Les deux enfants de Saint-Domingue

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Ce sont les retombées de la révolution haïtienne, vues à travers les expériences d'une famille créole, que Julie Gouraud présente dans ce roman. Dans la nouvelle de Michel Möring, une autre famille créole fuit la même révolte. Dans les deux cas, on voit bien que les esclaves participent du topos du bon sauvage ancré dans la littérature depuis Rousseau.
Publié le : vendredi 5 octobre 2012
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EAN13 : 9782296507302
Nombre de pages : 236
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Julie Gouraud
LES DEUX ENFANTS DE SAINTDOMINGUE suivi deMichel Möring L’ESCLAVE DE SAINTDOMINGUE
Présentation de Roger Little
LES DEUX ENFANTS DE SAINT-DOMINGUE
COLLECTIONAUTREMENT MEMES conçue et dirigée par Roger Little Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l’ordre national du mérite, Prix de l’Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc. Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l’Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s’agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis l’installation des établisse-ments d’outre-mer). Le choix des textes se fait d’abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l’ouvrage, mais tient compte aussi de l’importance à lui accorder dans la perspective contem-poraine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l’intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte. « Tout se passe dedans, les autres, c’est notre dedans extérieur, les autres, c’est la prolongation de notre intérieur.» Sony Labou TansiTitres parus et en préparation : voir en fin de volume
Julie Gouraud LES DEUX ENFANTS DE SAINT-DOMINGUE suivi de Michel Möring L’ESCLAVE DE SAINT-DOMINGUE Présentation de Roger Little
L’HARMATTAN
En couverture : Frontispice de « L’Esclave de Saint-Domingue » reproduit avec l’aimable autorisation de me M Carminella Biondi. © L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00205-7 EAN : 9782336002057
INTRODUCTION par Roger Little
Du même auteur sur la représentation du NoirComme auteur : Between Totem and Taboo : Black Man, White Woman in Francographic Literature, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 2001 (texte anglais) Nègres blancs : représentations de l’autre autre, Paris : L’Harmattan, 1995 Comme éditeur intellectuel : Nouvelles du héros noir : anthologie 1769-1847. Textes réunis et présentés par R. L., Autrement Mêmes 50, Paris : L’Harmattan, 2009 Lucie Cousturier, les tirailleurs sénégalais et la question coloniale : actes du colloque international tenu à Fréjus les 13 et 14 juin 2008, augmentés de lettres adressées à Paul Signac et à Léon Werth. Textes réunis et présentés par R. L., Paris : L’Harmattan, 2008 Gaspard Théodore Mollien,Voyage dans l’intérieur de l’Afrique, aux sources du Ségégal et de la Gambie, fait en 1818,présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 41, Paris : L’Harmattan, 2007 Louise Faure-Favier,Blanche et Noir, présentation de R.L., avec la collaboration de Laurent de Freitas, coll. Autrement Mêmes 28, Paris : L’Harmattan, 2006 Anonyme,Histoire de Moulay Abelmeula, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 12, Paris : L’Harmattan, 2003 Lucie Cousturier,Mes inconnus chez eux, t. 1 :Mon amie Fatou, citadine; t. 2 : Mon ami Soumaré, laptot, suivi d’un Rapport sur le milieu familial en Afrique occidentale, présentation de R.L., avec des textes de René Maran et de Léon Werth, coll. Autrement Mêmes 9, Paris : L’Harmattan, 2003 Aperçus du Noir : regards blancs sur l’Autre, n° spécial d’Interculturel Francophonies[Lecce, Italie], 2 (juin-juillet 2002), éd. R.L. Lucie Cousturier,Des inconnus chez moi, présentation de R.L., préface de René Maran, coll. Autrement Mêmes 1, Paris : L’Harmattan, 2001 Pigault-Lebrun,Le Blanc et le Noir, présentation de R.L., Autrement Mêmes 4, Paris : L’Harmattan, 2001 Anonyme,Histoire de Louis Anniaba, présentation de R.L., Textes littéraires CVIII, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 2000 Black Accents : Writing in French from Africa, Mauritius and the Caribbean.Actes du colloque ASCALF tenu à Dublin, 8–10 avril 1995, éd. J. P. Little et R.L., Londres : Grant et Cutler, 1997 (textes anglais et français) Jean-François de Saint-Lambert,Contes américains : L’Abenaki, Ziméo, Les Deux Amis, présentation de R.L., Textes littéraires XCIX, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 1997Bernardin de Saint-Pierre,Empsaël et Zoraïde, ou les Blancs esclaves des Noirs à Maroc,présentation de R.L., Textes littéraires XCII, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 1995 Claire de Durfort, duchesse de Duras,Ourika, présentation et étude de R.L., e Textes littéraires LXXXIV, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 1993 ; 2 tirage, 1993 ; nouvelle édition revue et augmentée, Textes littéraires CV, 1998 ; édition mise à jour, 2005 (Les ouvrages publiés par les P. U. d’Exeter sont diffusés en France et en Belgique par les P. U. de Bordeaux.)
