destins !
LE DÉSESPOIR.
Chantez encor quand l'allégresse
Déborde en vous! parez vos ironts;
Pour moi j'ai pu, souffrant sans cesse
Ne pas rougir à vos affronts !
J'ai puvvous voir, j'ai pu sourire,
Quand la fièvre brûlait mon corps,
J'ai pu vous voir et ne pas dire :
Mon Dieu, livrez-les aux remords!
Ma voix s'éteint, mon sang se glace;
Seigneur, qu'il est doux de mourir
Quand le soleil n'a que la glace
Sur cette terre à nous offrir...
24 LE DESESJPOIH.
Allons vers les rives 'lointaines
Demander un nouveau réveil ;
Ici-bas les plaintes sont vaines,
Cherchons l'oubli dans le sommeil.
Et qu'apparaisse cette aurore
Brillante à l'horizon d'azur,
S'il faut se réveiller encore
Que ce soit sous un ciel plus pur!.
Qu'à l'abri des sombres nuages
Mon âme se repose enfin;
Le nautonier craint les orages,
Il aime un jour calme et serein.
LE DESESPOIR.
Va donc, pauvre âme voyageuse,
/
Va t'abriter sous d'autres cieux,
Trouve la route lumineuse
Du bonheur qui manque en ces lieux!...
Vole haut pour trouver sa trace,
Ne crains pas de monter toujours :
Le Seigneur habite l'espace,
Et c'est là que sont les beaux jours!.
LA FOLLE
Ch'era dell' anno e di mia etade aprile.
PETRARCA.
J'entends encor le vent et la pluie et l'orage,
On me disait : Espère, espère et prends courage ;
Pourquoi trembler, enfant? il n'aura pas le sort
De son père emporté l'an dernier par la mort...
28 LA FOLLE.
Mais l'ange de la nuit m'apparaissait tout sombre,
11 semblait se voiler, je crois le voir dans l'ombre...
J'ai peur!... Il va mourir!... Ce cheval qui s'enfuit
Au milieu des éclairs, de la foudre et du bruit.
C'est le sien ! Je le vois!... Oh! que sa course est vive!.
Et le torrent est là!... C'est vers lui qu'il arrive!...
Ce son lugubre et sourd est celui de son corps...
Un instant retenu sur ces terribles bords,
Il retomba soudain en appelant Hélène
Et disparut au fond du gouffre qui l'entraîne...
Ah ! ce cri je l'entends! Je reconnais sa voix !...
Si j'allais le sauver, il reviendrait, je crois;
Ce serait un beau jour, un bien beau jour de fête !
Cette couronne blanche, elle ornerait ma tête,
On me l'a tant promis!... Je le demande en vain,
Aujourd'hui, répond-on... Puis aujourd'hui, demain.
LA FOLLE. 29
Parfois en m'égarant là-bas... dans le village,
Me voyant, on murmure : « Être folle à son âge;
C'est pourtant la douleur qui l'a rendue ainsi,
Oh! quel malheur étrange!... » Et je reviens ici
Interrogeant mon coeur, de cette peine amère
Je ne me souviens plus... Quel est donc ce mystère?
Tout pensif on m'embrasse, en regardant les cieux;
•v.
Que peut-on deviner dans ce point lumineux ?
Pourquoi tous ces chagrins? Pourquoi cette tristesse?
Je suis belle pourtant, j'ai pour moi la jeunesse!
J'aime aussi les plaisirs, et les chants des oiseaux
Ne m'ont jamais paru ni si purs ni plus beaux !...
Cependant, je sens là... la fièvre qui dévore...
C'est un feu qui consume, un feu qui brûle encore
30 LA FOLLE.
Quand le vent rafraîchi soulève mes cheveux,
Quand les pleurs de mon âme arrivent à mes yeux !.
Suis-je folle, vraiment, le crois-tu, pauvre mère?
N'aurais-je donc vécu que pour laisser sur terre
Une pensée affreuse, un sombre souvenir,
Légende racontée et qui ferait frémir !
