Les déboires d'un âne

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Parti à l'âge de la retraite faire un tour de France à la voile, un vieux matelot a mis deux ans avant d'atteindre Lorient sur son voilier de 7 m . Il lui est arrivé des aventures et des grands bonheurs et c'est cela qu'il raconte. Il a appris sur le tas mais sans se mettre au tas ! Il a rencontré plein d'amis aussi !
Publié le : vendredi 27 mai 2016
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EAN13 : 9791026205616
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Charles L

Les déboires d'un âne

 


 

© Charles L, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0561-6

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AVERTISSEMENT

 

Ceci est l’histoire d’un vieux monsieur qui a pris sa retraite à 65 ans pour choisir de vivre sur son bateau et d’entreprendre le tour de France à la voile.

Il a appris pratiquement sur le tas, comme on dit, et est parti le long des côtes de France.

Son périple démarre de Nieuport, en Belgique. Il séjourne dans les ports qu’il rencontre sur sa route, en fonction de ce qui a pu lui plaire.

Il s’adresse à ses amis et c’ est pourquoi la forme n’est pas celle d’un roman mais plutôt du rapport de ce qu’il a pu rencontrer en cours de route et le retenir.

Il va mettre 2 ans pour atteindre Lorient après avoir passé un hiver à Granville, en Normandie, et un autre à Pontrieux, dans les Côtes d’Armor.

Ce récit, n’est qu’un copié-collé d’une partie de son journal de bord. On n’y trouvera pas les termes techniques habituels tels que position, heures de marée, prévisions météo ou état de la mer.

Il parle beaucoup des AA (Alcooliques Anonymes) et c’est naturel car ils sont une partie importante de sa vie.

Ces écrits, pensées et opinions n’engagent que lui seul et nullement le Mouvement des Alcooliques anonymes.

 

CITATIONS

 

«Il ne reste qu’à s’y laisser vivre, loin des conventions, de la vie dite civilisée, des idées toutes faites, des impôts et surtout du frottement avec autrui, si pénible à qui possède une sensibilité. Quel bonheur est celui de quiconque rompt avec les habitudes, échappant au mal de mourir vivant ou de vivre mort. Mais combien parviennent au terme de leur vie, sans jamais s’être éveillés ?»

Vito Dumas

 

 

LE GRAND DÉPART

 

Je pensais que cela n’arrivait qu’à moi, je mettais cette panne sur le compte de pas de chance et pourtant... pourtant je savais que mon moteur était à réviser. Au début de l’année, déjà, quand j’avais à peine quitté Nieuport et même avant de quitter Nieuport, j’avais repéré des taches d’huile quand je mettais en route, mais j’avais laissé les choses en l’état. Un vrai marin devait savoir que les rectifications ou les réparations doivent être faites promptement si l’on ne veut pas aller à la catastrophe. Je suis donc rentré à la voile dans le port de Granville et, Dieu soit loué, le moteur s’est remis en route à l’intérieur du port, juste le temps de revenir à mon emplacement. Une fois de plus, ma négligence était sanctionnée car maintenant, les frais sont nettement plus élevés qu’une simple révision.

A 65 ans, j’ai décidé de faire le tour de France à la voile.

J’avais fait, d’abord, le tour de moi-même et je ne voulais surtout pas rester à ne rien faire alors que maintenant, je disposais de temps devant moi... Pas beaucoup de temps peut-être, mais ce temps-là, je comptais bien le meubler d’une façon intensive et non pas vautré dans un fauteuil, fût-il confortable, à regarder des matches de foot à la télévision.

J’ai tout laissé derrière moi, y compris ma femme avec laquelle je ne m’entendais plus. J’ai acheté un petit bateau avec le peu d’argent qui me restait, pour le prix d’une petite voiture d’occasion, et vogue la galère... J’ai mis le bateau à l’eau le 9/9/1999, date facile à retenir et magnifique coïncidence.

