Les Eaux de Bourbonne et leurs effets sur les malades, guide utile aux baigneurs, d'après le Dr Ballard. Édition nouvelle, revue avec soin et augmentée d'une notice sur Bourbonne et ses environs, par P. Roret,...

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Humbert (Bourbonne-les-Bains). 1869. In-18, 151 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1869
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BOURBONNE
ET
SES EAUX THERMALES.
LANGRES , IMPRIMERIE DEJUSSIEU
LES EAUX DE BOURBONNE
ET
LEURS EFFETS SUK LES MALADES.
UTILE
D'APRÈS LE DOCTEUR BALLARD.
Edition nouvelle, revue avec soin et augmentée
d'une
Notice sur Bourbenne et ses environs,
Par P. RORET,
Gradué de l'Université.
EN VENTE
Chez HUMBERT, Libraire-Éditeur,
à Bourbonne-les-Bains.
AVANT-PROPOS.
L'ouvrage que le docteur Ballard a com-
posé sur les eaux thermales de Bourbonne,
est, sans contredit, le plus judicieux et le
plus savant de tous ceux qui ont paru sur le
même sujet.
C'est l'abrégé, la quintessence, pour ainsi
dire, de cet ouvrage que nous offrons au
public.
Nous avons cherché à exposer de la ma-
nière la plus simple et la plus concise les idées
du célèbre médecin. Nous n'avons pas craint
cependant d'y ajouter plusieurs idées qui
nous sont personnelles.
La Notice que nous plaçons à la fin de ce
petit volume,intéressera peut-être le baigneur ;
elle M permettra de faire avec la petite.ville
où ildoit passer quelques semaines, une cou-
naissance plus complète que celle qu'il pour-
rait acquérir en parcourant ses rues mon-
tueuses.
Puisse cet opuscule être de quelque utilité
C'est notre voeu le plus cher.
Botirbonne, le 1er Juin 1869.
P. RORET,
BOURBONNE
ET
SES EAUX THERMALES.
PRÉLIMINAIRES.
Le nom Bourbonne tire son origine de
deux mots celtiques : verv, chaud, et one,
fontaine. De Vervone, le temps, qui change
tout, a fait successivement Borvonne, Bor-
bonne, et enfin Bourbonne.
Quelle dénomination mieux choisie que
celle de fontaine chaude donnée aux eaux qui
vont faire l'objet de cet opuscule !
Les eaux de Bourbonne sont, en effet, très-
chaudes : leur température est de 58 degrés
centigrades. Il n'y a en France que les sources
de Chaudes-Aigues qui possèdent une tempé-
rature plus élevée. Et c'est à cette chaleur
naturelle qu'il faut attribuer une partie de
leurs propriétés.
Disons ce qui cause l'élévation de tempéra-
ture des eaux de Bourbonne. L'existence de
la chaleur centrale de la terre n'est plus un
doute pour personne. Tout le monde sait
qu'à une profondeur de 25 mètres on a
une température constante de 12 degrés
Centigrades. A mesure qu'on pénètre plus
avant, on constate une augmentation de 3 de-
grés par chaque centaine de mètres de pro-
fondeur. D'après ces données, il est facile de
trouver la profondeur à laquelle doit être pla-
cé le réservoir d'où sortent nos eaux therma-
les. En tenant compte du refroidissement
qu'elles subissent nécessairement dans leur
passage à travers des couches d'une moindre
température, on peut vraisemblablement por-
ter à 2,500 mètres la profondeur du réservoir
qui alimente nos bains thermaux.
Nous, craindrions de sortir du cadre que
nous nous sommes tracé si nous disions corn-
ment, partant de si bas, elles parviennent à
la surface du sol.
Les eaux de Bourbonne et leurs effets sur
un grand nombre de maladies ont été connus
de haute antiquité.
— 7 —
Nos ancêtres, les Gaulois, n'ignoraient pas
leur vertu. Et ce peuple qui, dans ses idées
religieuses, accordait des hommages aux fon-
taines, a dû avoir pour nos eaux chaudes un
culte particulier. On ne s'éloignera pas de là
vérité si l'on se représente ces guerriers fa-
rouches, dont la superstition n'avait d'égale
que leur audace, venant chercher le remède
à leurs blessures ou à leurs maladies par des
invocations à la déesse des Eaux entremêlées
de fréquentés ablutions.
Les Romains vinrent en grand nombre faire
usage de ces Eaux. Témoin les travaux qu'ils
ont fait exécuter dans le voisinage des sour-
ces et dont on a retrouvé les vestiges.
Aqueducs, bassins, inscriptions , tout
atteste l'importance de nos bains aux yeux de
ces anciens maîtres du monde. Ils y avaient
même bâti des édifices somptueux dont les
restes subsistaient encore lors de l'incendie
qui, en 1717, dévora la ville tout entière. Des
travaux exécutés vers l'année 1770 pour l'é-
rection de l'établissement civil, mirent à jour
la partie basse de ces anciennes constructions,
dont quelques-unes étaient à trois mètres au-
dessous du niveau actuel du sol.
— 8 —
En racontant l'histoire de Bourbonne, à la
fin de ce volume, nous parlerons des inscrip-
tions romaines et de toutes les découvertes
que l'on a faites en creusant le sol, découver-
tes qui attestent que les Romains ont, en grand
nombre, fréquenté nos eaux, dont ils avaient,
reconnu les effets merveilleux.
Au moyen-âge aussi, on employa les eaux
de Bourbonne. Mais alors les constructions
romaines avaient en grande partie disparu.
L'eau n'était point recueillie dans des ré$er-
voirs, ni conduite dans des cabinets particu-
liers. Elle se répandait librement et formait une
mare boueuse où l'on venait prendre des bains.
Laissons parler un auteur du seizième siècle.
« Tous les gens riches et pauvres, vexés de
« toutes sortes de maladies, venaient s'y bai-
« gner sans distinction d'âge, ni de sexe. Ce
« licencieux usage, attirait force filles de joie,
« et bonnes compagnes qui arrivaient de Bour-
« gogne, Suisse, Allemagne, Lorraine et au-
« très lieux circonvoisins. »
De nos jours, les bains de Bourbonne sont
fréquentés par un grand nombre d'étrangers.
L'hôpital militaire reçoit chaque année de
12 à 1300 baigneurs de tous grades.
