Les fantastiques voyages de Gnome & Rhône

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Gnome&Rhône SA transports parallèles.



Madame Monsieur :



Les prestations que nous proposons sont uniques. Grâce à notre procédé parallèle qui nous permet de nous déplacer sans délai et sans escale à travers le monde, nous transportons dans le respect absolu de votre anonymat et du secret, vos colis, vos messages, ou une personne. Nous sommes également en mesure de procéder à des rapatriements urgents, nécessitant la protection rapprochée et l’utilisation de moyens adaptés tels que des armes à feux. Nos délais de réactions seront les vôtres après études nécessairement très précises de vos exigences et de paramètres météorologiques et topographiques indispensables à la sécurité de nos déplacements. Tarifs raisonnables, paiement après réussite de la mission. Nous contacter : Laisser au feutre vert votre numéro de téléphone sur l’intérieur de la porte des toilettes des hommes de la gare Santa Apolonia de Lisbonne, nous vous joindrons... Vite.



Confiance .


Publié le : mercredi 1 juin 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782369551034
Nombre de pages : non-communiqué
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Introduction aux fantastiques voyages de Gnome & Rhône

Au village de mon enfance, juste au-dessus de la pompe à eau qui coulait non-stop hiver comme été, se dressait un porche en pierres du coin, une sorte de craie que les chenapans s’efforçaient de tailler pour en récupérer des morceaux qu’ils utilisaient pour crier leurs amours sur les murs de l’église. Ce porche menait à une cour, puis à la maison de curé, une bicoque délabrée d’où sortait le vieil homme chauve à heures régulières pour célèbrer ses offices à la douzaine de vieilles rhumatisée qui suintaient par tous les pores de leur peau, l’eau bénite et le savon de Marseille. Sous leurs vêtements noirs elles cachaient difficilement leurs mains aux doigts crochus, vieillis à être joints dans la prière, la cuisine et le lavage à grande eau dans le lavoir local.

Sous ce porche, face à la route principale qui menait à la ville, abandonnée à son sort, une vieille moto française avec son side-car attendait béquillée qu’on veuille bien l’emmener à la casse. Sur le réservoir peint à la main d’un vert qui s’était voulu militaire à une époque déjà lointaine où l’Histoire s’écrivait dans les bois voisins en arrosant l’occupant allemand à coups de sulfateuses, était écrit Gnome et Rhône avec des lettres en fer blanc. Pourrie par les décennies d’absence de propriétaire, elle s’effondrait gravitellement, offrant au liseron un habile moyen de s’élever en s’accrochant aux rayons des roues dégonflées.

Je m’en souviens très bien je prononçais Niome et Chone, persuadé qu’après un R on ne mettait pas de H ! Elle devait bien être garée là depuis la guerre - la seconde - puisqu’elle avait encore le cache phare rectangulaire, le « black out », qui sert à éviter le repérage de nuit. Personne n’avait pensé à la mettre au rebut, ni à l’abri sous une bâche agricole cette moto, elle faisait partie du décor, souvenir d’un passé sans doute glorieux au même titre que le monument commémoratif pondu après la «Grande Guerre» en mémoire des cinq fils du pays morts pour l’honneur de la patrie reconnaissante et situé face à l’unique bistro du village, très pratique pour fêter les retrouvailles des anciens après le coup de clairon et le salut au drapeau.

- Oh ben elle est pas à nous, cette moto, alors on n’y touche pas !

Bravant l’interdit, j’enfourchais cette moto magique, qui m’emportait très loin. Je m’imaginais des guerres épouvantables qui finissaient évidemment très mal car j’en étais toujours l’ennemi principal.

Comme je n’étais pas givré au point de m’imaginer tirer en roulant, je sautais rapidement de la selle et montais dans le side pour tirer au fusil mitrailleur (imaginaire), ce que je trouvais également dangereux. Fou mais pas con.

Quand par hasard une voiture se profilait au loin je commençais à la mitrailler très fort, et quand elle passait à côté de moi, c’était l’apothéose, le déluge d’acier, le feu d’artifesse !