Au début, je me souviens que c’est à peine si j’osais quitter mon emplacement à Nieuport : je ne me sentais pas sûr du tout de mon affaire, je n’avais confiance en rien, ni au moteur hors-bord dont je disposais, ni aux voiles que je n’osais pas hisser parce que j’étais seul et que j’avais pris l’habitude de naviguer avec des équipiers.

Après quelques jours cependant, je me suis risqué à faire des petites promenades à l’intérieur du port, et puis j’ai fait des ronds dans l’eau, aux environs immédiats. Puis je suis enfin parti seul vers Dunkerque et retour le lendemain avec des ennuis dus au manque de prévoyance. La mer ne pardonne pas trop les négligences et, quand vous êtes en mer, il est parfois bien ardu de prendre les dispositions que l’on aurait pu prendre au port, sans aucun problème : hisser le foc quand la houle est forte et sans un enrouleur qui vous facilite la tâche devient une aventure quand vous êtes seul. Prendre un ris aussi, s’apercevoir que la grand-voile est toujours fixée à la bôme par des sandows et ce, au moment où l’on hisse, relève du défi dans une houle formée, et je pourrais prolonger tous ces petits accrocs que j’ai vécus... De là à décider que je porterais un harnais de sécurité, le pas fut très vite franchi. Et parce que j’avais entendu dire que l’on avait retrouvé un skipper avec son harnais, noyé, près de son bateau, je ne me donnais pas la possibilité de passer par-dessus bord, car la longe de mon harnais ne mesure pas un mètre.

Je n’ai pas pu partir immédiatement et c’est tant mieux, car on pouvait dire que je n’étais pas prêt du tout et le bateau non plus. Je n’avais pas encore de GPS ni de pilote automatique et j’ai dû vendre quelques reliques pour les acquérir, y compris une pièce de cent francs or que je tenais de mon père et mon violon dont je ne me servais plus depuis plus de 40 ans. D’un autre côté, j’étais tenu à rester en Belgique pour des raisons administratives et cela a duré plus d’un an.

Entre temps, je me suis fait les dents sur des petits parcours que j’effectuais de temps à autres, Dunkerque, ensuite Gravelines, et Calais où je fus très bien accueilli à un tel point que j’ai décidé d’en faire mon port d’attache et de hisser le pavillon de Calais comme pavillon de club.

Il faut que je fasse un sort aux gens qui disent que le bateau est coûteux. C’est tout à fait faux et je puis assurer qu’avec un budget très limité de 600 € par mois, je m’en sors très bien et je puis même faire des économies : je parviens encore à acheter des compléments de matériels ou à effectuer des réparations absolument indispensables.

Je vais prendre comme exemple Calais où j’ai passé plusieurs semaines. Emplacement au port: 3 € par jour en dehors des pontons, et occasionnellement aller au ponton pour recharger mes batteries. Un arrangement fut trouvé avec la capitainerie pour que je sois au ponton sans y être, et donc pouvoir disposer de tout le confort à savoir pour ce prix-là : l’électricité, les douches, les toilettes et l’eau. J’avais baptisé mon ponton : la promenade des Anglais car, s’agissant du ponton d’accueil, c’est fou le nombre de bateaux anglais qui y passaient (cigarettes et whisky bien sûr).

Je suis rentré en Belgique pour l’hiver 2000, et dès le printemps suivant, j’ai repris la route. Je suis passé à Calais, puis Boulogne et puis une longue étape sur Dieppe. En fait, mon tour de France était commencé....

 

QUAND TOUT RENAÎT À L’ESPÉRANCE (CHANSON NORMANDE)

 

Quand je suis parti de Calais, le vent était fort, et les claques essuyées dans le petit bassin de l’ouest m’incitèrent à renoncer à mon départ. Cependant Jeannot, un ami à qui j’avais fixé rendez-vous pour cette solennelle occasion, m’a hurlé au travers du vent que ce n’était qu’un petit grain local et qu’il fallait y aller.