— 9 —
On évalue à 2,000 en moyenne, le nom-
bre des malades aisés qui se rendent annuel-
lement dans notre ville, et à 200 celui des
indigents. Ces derniers ont droit à un usage
gratuit des bains, des douches et même des
soins médicaux qu'exige leur état. Malheu-
reusement les frais de logement et de nour-
riture restent à leur charge. Il est regrettable
que nous n'ayons pas un hospice où ils se-
raient entretenus. Espérons qu'un jour l'Etat
votera les fonds nécessaires à la construction
d'un hôpital de ce genre.
L'établissement des bains civils est loin
d'offrir aux baigneurs cet agrément et ce con-
fortable qu'ils seraient en droit d'attendre.
Les cabinets de bains et de douches , les pis-
cines, rien, en un mot, ne répond aux condi-
tions ordinaires d'élégance, de commodité,
d'aisance, toutes choses sur lesquelles on est
aujourd'hui plus exigeant que jamais.
Cet établissement appartient à l'Etat. L'Ad-
ministration supérieure s'est proposé , dans
ces derniers temps, de le concéder à une com-
pagnie qui se chargerait de sa reconstruction.
Mais les charges ont paru trop lourdes et les bé-
néfices incertains. Espérons que bientôt, l'Etat
1
— 10 —
se montrant moins exigeant, une compa-
gnie concessionnaire mettra nos bains civils
au niveau des établissements du même genre.
Certes, si nos eaux thermales ne jouissaient
pas d'une grande vertu, nous les verrions
bientôt délaissées. Quelle différence entre
Bourbonne et les autres villes de bains ! Ici,
depuis un demi-siècle , qu'a-t-on fait pour
les agréments du baigneur? Ailleurs,au contrai-
re, on n'a rien négligé pour faire des établisse-
ments thermaux des centres de réunion et de
plaisirs.
On vient à Bourbonne uniquement pour y
chercher la guérison des maladies, tandis que
bien souvent on se rend dans les villes d'eaux
pour y passer son temps agréablement.
Disons cependant que l'a nature a suppléé
jusqu'à un certain point à cette négligence
des administrations. La ville est dans une si-
tuation charmante. On ne se lasse point d'ad-
mirer les sites qui l'entourent. Les nombreux
accidents de terrains, les bois, les coteaux de
vignobles, les vallées étroites, tout se réunit
pour faire de Bourbonne un dès pays les plus
beaux de nos départements de l'est.
Ajoutons qu'on y trouve une population
— 11 —
pleine d'humanité. Nos baigneurs sont tou-
jours traités avec dévouement et bienveillan-
ce. Il n'en est pas un qui , en quittant les
eaux, ne se souvienne des soins particuliers',
des attentions pleines de désintéressement
dont il a été l'objet.
Analysées à plusieurs reprises, les eaux de
Bourbonne ont présenté les caractères sui-
vants:
Propriétés physiques. — Transparence
parfaite; saveur salée et amère : odeur légè-
rement nidoreuse diminuant à mesure que
l'eau se refroidit, quoiqu'elle ne renferme ati-
cune trace d'hydrogène' sulfuré. Son poids
spécifique est 1,006 ; elle entre en ébullition
à 106 degrés 4 dixièmes, sous la pression or-
dinaire.
Caractères chimiques. — D'anciennes ana-
lyses ont donné les résultats suivants ;
Sur un litre, il y a :
1° hydroclorate de soude 5 grain. 352
2° chlorure de calcium 0 g. 081
3° carbonate de chaux 0 g. 1 58
4° sulfate de chaux 0 g. 721
5° chlorure et bromure de potas-
sium 0 g. 069
— 12 —
Dégagement constant d'acide carbonique,
d'oxigène et d'azote.
Des analyses plus récentes ont donné,
sur dix litres d'eau :
Chlorure de sodium 58, 00
— de magnésium 4, 00
Carbonate de chaux 1, 00
Sulfate de chaux 8, 80
— de potasse 1, 30
Bromure de sodium 0, 65
Silicate de soude 1, 20
Alumine 1, 30
Iode traces
Arsenic traces
Peroxyde de fer 0, 03
Oxyde mangano-manganique 0, 02
Sur 100 parties, les boues sèches de ces
eaux contiennent :
1° matières animales et végétales 15 - 40
2° silice 64-40
5° fer oxidé 5-60
4° chaux vive 6-20
5° magnésie caustique 1-00
6" alumine 2-00
7° perte 5-40
Total 100-00
CONSIDERATIONS
SUR LES EAUX THERMALES DE BOURBONNE.
La composition des eaux minérales est fa-
cile à comprendre. Elles traversent des cou-
ches perméables, séjournent sur des matières
susceptibles de dissolution. Aidées de la cha-
leur centrale, elles s'imprègnent de ces matiè-
res ; alors s'opèrent des réactions chimiques,
par suite desquelles de nouveaux composés
tiennent la place des substances primitivement
dissoutes. Mais il est difficile de se faire une
idée des affinités multiples, des cohésions suc-
cessives qui ont lieu dans un tel laboratoire.
Là, des corps qui, aux yeux des chimistes,
semblent s'exclure, exercent l'un sur l'autre
une action réciproque et forment des compo-
sés que la science ne peut reproduire avec les
moyens dont elle dispose. De là la difficulté ,
pour ne pas dire l'impossibilité, de reproduire
artificiellement la plupart des eaux minérales
et principalement les eaux chaudes. L'eau
— 14 —
froide qui pénètre dans l'intérieur de la terre
par son propre poids et par la pression atmos-
phérique doit entraîner avec elle des fluides
gazeux, ceux qui sont à la surface du sol aus-
si bien que ceux qui proviennent des décom-
positions chimiques opérées dans leur cours.
Parvenus à une grande profondeur, ces fluides
élastiques, plus fortement comprimés, doi-
vent se convertir en liquides, et, par la cha-
leur qui se dégage alors, échauffer d'autant
la masse aqueuse, faciliter les réactions, et
jouer un rôle majeur dans les combinaisons
qui en sont le résultat.
Ce passage de l'état gazeux à l'état liquide
a lieu aussi longtemps que dure la compres-
sion ; mais, dès que les fluides élastiques re-
montent avec l'eau échauffée, une de leurs
parties constituantes se combine presque en
totalité avec les substances minérales conte-
nues dans lès eaux et subit le joug d'affinités
diverses, tandis que l'autre partie, qui leur est
très-faiblement unie, s'échappe en petites
bulles de la source thermale, en produisant un
abaissement de température. Ainsi s'expli-
quent ces ébullitions qui se produisent à la
source et cette masse de gaz qui s'élève des
réservoirs où l'eau est contenue.
