Les deux années, ou 1827 et 1826. Revue

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U. Canel (Paris). 1828. In-16.
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Publié le : mardi 1 janvier 1828
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LES
DEUX ÂMÉE§Î>
on
1827 E* 1828.
URBAIN CANEL,
nue S--GBBMAtS'I)EB-PRÉS, S. 9.
1828.
PEUX ÂMMÉESe
LES
DEUX ANNÉES,
00
1827 ET 1828.
EEYUE»
^atf^AIN CANEL,
RUE SAINT-GERMAIH-DES-rRES, H° 9.
1828.
IMPRIMERIE DE H. BALZAC,
BI!K I)K9 K.IRAIS f.-U. , S- 17.
DEUX ANNÉES.
C'ÉTAIT le soir : le signe radieux
Qui de son arc étend la courbe immense
Sur l'an qui fuit et sur l'an qui commence,
Régnait brillant dans la hauteur des cieux.
Depuis huit jours le cruel Sagittaire
De ses glaçons hérissant nos climats,
i
(6)
D'un givre épais avait blanchi la terre,
Et de décembre attristait les frimats.
Lassé de voir ces astres sublunaires,
Hier éclatans et demain éclipsés,
Suivre ici bas, l'un par l'autre chassés,
De leurs destins les phases ordinaires,
Et, sans repos, sans terme se mouvoir
Pour obtenir au bout de leur carrière
Le vain bonheur d'un instant de pouvoir
Sur ce point gris qu'on appelle la terre;
Pour contempler, loin des regards mortels,
L'éclat plus pur des astres éternels,
J'avais gravi cette docte colline
Qui du midi vers la Seine s'incline :
Le coeur ému d'un bonheur doux et pur,
J'avais revu les murs de ce collège • ■»"••
Où, du bel âge aimable privilège,
L'Illusion sur ses ailes d'azur
Me transportait au pays des Chimères,
Peuple léger aux couleurs éphémères,
Et dont s'enfuit l'essaim doux et craintif
Au jour glacé d'un cruel positif :
( 7 )
J'étais enfin sur la tour solitaire
Dont les grands bras dominent ces hauts lieux ,
Où d'Arago les calculs studieux,
Pour révéler leurs secrets à la terre,
Vont nuit et jour interroger les cieux.
Soudain au sein de la plaine éthérée,
Par un doux bruit mon oreille attirée
Croit distinguer un murmure, des voix :
Plus attentif j'écoute, et cette fois,
Au télescope appliquant ma paupière,
Distinctement je découvre, je vois
Sur le sommet d'un cercle de lumière
Deux femmes : l'une, au déclin de ses ans,
Porte un chapeau vieux de presque une année,
Où, sur la gaze applatie et fanée,
Des marabouts se hérissent tremblans :
De nos Telliers insidieux manège,
Des fils de soie artistement ourdis
Veulent en vain, ,en anneaux arrondis,
De ses cheveux dissimuler la neige :
Une pelisse aux carreaux écossais,
D'un vieux boa le reste de fourrure,
( 8 )
Recouvrent mal une antique parure,
Des fins réseaux du léger tulle anglais,
Que garnissaient et que bordent encore
Des épis d or, des rubans et des fleurs,
Honneur déchu des jeux de Therpsicore,
Dont un hiver a flétri les couleurs.
Dans le velours que le martre environne,
Ses pieds frileux s'enferment engourdis,
Et ses vieux liras, dont la maigreur frissonne
Sous un manchon, se rejoignent roidis.
L'autre, au contraire, au printemps de son âge,
D'un pas léger venant au rendez-vous,
Porte en sa main des bonbons, des bijoux,
Un prisme d'or de fortuné présage,
Et ses regards sont innocens et doux :
D'un pur éclat sa tête environnée, • -
Brille et blanchit d'étoiles couronnée.
Elle sourit : sa naïve beauté
Vient s'embellir d'une grâce ingénue ;
A ses attraits l'art n'a rien ajouté,
Elle apparaît encore et vierge et nue,
Pi ète à franchir ainsi son premier pas.
( 9 )
D'un univers cette reine future
N'a d'ornemens que ceux que la nature
A prodigués à ses jeunes appas,
Et, dans Paris, elle attend sa parure
De ces arrêts que pour le monde entier
Rendront Herbault, Céliane ou Natier.
Me rappelant à cette double image
Les vieux récits qn'avait lus mon jeune âge
Et que l'esprit se rappelle toujours ;
Je reconnus soudain les deux années
Qui, signalant nos bons ou mauvais jours,
De mon pays règlent les destinées,
Et qui, du temps ûlles prédestinées,
Se rencontraient, eu ce lieu ramenées,
L'une au début, l'autre au bout de son cours.