J’y suis allé... pour trouver, en mer, un vent très puissant certes, mais comme je l’avais trois-quart arrière, il était parfaitement négociable. J’ai battu mon record Calais-Boulogne cette fois, et par un après-midi assez mouvementé, je suis arrivé au port de Boulogne en ayant pris deux ris mais à plus de 8 nœuds, vitesse que jamais je n’avais réalisée avec mon petit «Thiluric».

Suivant une coutume que j’avais prise, j’ai remercié le bateau et Joseph, mon pilote automatique pour la brillante performance que nous avions réalisée. C’est vrai que les marins sont des gens curieux et que, souvent ils attribuent une personnalité à leur bateau ou aux engins qui en font partie et, comme ils n’ont que cela à faire, s’engagent parfois des dialogues monologués d’ailleurs, entre ces différentes parties qui constituent l’équipage.

Parfois, le ton monte et je me surprends à engueuler Joseph de copieuse façon mais, en bon équipier très docile, il ne pipe mot et accepte, tête basse, mes remontrances et mes sautes d’humeur. C’est beaucoup mieux comme ça ; il est vrai que Joseph est d’origine anglaise et en conséquence, il est terriblement flegmatique. Je constate souvent, d’autre part que, réflexion faite, c’est parfois moi qui suis en tort et je me sens forcé de m’excuser auprès du membre d’équipage lésé.

Je connaissais déjà Boulogne et je n’y suis resté qu’une nuit. J’avais hâte d’aller plus loin, et l’étape suivante était Dieppe ou le Tréport, ce qui devenait une longue route qui faisait plus de 50 milles. Tout était bien ; le vent au départ était favorable, il n’y avait plus qu’à faire confiance à Thiluric et à mon équipier Joseph qui allait prendre le relais quand je serais fatigué. Hélas, trois fois hélas, je n’ai pu disposer de Joseph que durant la moitié du trajet, après quoi il est tombé en panne et je ne pouvais pas l’ouvrir en cours de route à cause de la houle. Mon autre équipier cependant, le GPS à qui je n’ai pas donné de nom, a très bien travaillé ce jour-là et m’a amené tout droit à Dieppe après 15 heures de route dont 10 à la barre. À mon arrivée à Dieppe, j’ai dû démarrer le moteur car il n’y avait plus de vent sur les 10 derniers milles, et je suis entré au port de Jehan Ango la tête basse et tellement fatigué que je n’aurais pas pu m’amarrer seul, sans aide. Mais un marin était là qui semblait m’attendre et je fus très heureux de pouvoir profiter de sa gentillesse. Il est vrai que l’entraide est très importante entre gens de mer !

Une petite parenthèse doit être faite ici, car très souvent, quand j’arrive dans un port, il se trouve un autre marin qui me prête assistance pour m’amarrer. C’était un exemple à suivre, et depuis je fais pareil chaque fois que cela se présente. J’aide quiconque arrive au ponton parce que je sais désormais que c’est bien utile, et qui plus est, c’est convivial.

 

DIEPPE

 

J’ai dormi comme une souche et le lendemain je m’en fus faire un petit tour dans la cité dont le port fait partie intégrante, ce qui est à la fois joli et très pratique