— 15 —
Nous pourrions citer une autre cause de
l'élévation de température dans l'eau therma-
le de Bourbonne, cause qui favorise éminem-
ment les actions chimiques : c'est l'électricité.
Le fluide électrique nous paraît développé
à la fois par le cours de l'eau à travers les ca-
naux souterrains, par les décompositions chi-
miques et sans doute aussi par le rapproche-
ment de certaines substances qui agissent
comme les éléments d'une pile voitaïque.
Notons en passant que l'existence de l'é-
lectricité dans nos eaux thermales n'est pas:
une des moindres causes de leur action sur
l'économie animale.
La haute température des eaux de Bour-
bonne n'a rien d'analogue à celle que produi-
sent nos foyers. Essayons de prouver cette
différence. Nous ne pourrions sans danger et
sans de très-vives douleurs, introduire dans
notre estomac 1/2 kilogramme d'eau commu-
ne élevée artificiellement à une température
de 58 degrés centigrades. Chargée des mêmes
sels, et dans une même proportion, elle exci-
terait en outre une soif ardente. L'eau ther-
male de Bourbonne, an contraire, assez brû-
lante pour produire une sensation douloureu-
— 16 —
se à la main qui saisit le vase et aux 'lèvres
qui le touchent, perd sur-le-champ cet excès
de calorique, et verse avec elle, dans l'orga-
ne qui la reçoit, un sentiment de bien-être et
d'excitation agréable, qui se répand rapide-
ment dans toute l'économie.
Cette chaleur est donc plus en harmonie
avec notre nature que celle de nos foyers. Ne
serait-ce pas une chaleur analogue à celle qui
est en nous et qui, pour ainsi dire , constitue
la vie? Ce fluide électrique que nos eaux con-
tiennent en assez grande quantité, ne peut-il
pas être comparé (sinon assimilé) à ce fluide
nerveux qui, partant du cerveau, va porter
dans nos membres les ordres de la pensée?
Chaleur naturelle et mouvement, voilà les si-
gnes de la vie. Et il y a, dans les eaux chau-
des de Bourbonne, la chaleur naturelle et ce
qui produit le mouvement. Doutons après
cela de leur vertu.
L'électricité serait donc cet agent qui com-
munique aux eaux de Bourbonne ce degré
d'énergie que n'ont pas celles de Plombières ,
qui cependant ont à peu près la même com-
position chimique. Du reste, ces effets ne sont-
ils pas bien sensibles sur les baigneurs? Ne
— 17 —
produisent-ils pas chez eux ces mouvements
spasmodiques et involontaires , semblables à
ceux qu'une machine électrique occasionne
sur le corps humain? Ils sont moins violents,
moins sensibles peut-être , mais rendus fixes
et durables par l'absorption de l'eau thermale
et la répétition de son . application sur les
organes.
Les sels tenus en dissolution dans nos
eaux n'ont pas une action moins évidente sur
notre organisme : ils agissent comme excitants.
Selon les expressions du docteur Magnin, ils
opèrent à la manière du sel de cuisine jeté sur
des cuisses de grenouilles. Donc les Eaux ther-
males de Bourbonne sont essentiellement uti-
les dans toutes les affections chroniques et
atones. De ce principe général, nous allons
déduire les cas particuliers où ces Eaux de-
vront être appliquées.
EMPLOI
DÉS EAUX DE BOURBONNE.
Il ne s'agira, dans le cadre monographique
qui va suivre, que de l'état d'inertie, d'engour-
dissement d'une ou de plusieurs parties del'or-
ganisme ; et, comme il est extrêmement rare,
pour rie pas dire impossible, que, une portion
du corps humain étant primitivement affettée,
celles qui ont avec elle des rapports connexes
ne le soient pas dans un avenir plus ou moins
éloigné, nous diviserons en quatre classes
seulement les maladies sur lesquelles l'action
des eaux de Bourbonne se fait particulière-
ment sentir.
1° Les maladies atoniques du système ner-
veux.
2° Celles de tissu fibreux.
3° Celles du tissu séreux.
4° Celles du tissu glanduleux.
Si l'on me reprochait d'avoir surchargé cha-
cune de ces classes ainsi que leurs subdivi-
— 19 —
siens, je répondrais que j'écris pour les mala-
des, qui ne seront point fâchés de trouver
dans ce livre toutes les indications utiles qui
leur rappelleront des circonstances en appa-
rence insignifiantes, qu'il est souvent de leur
intérêt de connaître. ...
Bien que j'eusse puisé, dans les auteurs qui
m'ont précédé, des observations infiniment
intéressantes, j'ai cru devoir extraire de ma
propre pratique celles qui m'ont paru les plus
remarquables. Ne voulant rien écrire que de
scrupuleusement avéré, je suis beaucoup plus
assuré de ce qui s'est passé sous mes yeux,
et je puis mieux répondre de la fidélité de tous
les faits que j'ai moi-même observés.
MALADIES ATONIQUÉS
DU SYSTEME NERVEUX.
Tous les nerfs qui donnent la sensibilité et le
mouvement aux différentes parties de l'orga-
nisme, ont leur origine clans le cerveau, le ra-
chis et le nerf ganglionnaire. C'est donc dans
ces trois centres de vitalité que l'on doit re-
chercher les causes et les moyens curatifs des
maladies qui attaquent la sensibilité et le
mouvement.
— 20 —
Nous séparons le rachis (moelle épinière),
ainsi que le nerf ganglionnaire, de l'encéphale,
quoique l'un soit une de ses dépendances im-
médiates et forme corps avec lui, et que l'au-
tre lui paraisse tellement uni, qu'on pourrait
lui assigner presque la même origine, mais
parce que l'un et l'autre jouent, pour ainsi
dire, le rôle de cerveaux, l'un pour les nerfs
abdominaux, l'autre pour les viscères inté-
rieurs ; bien que, de plus, tous deux demeu-
rent sous une dépendance telle de l'encéphale,
que ses affections influent rapidement sur les
deux autres centres de vitalité.
DE LA PARALYSIE.
La paralysie est l'abolition ou l'affaiblisse-
ment notable de la sensibilité et du mouve-
ment volontaire, ou d'une seule de ces facul-
tés, dans une partie quelconque du corps.
DE L'HÉMIPLÉGIE.
