Les Enfants pendant la guerre, par M. Henri Jousselin,...

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L. Hachette (Paris). 1872. In-8° , 108 p., fig..
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Publié le : lundi 1 janvier 1872
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LES ENFANTS
ËËIDANT LA GUERRE
PAR
M. /HENRI JOÙSSELIN
Conseiller h la Cour d'ajyielfïc Purh
ILLUSTRATIONS DÉ BËRTALL
■ PARTS : V
LIBEAIMÈ DE JL. HACHETTE KÏ C°
-79, boulevard. Sàint-Gevmaiiï,'79.
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LES ENFANTS
PENDANT LA GUERRE
LES ENFANTS
PENDANT LA GUERRE
PAR
TONRI JOUSSELIN:
Conseiller à la Cour d'ajij/el tic Piu-is
ILLUSTRATIONS DE BERTALL
PARIS
LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET C"
79, boulevard SaintGennain, 79.
1872
PREFACE
LES VACANCES DE 1869
EN ALLEMAGNE
LES VACANCES DE 1869
'EN ALLEMAGNE
A Madame Pauline Y.--
Ma grand'mère, je veux écrire
Tout ce que je pourrais vous dire,
Si TOUS étiez ici ; car loin
De ceux qu'on aime, on a besoin,
Pour calmer les maux de l'absence,
De leur prouver comme on y pense.
— 12 —
Père assure que le moyen
Le plus doux et le plus certain
De prêter à toutes les choses
Que nous voyons des couleurs roses,
Serait d'en jouir avec ceux
Qu'en ce monde on chérit le mieux.
Moi, je ne dis pas le contraire :
Mais, s'il en est ainsi, grand'mère,
Pourquoi vivons-nous séparés ?
Puisque, on le sait, vous m'adorez,
Pour vous la façon la meilleure
En vacances de charmer l'heure,
Etait de me suivre toujours
Dans les pays que je parcours.
Vous auriez vu mainte campagne
Et mainte ville en Allemagne,
Au lieu de rester tout un mois
A la même place... Je crois
Que sans moi le séjour de Bade-
Doit vous paraître fort maussade.
-Ses plaisirs, ses fêtes, ses jeux,
Peuvent bien distraire vos yeux ;
Mais tout cela ne saurait guère
Remplir une âme de grand'mère.
Vous l'avez reconnu souvent.
Quand vous rencontrez un enfant,
Un petit garçon de mon âge,
Le coeur vous bat à son passage;
Vous nous l'écrivez ce matin :
Il liât aussi, j'en suis certain,
— 13 —
Quand vous arrive notre lettre
Avec la fleur que j'y fais mettre.
Il vous battra bien plus encor,
Quand, mère et moi, votre trésor,
Après cinq semaines d'absence,
Nous reviendrons bientôt en France.
Ce jour-là, n'est-ce pas, tous deux,
Nous serons vraiment bien heureux ;
Ce seja pour nous jour de fête.
Adieu, grand'mère, je m'apprête
A quitter Leipsick, et pourtant
Je m'y plaisais infiniment.
Car ici, pour humbles servantes,
J'ai trois demoiselles charmantes,
Trois soeurs si gentilles pour moi,
Qu'elles me traitent comme un roi.
S. J.
Leipsick, septembre 1869.
DRESDE ET LES BORDS DU RHIN
DRESDE ET LES BORDS DU RHIN
A Madame P. F...
Grand'mère, en attendant la joie
De vous revoir, je vous envoie
Mes souvenirs de voyageur.
Sur de grands bateaux à vapeur
J'ai fait, de Cologne à Wiesbade,
Plus d'une belle promenade ;
Nous sommes allés, tour à tour,
Dans les salons d'Ems et d'Homboun
— 18 —
Là, des messieurs pas très aimables
Etaient autour de longues tailles;
Sur' ces tables un tapis vert
Etait d'or et d'argent couvert.
Dans le milieu tourne une bille
Beaucoup plus blanche et plus gentille
Que les miennes, et pour joujou
L'on a des râteaux d'acajou.
A jouer avec eux moi-même
J'aurais pris un plaisir extrême.
