Les Destins de Madame Honesta

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les marchands de nouveautés (Paris). 1811. In-8°. Pièce.
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Publié le : mardi 1 janvier 1811
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LES DESTINS
DE
MADAME HONESTA.
A FMKTS,
CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
DE L.IMPRIMERIE DE MAME FRERES.
1811.
NOTE DE L'ÉDITEUR.
LE vieux manuscrit d'où cette histoire est
tirée était tellement indéchiffrable, que nous
ne balançons pas à le croire des œuvres de
Michel Nostradamus, qui , comme l'on sait,
connaissait par le moyen des étoiles ce qui se
passait aux enfers, et même en son vivant
avait la réputation d'être assez bien avec le
diable. De quelque manière qu'il s'y soit pris
pour découvrir les secrets du monde infernal,
nous lui devons une grande reconnaissance
de nous en avoir révélé un qui tient de si près
au bonheur et à la tranquillité des pauvres
humains, et qui peut faire connaître à quel-
ques uns la cause par laquelle ils éprouvent
tant de tracasseries et d'injustices.
LES DESTINS
DE
MADAME HONESTA.
Pou R fuir sergens et femme peu traitable,
Races dont Dieu. Dieu. je ne sais pas bien
En pareil cas d'autres disent le Diable ;
Races au moins, pour ne décider rien,
Mises exprès au monde sublunaire,
'Pour tourmenter les enfants de la Terre 5
Don Belphégor, ainsi que chacun sait,
S'en retourna griller en ses pénates.
N'eut-il pas tort ? Fut-ce sagement fait
De s'en aller rôtir ainsi ses pattes ?
Polichinel avait bien ses raisons,
Et Belphégor avait aussi les siennes,
Pour aimer peu du monde les antienues
Et vous pouvez , -sans toutes ces façons,
Dans La Fontaine ou quelque vieux grimoire,
Tout à loisir en apprendre l'histoire.
Sitôt qu'il eut abandonné ces lieux,
Dame Honesta larmoya de son mieux :
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« Hélas ! le perdre à la fleur de son âge !
« Mon cher époux, le meilleur des maris;
« Ah ! nous faionâ tdfls deux si bon ménage !
(f Certes, c'était l'exemple du pays. »
En proférant paroles si chagrines
Elle criait, ou bien plutôt hurlait,
Tordait ses mains, se pendre. il le fallait,
Montrait aux gens les plus piteuses mines,
Et bref faisait un tapage si grand,
Que maint bourgeois près de son domicile
Se disposa de déserter la ville.
Plus grand n'était le cher époux vivant.
Certain journal le dit sans certitude;
Mais jugez-en : veuve, méchante et prude.
Elle croyait mort et bien enferré
Mons Belphégor, et d'un .miserere
La dame avait gratifié son aIne,
Pour la sauver de l'éternelle namme.
Comme mari prévoyant et discret,
Il avait su lui taire son secret.
Il fallait bien que ce mt un fin dittltle.
Aussi le dit le père de la fable.
Grandes clameurs, dit-on, ne durent pas.
On fit entendre à notre échevelée
Qu'il ne fallait la nt être désolée,
Ni lamenter si long-teftips le trépas
De Roderic ; qu'en tel cas mortuaire
Femme d'esprit s'occupait de douaire.
Elle trouva l'avis bon et le drut ;
Se consola, pour mieux dire , se tut.
Mais le quartier n'en fut pas. plus paisible.
Changer d'humeur, est-ce chosè possible?
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,N'ayant époux à gronder ou pleurer,
Laquais, servante il fallut chapitrer.
On n'avait vu jamais telle canaille,
Gueux effrontés, francs coquins, rien qui vaille,
Gens à damner un saint du paradis,
Faits pour lasser d'un mort la patience,
Bons à jeter au plus profond d'un puits :
« Si je les ai, c'est pure pénitence ,
« Et par respect pour défunt mon époux. »
C'était le bois, le pain, puis la chandelle ;
A chaque instant quelque nouveau courroux,
Nouveaux débats, enfin grande querelle.
Tant et si bien que, d'un pareil démon,
Chacun bientôt déserta la maison.
Alors, tournant son humeur querelleuse
D'un autre bord, elle se fit plaideuse.
On doit penser que bientôt en procès
Elle devint passé maître et profès.
Femme plaideuse! ô quel mauvais génie !
Quand de plaider l'effroyable manie
Va se camper en femelle cerveau,
A ses fureurs le plus léger prétexte
Vous fait servir et de glose et de texte.
Autant vaudrait laisser tout à vau-l'eau,
Encor ne sais si vous seriez tranquille.
On n'entendait raconter dans la ville
Que les hauts-faits de madame HONESTA.
Chaque matin, pour grossir son pécule,
De chez l'huissier partait une cédule.
Un jour c'était pour un duplicata.
A réformer c'était une sentence ;
De l'avocat courant au procureur,

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