C’était jour de marché et il faut avouer que le marché de Dieppe est un marché très important. Il a lieu dans les rues principales, rues piétonnières, où on a l’impression des marchés d’autrefois avec des produits venant directement de la ferme et, généralement, de toute première qualité. Grosse amélioration en comparaison de la qualité des produits dits fermiers que l’on trouve en Belgique : s’il s’agit de produits dits fermiers, ils proviennent, la plupart du temps, de « fermes de 100.000 poulets », donc de fermes industrielles. Comme quoi, les mamelles de la France ne sont pas un vain mot. De là à en user… J’achetais de la crème fraîche à la louche, des spécialités normandes, du fromage local qui n’était pas du camembert mais un fromage excellent en forme de cœur dont j’ai oublié le nom, un jambonneau cuit qui a survécu 2 jours et des fruits de saison : les premiers abricots, des cerises etc. J’ai ensuite effectué une petite visite de la cité, dans un petit train prévu pour cela, et j’ai appris à connaître la ville de Dieppe dans son architecture et au travers de son histoire. Poursuivant cet inventaire, je m’en fus visiter le musée-château qui se trouve sur une des falaises et qui est très impressionnant tant par la préservation du site que par son contenu. J’ignorais, par exemple, que le port de Dieppe était l’importateur principal des ivoires d’Afrique et que les artisans de la ville en avait fait un haut lieu de la sculpture de ces objets. Beaucoup se retrouvent dans le musée, travail de dentellier plus que de sculpture. Et puis il y a l’égyptologue Mariette qui, Dieppois lui-même, fit don de ses souvenirs d’Égypte au musée. On y voit en outre une très belle collection de faïences anciennes et des tableaux que je ne m’attendais pas à trouver ici. J’y ai même relevé un Renoir, deux Corot, un Pizarro et quelques Boudin, une impressionnante collection d’eaux fortes de Braque, enfant du pays qui fut enterré sur une des falaises des environs.

C’est à partir de ce moment que je me suis décidé non seulement de faire le tour de France à la voile, mais également de visiter un peu l’arrière-pays et, pourquoi pas, les curiosités des régions parcourues.

 

LE LIEU

 

Un lieu est un poisson vulgairement appelé parfois aussi colin. Il y a le lieu noir et le lieu jaune.

J’étais arrivé à Sercq, cette petite île qui, au départ de Guernesey se trouve plus ou moins sur la route de Jersey. Ce n’est pas la route directe car il faut légèrement dévier le cap au nord pour passer par Sercq. Mais comme on m’avait dit que l’île était à voir et que j’avais remarqué des mouillages intéressants à l’est, je me décidai à y passer.

Je ne me sentais pas très à l’aise car, en traversant le petit Russell aux aubes, j’avais trouvé Sercq relativement sinistre à contre-jour. Je décidai donc de faire le tour du rocher qui se trouve à la pointe sud et qui s’appelle l’Étac. L’est de l’île était plus joyeux, forcément, car le soleil venait de se lever et, cette fois du bon côté. Il y avait des bateaux à l’ancre dans cette magnifique baie, bien protégée des vents d’ouest dominants.

Je jetai l’ancre et décidai de préparer mon repas sans vouloir à tous prix gonfler mon annexe pour aller à terre. Je mangeai copieusement, un terrible breakfast à la fois continental et anglais (eggs and bacon, confitures, pain et beurre – entre nous, vive la France pour ce qui est du pain – et café, boisson sans laquelle je ne suis rien le matin. J’attendais, en écoutant un grand air sur France Musique, que la marée se retourne de façon à ce que je puisse disposer de ses effets bénéfiques pour aller vers Jersey, coupant mon trajet en deux parties. Les gens des autres bateaux descendaient tous à terre et profitaient de la plage ; quelques-uns uns arpentaient la colline, car il était ardu d’arriver au village que l’on ne pouvait voir de la plage.

Un ketch hollandais vint s’installer près de moi – c’est fou ce que ces sacrés Hollandais peuvent avoir comme beaux bateaux ! Évidemment chez eux on a un bateau comme jardin... et un canal juste derrière !

Je levai l’ancre dans le but de continuer ma route et je fis cela comme un chef, c’est à dire à la voile, sans mettre le moteur en route. Le Hollandais était dubitatif car le bateau se dirigeait droit sur lui, mais un coup de barre rectificatif vit ses appréhensions devenir vaines, et moi j’étais particulièrement fier de ma manœuvre.