Ces dames donc s'arrêtant au passage,
En oubliant qu'ailleurs on les attend,
Causaient du temps, des chemins, du voyage,
Médisaient même un peu, selon l'usage :
Quoiqu'immortelle on est femme pourtant.
En mots chagrins, et d'une voix cassée,
La douairière exhalait son humeur,
( *<>)
On aime peu, dit-on, son successeur.
D'un ton plus doux, mais poliment railleur,
L'autre accueillant l'épigramme lancée
Se défendait à chaque mot piquant,
Ainsi qu'on fait à la tribune, au camp,
Lorsqu'on est fort, toujours en attaquant.
Moi j'écoutais d'une oreille attentive,
Je retenais mon haleine captive,
Et je redis, sténographe ingénu,
Sans rien changer, ce que j'ai retenu.
« Ainsi, ma soeur, à votre air de conquête,
Disait la vieille, en venant en ces.lieux,
Vous n'espérez que des momens heureux,
Et vous croyez arriver à la fête:
Détrompez-vous ; car vous verrez dans peu
Que le métier, certes, n'est pas un jeu.
1828.
Je n'aurai pas l'espérance infidèle
De surpasser vos exploits glorieux;
Vous imiter, vous que j'eus sous les yeux,
Est mon seul but ; j'y mettrai tout mon zèle.
( « )
1827.
Ce ton railleur, ma chère demoiselle,
Ne vous sied pas ; c'est moi qui vous le dis.
Si j'ai mal fait, vous pourrez faire pis.
1828.
Comment, Madame! avec un tel modèle....
1827..
Cessez, de grâce! et parlez-moi raison :
Répondez-moi. Que me reproche-t-on?
Dans tous les cas, ou je suis bien trompée,
Ce ne sont pas du moins mes doux loisirs :
Vous l'avouerez, je fus fort occupée.
1828.
Très-franchement, au pays d'où je vien.,
C'était sur vous que roulait l'entretien:
Elles sont là plus de dix-huit cents femmes \,
Et vous jugez, au milieu de ces dames,
Si les caquets doivent aller leur train !
Je le dis donc, avec quelque chagrin.,
( « )
De vos succès je n'ai pas grande idée :
On a tenu des propos contre vous.
Teuez-vous donc ; car, Madame, entre nous,
Ou je m'abuse, ou vous serez grondée.
1827.
Et de quoi donc serais-je intimidée ?
J'eus des malheurs ; mais ils sont balancés,
Par des succès, s'ils ne sont effacés.
1828.
Il est là-bas un registre sévère,
Où tous nos faits, par actif ou passif,
Sont constatés; et le Temps notre père,
Quoique bonhomme, est fort mémoratif.
Vous le savez, maître dans sa famille ,
Il récompense ou punit chaque fille
A son retour : ainsi donc notre soeur
Quatre-vingt-neuf est en grande faveur:
Qiialre-nngt-treïze est l'objet de sa haine,
Et nonobstant mainte démarche vaine,
Par un arrêt de sa juste rigueur,
( i3 )
Depuis long-temps nos soeurs républicaines
A tout jamais sont mises dans les chaînes.
1827.
Vous vous moquez apparemment, ma soeur!
Et qu'ai-je donc de commun avec elles?
Moi qui les hais, moi qui me fais honneur
D'avoir vaincu leurs ligues criminelles,
Et de leurs voeux déçu l'espoir trompeur.
1828.
Vous oubliez qu'il est une autre liste,
Où d'autres noms à l'index sont placés.
Ainsi, malgré tous ses exploits passés,
Mil huit cent quinze, encor que royaliste,
Depuis dix ans est anx arrêts forcés.
1827.
Ce juste sort est ce qui me rassure ;
Car j'ai voulu, souvent avec succès,
Marcher toujours entre tous leurs excès.
( U )
1828-
Et comment donc nommez-vous la censure?
C'est là, je crois, un point noir au procès.
La vérité qu'elle a trop offensée,
Et qui possède un grand crédit, là-bas,
Quand je partis, vous avait dénoncée.
1827.
Oui, c'est un tort, je n'en disconviens pas.
Mais quoi que fasse une ligue rivale,
Sans m'y soumettre et sans m'en alarmer;
Si par hasard son injuste cabale,
De mes malheurs contre moi veut s'armer,
Je parlerai de mes titres de gloire.
1828.
Et quels sont-ils de grâce ?
1827.
La victoire!
