Les cyprès , élégies modernes. Le malade à la campagne, Le vieillard en enfance, Le sommeil de la mourante ; suivies de Commode et le gladiateur, fragment épique ; par M. Halévy,... Seconde édition, augmentée du Chant du mort

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Hubert (Paris). 1826. 46-4 p. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1826
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LES CYPRÈS,
ÉLÉGIES MODERNES.
LE MALADE A LA CAMPAGNE,
Ce Dieillard en Enfance,
LE SOMMEIL DE LA MOURANTE;
SUIVIES
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FRAGMENT EPIQUE ;
PAR M. HALEVY, 1
AUTEUR DE LA TRADUCTION EN VERS DES ODES D'HORACE.
Sfconfo Edition,
AUGMENTÉE DU CHANT DU MORT.
21 ftorie,
CHEZ HUBERT, LIBRAIRE, -
PALAIS-ROYAL, GALERIES El BOIS, til 2S2.
1826.
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LES CYPRES,
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PARIS. — IMPRIMERIE DE CASIMIR , RUE DE LA VIEILLE-MONNAIE, N° ta.
LES CYPRES,
ÉLÉGIES MODERNES.
ft Jîtalata à la Campagne,
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LE SOMMEIL DE LA MOURANTE;
SUIVIES
DE COMMODE ET LE GLADIATEUR,
FRAGMENT EPIQUEJ
PAR M. HALEVY,
Auleur de la traduction en vers des ODES D'HORACE.
jgtoonte ibition,
AUGMENTÉE DU CHANT DU MORT.
21 fJariô,
CHEZ HUBERT, LIBRAIRE,
PALAIS-ROYAL, GALERIES DE BOIS, N° 222.
1826.
Ce Malade à la Campagne.
LE MALADE
a la Campagne.
C'EST aujourd'hui la fête du village;
Voici l'heure où les jeux commencent sous l'ombrage,
Et le bal joyeux va s'ouvrir.
Volez, heureux enfans, que le hautbois appelle!
Moi, dans ces lieux charmans où la vie est si belle,
Ils m'ont envoyé pour mourir!
8 LE MALADE
« Il le faut, m'ont-ils dit, allez à la campagne
« Renaître sous un ciel d'azur;
« Allez respirer un air pur,
« Et que l'espoir vous accompagne !
« Il vous faut la fraîcheur et le calme des champs :
« Là, s'affermit toujours la santé languissante;
« Il n'est qu'un seul remède au mal qui vous tourmente :
« C'est la campagne et le printemps. »
Je n'ai point partagé leur espérance vaine.
« Quand la vie épuisée avec effort se traîne,
« Il n'est plus qu'un remède, ai-je dit; c'est la mort.
« En vain vous me cachez mon sort,
« Et j'ai compris ma fin prochaine.
« Je vous obéirai ; je veux revoir les champs,
« Et profiter encor de mes derniers instans.
A LA CAMPAGNE. 9
« Aux douces fleurs, à la verdure
« Je veux dire un dernier adieu. »
Je suis venu; mon âme en ces beaux lieux s'épure;
Je vois, dans son éclat, s'éveiller la nature.
Cet aspect me prépare à l'aspect de mon Dieu.
J'approuve ce touchant usage
Qui, pour embellir notre fin,
Dépose l'homme à son déclin
Au sein de la paix du village.
Là, tout rappelle aux yeux le ciel et l'avenir.
C'est là qu'en expirant on ne croit pas finir.
Le bruit pèse au malade : on meurt mal dans les villes;
Les mourans n'y sont pas tranquilles;
C'est dans l'ombre et la paix qu'on aime à s'endormir.
j 0 LE MALADE
Pourtant j'éprouve encor de secrètes alarmes :
J'ai des momens d'angoisse et des jours de terreur;
Quelquefois de brûlantes larmes
De mes yeux lentement descendent sur mon cœur.
C'est qu'alors vous venez, rêves de ma jeunesse,
De la vie en mon sein rallumer le flambeau !
Tous ces rêves trompés sont un poids qui m'oppresse;
Ils semblent me fermer le chemin du tombeau.
Je me demande alors : « Faut-il donc que je meure?