La plus commune des paralysies est l'hémi-
plégie, ou la paralysie d'une moitié latérale du
corps, résultant d'une compression d'un lobe
opposé du cerveau.
— 21 —
L'hémiplégie reconnaît pour causes toutes
celles qui, telles qu'une conformation parti-
lière, un tempérament éminemment sanguin,
la suppression d'une hémorragie habituelle,
d'une humeur dartreuse, rhumatismale ou
goutteuse, un refroidissement subit, l'abus
des narcotiques, des liqueurs spiritueuses,
des plaisirs vénériens, surtout dans un âge
avancé, l'exposition prolongée aux rayons du
soleil, les veilles immodérées, la colère, la
frayeur, les chagrins, les méditations profon-
des, etc., etc., peuvent occasionner la stase
des fluides dans les vaisseaux du cerveau ; ou
telles que les chutes, les coups violents, les
blessures, etc., en altérer la propre substance.
Nous l'avons dit, l'hémiplégie est,la plus
fréquente de toutes les paralysies. Aussi les
hémiplégiques envoyés aux eaux de Bourdonne
ont-ils toujours été fort nombreux. On rempli-
rait des volumes si l'on consignait les obser-
vations faites sur les malades de cette catégo-
rie, que nos eaux ont guéris dans l'espace de
dix ans.
Les eaux thermales, administrées en bains
et surtout en douches et en boissons, repor-
lent le sang du centre à la périphérie du corps,
— 22 —
où elles stimulent le système absorbant elles
vaisseaux sanguins cutanés. Cette double opé-
ration facilite la résorption des épanchements
des méninges ; et il est à remarquer que, au
fur et à mesure du dégagement du cerveau, la
force renaît dans les parties paralysées, mais
souvent dans une progression inverse du rap-
prochement des membres avec cet organe.
Nous en verrons la raison dans l'examen des
paraplégies. Ainsi, la jambe et la cuisse mala-
des reprennent leurs fonctions bien avant les
membres supérieurs, tandis que, pour l'ordi-
naire, la main se meut longtemps après l'a-
vant-bras, et surtout après le bras lui-même ;
les muscles, de la face reviennent presque
toujours à l'état naturel avant la disparition
de ces symptômes.
Ce n'est que graduellement, et quelquefois
après plusieurs saisons, que l'atonie disparaît
complètement dans toutes les parties at-
teintes.
Ils sont extrêmement rares les maladies qui,
frappés d'une hémiplégie récente, ont fait sans
succès un usage méthodique des eaux de
Bourbonne. Presque toujours la vie est reve-
nue là où elle semblait avoir disparu, et les
— 23 —
fonctions abolies ont été plus ou moins réta-
blies dans les membres affectés; Il est à re-
marquer que, plus l'accident est rapproché,
plus aussi sont certaines les chances d'une
prompte, guérison. Notons aussi, que, pour de,
pareils malades, les premiers moyens mis en
usage doivent avoir arrêté les progrès de la
maladie et suspendu la continuation, de l'é-
panchement cérébral qui lui a donné nais-
sance.
De es qui précède on peut conclure qu'il
existe une espérance infiniment; plus, grande
de guérison, et surtout de, guérison prompte,
chez le malade qui a été rapidement frappé,
que chez celui qui est privé graduellement et
d'une façon presque insensible du mouvement
d'une partie latérale du corps ; ce qui, dans
ce dernier cas, démontre une désorganisation
lente dans la partie opposée du cerveau,
Quand il s'agit d'une hémiplégie prolongée
où la nature s'est , pour ainsi dire, habituée à
cette espèce de demi-existence, il vaut mieux
que le malade reste chez lui, soumis à un ré-
gime, qui prolonge ses jours, que de l'exposer
aux mouvements et à la fatigue d'un voyage ,
qui pourrait en précipiter le terme. Tout ma-
— 24 -
lade dont le cerveau est désorganisé est con-
damné d'avance.
Prenons, entre mille, deux cas d'hémiplégie,
l'une rapide, l'autre lente, soumis tous deux à
l'application des Eaux de Bourbonne, et con-
signons les observations qui en ont été faites.
Apoplexie foudroyante : hémiplégie rapide.
— M. T..., capitaine d'infanterie, âgé de 38
ans, d'un tempérament sanguin et fleuri,
jouissait d'une parfaite santé lorsque , faisant
manoeuvrer sa compagnie en plein soleil
d'août et sous, un climat brûlant, il fut frappé
d'une apoplexie foudroyante.
Les soins les plus rationnels lui furent pro-
digués : les saignées , les sangsues , les vomi-
tifs , etc. , furent mis en usage. L'épanche-
ment cérebral fut arrêté : M. T... fut rendu à
la vie; mais il avait tout le côté gauche sans
mouvement, l'oeil du même côté restait ou-
vert, la bouche tiraillée à droite ; les idées
étaient confuses et souvent incohérentes, et
il y avait difficulté extrême à les rassembler
et à les reproduire.
L'automne et l'hiver se passèrent sans ap-
porter un changement notable dans cet
état.
— 25 —
Ce fut au mois de Juin suivant que M. T....
fut dirigé sur Bourbonne.
Indépendamment de la difficulté du mou-
vement dans le côté paralysé et de la diffor-
mité d'une figure belle avant l'accident, M. T..
était d'une tristesse, d'une morosité profonde.
Les idées sinistres de mort, ou tout au moins
de la permanence de son infirmité, ne lui
permettaient aucune distraction utile.
Le retour des mouvements dans l'extrémité
inférieure malade, après l'usage des Eaux du-
rant les mois de Juin et de Juillet, ranima son
espoir. Il put aller à la promenade, et il s'y li-
vra avec ardeur et constance. Les deux mois
suivants complétèrent sa guérison. Il revint à
Bourbonne les deux années suivantes, pour
achever de consolider son état. Depuis lors ,
malgré la diversité des climats qu'il a habi-
tés et le strict accomplissement des devoirs
que la carrière militaire lui impose , il n'a
éprouvé aucune altération dans sa santé.
Cette guérison rapide, dans un cas aussi
grave, est due principalement à Ja jeunesse
du malade et à sa modération; car il ne se
permit, durant son traitement, et il ne s'est
permis, après sa guérison, aucun de ces excès
2
— 26 —
malheureusement trop communs dans l'état
militaire.
Ce serait s'illusionner que de croire que les
cures sont toujours aussi rapides que celle-là.
