Les deux Côtés du rideau de tôle (second théâtre français.) Par un homme qui paie sa place

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Ponthieu (Paris). 1821. In-8°. Pièce.
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Publié le : lundi 1 janvier 1821
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LES DEUX CÔTÉS
DU
RIDEAU DE TÔLE.
IMPRIMERIE DE I. JACOB, VERSAILLES.
LES DEUX CÔTÉS
DU
RIDEAU DE TÔLE.
( ôecoud Z>neoiize,-ô'zciuç<xiéc>. J
PAR UN HOMME QUI PAIE SA PLACE.
O varia spes, ô frustra susceptè labores ! lt
CICEKON.
O vaine espérance ! O travaux entrepris
en vain !
PARIS,
CHEZ PONTHIEU, LIBRAIRE, PALAIS-ROYAL,
GALERIES DE BOIS.
.METTRE à découvert le triste tableau
des débris de la Comédie française,
laisser planer nos regards sur sa pré-
sente décadence et sur son prochain
anéantissement, montrer les desservans
du premier temple de Melpomène, loin
de faire un pas rétrograde, hâtant leur
marche vers l'abîme ; tel a été le but du
Palladin littéraire qui, en décembre mil
huit cent vingt, a déchiré le Rideau de
toile de la rue de Richelieu. Admirateur
enthousiaste des arts, de Corneille, de
Racine y de Molièro et de Régnard;
ami zélé de tout ce qui peut contribuer
à leur éclat et à leur gloire s ennemi juré
de tout ce qui tend à leur porter atteinte '
et destruction, nous nous élançons sur
les pas de l'Ecrivain vengeur des Pères
( 6 )
delà Scène française. Le second Théâtre-
Français est la lice où nous descendons ;,
le double côté du Rideau de Tôle est le
vaste plastron où vont se diriger nos
traits. Soldat moins expérimenté et
moins habile que M. V, .. . (ï), nous
serons peut - être plus heureux, nous
verrons peut-être Messieurs du Faubourg
Saint-Germain moins insensés que leurs
confrères, saisir, loin de la repousser, l'a
chaîne que leur tend, au bord du pré-
cipice, une main désintéressée.
(i) Auteur du Rideau déchiré, dont les conseils se sont
perdus sous les vastes voûtes du Sénat comique de la rus
de Richelieu. , ,
LES DEUX COTÉS
DU
RIDEAU DE TÔLE.
SECOND THEATRE-FRANC/US.
« IL nous faut un second Théâtre-Français^
» qui, en fournissant à Thalie et à Melpo-
•» mène une carrière plus vaste, soit un sujet
» d'émulation pour les comédiens, et un
» objet- de comparaison pour le public ; et
» nous l'obtiendrons, tôt ou lard, ce second
» The'àtre. L'abbé 'Rajnal, qui se connaît en
n révolutions, m'a prédit celle-ci, et ma féli-
» cité sera d'avoir porté les premiers coups ».
Tel est le voeu que formait, il y a trente-
deux ans, M. de Caiïhava, justement in-
digné de la léthargie dans laquelle était
plongée la Comédie Française, léthargie pro-
longée depuis mil sept cent quatre-vingt-
(8)
neuf jusqu'à mil huit cent vingt-un, et à
laquelle aucun présage de réveil n'assigne
une durée moins longue qu'à l'assoupisse-
ment centenaire d'une des héroïnes de Per-
rault (i). La primitive cause de la chute du
théâtre, nous a-t-on répété mille fois depuis
cette époque, est le privilège exclusif accordé
à une seule troupe, sur les choses les plus
libres, les-plus franches, les plus respectées
chez toutes les nations, c'est-à-dire, le plaisir
du public, le talent et le génie. Le moyen
le plus facile, le plus prompt, le seul propre
à sauver l'art dramatique serait une seconde
troupe française. Eh bien ! le remède tant
vante, tant attendu, tant désiré, .tant de fois
promis, tapit de fois ajourné, est enfin admi-
nistré , et,,.loin de produire un effet salu-
taire, il a causé les crises les plus funestes;
le mal empire loin de se calmer; ce qui
devait apporter- au moribond une prompte
(i) La Belle au Bois dormant. v
(9)
convalescence, l'a frappé d'une subite agonie.