- Ah, tiens, c’est la voiture des parents, je n’avais pas fait gaffe ! Ils viennent me récupérer ? Même pas foutus, en guise de bouquet final, de se payer un platane après un mitraillage aussi précis !

À tel point que le curé du village à qui appartenait la maison citée plus haut se mit à me sermonner. Je l’avais troublé dans son sommeil, pardon, dans ses prières !

Le curé :

- Tu ne vas pas à la messe, tu tourmentes tes camarades, tu n’aimes pas les gens, ni les bêtes, tu passes le plus clair de ton temps sur cette épave à faire semblant de tuer les gens, à ce propos, je viens de voir passer la voiture de tes parents, tu ne les a pas épargnés non plus, je te vois de l’avenir, de quoi es-tu donc fait ?

- Je joue, laissez-moi curé, je n’ai rien contre vous !

- Je vais le dire à ton père, que tu as tenté de le tuer par la pensée !

- Faites pas ça où je serai puni !

- On n’est pas dans un confessionnal, je vais le dire à ton père !

- Et la miséricorde, c’est pour les cochons ?

Le curé fila, chevrotant sous cape, encore un qui va à coup sûr finir Sans Diocèse Fixe comme sœur Marie Thérèse des Batignolles !

- Markus, rentre !

On m’appelait. Il était temps de rentrer, manger, préparer ma valise, faire les bises aux grand-parents, jeter quelques pierres dans la niche du chien des voisins - histoire qu’il se rappelle de moi - mes parents m’attendaient. Nous devions tailler la route pratiquement une heure après leur arrivée, pour espérer regagner Paris vers la fin de l’après-midi. Il n’y avait que deux cent cinquante kilomètres mais c’était une aventure dans la DS 19 du père. Au volant du bolide, il avait largement le temps de tempêter contre les routes mal entretenues de la campagne et de s’indigner des «traînasses» qui l’empêchaient de rouler à tombeau ouvert pour rattraper le temps perdu derrière les tracteurs. Ma mère, assise à la place du mort, se gardait bien de lui conseiller la prudence, concentrée qu’elle était à ne pas vomir sur les sièges en cuir.

Un dernier rêve, adieu, à demain…

Juste avant de descendre de la moto, une dame qui m’avait offert un catalogue Manufrance pour me remercier d’avoir porté son cabas à la descente de l’autocar passa à ma hauteur, elle pleurait si bruyamment, qu’elle me fit peur ! Jamais je n’avais vu ni entendu pleurer quelqu’un comme ça, en plus une adulte ! Tout à coup on ne riait plus, on ne s’amusait plus, « on » avait décidé de sévir chez ces gens que je ne savais pas aimer. Quelqu’un leur faisait du mal, et ce n’était pas moi.

Le temps s’est arrêté ce jour. Mon incompréhension et ma rage voulaient sortir de ma tronche, je devais intervenir…

Je poursuivais cette femme, à sa hauteur et l’interrogeais :

- Mais qui t’as faite pleurer, qui t’as mise dans cet état ? Dis-moi qui ? Je veux savoir, je suis là pour te venger si on te fait du mal, te protéger aussi, je le peux, ils sont même pas assez nombreux, mais je t’en prie, arrête de pleurer, ne vois-tu pas que la fête est gâchée, et que plus rien ne sera jamais plus comme avant, ne vois-tu pas que je suis marqué ?

Le témoin :

- Naissance de la psychose, ou névrose, c’est comme on veut !

Elle ne m’entendait pas, noyée dans son chagrin. Les gens du village, décidément très français, sortaient sur le pas de leur porte sans intervenir, attirés par les pleurs déchirants de cette femme qui resteront toujours en moi… Ça continuait l’occupation et la collaboration, alors ?

- Markus à table ! Cette fois, c’était le paternel qui élevait la voix. On passait au second degré de l’intollérance familiale, le troisième se caractérisant par la projection violente d’une main surdimensionnée sur une de mes joues ou le massage fessier par un godilot chaussant du 47, je décidai promptement d’obtempérer et m’avançai à pas de course vers le centre animé de la cuisine de la ferme où autour de la table était réunie la famille au grand complet.