Souvent il est nécessaire que le malade re-
vienne deux ou trois années de suite aux eaux
pour recouvrer entièrement le mouvement des
parties paralysées.
Apoplexie et hémiplégie lente. — M. C., no-
taire à Paris, homme fort et robuste dans sa
jeunesse, alors âgé de 32 ans, ayant beaucoup
joui de la vie et cherché à récupérer ses for-
ces par l'usage des liqueurs alcooliques, se
plaignait, depuis plusieurs années, d'un grand
affaiblissement de toute la partie latérale droi-
te du corps. Après de nombreux excès aphro-
disiaques, M. C, ne put se dissimuler, non
plus qu'à sa famille, qu'il boitait d'une maniè-
re sensible et qu'il se soutenait difficilement
sur l'extrémité inférieure malade. La main et
Je bras du même côté étaient engourdis, et les
mouvements de ces mêmes parties plus bor-
nés de jour en jour. Il survint une véritable
attaque apoplectique qui aggrava tous ces
symptômes,M. C., conseillé par trois médecins
— 27 —
distingués de la capitale, fut transporté pres-
que immédiatement à Bourbonne.
Son aspect, après plusieurs jours de repos,
offrait un corps obèse, une face pâle et fati-
guée ; les muscles, tiraillés du côté gauche,
faisaient grimacer sa figure. Il y avait cépha-
lée continue plus ou moins intense; sourire
sardonique, langue embarrassée ne pronon-
çant que quelques mots sans suite, d'une fa-
çon lente, bégayante et gênée ; tronc courbé
en avant, impotence et insensibilité des mem-
bres du côté droit,
M. C. pouvait cependant encore faire quel-
ques pas à l'aide d'un bras et d'un bâton. Son
pouls était irrégulier et toute sa constitution
était dans une complète désharmonie. La mar-
che lente de la maladie, la persistance de tous
ces symptômes, malgré l'emploi des moyens
usités en pareil cas, mettaient hors de doute
l'idée d'une compression ou plutôt d'une dé-
sorganisation de la portion gauche du cerveau.
Deux bains de propreté furent administrés
à quelques jours de distance, composés d'eau
commune portée à 28 degrés par une addition
d'eau thermale. Le huitième jour de son arri-
vée à Bourbonne, malgré l'emploi de tous les
— 28 —
révulsifs, glace, sinapismes, vésicatoires ,
M. C. tomba dans un état de torpeur qu'avait
probablement hâté la fatigue de la route. Pros-
tration générale, respiration profonde et ster-
toreuse, somnolence perpétuelle, et, de temps
à autre quelques lueurs d'entendement, tel
était le nouvel état du malade. Enfin il mou-
rut le quinzième jour de son arrivée.
L'autopsie fit découvrir :
1° Une hernie du volume d'un oeuf de poule
dans la partie antérieure supérieure du lobe
gauche du cerveau, et un épanchement abon-
dant de lymphe sanguinolente entre ses mem-
branes.
2° Des poumons sains, mais un coeur ex-
traordinairement gros et hypertrophié.
3° Un foie devenu corps gras à l'état d'a-
dypocire , et d'un volume double de l'état
normal.
4° Tous les muscles des membres et surtout
ceux de l'abdomen recouverts, ainsi que le
péritoine, l'épiploon et les intestins, d'un tissu
cellulaire jaune, consistant et lardacé, etc.
Tous ces symptômes de désorgrnisation
cérébrale étaient ou devaient être apparents
pour le médecin longtemps avant la dernière
— 29 —
attaque apoplectique qui détermina l'envoi du
malade à Bourbonne. L'étâtgraisseux du buste,
joint à la perte des facultés morales et physi-
ques, devait être pour eux un signe constant
de la désorganisation du cerveau.
Les médecins de Paris n'auraient-ils pas dû
y conserver le malade? Car ils savaient fort
bien que le moyen fatigant qu'ils avaient
conseillé ne pouvait réussir. Pour ne pas dé-
sespérer là famille, il fallait simplement pres-
crire au malade le séjour d'une campagne
voisine : c'était lui épargner une fatigue inu-
tile et sans doute aussi une fin plus rapide.
Répétons-le une fois encore : dans le cas
d'une désorganisation du cerveau', il .n'y a'
pas de remède possible.
Il y a des hémiplégies partielles n'affectant
que quelques muscles de la face où d'un
membre supérieur. Ici le cerveau paraît
moins profondément affecté.
Nous pourrions citer plusieurs observations
où, à la suite d'un refroidissement subit, d'un
changement brusque de température, un cô-
té de la figure est devenu tiraillé et doulou-
reux, sillonné de rides et privé de tout mou-
vement volontaire; tandis que l'autre côté
— 30 —
avait conservé son aspect habituel. Alors les
eaux de Bourbonne ont presque toujours ap-
porté une guérison complète et rapide.
Il est des cas où la paralysie d'un membre
semble la conséquence et la fin d'une mala-
die aiguë. Ceci arrive souvent à la suite de
vives douleurs rhumatismales. Citons un
exemple.
M. Cr... était d'une constitution robuste.
Pris subitement d'un rhumatisme aigu durant
une nuit d'été, il fut d'abord traité avec assez
de succès par les moyens ordinaires de la
médecine. Un jour cependant, il se réveille
ayant le bras et la main gauches sans mouve-
ment. Au côté opposé delà tête, il ressentait
une pesanteur et un engourdissement extrê-
mes. Les vésicatoires, les frictions ammonia-
cales, rien ne produisit un effet satisfaisant
sur le malade. Il vint à Bourbonne au mois
d'août. L'usage des eaux n'apporta d'abord
d'autre changement que de légers mouve-
ments de l'épaule et de l'avant-bras. Revenu
l'année suivante, il pouvait, après quatre
mois de séjour, remuer les doigts de la main
affectée, mais le mouvement de la main sur
l'avant-bras était encore impossible. Ce ne
— 31 —
fut que la troisième année , que M. C.... se
trouva dans un état complet de guérisori.
Lés hémiplégies par suite de congélation,
dans lesquelles le cerveau n'est pas profon-
dément affecté, sont du nombre de celles que
nos eaux thermales font promptement dispa-
raître.
DE LA PARAPLÉGIE.
La paraplégie est la paralysie des membres
abdominaux. Elle s'étend parfois aux muscles
du bas-ventre, au rectum, à l'appareil urinai-
re, ainsi qu'aux parties extérieures dé la gé-
nération, aveu ou sans privation de la sensi-
bilité de tous ces organes. Elle est le résultat
d'une lésion du prolongement rachidien.