Un moment après, je jetais une ligne à la traîne et m’occupais de la bonne marche de Thiluric. La canne, d’un coup fut bandée à un point tel que je pensais avoir accroché le fond ; mais non, il y avait quelque chose. Peut-être était-ce une touffe d’algues, car en ramenant, je ne sentais pas les secousses à adrénaline, indice de la touche normale. Je vis le monstre au bout de quelques interminables secondes : c’était un beau poisson d’un kilo environ, un bar, non un lieu car un bar aurait gigoté autrement… Je remontais la bête, tout heureux, car c’était le premier gros poisson que je prenais ainsi. Tout à coup, l’épouvante ! Le rocher qui se trouvait à la pointe de l’étac et que j’avais pu voir à loisir pendant la période de repos que je m’étais accordée, n’était plus qu’à un mètre de mon étrave ! Bondir sur ma barre et virer de bord en une fraction de seconde : jamais je n’avais réagi aussi vite. En réalité l’erreur venait du fait que, au moment de lancer ma ligne à l’eau, j’avais bloqué la barre et non branché le pilote automatique comme j’aurais dû le faire. Dans ce cas seulement, le bateau aurait maintenu un cap bien déterminé et n’aurait pas dérivé. Le courant m’a joué d’autres tours. Ainsi, en arrivant à Guernesey, j’étais bien averti d’un courant traversier important qui allait m’atteindre, dans le Petit Russell, détroit que j’avais pris sur les conseils de deux amis. Je n’aurais pas dû suivre leur avis car je fus pris par ce courant de travers à un point tel que j’ai dû mettre toute la gomme à mon petit moteur qui est un peu faible pour le poids de mon bateau (n’oublions pas que c’est ma maison et que les bagages que je transporte sont forcément importants). Sur cette heure de route, j’ai dû consommer 5 à 6 litres d’essence au lieu de 2 à 3, et Dieu sait que j’ai horreur de mettre mon moteur en marche. Les deux amis dont question disposent d’un moteur diesel sur leur bateau qui est plus important que le mien ; je ne dispose, moi, que d’un petit moteur hors-bord. La puissance n’est pas du tout comparable.

Le lieu que j’avais pris fit l’objet de ma plus haute sollicitude. C’était un lieu jaune, donc celui des deux qui est le plus blanc de chair. Poisson au goût très fin, je l’ai préparé à la portugaise c’est-à-dire avec de l’huile d’olive, des tomates, des oignons et du vin blanc. Comme il était très frais, je me suis régalé.

 

L’ANNEXE

 

Il y a un adage marin qui dit : «Trop fort n’a jamais manqué.» Une expérience que j’ai vécue à Aurigny, l’île la plus septentrionale des Anglo-Normandes prouve bien que c’est vrai.

Pour des raisons de gros sous et aussi parce que le bateau est petit et que je n’avais pas beaucoup de place, j’ai acheté un petit canot gonflable de type engin de plage. Ce petit dinghy, je l’ai acheté à Cherbourg. Je m’étais dit que le temps de la réflexion étant là, je pourrais voir venir, sauter sur une bonne occasion, et surtout voir jusqu’où je pouvais aller, en fait de petitesse. Ce moment était arrivé !