INTRODUCTION Originaires de Saint-Domingue, aujourd’hui Haïti, les deux en-fants Philibert, Louis et Joséphine (dite aussi Josette), subissent les effets de ce qu’il est convenu d’appeler l’insurrection des esclaves qui a eu lieu en 1791. Ce sont donc les retombées de la révolution haïtienne, vues à travers les expériences d’une famille créole, non la révolution elle-même, que Mlle Julie Gouraud présente dans ce roman à ses « jeunes lectrices » (p. 41 ci-dessous). Alerté par un serviteur dévoué, M. Philibert apprend dans la nuit que l’insurrection se prépare et que Toussaint Louverture doit la déclencher dans les heures qui viennent. Le premier chapitre a pour titre « Surprise et terreur (1791) » : la surprise est en effet totale et la terreur imminente. Même si nous n’assistons à aucune scène de massacre, le mot revient à plusieurs reprises sous la plume de l’auteur. La maisonnée est réveillée d’urgence : Édouard et Marie Philibert, accompagnés de leurs enfants et de leurs fidèles « esclaves de case », la nourrice Noémi et sa fille Sylvia, s’en-fuient avec le mulâtre Guillaume qui a donné l’alerte. Dans la nuit, les parents, accompagnés de Joséphine et de Sylvia, perdent de vue Louis et sa nourrice, conduits par Guillaume, et les deux groupes montent à bord de deux vaisseaux différents. C’est le point de départ du récit, qui retrace les parcours séparés des deux enfants jusqu’au moment où, après force péripéties, ils se retrouvent, avec leurs parents, pour poursuivre de nouvelles aventures. En effet, M. et Mme Philibert, à bord duJean Bart, débarquent à Bordeaux, alors que Louis et Noémi, recueillis par un couple anglais, M. et Mme Forbes qu’accompagne leur fille Helena, rentrent en Angleterre sur leCentaure. Les Philibert, partis en catastrophe, n’emportent fatalement que très peu de choses, dont quand même « une précieuse cassette » (p. 2), abandonnant toutes leurs richesses. Georges Forbes, en revanche, dont ni le rôle ni la durée du séjour sur l’île ne sont précisés, jouit en Angleterre d’une « immense fortune qu’il avait reçue de son père et qu’il avait augmentée dans le commerce » (p. 67). Propriétaire du magnifique
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manoir de Green Hill, dans le Gloucestershire, c’est un seigneur généreux qui, avec son épouse, accueille Louis comme un fils. Édouard Philibert aurait été à Saint-Domingue un « bon maître » (et nous retrouverons cette attitude paternaliste chez l’auteur), mais ses difficultés financières l’obligent à faire très attention à ses dépenses. Alors que Louis mène une vie de château, M. et Mme Philibert, Joséphine et Sylvia, sans être sur la paille, ont un train de vie modeste qui leur permet néanmoins de sauvegarder les apparences, dont les parents surtout ont le constant souci. Dans la nouvelle « L’Esclave de Saint-Domingue » de Michel Möring (1860) que nous reprenons en annexe, l’esclave dévoué Dodo joue exactement le même rôle salvateur que Guillaume, mais la famille créole et un petit groupe de Noirs qui fuient, eux aussi, la révolte de 1791, dont la description est aussi vite évacuée que dans le roman de Julie Gouraud, embarquent sur le même bâtiment. S’installant d’abord en Amérique continentale, ils repassent par Saint-Domingue pour vendre leurs biens, puis repartent tous ensemble pour la France où ils vivront heureux et – à la différence des Philibert – fortunés. Dans les deux cas, on voit bien que les esclaves participent dutopos du bon sauvage ancré 1 dans la littérature au moins depuis Rousseau . Même siLes Deux Enfants de Saint-Dominguene fait pas partie de la littérature coloniale, les remarques de Mathilde Lévêque sont pertinentes, puisqu’il s’agit toujours d’un travail de mémoire : si la littérature pour la jeunesse est « souvent méprisée
