Les épreuves poitevines en mil huit cent quinze, ou Le cantique des Poitevins

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imp. de F. A. Barbier (Poitiers). 1815. In-12. Pièce cartonnée.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1815
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LES ÉPREUVES POITEVINES
EN MIL HUIT CENT QUINZE,
OU
LE CANTIQUE DES POITEVINS.
A POITIERS,
De l'Imprimerie de FR.-AIMÉ BARBIER,
Imprimeur du Roi.
i8i5.
Comment ces Couplets ont été recueillis et
réunis en un seulCantique ou Complainte:
xi.LORS que nous nous rassemblions pour causer
de nos peines, nous les soulagions en les chan-
tant, mais toutlKis, parce que les conjurés étoient
à nos portes. Nous aurions voulu les éerire en un
< bon style, bien facile à entendre et qui ne dât
jamais vieillir, pour qu'ils fussent toujours lus et
entendus, et parce qu'ils renferment des leçons
qu'il seroit bien malheureux si elles venoient à
n'être plus que des vieilleries. Notre intention sur-
tout auroit été de les faire passer à nos enfans et
neveux., afin de les préserver dorénavant des pac-
tes et complots de messieurs les conjurés, pactes
et complots qui sont des choses trop belles pour
nos pauvres tètes et qui pourroient beaucoup fa-
tiguer les leurs un jour, ou peut-être en faire tom-
ber des centaines et milliers, soit pour la gloire de
quelque héros, soit pour la sainte cause de la li-
berté, que ces messieurs ont traitée d'une manière
si humaine, comme il est prouvé ; et pour cela nous
aurions désiré d'en parler à des gens d'esprit, mais
nous avons craint qu'ils ne fussent occupés, ainsi
quenos sages etautres fortes têtes,àécrire ou méditer
la vie et les beaux gestes et faits du grand homme,
et à jeter les douces Heurs de leur imagination sur
les chemins par où, après avoir sorti de la souve-
raineté d'Elbe, il a fui de notre terre, certaine-
ment indigne de le porter , et qu'en conséquence
ils ne nous eussent refusé le secours de leur plume.
C'est pourquoi nous avons pris le parti de recueil-
lir et i mettre ensemble les récits que chacun de
nous feroit, et qu'il étoit tenu de mettre en cou-
plets le mieux qu'il pourroit; ce qui fait qu'il y
en aura beaucoup de mauvais , parce que un grand
esprit n'a pas été donné à tout le monde, et sur-
tout à nous , qui n'avons été créés que par le bon
Dieu, et non pas par l'Etre suprême, comme ces
messieurs les conjurés. Cela fera beaucoup rire
messieurs, nous nous y attendons bien; mais nous
n'en serons pas fâchés : nous aimons mieux les
voir rire que penser et rêver , parce que leurs
rêves nous ont souvent empêché de dormir , et
quoiqu'il y ait crainte, quand ils rient, de quel-
que mauvais temps ou orage , et que ce soit,
comme on dit, un bain qui chauffe. Mais ça
pourra amuser aussi nos bonnes femmes, qui ont
tant pleuré depuis long-lemp3 , comme on dit en-
core en par là ; et nos bons vieux pères et grands-
pères, qui étoient tous devenus d'humeur chagrine
et plaintive, et qui ne manquoient pas de dire,
comme ils en aYoient le droit à cette fois, que
jamais ils n'avoient vu les hommes si médians ;
(3)
et enfin cela amusera nos enfans , qui^irronl ap-
prendre, s'ils y pensent comme il faut-, et comme
nous les aiderons de notre mieux, que nos gens
d'esprit avoient été au moins un peu bêtes de croire
qu'on pouvoit être heureux dans un état où tout le
monde seroient les maîtres, et puis après dans un
état où c'étoit un seul à son tour ; de même en-
core de croire qu'on pouvoit monter et démonter
un gouvernement comme une montre,'inventer
des systèmes de ce qu'ils appellent administration,
forger de nouveaux principes, de nouvelles con-
sciences, et même qu'on pouvoit s'en passer. Nous
avons donc voulu leur apprendre au contraire, à
nos pauvres enfans, qu'il n'est qu'un moyen d'être
heureux, et que ce moyen est la vertu ; d'être li-
bres , et que ce moyen c'est la vertu ; parce qu'elle
observe avant tout la justice , qu'elle rend à cha-
cun ce qui lui appartient, qu'elle ne prend à per-
sonne sa liberté et n'occasionne pas de troubles,
ni ce qu'ils ont appelés des coups montés, ni des
réactions ; d'être bons, et que cela gît dans l'amour
de son prochain , de ses pareils, et, voyez-vous ,
de son Roi, et puis dans un tant soit peu d'atta-
chement à sa religion, qui avoit aboli l'esclavage,
et qui prêche à tous l'égalité, qui n'est point
à la vérité l'égalité de messieurs quand ils rac-
coùrcissoient, ni de messieurs quand ils sont de-
venus depuis préfets, sous- préfets , etc., nous
faisant marcher à la baguette, et avec une ma-
(4 )
ê.