Les causes les plus communes de la para-
plégie sont toutes celles qui peuvent exciter
un ébranlement ou une irritation violente de
la colonne vertébrale,les chutes surle coccyx,
les contusions , la suppression des règles ,
d'une évacuation habituelle, la répercussion
dé la transpiration, d'une blennorrhée , etc.
Nous ne parlons que des cas susceptibles de
guérison. Si la paraplégie tirait son origine de
— 32 —
l'écrasement, de la fracture ou de la carie
profonde des vertèbres, toute cure devien-
drait impossible.
Le nombre des paraplégiques qui se ren-
dent chaque année aux eaux de Bourbonne ,
est égal , à peu-près , au quart de celui des
hémiplégiques. Ce que nous avons dit au su-
jet de ces derniers, est applicable aux autres.
Ainsi, la paraplégie est infiniment plus tenace
quand elle a été lente dans sa marche. Notons
en passant qu'elle est d'autant plus facile à gué-
rir par les eaux de Bourbonne, que les moyens
employés jusque-là pour la faire disparaître
ont été moins énergiques. Les exceptions à
cette règle sont excessivement rares.
Il arrive bien souvent, dans la paraplégie ,
que l'anus et la vessie participent eux-mêmes
à cette atonie nerveuse , circonstances qui
compliquent la maladie. Ces organes recou-
vrent les premiers leur énergie vitale , les
cuisses ensuite, enfin les jambes.
Que les malades atteints de paraplégie se
rendent donc le plustôt possible à Bourbonne.
Ce n'est que dans des cas excessivement ra-
res que ces malades, après avoir persisté dans
le traitement des eaux thermales, ne sont pas
— 33 —
ou guéris, ou tout au moins grandement sou-
lagés.
Citons entre mille un exemple de guérison
radicale. Mme L. F...., âgée de 34 ans, s'était
trouvée, par accident, plongée dans un bain
glacial, et cela pendant qu'elle sommeillait.
Trois jours après, une paraplégie s'était décla-
rée , compliquée de la paralysie de la vessie
et du rectum. Malgré les soins de la médeci-
ne, le mal persista dans toute sa force. En-
voyée à Bourbonne, cette dame fit usage des
eaux en boissons , en bains, et successive-
ment en douches, de 20 à 50 minutes, et en
étuves, de 10 à 40. Un mois environ après son
arrivée , la vessie et le rectum reprirent leurs
fonctions naturelles.
Enfin, après deux mois de traitement, cette
dame put se soutenir et marcher assez bien
sans le secours de béquilles ni de bâtons.
Il est inutile de faire remarquer que la pa-
ralysie d'un membre ou d'une portion de mem-
bre réclame les mêmes moyens curatifs que
l'hémyplégie et la paraplégie.
Observons que , dans les paralysies com-
plètes, c'est-à-dire dans celles où le mouve-
2
— 34 —
ment et la sensibilité ont été complètement
supprimés, les mouvements reparaissent long-
temps avant la sensibilité. Le premier résultat
obtenu, on ne doit pas regarder la maladie
comme entièrement détruite : il faut, au con-
traire, continuer l'emploi des moyens qui ont
amené ce commencement de guérison.
Nous avons parlé d'un autre centre nerveux,
le grand sympathique susceptible aussi d'être
affecté de paralysie. Ce centre de vitalité agis-
sant sur les organes intérieurs, il en sera ques-
tion lorsque nous passerons en revue les ma-
ladies atoniques qui atteignent ces organes.
35
MALADIES CHRONIQUES
DU TISSU FIBREUX.
Le tissu fibreux est une substance blanche
ou grisâtre, à structure serrée, qui prend son
origine à la surface des os où il s'insère par le
périoste pour de là se répandre autour des
muscles, des articulations, etc. Ses expan-
sions prennent, suivant leur configuration et
les fonctions qu'elles sont appelées à remplir,
les noms de tendons, d'aponévrose, des tuni-
ques fibreuses, etc. Il sert d'enveloppes à plu-
sieurs organes; à tous il fournit des points très-
nombreux d'adhérence avec la charpente os-
seuse.
Compliqué, irradié dans tous les sens, le
tissu fibreux, une fois affecté, communique
son état morbide aux autres tissus avec les-
— 36 —
quels il est en contact. Dans l'état sain, il pa-
raît n'être doué que d'une frès-faible sensibi-
bilité; mais, dans l'état pathologique, cette
sensibilité devient extrême! Passons en revue
ses différentes affections chroniques.
RHUMATISME.
C'est une maladie qui, sans cause apparente,
peut affecter presque tous les organes ; néan-
moins, il atteint plus particulièrement ceux
où le tissu fibreux prédomine ; les muscles
des bras et des jambes, les parties voisines
des articulations, les membranes du cerveau,
etc., sont plus spécialement le siège de dou-
leurs rhumatismales. On connaît trop bien la
nature de ces douleurs, pour que nous ayons
à en donner le moindre détail.
Les causes des rhumatismes sont nombreu-
ses. Citons seulement : l'humidité, les chan-
gements brusques de température, l'abus des
liqueurs fortes, l'onanis'me avant la puberté,
la suppression des règles et du flux hémorroï-
dal, un chagrin violentet prolongera répercus-
sion des vices psorique, syphilitique, arthriti-
que et scorbutique , la congélation , les coups,
les chutes, les luxations et la fracture des os.
— 37 —
Aucune maladie, peut-être , n'est plus com-
mune que le rhumatisme. Je n'en veux pour
preuve que la multiplicité des causes qui le
produisent.
Dire ce qui occasionne la douleur rhumatis-
male serait chose difficile. Du reste, il n'est pas
de question plus controversée que celle-là.
Le savant docteur auquel nous empruntons
presque toute la matière pathologique de ce
petit volume, l'attribue, avec beaucoup de rai-
son, à une humeur sui generis, de nature ex-
crémenteuse, retenue dans le derme et dans
les tissus fibreux sous-jacents, s'y accumu-
lant, s'y condensant et y comprimant les ra-
mifications capillaires sanguines, et nerveuses,
et produisant ainsi une sorte d'inflammation
douloureuse et un état fébrile. Qu'importe le
nom que l'on pourra donner à cette humeur.