Quand le ciel se voilant amènerait l'orage,
On dirait dans ces lieux, on dirait au village,
A l'épouse effrayée attendant le retour
De celui qui revient en un si triste jour :
« Espérez, il fuira la voix, qui, dit-on, mène
Au torrent qui mugit!... » Car c'est' la voix d'Hélène ,
Et le vent furieux soufflant à l'horizon,
Répondrait à ces mots : « Hélène est sans raison ! »
LA FOLLE. , 31
Serait-il vrai, mon Dieu, qu'une horrible parole
S'en irait répéter à tous : « Elle était folle!... »
Et qu'on verrait chacun, à mon seul souvenir,
Se signer en tremblant et de frayeur pâlir?...
Ah! que la paix du moins vienne entourer ma tombe,
Et que tout bruit moqueur cesse quand on succombe,
Puisqu'il faut ici-bas se courber sous les maux,
Donnez, donnez, Seigneur, le silence aux tombeaux!
Rossignols de nos bois et ruisseau qui murmure,
Apaisez ma douleur!... Souffle de la nature,
Viens rafraîchir mon front, voici l'heure du soir,
L'heure de la prière et l'heure de l'espoir ;
J'entends tinter au loin la cloche de l'enfance,
La cloche qui bénit, adoucit la souffrance...
32 LA FOLLE.
Il me semble à ces sons entrevoir le bonheur,
Une douce pensée a su calmer mon coeur...
Tu me fais retrouver les jours du premier âge,
Vibre encore au lointain, cloche de mon village,
Car dans ton sanctuaire, au pied du saint autel,
Nous nous sommes promis un amour éternel !
Éternel! mot divin, au delà de la vie,
Rien ne doit plus finir, et mon âme ravie
Va se perdre en extase; ah! ce que j'ai perdu,
Par le Dieu qui console, oui, me sera rendu...
Je pourrai donc enfin me dire fiancée !
Sans qu'un triste regard réponde à ma pensée...
Voici déjà longtemps que je ne puis dormir...
Que mes nuits, sans sommeil, se passent à gémir ;
Aujourd'hui je suis mieux, et je sens ma paupière
Se fermer doucement... J'achève ma prière !
LA FOLLE. 33
Que ce ciel est donc beau!.. Je voudrais bien souvent
Me reposer ainsi... Repose, pauvre enfant!..
Dors, et que ton sommeil au delà de l'aurore
Se prolonge, et demain... que tu dormes encore !...
LA PRIERE
0 Père qu'adore mon père,
Toi qu'on ne nomme qu'à genoux,
Toi dont le nom terrible et doux
Fait courber le Iront de ma mère !
LAMARTINE.
Chrétiens, levez les yeux, car voici la prière!
Prosternés humblement dans la nature entière,
Exprimez vos besoins à Dieu qui vous entend
Et demandez au ciel ce que chacun attend :
38 LA PRIÈRE.
Le blé pour la moisson, la chaleur qu'on désire
Pour mûrir des vergers ces fruits que l'on admire,
Pour le lis le parfum, pour l'homme la vertu
Afin que dans son coeur le mal soit combattu !
Seigneur, donnez la joie à tout être qui pleure,
Un enfant à l'épouse, au pauvre une demeure!
Que l'étoile du soir éclairant la prison
Apporte au repentir espérance et pardon !
Que l'oiseau dans son nid, bien loin de toute atteinte,
Placé si près des cieux, puisse chanter sans crainte ;
Que l'écho des forêts répète chaque jour
Les refrains animés des chansons d'alentour;
Que l'onde du ruisseau s'écoule sans murmure
En voyant tout joyeux au sein de la nature !
Éloignez du troupeau le loup, ce ravisseur,
Et l'aigle des rochers qui donne la terreur.
LA PRIÈRE. 37
Que nos fils, élevés sous l'aile maternelle,
Pensent à vous bénir à toute heure nouvelle ;
Et que la cloche sainte appelle chaque soir
Et l'homme à la prière, et les coeurs à l'espoir !
CONSOLATION
Quand ma barque a perdu l'aviron qui la guide,
Que sur cet océan elle a trouvé le vide,
Que les cieux sont couverts, que sévit l'ouragan,
Qu'autour de moi paraît un cercle menaçant,
Je demande à ma vie où se trouve l'étoile
Que le Seigneur accorde au bonheur qui se voile,
L'étoile qui gémit, adoucit le destin.