1 Dans la fiction relative à la révolte de Saint-Domingue, on trouve souvent un ou une esclave domestique qui, malgré les difficultés, sauve la vie d’un Blanc ou – plus souvent – d’une Blanche : voir par exemple les cas de Domingo sauvant Pauline dans la nouvelle « Blanche et Noir » de Sophie Doin (inCornélie, nouvelle grecque, suivie de six nouvelles, Paris, Desauges, 1826, puis dansNouvelles blanches et noires, Paris, Desauges, 1828 ; repr.inSophie Doin, La Famille noire suivie de trois Nouvelles blanches et noires, prés. Doris Y. Kadish, coll. Autrement Mêmes 6, Paris, L’Harmattan, 2002) ou de Néna sauvant Hortense dans « Souvenirs : la traite des noirs » de e e e Louise Boyeldieu d’Auvigny,La Sylphidevolume, 8année, 2 , XII lles livraison (20 septembre 1851). L’de Saint-Janvier : les deuxHistoire de M elle seules blanches conservées à Saint-Domingue, de M de P[alaiseau](Paris, J.-J. Blaise, 1812) présente des cas extrêmes de bonté et de vilenie chez des Noirs comme chez des Blancs, mais le récit ne commence à Saint-Domingue que vers 1804.
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tant pour ses contenus que pour ses qualités littéraires, la littérature coloniale pour la jeunesse n’en constitue pas moins un immense corpus de récits, souvent illustrés, qui ont contribué à construire, dès les débuts de la colonisation, une mémoire 1 coloniale spécifiquement destinée à un jeune public . » Celle du e e XIX siècle anticipe en effet sur les manuels scolaires du XX et il serait difficile d’exagérer l’influence sur la mentalité des jeunes – et partant sur les adultes qu’ils deviendront – des poncifs de cette littérature formatrice. Histoire et chronologie La date où commencent les deux récits est dictée par l’histoire, et les événements historiques accompagnent et en partie déterminent la suite. À plusieurs reprises dans le roman et dans une section de la nouvelle titré « La Révolte des nègres », les massacres commis par les insurgés noirs et mulâtres de Saint-Domingue sont évo-qués, mais ils ne sont jamais représentés dans toute leur horreur : 2 l’émotion remplace le sang . Si Guillaume, ayant mené Noémi et Louis au bateau, a la malchance de rencontrer Toussaint, nous ne l’apprenons que tardivement et indirectement : Ce qu’on ignora longtemps encore, c’est la mort du mulâtre : au moment où il venait de quitter Noémi, Toussaint marcha à sa rencontre, lui reprocha d’avoir arraché une victime à sa fureur, et
1  Mathilde Lévêque, « Des livres, des enfants et des colonies : une mémoire oubliée ? », http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/65/00/18/PDF/Mémoires_ fluctuantes_Colonies.pdf (9 décembre 2009), consulté le 10 juillet 2012. 2  On lira avec profit l’étude de Michel Manson : « Julie Gouraud et Saint-Domingue : du roman familial au roman pour enfants »,Strenæ, 3 (2012) : http://strenae.revues.org/517, consulté le 10 juillet 2012. Elle présente notamment les ouvrages des premiers historiens de la révolte de 1791 : Garran de Coulon, Dalmas, Malo, Métral, Lacroix de Marlès… et deux historiens modernes : Denis Laurent-Ropa (Haïti, une colonie française, 1625-1802, Paris, L’Harmattan, 1993) et Yvette Farraudière (La Naissance d’Haïti à la croisée de trois voies révolutionnaires, Paris, L’Harmattan, 2005). Des inadvertances dans son texte font que Guillaume est tué par Dessalines plutôt que par Toussaint et que la famille Philibert passe par la Bretagne, alors qu’elle se réfugie à un petit port de pêche sur la Gironde près de Blaye.
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