Il nous suffit de savoir qu'elle existe et qu'on
n'est pas loin de l'avoir reconnue dans ces dé-
pôts cazéeux, fluides , filamenteux , fétides ,
nommés dépôts par congestion, apparaissant
parfois à la suite des rhumatismes et attaquant
le périoste, les os, etc.
Mais, laissons de côté les théories et disons
que, dans la plupart des cas, le rhumatisme
— 38 —
ne résiste pas à l'emploi des eaux de Bour-
bonne. Et, quand il n'y a pas guérison com-
plète, il y a du moins soulagement sensible.
Une circonstance fort essentielle à noter,
c'est que l'on ne doit recourir à leur usage
que quand la maladie est passée à l'état atone
et chronique.
Nous n'aurions pas de peine à citer des mil-
liers d'exemples de guérison. Prenons au ha-
sard.
Rhumatisme aigu passé à l'état chronique.
— M. G..., âgé de 45 ans, de constitution
robuste, avait, à la suite d'une chasse dans les
marécages, éprouvé un malaisé général qui
s'était traduit en un rhumatisme aigu, ayant
son siège dans l'aîne et dans les reins. Puis le
mal n'eut pas de demeure fixe, se portant al-
ternativement dans les bras , dans les reins ,
dans les jambes et dans les pieds.
Ce rhumatisme aigu se termina par un rhu-
matisme chronique vague. Deux saisons des
eaux de Bourbonne le guérirent complète-
ment. Depuis, il n'a pas éprouvé le moindre
retour de ses douleurs.
— 39 —
Douleurs rhumatismales générales, chroni-
ques et compliquées d'affections internes. —
Lorsque M. S..., ancien officier d'artillerie,
vint à Bourbonne pour y faire usage des eaux,
il était depuis 20 ans atteint de douleurs vio-
lentes qui, du bras gauche où elles avaient
pris naissance, s'étaient étendues sur toute
cette partie latérale du corps, depuis la tête
jusqu'aux pieds, en simulant une véritable hé-
miplégie.
A la suite d'uné chute terrible, M. S.... fit
une longue maladie qui fut suivie d'un catar-
rhe pulmonaire intense. Joignez à cela des
douleurs rhumatismales générales, 90 jours
de privation de mouvement, la perte du som-
meil et de l'appétit, un état d'amaigrissement,
de marasme et de fatigue au moindre mouve-
ment des articulations. Sirops, bouillons de
colimaçons, lait de chèvre, vésicatoires, sang-
sues, guimauve, tolu, liniments volatils, rien,
en un mot, n'avait apporté d'amélioration à la
situation du malade. Les eaux de Bourbonne
furent employées en bains d'abord, puis en
douches et en boissons. Dès le commence-
ment, la toux diminua et les vomissements
cessèrent. Tout se passa mieux qu'on n'aurait
— 40 —
osé l'espérer. Après quatre saisons successi-
ves, interrompues seulement par les repos or-
dinaires, M. S.... jouit d'une santé qu'attes-
taient suffisamment un teint fleuri et un em-
bonpoint qu'à peine il avait eus jusque-là.
Rhumatisme, sciatique et lombago par cau-
se externe. — M. D'H..., âgé de 42 ans, d'un
tempérament sec et nerveux, était venu à
Bourbonne pour une sciatique chronique dont
il avait été radicalement guéri. Par suite d'un
accident, il eut à supporter un poids énorme,
contre lequel ses efforts furent impuissants.
Renversé et froissé dans sa chute , on lui ad-
ministra les secours que nécessitait son état ;
mais il en résulta une attaque de lombago et
de sciatique qui força le malade à se tenir cour-
bé dans la station. Il éprouvait des douleurs
tellement vives que, même durant les nuits, il
ne trouvait aucun instant de repos. C'est dans
cet état que, soutenu par deux béquillards et
couvert de flanelle de la tête aux pieds,
M. D'il... arriva à Bourbonne, au mois de juil-
let, après six mois de souffrances. Les dou-
ches, les bains et l'usage de l'eau à l'intérieur,
changèrent bien vite cette situation. Bientôt
— 41 —
il ne lui resta plus qu'une gêne dans les mou-
vements de rotationde la colonne vertébrale.
Enfin il sortit de Bourbonne, le 19 août sui-
vant, libre de tous ses mouvements musculai-
res, et possédant tous les signes de la santé la
plus robuste et la plus parfaite.
Le cadre que nous nous sommes tracé nous
empêche de citer d'autres observations. C'est en
quelque 1 sorte avec regret que nous n'enregis-
trons pas les guérisons opérées dans les cas sui-
vants : Rhumatisme articulaire, suite de blen-
norrhée répercutée ; douleurs rhumatismales
compliquées d'affections mercurielles ; rhu-
matisme pleurodinique et articulaire ; névral-
gie fémoro-poplitée (sciatique); rhumatisme
chronique passé aux deux genoux; sciatique
primitive; douleur trapézoïde; rhumatisme
chronique par suite de congélation des mem-
bres ; rhumatisme chronique compliqué de
gastrite chronique , etc.
Ajoutons cependant quelques observations
générales faites sur les nombreux rhumatisés
venus de toutes parts aux eaux de Bourbonne.
Remarquons d'abord que, dans un grand
nombre de cas, les douleurs qui se font res-
sentir aux membres pectoraux, et surtout aux
— 42 —
épaules, ne sont que symptomatiques d'affec-
tions internes, appartenant à la rate , lorsque
c'est le bras gauche qui est endolorié, et au
foie, lorsque c'est le membre droit. La même
chose existe pour les douleurs des membres
abdominaux, qui souvent sont déterminées
par des affections plus ou moins graves des
reins, de la vessie, des testicules, de la ma-
triee, des vésicules séminales, etc. On les
confond souvent à tort avec des douleurs rhu-
matismales simples de ces parties.
Remarquons ensuite que, le rhumatisme
attaquant spécialement le tissu fibreux, les
organes internes qui en sont recouverts sont
sujets à cette maladie , et peuvent éprouver ,
par réciprocité, des métastases plus ou moins
douloureuses et plus ou moins dangereuses ,
selon le degré d'irritabilité et la nature de
l'organe affecté.