uceur qu'on n'avoit jamais connue;
qui nous commande enfin de pardonner à ceux
qui nous ont tourmentés, aux médians, aux en-
nemis de nous et du genre humain, et par suite
à messieurs ; ce qui les touchera peut-être , s'ils
n'en sont point enhardis toutefois à nous faire pis
encore ; mais Dieu est le maître.
Pour toutes ces causes donc, nous avons prié un
d'entre nous, qui faisoit moins de fautes dans l'or-
thographe , d'assembler nos couplets, et nous avons
fait une petite collecte, et comme on dit boursillé,
dans le cas où M. l'Imprimeur craindroit d'y per-
dre son temps et ses frais; que, s'il les imprimoit
-au contraire dans sa charité , nous emploîrions
notre.argent à faire dire des messes, dont une moi-
tié pour ceux de nos frères qui sont morts pour le
bon plaisir de messieurs et de leur chef, qu'ils
s'entêtent à appeler héros, même après Moscou et
Leipsick, et le pont cassé, et Waterloo; et l'autre
moitié pour eux-mêmes , afin qu'ils changent et se
corrigent, si faire se peut.
On nous a bien dit qu'il se pourroit que nous eus-
sions rassemblé un trop grand nombre de couplets et
qu'il éloit à craindre qu'on ne pût les apprendre;
mais nous avons répondu que le cantique de sainte
Geneviève, que nos anciens savoient tous par coeur,
étoil aussi très long ; quelqu'un nous a assuré même
(5)
que chez nos pères les Gaulois, mais il y a long-
temps, toutes les histoires étoient en vers, qu'on ne
les écrivoit point, et'que tout le monde les savoit et
chantoit, d'où étoient venues dans la suite les his-
toires particulières et les chants dits romances et
complaintes; que même les ouvrages d'un ancien
poëte appelé Homère, bien longs et bien beaux, se
chantoient tous : on pôurroit donc bien apprendre,
si on vouloit, nos couplets, si ce n'est que, peut-
être , on ait moins de mémoire depuis que la nature
s'est perfectionnée ; enfin que chacun en apprenne
quelques-uns qu'il choisira , ne fût-ce qu'un seul ;
que ce soit de ceux du moins où nous parlons du
Roi et où nous en parlons davantage.
On nous a fait apercevoir encore, dans quel-
ques-uns de nos vers, que,ce que l'on appelle l'hé-
mistiche , où est le repos, ne tombe pas toujours
en mesure, c'est-à-dire qu'il se fait qu'il tombe au
milieu d'un mot : cela y arrive quelquefois , il est
vrai ; les nôtres ne s'en plaindront point, à cause
du sujet; et, quant à messieurs, s'ils se plaignent
que nous les fassions mal reposer , ils conviendront
pourtant qu'avec nous, du moins se repose-t-on.
Chantez donc nos couplets en joie, vous tous
nos bons amis, à présent que vous êtes délivrés ; et
sans rancune, vous qui vouliez nous faire chanter
sur un autre ton r nous en avons fait plusieurs dans
(6)
la tristesse, vous ne manquerez pas de vous en
apercevoir; d'autres dans la joie, qui ne duroit pas
toujours, et tous dans l'amour de notre bon Roi :
VIVE LE ROI !
Nota. Nous avons"prié M. l'Imprimeur de cou-
per lui-même , quand cela seroit nécessaire , le vers
ou même le mot par un petit trait (-) , afin que ceux
qui ne se feront point de peine de nous lire, n'en
aient point à nous chanter.
LES ÉPREUVES POITEVINES
EN MIL HUIT CENT QUINZE,
OU
LE CANTIQUE DES POITEVINS ;
HISTOIRE abrégée, disant ce qui s'est passé
dans la très ancienne et toujours fidèle (1)
■ville de Poitiers, depuis le retour du bon
Roi, en juillet 1815, jusqu'à la fin d'août
de la même année ; laquelle histoire ré-
digée et mise en vers par quelques bonnes
gens.