Depuis long-temps des flots de sang humain,
Avaient rougi le beau sol de la Grèce,
( i5 )
Elle tombait, je lui tendis la main :
Sur l'Océan comme autrefois maîtresse,
J'ai promené ma flotte veugeressé,
Et par le feu de cent bouches d'airain,
Sauvé les Grecs aux mers de Navarin.
1828.
Vivat! sonnez la trompette guerrière,
Quand trois états sur l'Océan rivaux,
Tardivement unissant leur bannière,
Ont englouti dans le gouffre des eaux
Le vil Arabe et ses faibles vaisseaux !
Sous sa massue on croirait voir Hercule,
Pulvérisant quelque nain ridicule,
Ou Jupiter armant tous ses carreaux
Pour foudroyer d'imbécilles troupeaux.
Vantez au loin, vantez votre victoire !
Mais dites-moi, qu'a produit votre gloire?
Les maux des Grecs en sont-ils soulagés ?
Meurent-ils moins par monceaux égorgés ?
Mais, qu'ai-je dit? si de la Renommée
J'en crois la voix et les récits divers,
( 'S)
Le sang des Grecs aurait rougi les mers,
Versé par ceux qu'imploraient ses revers ,
Pour satisfaire à Bysance charmée.
Ali ! du pouvoir sont-ce donc là les droits!
A l'oppresseur égaler la victime,
Frapper tous deux d'un fer illégitime,
Sont-ce donc là les présents de trois rois!
Et de nos jours cette horrible tactique
Pourrait encor trouver l'impunité;
Et ce serait ce que la politique
Impudemment nomme neutralité!
1827.
Mon coeur, flétri d'un malheur qu'il ignore,
Obstinément veut en douter encore.
Laissez-moi donc de ces objets d'effroi
Fuir, en mourant, l'image retracée:
Sur des sujets plus glorieux pour moi
En ce moment reportons ma pensée.
J'ai renversé ce parlement pourr i
( 17 )
Qui de dédains, qui de honte nourri,
Sous Néron même eût fatigué son maître :
Qui plus encore que celui d'Albion
Stigmatisé du vil nom de croupion ;
Par ses excès de lui-même homicide,
Et pour le mal lâchement intrépide,
De ses patrons écoutant le signal,
Les investit d'un pouvoir septennal ;
Ce parlement qui du peuple docile
Se déclarant légitime tuteur,
Ne comprenait ce pouvoir protecteur
Qu'en dépouillant, en trompant son pupille,
Et pour ses soins lui-même s'est voté
Des millions qu'il nomme indemnité;
Ce parlement enfin dont la colère,
Traitant l'esprit en denrée étrangère,
Le prohibait ou le criblait de droits,
Et qui, craignant à bon droit la lumière,
Voulut l'éteindre et s'y brûla les doigts.
:;• ^x 1828.
Avec' raison vofrevcrgueil s'environne
( x8 )
D'un tel honneur, dont l'éclat mérité
Doit, j'en conviens, dans la postérité
D'un beau fleuron parer votre couronne ;
Mais pourquoi donc, puisque , juste une fois,
D'un peuple entier vous écoutiez la voix ,
Pourquoi, ma soeur, conservez-vous encore
Ces vains débris d'un pouvoir qu'on abhorre,
Des libertés trop légitime effroi,
A ce pays fatal comme à son Roi?
1827.
Vous le voyez, enfin mieux inspirée,
Sur mes vieux jours j'avais ouvert les yeux.
DePeyronnet je m'étais épurée:
Avec du temps, certes, j'aurais fait mieux.
1828.
Sur ce point là parlez donc sans alarmes ;
Car je m'en charge, et, vienne février,
Tous ces messieurs auront goûté les charmes
De leur Tibur et du natal foyer.
C 19 )
1827.
Enfin j'ai vu dans mon cours variable
Un phénomène, un miracle incroyable,
Que n'aurait pas deviné le plus fin,
L'académie honnête femme enfin ! !
D'un noir projet éclairant le dédale,
Elle a tonné contre la loi vandale.
Brutalement frappés par le pouvoir,
Dès-lors Micliaud, P'illemain, Lacretclle,
Pour avoir fait ce jour là leur devoir,
Sont entourés d'une gloire immortelle;
Des-lors les traits contre le corps lancés
A leurs auteurs retournent émoussés^
Tant de faveur, tant d'éclat l'environne
Que tout-'à-coup le public lui pardonne,
Lcvis, Dcsèse et Guiraud et Brifcwt,
Ce qu'ils ont fait est bon et sans défau t ;
Même on lira leurs livres, s'il le faut !