Me voilà donc pourvu d’une petite annexe, et je l’essayai immédiatement. Dans la marina de Cherbourg, ça ne marchait pas trop mal, encore que l’on ait du mal à s’y caler. Shelagh est également montée avec moi dans l’annexe, pour bien prouver qu’elle pouvait aussi transporter plusieurs personnes. Mais encore une fois, c’était à Cherbourg, dans une marina tranquille et dont la surface était plate. J’ai donc réitéré l’essai à Aurigny. Le clapot, dans le port d’Aurigny, est très fort, surtout par vent de nord-est comme c’était le cas. Je réussis cependant à gagner la cale ou plutôt l’appontement qui, ma foi, suivait le rythme des vagues à un point tel que le pont de chaînes et de planches que j’ai connu, dans mon enfance, au château de mon village, était bien plus sûr que ce ponton voguant à la déhoule. Je parvins néanmoins, à mettre pied à terre et je suis allé faire un tour dans le merveilleux petit village de l’île, typically English, où il faut absolument prendre le petit-déjeuner dans un des établissements prévus à cet effet. Quand j’ai voulu reprendre mon annexe pour rejoindre le bateau, le clapot était contraire et c’eût été une grosse imprudence que d’essayer de contrer le vent et le clapot dans cette houle avec cette annexe limite. J‘ai donc essuyé les quolibets des gamins qui se trouvaient tout près et j’ai dû prendre le bateau-taxi pour me ramener sur Thiluric, honteux comme un renard qu’une poule aurait pris. Dont coût £ 1. Je n’ai plus osé sortir mon annexe depuis lors, et je cherche maintenant à m’en débarrasser dès que possible. Au fait, je l’ai utilisée à nouveau dans le sud de Chausey mais personne n’était là pour se moquer et la mer était plate. Comme il s’agit plus d’un engin de plage que d’une annexe, j’ai réussi à y causer une fuite et je dus donc utiliser le kit de réparation fourni avec l’engin. Impossible de s’asseoir d’une manière normale dans cet engin, pas plus que de ramer en utilisant les rames de nage incorporées. Je dois en réalité me servir des rames comme un surfeur utilise ses mains pour gagner la haute mer sur sa planche. Je me suis souvenu de ma prime jeunesse quand, dans une cuvelle empruntée à ma mère, je partais à la recherche de continents nouveaux, sur le lac formé par l’inondation de la prairie de 23 ares, en face de ma maison d’enfance...

 

L’ORDINATEUR

 

Voilà, je commence une nouvelle vie et je vais enfin pouvoir écrire. Je viens d’acheter l’ordinateur. C’est fort compliqué car cela fait deux bonnes heures que j’essaye de m’y retrouver. Le temps qu’il faudra pour m’accoutumer, à nouveau, avec Word et cette souris qui me semble tout à fait bizarre et qui s’appelle AccuPoint… Je me demande sérieusement si je ne vais pas acheter la bonne vieille souris qui me semble plus facile à utiliser que le petit bouton central.

Il m’en a coûté un maximum, d’autant plus que celui que j’avais repéré, avant Noël, était moins cher de 100 €. Tant pis, j’étais décidé car une bonne partie de ma vie, maintenant, est consacrée à écrire ; quitte à me priver de certaines autres choses, je préfère cette option. En outre cet ordinateur pourra me servir de base de données pour les cartes marines, encore qu’il ne soit pas étanche… Il faudra donc m’en servir au port et ne préparer les routes qu’à quai. Par ailleurs, comme je ne tiens pas à posséder un téléviseur, grâce à l’ordinateur je pourrai visionner des tas de documents que je compte emprunter aux médiathèques locales, ce qui me coûtera nettement moins cher que la TV, ses taxes, etc.

Non mais, que m’arrive-t-il ? Faut-il que je justifie cet achat qui, pour moi, est tout aussi important qu’un foc à enrouleur ? Baste, pour le vieil haricot (de l’anglais old bean ) que je suis, retraité de surcroît et qui pense sérieusement à écrire ses mémoires, cet investissement est tout à fait logique.

Encore une petite aventure, au port cette fois. J’ai trouvé que «Thil » – je vais l’appeler ainsi pour raccourcir son nom – avait une forte propension à valdinguer de tribord à bâbord lorsque la houle se manifestait un peu trop. Je décidai donc de mettre une garde1 montante, en plus de la garde descendante déjà à poste. J’avais mis le pied sur le plat bord, il glissa et j’ai dû faire le singe, m’accrochant aux haubans pour ne pas tomber à l’eau. Faudra-t-il donc, vénérable vieillard, t’attacher, au port, comme on le fait pour les gosses un peu trop turbulents ? Le rétablissement – redressement – fut difficile et douloureux car mon bras a été mordu par un des haubans. J’ai dû y mettre de l’arnica, cette pommade miracle qui me rappelle ma grand-mère ch’timi, et qui ne devrait jamais quitter la pharmacie du bord. Ouf !