Sur l'air du tantique de sainte Geneviève de Brabant :
Approchez-vous, honorable assistance.
Uriz nos maux, braves peuples de Flandre,
A nos récits venez mêler vos pleurs :
Oh ! qui pourroit sans gémirles entendre ?
Que tout Français partage nos douleurs :
De votre sainte — La douce plainte
Des Poitevins — Ne l'endroit les chagrins.
(1) Notamment sous les rois Charles V et VII, pendant
les guerres des Protestans, de la Ligue et de la Fronde, et
auparavant, quand elle disoit à des maîtres étrangers : Nous
vous obéissons, mais nos coeurs demeurent auRoi de France.
(8)
CHACUN de nous éloit dans la tristesse,
Pour le bon Roi chacun faisoit des voeux,
Quand on entend la soudaine alégresse
Remplir les airs de chants, de cris joyeux.
On court les places, — Et tous s'embrassent,
Tous hors de sei — Criant vive le Roi !
DES drapeaux blancs à toutes les fenêtres
Laissoient flotter les emblèmes chéris :
Baissant le cou, dessous passoient les traîtres :
On s'arrétoit pour saluer les lis ;
Et, sur deux lignes, — Ces nobles signes
A toTss disoient : — Nous voilà donc Français.
LES conjurés (î) que nos élans consternent,
Grinçant des dents à ces doux portemens,
(j) Il y eut, dès le 50 mars 1814, les conjurés de Fon-
tainebleau; trois jours après, au moyen des correspondan-
ces , les conjarés de toutes les capitales des départemens;
trois jours après, les conjurés de toutes les petites villes,
et successivement ceux des bourgs et hameaux; et depuis,
en mai 1815, les noyaux conjurés entés sur les vieux,
premièrement dans quelques faubourgs de Paris, et de proche
en proche, dans les gra»des et les petites villes et tous lieux ,
bourgades et cloaques de France. Ces messieurs prirent un
autre nom; ils vouloient rendre leur nombre le plus grand
possible, et même de toas, au risque d'être réduits à se con-
jurer contre eux-mêmes. Ils employèrent les menaces, les
promesses; ils faisoient si grand'peur que l'on a vu de bons
Français, et qui étoient bien résolus à ne point,se conjurer,
VQlit
(9)
Vont aussitôt aux quartiers, aux casernes,
Portant des sacs, ils comptent huit cents francs :
Hachez la foule; — Que le sang coule;
Versez du mieux, — Nous le boirons des yeux.
LORS, tout à coup, des bandes de parjures
Fondent sur nous : on fuyoit consterné,
En les voyant nous accabler d'injures,
Le fer en main ; chacun fut étonné,
Ayant leur maître «— Dit ne leur être
Dû pour harnois — Que des sabres de bois (1).
D'UN ton bénin ( ces gens sont hypocrites,
Qui le croiroit, le vrai courage est franc),
Chez un marchand l'un d'eux, loin des guérites,
Entre acheter, dit-il, du ruban blanc".
Qu'on en apporte — De toute sorte ;
Prenez, monsieur, — Ce beau gage d'honneur.
dire aux leurs: Conjurez-vous. Leurs contrerôleurs, portant
leurs listes, alloient et revenoient ; c'étoit surtout dans les
campagnes qu'ils se faisoient beau jeu, en menaçant de la
dîme et du retour des' rentes, de la rentrée dans les biens
nationaux ; et par le moyen assuré' de tous ces beaux men-
songes , qu'ils ne pouvaient répéter sans rire dans leurs mou-
choirs , ils gagnoient jusqu'à de braves gens ; ils disoient à
cela que c'étoit pour empêcher la canaille de remuer ou de se
mêler des affaires ; il ne falloit pas la mettre en train; mais leurs
listes, bien plus fidèles à l'égalité, ne l'en exceptèrent point.
(i) D.es verts.
2
(10)
II. en demande et d'un et puis d'un autre,
Saisit le tout et se sauve à grands pas.
Sus, braves gens, arrêtez cet apôtre;
Sus, braves gens : ça nous regarde pas,
Disent les frères. — Le laissant faire ,
Ouvrent leurs rangs : — Il se sauve dedans-.
LE malheureux que ce traître ruine,
Dit : Si c'étoit encor pour nos Bourbons,
Contre ce coup j'aurois fait bonne mine,
Et j'en ferois de bon coeur l'abandon.
Faut-il, ô traître, — Que j'enchevêtre
De mes rubans — La maîtresse à ce jean.. ...