Mais un monsieur tout noir m'a dit
. Que j'étais êncor trop-petit..".
Partout l'on a, pour se distraire,
De la musique militaire,-
Et l'on rencontre à chaque pas
Des officiers et des soldats.
J'ai fait de Francfort, de Mayencé
Et de Leipsick la connaissance.
A Dresde (je ne l'oublirai
Jamais) la flamme a dévoré.
Le grand théâtre. L'on suppose
Que d'un pareil malheur la cause
Fut le gaz; mais ce fut, dit-on,
La faute d'un petit garçon
Qui jouait, malgré la défense,
. Avec le feu. Quelle imprudence !
Depuis, dans -mes rêves, la nuit,
Je vois toujours ce feu qui luit,
Et moi, qui ne voulais personne
Pour m'endormir, je veux ma bonne.
— 19 —
Heureusement, demain matin,
Nous quittons Dresde pour Berlin,
Et j'espère qu'en cette ville
Mon esprit sera plus tranquille.
Peut-être, apprenant mon effroi,
Grand'mère, vous rirez de moi.
Mais si quelquefois mon courage
A pu faiblir dans le voyage,
Il est une chose, en tout cas,
Croyez-le, qui ne faiblit pas.
Dans chaque lettre à votre adresse,
On vous le dit, c'est ma tendresse.
Pour vous, de loin comme de près,
Mon coeur ne changera jamais.
S. J.
Dresde, septembre 1869.
VOYAGE EN PRUSSE
Le Meunier de Sans-Souci.
VOYAGE EN PRUSSE
A Madame P. Y
Je suis bien enchanté, grand'mère,
D'avoir quitté Dresde, et j'espère,
Vous en serez bien aise aussi ;
Car, en arrivant jusqu'ici,'
Nous avons abrégé la route
Qui nous sépare encor. Sans doute
— 24 —
Vous désirez savoir comment
Nous trouvons ce pays? Charmant.
Berlin est une capitale
Dont je ne connais pas l'égale ;
Et cependant, grand'mère, j'ai
Depuis un mois bien voyagé.
Les magasins et les boutiques,
Comme à Paris, sont magnifiques,
Et les Tilleuls de toutes parts.
Ressemblent à nos boulevards.
Partout où nous allons, à peine
Suis-je arrivé, que l'on m'emmène
Voir des marbres et des tableaux ;
Mais j'aime mieux les animaux,
Et le jardin zoologique
Est pour moi d'un attrait magique.
Croiriez-vous qu'au palais du Roi
Les petits enfants comme moi
Ne sont jamais reçus, en sorte
Qu'il leur faut attendre à la porte ?
Pour nous traiter si. durement,
Le roi'de Prusse est donc méchant?
Sans doute, il ne- nous aime guère ;
Je le croyais pourtant grand-père.
En revanche, j'ai visité
Postdam et ses châteaux d'été,
Avec des parcs comme les nôtres,
Tous plus beaux les uns que les autres.
On m'a fait admirer aussi
Le vieux moulin de Sans-Souci.
— 25 —
Savez-vous ce qu'on en raconte?
Un roi voulut (n'eut-il pas honte?)
Comme ce moulin lui plaisait,
.Le prendre à celui qui l'avait.
Mais le meunier n'était pas bête ;
Au prince il a su tenir tête,
En répondant si bien, si bien,
Que le meunier garda son bien.
Vous voyez comme on peut s'instruire
En voyageant. Faut-il vous dire
Ce qui me séduit avant tout ?
Eh bien ! c'est de trouver partout
A l'hôtel, dans toutes les villes,
(N'en déplaise aux gens difficiles
Qui blâment, les lits allemands ! )
Un grand lit avec des draps blancs.
Pour moi, c'est une jouissance
Beaucoup plus vive qu'on ne pense ;
En ce point je me sens l'égal
Du petit Prince Impérial.
Vous nous demandez si la bière
De ce pays nous plaît ; mon père
L'aime beaucoup :.pour moi, jamais
Elle ne vaut les vins français.
Bientôt, c'est là mon espérance,
Nous les boirons, ces vins de France.
Ah ! comme il me semblera doux
De les retrouver près de vous !