Communication de Renaud, mon fils cadet : ce brave petit qui, sachant son vieux père à la limite de ses ressources, lui offre, en cadeau de nouvel-an, un billet pour Madrid ! « Il y a longtemps que tu n’as vu ta petite fille, c’est le moment de nous rendre visite, de passer une dizaine de jours chez nous, comme cela l’hiver du nord ne te semblera pas trop dur ! »

Le départ est fixé au 1er février à partir de Paris. Ça tombe bien, ma réserve de safran, base indispensable de la soupe de poisson et achetée à Madrid en février dernier, est épuisée…

Aujourd’hui, 21 janvier, un avis de grand frais (force 7 à l’échelle de Beaufort) et forcissant à 8 est annoncé pour demain. Je ne vais pas risquer un retour à Granville maintenant !

J’ai pris le train pour Paris le 31 janvier, j’ai passé la nuit chez Hervé et Odile, dans le quartier de la place de Clichy. Hervé est une de mes relations de AlloStop, avec qui j’avais effectué un voyage vers Rennes la dernière fois que j’ai utilisé ce moyen de transport.

AlloStop est un moyen de transport pratique et peu coûteux, pour des gens qui ne sont pas pressés et qui sont économiquement faibles. Mais au fait, pourquoi payer plus quand on peut payer moins. Il faut être membre de la société en versant une cotisation minime par voyage, en partie à l’organisation, en partie au transporteur bénévole et également membre. Ainsi, le voyage Paris-Rennes m’a coûté 12 € au lieu de 35 € par chemin de fer.

 

HISTOIRE BELGE : LA RETRAITE

 

En Belgique on est pensionné, pas retraité. En France, un pensionné est quelqu’un qui touche une indemnité en tant que veuf ou d’invalide de guerre ou autre service rendu à l’État.

J’ai appris cela à mes dépens car on m’a demandé à quelle guerre j’avais été blessé… ?

L’affaire qui me préoccupait est du plus haut loufoque et pourrait être qualifiée d’histoire belge.

J’étais, au moment des faits, dans le port du Havre et je me rendis à la banque, comme de coutume, pour prélever une partie du montant de ma retraite, tout simplement comme tout le monde, dans le but de me nourrir et de payer le port.

Je souhaite donc retirer, suivant mon habitude, une somme de 3 000 FF. Le distributeur de billets me signale que le compte n’est pas provisionné. Étonné, je réduis mes ambitions et j’essaie 2 000 FF puis, sur une autre réponse négative, j’essaie 500 FF : même refus. Je n’y comprenais rien ; pourtant la date de versement de ma retraite était bien dépassée et théoriquement, ce compte aurait dû être approvisionné. Très soucieux, je passe un coup de fil à l’Office National des Pensions à Bruxelles ; j’explique mon cas et l’on me répond que c’est tout à fait normal vu mon nouvel état-civil de divorcé : le compte serait bloqué 6 semaines, car il fallait recalculer la somme exacte qui me serait attribuée. Bref, cela ne m’arrangeait pas du tout ! J’insiste auprès des services compétents arguant du fait que je me trouve immobilisé, dans un port, à l’étranger, que je ne peux pas, comme en Belgique, avoir recours à la Commission d’Assistance Publique pour me dépanner, etc. On me répond que l’on va faire le nécessaire, d’urgence, vu les circonstances. Là-dessus, confiant dans ce que l’on m’avait promis, j’attendis une semaine, puis deux puis trois…

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