UN grand vilain , ayant dû cuivre en tête,
Le crime au front, le diable dans le coeur,
Du ruban blanc sembloit se faire fête ;
Les bonnes gens l'auroient cru tout d'abord ;
Mais cet infâme, — Jurant dans l'âme,
Eut éventré — Qui se seroit montré.
CAR , lorsqu'il voit qu'aucuns qui le regardent,
Quand il crioit : Approchez, en voilà
Des rubans blancs, d'innocentes cocardes,
Disoient tout bas : Ne vous y fiez pas;
Dans sa furie, !— Il jure, il crie,
En vingt chiffons — La met sous ses talons.
CE n'est pas tout : dans sa joyeuse ivresse,
A tous les coins le peuple fait des feux ;
Les conjurés, dévorant leur tristesse,
S'en vont leur dire : Ils sont encore joyeux;
Alors débondent, — Courent, inondent
Cent lieux divers — Légions de rouges-verts.
EN un faubourg où mainte bonne dame ( i )
Habite , où sont gens amis de leur Roi,
Portant des lis, une riche oriflamme
Alloit flotter, emblème de leur foi;
A la furtive — La bande arrive,
Frappant, jurant, — L'emportent en fuyant.
Lons tous ces gens que ces affronts irritent,
S'arment de pics et de bâtons fourchus;
Sans les compter sur eux se précipitent,
Et les faisoient courir la pelle au cul ;
D'où , non sans risque, — Sauvant leur bisque,
Dans leur quartier — Vont se réfugier.
EN arrivant, ils respirent, écoutent,
S'essuyent le-front, reprennent leur sens;
Sur un grand plan , du drapeau qu'ils redoutent
Piquent la lance , et tournent en chantant :
Chants mortuaires ! — Leurs cimeterres ,
A chaque tour , — Le déchirent autour.
PENDANT qu'ainsi faisoient leur danse impie,
Sans dire mot les voisins se cachoient,
(i) Dames de la Charité, dites Soeurs grises.
(ia)
Leur souhaitant quelque bonne avanie,
Tous l'oeil collé derrière leurs volets :
Hélas! le diable, — Trop pitoyable
Pour les médians, — Les garda d'accidens.-
CE même jour, près d'une antique Eglise,
Autour d'un feu sont mille âmes et plus ;
Les conjurés en voyoient là de grises ,
Eux qui n'avoient eu que quelques tondus;
Mais pleins de rage , — Suivant l'usage ,
Ils vont chercher .— Leurs verts pour les venger.
SUR les enfans, femmes, -hommes sans armes,
Les forcenés frappent de lâches coups ;
Ce n'est assez d'exciter des alarmes :
«Du sang, du sang, servez notre courroux»,
ils obéissent (1) , — Taillent, meurtrissent;
Quand ils sont las — Lèchent leurs coutelas.
MAIS cependant toutjie fut pas curée
Pour les méchans dans ce funeste jour;
En les fuyant, une troupe effarée
Fond chez un hom-me qui chauffoit sou four ;
(i) Ils s'acharnèrent surtout contre un jeune homme , que
quelques-uns de ceux qui les accompagnoient ne manquèrent
pas de leur désigner,.connupar son amour constant et cou-
rageux pour nos Rois; il reçut au bras une honorable bles-
sure , et marche à présent à la tête d'une compagnie de
chasseurs de la garde nationale.
Les
(*3)
Les verts s'avancent, — Sur eux s'élancent ;
Ils vont périr. — Dieu, viens les secourir !
LE bon fournier que leur sort inquiette,
Quitte sa pelle , et s'armant d'un fusil,
Sur son lucet croise la baïonnette,
Et, l'oeil terrible , il brave le péril.
A cette vue, — Verts dans la rue
Rompent d'abord, — Et reculent encor.
MAIS, ce qui doit plue encor vous surprendre,
Une patrouille au tumulte ajouta -:
Allant vers ceux qu'elle devoit défendre ,
Vit un homme, un - enfant qu'elle insulta.
Vieillesse, enfance , — Sont sans défense ,
Nos fiers soutiens — Etoient leurs assassins !
OR. le jeune homme avoit cocarde blanche,
Mais foible , à peine avoit-il dix-sept ans.
Sabre levé, l'un des géans le tranche ;
L'affreuse mort sur sa tête descend :
D'une secousse — L'homme le pousse,
Couvre l'enfant — Et du coup le défend.