Malgré Ninus et malgré Virginie;
A leurs auteurs on trouve du génie ;
On va chercher dans un coin, à l'écart
( so )
Tous les romans publiés par Picard.
D'aucuns, dit-on, n'ont pas craint d'entreprendre
L'art d'être heureux, espérant le comprendre.
Ou va ravir à la faim des souris
La Jeanne-â'Arc, offerte à moitié prix ;
On se repent d'avoir sur des tablettes
Laissé Duval et ses oeuvres complettes,
Au feu vengeur exposés chez Barba,
Ou chez Félix, entourant le baba.
Impunément sous les vers qu'il entasse
Baour encor peut étouffer le Tasse.
On lira tout, et déjà sur le quai
Le Jouj même un moment a manqué.
Oh ! d'un beau trait récompense certaine !
Oh ! du public imprévu changement !
Tu l'éprouvas, auteur du Démoslliène,
Car, cette fois, pour l'orateur d'Athène,
Ton auditeur devenu plus humain,
Bâillait encor, mais bâillait dans sa main.
Ne cherchons pas si, dans sa marche oblique,'
Tel, au fauteuil, cette fois en relard,
A point nommé n'a pas eu, par hasard,
( 21 )
Ce jour-là même un accès de colique;
Si tel encor qu'Aristote soumet
A ne risquer que ce qu'il lui permet,
Sur l'avenir prenant une hypothèque,
N'a pas, pressé d'un studieux amour,
Été chercher la place où doit un jour
S'inaugurer cette bibliothèque
Que l'immortel, Conservateur prudent,
Depuis trois ans, conserve, en l'attendant :
Ces vains détails ne font rien à l'affaire ;
Louer le bien encourage à bien faire.
1828.
D'un tel succès long-temps on parlera :
Allons, Messieurs, profitez de la chance,
Dans vos cartons fouillez en toute urgence,
Vite exhumez ce qui s'y trouvera ;
Le temps présent est un temps d'indulgence,
De jubilé : Dieu sait s'il durera.
1827.
Je m'aperçois que votre esprit jaloux
( " )
Sur mes travaux déversant la critique,
Les blâme tous; eh bien ! que direz-vous,
Dans votre humeur dénigrante et caustique,
De ce palais, chef-d'oeuvre des beaux-arts?
Dont la splendeur et la gloire importune,
De l'étranger fatiguent les regards,
Et que Paris consacre à sa fortune.
1828.
Il est sans doute à bon droit admiré,
Mais puisse au moins sous ces voûtes nouvelles,
Piège couvert, adroitement paré,
Le pauvre oiseau par la cage attiré,
N'y pas laisser des plumes de ses ailes.
1827.
Des arts français les tributs exposés
Ont, sous mon règne, honoré la patrie,
Et dignement de l'anglaise industrie
Rivalisé les travaux opposés.
( »3 )
1828.
Je m'attendais à la plaisanterie ;
Mais quand Paris vit dans ces mêmes lieux
Si récemment une semblable fête ;
Quels grands progrès, quelle illustre conquête
Aviez-vous donc à présenter aux yeux ?
Que votre orgueil ici me le découvre.
Serait-ce donc, ouverts au sein du Louvre,
Ces beaux hangards en toile d'Opéra
Travail sans but qu'Héricart opéra,
Et que si cher le bon peuple paîra ?
Seraient-ce encor vos billards harmoniques,
Vos appareils, vos lits orthopédiques,
Où, sans douleur, on guérit aujourd'hui,
Si par hasard on n'y meurt pas d'ènuui.
1827.
Non....
1828.
Est-ce donc ce joujou gymnastique,
( H )
De ces bijoux le moderne gothique,
Vos saints en plâtre et vos rois en carton?
Ces meubles noirs, futile fantaisie,
Trésor offert au boudoir d'Aspasie?
1827.
Eh non, vraiment.
1838-
Ou bien serait-ce encor
Ce char pesant de mauvais goût et d'or
Qu'on eût trouvé si beau sous la régence ?
A ces splendeurs qu'a gagné l'indigence ?
Ce luxe a-t-il cousolé ses malheurs
Et de ses maux apaisé l'exigeance ?
Ses vêlemens eu seront-ils meilleurs ?
Sou pain moins cher, inoins amer ? Et d'ailleurs
Ne croyez pas, ma soeur, qu'un si beau zèle
Pour le public ait été d'un grand prix :
Il s'expliquait la fièvre industrielle
Dont les accès tout-à-coup vous ont pris.
Prêts à r'ouvnr la lice électorale,

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