Tous trois, à votre santé chère
Nous en remplirons notre verre,
DÉCLARATION DE GUERRE
DÉCLARATION DE GUERRE
Père, est-ce vrai? tous à la ronde,
Femmes, enfants, oui, tout le monde
Part pour la guerre?
— On ne peut pas
Prendre an collège des soldats.
— Mais les femmes du moins sont bonnes
A se battre : les Amazones,
. ■ -r 30 —
Dans mon Histoire, en ont souvent
Donné la preuve...
— Mon enfant,
L'homme combat, la femme prie,
Et nous en avons grand besoin.
Qui donc, lorsque nous sommes loin
Dirait : « Veillez sur la patrie,
Dieu puissant, et ramenez-nous
Vainqueurs nos frères, nos époux?
— Ah ! c'est égal, mon petit père,
Avec les femmes, les enfants,
Il me semble qu'on pourrait faire
Au moins deux ou trois régiments !
LA PEINE DU TALION
LA PEINE DU TALION
Ce pays où,' pendant deux mois,
Nous avons, l'an passé, je crois,
Ensemble voyagé, mon père,
Nous a-t-il. déclaré la guerre?
Est-ce la Prusse, dites-moi,
Qui nous attaque avec son roi?
— Non, c'est nous.
— Pouvez-vous m'apprendre
Pourquoi nous l'attaquons?
— Pour prendre,
Pour posséder les bords du Rhin.
— Mais ils ont des canons d'airain, "
— 34 —
Une bien forte artillerie ;.
Nous l'avons vue;, en vain l'on crie
A Berlin! S'ils allaient un jour
Arriver chez nous à leur tour ?...
— Rassure-toi, j'ai confiance,
Puisque Dieu protège la France...
,— II:la protège? alors tant mieux,
Car le roi Guillaume est pieux ;
Même lorsqu'il est à la guerre,
Il dit, comme nous, sa prière,
Et quand il a, dans vingt combats,
Fait tuer cent mille soldats,
Il porte, avec reconnaissance,
Son coeur jusqu'à la Providence...
— Hélas \r c'est vrai, mon fils...
— Les rois
Peuvent donc tuer? L'autre fois,
Dans notre Evangile, à l'école,
On nous a lu cette parole :
« Qui par l'épée a fait périr,
Doit par l'épée aussi mourir. »
— Eh bien ! il n'est ni roi, ni reine,
Pour qui ce soit parole vaine,
Et l'oublier, c'est, mon enfant,
Se préparer un châtiment !
LE TRAIN DES MARIS
— 38 —
Qui donc retarde son retour ?
Je vois des enfants chaque jour
A la gare, ou bien sur la rive,
Quand un bateau pêcheur arrive,
Venant embrasser leurs papas.
Ils sont heureux ; moi seul, hélas !
J'attends depuis une semaine
Le mien, et mon attente est vaine.
— Bébé, calme-toi; pour nous voir,
Ton père arrive demain soir.
A ses habitudes fidèle,
Il prendra ce que l'on appelle
A Dieppe, Boulogne et Paris,
Le convoi, le train des maris.
— Ah ! maman, c'est chose bien bonne,
Ce convoi-là; mais ce qu'il donne
De bonheur, chaque samedi,
Il le remporte le lundi.
Je voudrais avoir mieux... Pour faire
Retrouver aux enfants leur père,
.Tous les jours ne pourrait-on pas
Avoir un train pour les papas ?
Désirs d'enfants,^voeux superflus!
Car les Prussiens font prisonnière
La grande ville, et l'on ne verra plus
Bientôt venir de mari, ni de père.
Dieppe, le 9 septembre 1870.
LE PAIN QUOTIDIEN
LE PAIN QUOTIDIEN
Papa, quand tous les jours je prie
Jésus et la vierge Marie,
A Dieu je dis, soir et matin :
Donnez le pain quotidien;
Il doit être bien las, s'il donne
Chaque jour à toute personne
Qui le prie; il pourrait, je crois,
Envoyer aux gens à la fois
Du pain pour toute la semaine,
Il aurait ainsi moins de peine...
— C'est vrai; mais il fait beaucoup mieux,
Et comme il a partout les yeux,

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