UN second vient, un troisième se ligue;
Un d'eux le frappe et fait couler son sang;
Mais il les tient, les presse, les fatigue,
Veut éloigner le danger de l'enfant;
Le tiers s'arrache — Et trop prend chasse.;
Son coup lancé — Enflamme le pavé.
5
( i4)
PENDANT ce temps, se roulant sur la terre,.
Au bachelier disputant son chapeau,
Les autres font éprouver leur colère ;
Mais il a su, dans ce péril nouveau,
Garder son signe — D'honneur insigne,
Et du combat — Sortir en vrai soldat.
ON espéroit que la gcnt militaire,
La gent civi-le mettroient le holà ;
D'aucuns ont l'air de vouloir laisser faire,
De ne savoir si notre Prince est là :
L'un est solide, — L'autre timide;
Chacun le veut, — Nul vraiment ne le peut.
PENDANT "qu'ainsi la ville est désolée,
De forcenés nous viennent des soûlas :
Tours fut par eux lâchement insultée;
Du même sort ils nous hurlent: hélas !
Même, menace, — Et l'on replace
Le drap rougi, — Dont enfin c'est fini,
QUAND il paroît toute vertu se voile,
Les factions flottent dans ses replis,
Quatre-vingt-treize enfle sa triste voile,
Le souffle corse agite les esprits ;
Gloire , puissance , — Dit la licence,
Au tricolor, — Et nous régnons encor,
TL faut tout dire : ils en avoient consigne ;
Les gens du corse en haine ont pris le blanc,
( i5 )
Simple candeur ne peut être leur signe ;
Il y falloit qnelque teinte de sang;
Et sous l'épée — De leur armée,
Ils ont placé — Leur talisman brisé.
MALGRÉ le soin devenu nécessaire,
Que l'on a pris d'élever ce drapeau,
Les conjurés, poussant le militaire ,
De tout soldat veulent faire un bourreau,
De royalistes — Portant des listes ;
L'homme d'honneur — Les chasse avec horreur.
OR, tous ne sont d'une trempe aussi forte;
Car à plusieurs quelques vils conjurés
D'un honnête homme (1) ayant montré la porte,
(i) Nous nous étions imposés de ne nommer personne;
mais un de nous a fait ici des réclamations. Il étoit ému en-
core des dangers qu'avoit couru l'honorable Français dont
i! est ici question; il se rappeloit avec enthousiasme de l'a-
voir vu quelques jours avant cette scène d'horreur, disputer
courageusement, et non sans courir des risques, son dra-
peau blanc, que des bandits avoient arraché, le faire sus-
pendre de nouveau à l'une des fenêtres de sa maison, si-
tuée sur la place d'Armes, le soir d'une illumination que les
conjurés vouloient empêcher, lorsqu'ils brisèrent à plusieurs
particuliers des vitres et à lui presque toutes les siennes;
il fcnsistoit donc pour qu'il fût nommé dans une de nos
notes, et comme nous vivons tous dans une grande union
et que nous ne connoissons ni dissensions ni factions, nous
y avons satisfait en écrivant de suite M. Rifïault, ancien
commissaire du Roi.
3¥*
_ (i6 )
Glaces, tableaux, lits, meubles sont brisés,
Cherchant le maître. — Où peut-il être?
S'ils l'eussent pris, — L'auroient mis en hachis.
MAIS un major, que le bon Roi connoisse,
Accourt, s'expose au milieu des pillards ;
Lâches, sortez , - d'ici qu'on disparoisse,
Tant de forfaits souillent nos étendards.
Des militaires — Piller leurs frères,
Frapper leurs gens ! — C'est le fait des brigands.
QUE n'étoit-il-là, quand un méchant drille (1),
Donnant aux siens des logis les billets,
Disoit : Ici - songez-y que l'on pille ;
Là qu'on enfonce et caves et buffets :
Frappez sans plaindre, — Tuez sans craindre;
Vous nous aurez — Avec les conjurés.
UN autre entroit, deux fois qu'il en rougisse,
Chez une feni-me d'âge se loger ;
Sac, ventre , mort, du vin , qu'on m'obéisse ;
Pots, plats au feu; je veux me goberger:
Oui, tout à l'heure , — Ou que je meure
Comme unbrigand. — Ah! monsieur, sur-le-champ.
CELUI-LÀ qui-menace, frappe, jure,
D'un honnête homme avoit pourtant le rang,
Dessus l'épaule il avoit la dorure;
(i) Jeune militaire que l'on auroit pu dire, à son aspect,
plus gâté par les autres que par lui-même.

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