Par exemple, les membranes du cerveau et
celles qui, sous le nom de névrilème, recou-
vrent les nerfs qui donnent la vie et le mou-
vement aux différentes parties du corps ,
telles que les reins, les testicules, le membre
viril, etc., peuvent, aussi bien que les tendons
et les aponévroses des muscles, les os et les
— 43 —
capsules articulaires, être le siège ou le lieu de
transport d'un rhumatisme, simuler des mala-
dies organiques de ces viscères et en rendre le
pronostic plus ou moins incertain. Nous avons
vu , même dans d'autres cas , une, affection
rhumatismale bien prononcée se porter sur lés
vaisseaux sécréteurs du lait, dans les seins,
et donner à la maladie les apparences d'un
cancer naissant. Il ne s'agit donc point, en pa-
reil cas, de maladies particulières à chacun
des organes que nous venons de citer,mais bien
devrais rhumatismes, qui doivent être recon-
nus et traités comme tels par nos eaux ther-
males lorsqu'ils sont passés à l'état chronique.
Aux maladies du tissu fibreux susceptibles
d'être guéries par les mêmes eaux, il faut
rapporter celles qui proviennent de la rigidi-
té naturelle ou acquise de la fibre musculai-
re ; citons-: l'aménorrhée et la stérilité prove-
nant de l'excès d'élasticité de l'organe utérin
et de ses dépendances (*); la dysurie et la
(*) C'est sans doute ce qui a l'ait dire à l'un de nos
meilleurs médecins, le docteur M. , que les eaux de
Bourbonue sont engrosseuses, assertion à l'appui de la-
quelle on pourrait produire plusieurs exemples.
— 44 —
constipation, quand elles soilt occasionnées
par la roideur maladive des fibres musculai-
res de la vessie et des conduits fibro-séreux,
des uretères, ou celle du muscle annulaire
qui termine le rectum ; les rétractions mala-
dives des tendons des muscles, reconnaissant
pour cause la luxation rapide ou 'lente de ces
tendons et de ces muscles ; les rétractions
suites de blessures par les armes à feu ou les
armes blanches. .
Dans ces deux derniers cas, l'eau thermale
ramollit peu à peu le tissu fibreux et détruit
les engorgements celluleux. Combien n'a-t-
on pas vu de militaires, ployés en deux par
des sortes de bridés à l'abdomen ou aux hy-
pocondres, se redresser graduellement et
quitter les eaux avec leur stature primitive,
bien que souvent ils l'eussent perdue depuis
plusieurs années !
— 45 —
MALADIES DES OS.
Les douleurs qui ont leur siège dans les os
sont, sans contredit, les plus vives et les plus
insupportables. La plupart sont dues à l'infec-
tion vénérienne ; d'autres surviennent à la
suite de contusions violentes sur la matière
osseuse, d'ébranlements, etc. Ici, les eaux
de Bourbonne ont une action surprenante.
Douleurs ostéocopes par causes externes. —
M. de B... reçut un violent coup de pied de
cheval sur la crête du tibia droit. Il en résul-
ta une douleur si vive que, pendant quinze
jours, M. de B... n'eut pas un instant de som-
meil. Tous les secours de la médecine furent
impuissants à calmer cette douleur. Après
quatre mois de souffrances atroces, le mala-
de vint à Bourbonne vers la fin. de juillet. Il
— 46 —
prit une saison de bains et de douches. Un
mois plus tard, il avait recouvré le sommeil,
la santé et l'embonpoint.
Nous nous bornons à cet exemple.
DU PÉRIOSTOSE ET DES EXOSTOSES.
Le périostose,c'est le gonflement du périos-
te ou de l'enveloppe fibreuse des os ; l'exos-
tose, c'est ce même gonflement parvenu à l'é-
tat d'induration osseuse,
Ces affections sont dues le plus souvent
à la syphilis invétérée. Souvent elles se déve-
loppent à la suite de violentes douleurs ostéo-
copes ; plus rarement elles arrivent sponta-
nément et sans symptôme avant-coureur.
C'est par centaines que l'on compte les
malades guéris de ces affections par l'usage
de nos bains thermaux.
Exostoses compliquées de symptômes nom-
breux de syphilis.— M. G... était âgé de 54 ans
et il avait eu 4 blennorrhagies successives.
La dernière, plus virulente, avait occasionné
un phymosis et quantité de chancres. Sur la
crête du tibia droit survinrent des douleurs
— 47 —
ostéocopes très-aiguës. Le traitement amena
des dérangemeats graves ; puis survinrent des
douleurs dans la tête et particulièrement sur
les os pariétaux, qui devinrent raboteux à force
d'exostoses. La nuque, le cuir chevelu, les
bras, les genoux, les doigts étaient gonflés ; le
tibia gauche avait acquis un volume énorme.
Il y avait douleurs horribles, somnolence et
apathie.
Arrivé à Bourbonne le 4 Juin 18.., M. G...
fut soumis à un traitement sudorifique végé-
tal, en même temps qu'il faisait usage des
eaux en bains, en douches, en boissons et en
étuves. Chaque jour apporta une amélioration
nouvelle. Les deux derniers mois furent con-
sacrés à l'usage exclusif des eaux. Les deux
précédents avaient suffi pour détruire la sy-
philis qu'il portait depuis dix ans. La guérison
fut aussi complète que possible.
DE LA CARIE DES OS ET DE LEUR NÉCROSE.
Les os les plus sujets à la carie ou à l' ul-
cération : sont les os spongieux, les petits os
des membres, le sternum, le coccyx et les ex-
trémités articulaires des grands os.
— 48 —
Les contusions violentes, l'altération des
parties molles qui recouvrent les os, altération
par suite de laquelle ils se trouvent compro-
mis, un vice interne tel que les scrofules, la
syphilis , etc. , voilà les causes de la carie
des os.
Les eaux de Bourbonne ayant pour effet de
relâcher tous les tissus fibreux, on sent com-
bien elles sont utiles dans le cas actuel, qu'il
s'agisse d'obtenir l'exfoliation des os et le dé-
veloppement des bourgeons charnus par les-
quels leur cicatrisation s'opère, ou qu'il s'a-
gisse de faciliter la sortie de l'os nécrosé dont
la présence entretient l'ulcération.
Exemple d'une ulcération traversant le
pied. — M. A...., jeune homme de 19 ans,
avait reçu au coude-pied ia décharge, à bout
portant, d'une arme à feu. Il souffrait depuis
5 mois; tout le membre était amaigri. Déjà
plusieurs grains de plomb et des esquilles
étaient sortis par les deux ouvertures oppo-
sées. Les ulcères offraient un aspect blafard et
lardacé ; on craignait une désorganisation
complète des parties affectées; on conseillait
même l'amputation.
Venu à Bourbonne sur la fin du mois de

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