Quand le soleil n'a plus de feux pour le matin,
40 CONSOLATION.
Quand la terre a perdu son manteau de verdure
Que tout pleure ici-bas en un sombré murmure,
Que le feuillage épais n'embellit plus nos bois,
Que les oiseaux du ciel ne trouvent plus leur voix,
Je t'appelle et t'attends, Consolation sainte,
Dans mon humble réduit viens apaiser la plainte;
( Viens accorder ma lyre et rends-lui ses accents,
Ses accents oubliés; ah! redis-lui tes chants.
Viens ! et que sur mon sein tu reposes ta tête !
Viens éloigner d'ici le souffle qui m'arrête,
Le souffle du malheur qui, passant près de moi,
M'a renversé tremblant et tout glacé d'effroi ;
Fais luire sur mon front la clarté qui console,
Viens redire à mon âme une douce parole :
Je n'ai rien entendu depuis que, tout .enfant,
Ma mère me quitta : cet ange consolant
CONSOLATION. >1
Emporta ce secret, oui, ce secret qui donne
L'espérance ici-bas, et, quand tout m'abandonne -,
Amitié précieuse, arrête ton regard
Sur un être qui souffre et qui pleure au hasard !
CONSEILS
A MON FILS RAPHAËL
Oh ! bien loin de la voie
Où marche le pécheur,
Chemine où Dieu t'envoie !
Enfant, garde, ta joie!
Lis, garde ta blancheur!
V. HUGO.
Approche, cher enfant, viens caresser ta mère,
C'est elle, vois-tu bien, qui t'aima la première.
De tes petits bras blancs l'anneau lui sera doux !
Que, bien souvent; ainsi posé sur ses genoux,
44 CONSEILS A MON FILS.
Ta tête sur son sein doucement inclinée,
Tu reposes, mon fils; que d'année en année
Ce souvenir si pur donne à ton jeune coeur
Le germe des vertus qui fait l'homme meilleur!
Grandis en aimant Dieu. Puis, honorant ta mère,
Que ses conseils, mon fils, t'accompagnent sur terre:
Fidèle à ses leçons, compatis au malheur,
De tout être souffrant allège la douleur ;
Sois fier dans l'infortuné, humble dans l'opulence,
De celui qui gémit protège l'indigence ; >
Que chacun de tes jours marqué par des bienfaits
Te donne un bonheur pur rempli de doux attraits ;
Et quand viendra du soir le crépuscule sombre
Qui de tes jours comptés aura marqué le nombre,
Ta mère dans les cieux, sachant quel est ton sort,
Verra finir ta vie et bénira ta mort !
LA FLEUR DU PRISONNIER
Trésor du prisonnier, toi qui charmes ma vie,
Tu vins donner la joie à mon âme ravie,
Et, moins triste à ta vue, en m'envoyant l'espoir,
Tu parlais des beaux jours, les faisais entrevoir;
Tu berçais mon sommeil, me donnais un doux songe
De bonheur et d'amour, et je disais : « Mensonge.
Tout ici-bas pour moi n'est-il donc pas fini?
Le prisonnier jamais aura-t-il un ami ;
46 LA FLEUll DO PRISONNIER.
Et de ces murs épais quelle main généreuse
Sondant la profondeur rendra sa vie heureuse ? »
Et mes yeux se tournant vers toi, m'a Picciola,
Disaient : « Reste toujours, mon ami, le voilà! »
Et ma vie attachée à ton sort, pauvre plante,
S'écoulait tristement. Oh ! trop cruelle attente,
Je croyais chaque jour te perdre, douce fleur,
Et vivre sans te voir, c'était frapper mon coeur.
Ce coeur qui tout à toi restait sans espérance
Tenait à sa prison, partageant ta souffrance.
Frêle arbuste penché sous le vent'glacial
De cette enceinte humide, ah! je voyais ton mal,
Et tristement le soir en fermant la paupière
Pour toi je demandais un appui tutélaire;
Et j'invoquais le ciel, priant avec ferveur ,
Pour un pauvre exilé, pour une pauvre fleur!.<*.