Que conclure de là? Que le remède était un
poison dont on devait s'abstenir; et, pour
parler sans figure, que la création d'un second
Théâtre-Français était plus nuisible que pro-
fitable à l'intérêt de l'art dramatique ? Nul-
lement. Cette conséquence serait fausse, le
principe de la nécessité-^d'un second temple,
- fondée sur l'émulation et l'amour propre, 1
effet d'une double lutte, était un principe
juste dans toute son extension ; et, si son
application n'a pas été couronnée d'un plein
succès, c'est au temps où nous vivons, c'est
aux événemens dont nous sommes tour à tour
acteurs et spectateurs ; c'est, si j'ose le dire,'
au nouveau type du caractère national que
nous devons attribuer la non-réussite d'un
projet qui, vers le milieu du siècle dernier,
eût sauvé l'art dramatique.
Remontons aux causes de la décadence
prématurée du second Théâtre-Français, et
prouvons que ceux-là mêmes qui déplorent
2
( ">■}
Je plus vivement sa fâcheuse destinée, loin
de rien entreprendre pour le maintenir, ont
participé à sa destruction par une molle
complaisance ou une coupable indifférence.
Quels sont les premiers élémens d'une
troupe dramatique? Une salle, des pièces, et
des acteurs.
Le théâtre de l'Odéon, renaissant de ses
cendres, fut le sanctuaire désigné.
Corneille} 'Racine , Koltaire, Crèbillon ,
Molière, Règnard, Destouches, Beaumar-
chais furent déclarés richesses
communes entre les deux temples.
Les interprètes de tout âge, de tout sexe,
se rendirent à la voix de Melpomène ; des
trames furent ourdies dans l'ombre du silence.
Quelques desservans du premier temple fu-
rent arrachés au déshonneur de doubler un
chef d'emploi. On vit arriver/ du fond des
provinces , OEdipe et Achille qui prome-
naient leur exil des bords de la Gironde aux
■rives du Rhône, et des plaines de la Loire
( » ) ^
aux vallées de la Haute-Saône et des Vosges ;
fuyant le son des cymbales et des trombones
du bâtard de Melpomène, Agamemnon se
bannit des temples mélodramatiques, et vint
se réfugier dans le nouveau sanctuaire. Sémi-
ramis, Andromaque et Zaïre franchirent le
divin parvis ; Fatime et Phoenix les sui-»
virent.
La société, sous la direction de M. Picard,
fut divisée en sociétaires et pensionnaires ; et,
le 2 octobre 1819, on vit s'ouvrir, sous ses ■
auspices, ce temple proclamé indispensable
aux progrès de l'art et à l'intérêt des
hommes de lettres. La promptitude dans les
travaux, les sacrifices immenses faits par le
premier corps de l'État, le zèle et l'empres-
sement des hommes puissans à faire évanouir
les obstacles et les difficultés qui, suscités
par une troupe rivale, tentaient d'entraver
chaque jour l'exécution de l'ordonnance
royale : les soins journaliers du ministère de
la maison du Roi, l'intervention même du
C ™ )
Souverain dans.le rapt projeté par l'ingénue^
plus que majeure (i), de la rue de Richelieu,
sur un artiste inutile à la gloire du premier
Théâtre-Français, et indispensable aux in-
térêts du second; tout, en un mot, est une
preuve irréfragable que l'autorité ne peut être
souillée du blâme de complicité dans la des-
truction du second Théâtre; avançons sans
craindre que c'est contre le public auditeur,
contre les journalistes oracles de l'opinion,
que doit se dresser l'acte d'accusation : je le
prouve.
: ' PREMIER COTÉ DU RIDEAU.
.( LE DEVANT. )
Les élémens une fois réunis ne formaient
encore qu'un chaos sans harmonie, qu'une,
masse informe; il fallait un maître souverain
(T) Epitliète empruntés au Bideau déchirée.

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