« Plus d'amour! plus de gloire ! et mes jours sont perdus !
« Vous que j'aimais, vous que je pleure,
« Que direz-vous de moi, quand je ne serai plus? »
Lorsque mon âme ainsi fléchit sous sa misère,
Je me leve, et, d'un pas tremblant,
A LA CAMPAGNE. n
Je m'achemine au presbytère.
Là, réside un bon prêtre, aimé de l'indigent.
Au pauvre comme au riche il donne sa prière;
Sa pieuse parole adoucit mes regrets :
Souvent il me conduit au prochain cimetière,
Et nous causons du ciel à l'ombre d'un cyprès.
0 vous tous qu'a frappés la meurtrière atteinte
D'un mal qui ne pardonne pas,
Hâtez-vous! des cités fuyez l'étroite enceinte !
Allez vivre sous les lilas!
Au sein des champs, loin de la ville,
L'homme subit mieux son destin :
Le trépas est aussi certain,
Mais la souffrance est plus facile.
12 LE M À L AI) K A LA CAMPAGNE.
Lorsque arrive le jour de l'éternel sommeil,
Pour respirer encor le parfum de la rose,
Sous le bocage en fleurs doucement on se pose,
Et puis l'on vient mourir aux rayons du soleil.
Íe tHeillaxî» en Enfance.
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L
U
S.
LE VIEILLARD
Ctt tfitfimrt.
Sous le fardeau du temps quand l'âme est affaissee,
L'homme, vivant encor, sent mourir sa pensée ;
Il retombe à ses premiers ans.
Un jouet le console, alors qu'il se lamente ;
Son petit-fils le berce; et sa vie expirante
Offre l'enfance en cheveux blancs.
16 tE VIEILLARD
Tel je vis Odalbert se survivre à lui-même;
Je cherchais le guerrier sur son front pâle et blême.
« Quoi! disais-je, ce faible bras
« Que fatigue aujourd'hui le hochet du jeune Age,
« Fut terrible autrefois dans les champs du carnage,
« Et l'arbitre de vingt combats !
« Les rapides coursiers, à sa voix menaçante,
« Ébranlant par milliers leur masse obéissante,
(c Dans leurs flancs sentaient l'éperon;
« Sur son cheval de guerre il dévorait l'espace,
« Et son cœur bondissait, sous sa large cuirasse,
« Aux premiers accens du clairon.
* Parmi le feu, le fer, au sein de la mêlée,
* On voyait s'agiter sa tête échevelée;
EN ENFANCE. 17
2
« Et lorsqu'un long gémissement
« Du sein des rangs pressés sortait par intervalles,
« A son cœur endurci le siffiement des balles
« N'arrachait pas un battement.
« Il étonna l'Arabe aux champs de la Syrie;
« Il vainquit aux clartés du soleil d'Ibérie ;
« Il ne quitta jamais son rang;
« Partout où l'entraîna l'aigle aux ailes rapides,
« Sur les glaces du Nord, dans les sables numides,
« Il a partout laissé du sang.
« Maintenant le voilà ! De cette vie éteinte
« Il ne s'exhale plus qu'une éternelle plainte !
« Il crie, il a soif, il a faim;
« Lui, dont nul œil mortel ne vit couler les larmes,
« Lui qui, dans le désert, nourrit ses frères d'armes
« De son dernier morceau de pain !
18 LE VIEILLARD
cc Le voilà! Sur la terre il fixe un œil stupide.
« Il pense, il rêve. A quoi ? Rien dans cette âme vide ;
« Rien sur ce front décolore !
« Faut-il que lentement et sans gloire il succombe?.
« Ah! la victoire au moins lui devait une tombe!.
« Ses vieux jours n'ont rien de sacré.
« Odalbert ! Odalbert ! reconnais ton Gustave !
« Tiens ! vois-tu sur mon cœur cette étoile du brave?
« Je la reçus à ton côté.
« Ne te souvient-il plus de cet ami d'enfance
« Que ta main disputa, criblé de coups de lance,
« Aux flots du Danube irrité?
« Ne t'en souvient-il plus? Ne vois-tu pas encore
« Tous ces vaillans débris qu'un seul revers dévore ?.

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