LA FLEUR DU PRISONNIER. 47
Que te fallait-il donc pour être belle encore,
Pouvoir respirer l'air, et voir naître l'aurore?
Ce que Dieu donné à tous, à l'oiseau dans les champs,
A l'abeille au miel d'or, aux papillons brillants ;
Ce qui fait oublier à l'homme sur la terre
Les chagrins de la vie! 0 ma fleur solitaire !
Tu n'avais rien connu, pas même un seul printemps,
Un de ces jours bénis qu'on désire longtemps....
La.liberté pour nous, le soleil qui ranime,
Aujourd'hui nous l'avons, et cette enfant sublime
Nous les.rend; Picciola, viens pour elle fleurir,
Montre-lui ces couleurs qui m'ont fait te chérir.
Vis pour nos deux amours, toi qui me fus si chère,
Viens, quitte la prison, car cette vie amère,
Ma douce Picciola, t'aurait donné la mort;
Viens suivre mon bonheur, viens partager mon sort!.,.
48 LA FLEUR DU PRISONNIER.
Et Picciola partit... Mais bientôt, languissante
Et succombant sans soins, la pauvre plante aimante.
Sans avoir un regard de son cher prisonnier,
Elle vit son malheur et le vit tout entier.
0 séjour regretté, prison que j'ai chérie ,
Disait-elle en mourant, ô première patrie!
Hélas! je t'ai laissée et je meurs aujourd'hui
Sans entendre un regret, sans un soupir de lui!...
A L'ITALIE
SOUVENIRS
Voilà le forum où retentissaient
tant d'immortelles harangues... L'air y
respire encore la brûlante éloquence
de Cicéron.
LORD BYRON.
Italie ! en voyant tes splendides contrées,
Florence, ses palais, ses églises sacrées,
Rome, la ville sainte, a frappé mes regards!
Tout m'y parlait en cor des Tarquins, des Césars !
4
30 AL ITALIE.
Des grandeurs d'autrefois les ruines tremblantes
Semblaient prises d'effroi sur leurs bases mouvantes;
Annoncer aux humains qu'ici tout doit finir,
Que les temps écoulés ont peu de souvenir.
Venise frémissante, en ses ondes pressée,
Paraît pleurer encor sa royauté passée.
« Tes doges ne sont plus, tu gémis dans les fers,
« Et ton sceptre brisé ne couvre plus les mers!
« Pise, j'ai vu ton dôme et ta tour élancée ;
« Quelle main dans les airs l'a donc ainsi placée?
« De la nature humaine effort prodigieux r
« Sur sa base elle incline en montant vers les cieux ;
« On prétend que jalouse en ta forme nouvelle
« Tu détruisis l'auteur pour rester immortelle ! »
Naples, son ciel d'azur et son Vésuve, en" feux
Ont étonné mon âme, ont ébloui mes yeux !
A L ITALIE. 51
Italia! nom sacré qu'évoque le génie,
De tout ce qui fut grand, terre, tu fus bénie ;
Une autre aurait plié sous l'immense fardeau,
Et la postérité n'aurait eu qu'un lambeau
De ces noms imposants que ta sève nous donne,
Auréole de feu qui sur ton front rayonne :
Tu fus choisi par Dieu, sol fécond et puissant!
De ton sein tout ému ces grands noms surgissant
Seront à tout jamais ton honneur et ta gloire!
Semblables aux grands faits dont s'honore l'histoire,
Leurs oeuvres survivant aux siècles entraînés
Feront assez savoir sous quel ciel ils sont nés!...
L'ATHÉE ET LE CROYANT
DIALOGUE
Oui, c'est un Dieu caché que le Dieu qu'il faut croire.
Mais, tout caché qu'il est, pour révéler sa gloire,
Quels témoins éclatants devant moi rassemblés !
Répondez, cieux et mers; et vous, terre, parlez.
L. RACINE.
I
L'ATHÉE
Eh! que m'importe à moi cette vie où l'on passe ,
De même que la feuille au souffle des autans !
Cette chose effeuillée et que nul ne ramasse
Ira trouver bientôt ce qu'emporte le temps !

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