Là, je trouvai mes parents discutant de « l’affaire » à voix basse, on a cru bon, à cause de mon jeune âge, de ne pas me mettre dans la confidence, une erreur. Mon imagination s’emballa.

Pour une fois, fort contrarié, je mangeais comme un chat…

Pourquoi la laisser pleurer et souffrir ? Pourquoi ne pas l’aider, la protéger ? Qu’avait-elle fait pour mériter de pleurer ainsi ? Pourquoi s’acharner sur une femme faible avec deux gamines placées en famille d’accueil ? Pourquoi cette inaction de la part des gens ?

Dans ma tête de sale mioche, sur le chemin du retour, sagement assis à l’arrière de la voiture, je ruminais, les yeux rouges et les dents serrées, des scénarios diaboliques de châtiments vengeurs dans mon esprit malin, pervers et méchant. Je me devais, seul désormais, de devenir suffisamment fort, cruel et combattif. Je m’en voulais de n’avoir rien pu faire.

Puisque j’avais des dispositions, alors autant aller dans ce sens, pour surclasser mes futurs adversaires et mes semblables en tout. Je décidais que je devais entraîner mon corps, aussi me détacher du monde des hommes, de ses adultes trop lâches, qui ne faisaient rien pour aider une femme dans la peine et que je haïssais pour ça.

Pour avoir l’esprit et les mains déliés de tout, aussi me séparer définitivement du dieu inexistant dont on me bourrait le crane des exploits et de sa bonté les mercredis et les dimanches, pour être libre, sans entrave morale, sans plus jamais de chemin de repli, pour aider cette femme d’abord, comme plus tard mon pays. Mais pour le moment, dans mes rêves malsains, au guidon de ma moto magique, j’avais une motivation, une obsession dans la vie, protéger quelques-uns par ce qui me semblait juste, le mal. Je devais y arriver, vite !

Le témoin :

- Alors là Bravo, taré, celle-là, on la garde, en langage psychiatrique on appelle ça le syndrome du super héros, excusable à six ans !

Durant les dernières vacances insouciantes chez mes grands-parents, juste avant mes sept ans, je traînais seul dans le village. Serge, un des rares garçons avec lequel l’amour de la malfaisance avait établi un lien entre nous, avait évolué comme un paysan, pré- formaté pour le labeur, en pensant avec conviction que tout jeu lui était désormais puéril, ridicule et inutile, fier de parler comme son père et un jour de lui ressembler en devenant un homme avant l’âge. Des gens du village étaient morts, ou partis, on ne m’expliquait toujours rien, trop jeune parait-il…

C’était une ère où on ne parlait pas à table, il fallait obéir à ses parents et ne jamais poser de questions, dommage.

- Il faut rentrer en vous, Selder, vous isoler, prier, me disait-on à l’école…

Quelle erreur, me laisser seul avec moi-même, rentrer en moi, mais je n’en suis jamais sorti. C’est vous qui êtes enfermés avec moi, fous !

À l’époque, il n’y avait pas encore cette affaire de vacances scolaires prises par zones, tous prenaient leurs congés en même temps. Seulement voilà, les petits villageois quittaient leur bled pour aller en vacances en colo ou chez des grands parents, moi j’atterrissais chez eux qu’ils étaient déjà partis. J’étais seul tout le temps, en permanence.

J’allais chez les gens disparus que je connaissais, mais les voisins alertés par le bruit que je faisais en frappant à la porte me répondaient deux ou trois fois par jour, car j’étais tenace, qu’il n’y avait plus personne.

La moto était toujours là, heureusement, je ne m’ennuyais jamais, j’étais même arrivé au point de m’imaginer un compagnon de jeu, je devais sûrement parler tout seul. Mon binôme en rêve, mon premier frère d’arme arriva un matin, ce n’était pas trop tôt. À force de monter et descendre de la bécane en faisant fonction de pilote, tireur, topographe, transmetteur et j’en passe, j’avais fini par me choisir les fonctions qui me ressemblaient le plus, à savoir tirer et diriger en commandant l’équipage. Je devais être libre de tous mes mouvements et pas monopolisé par la conduite du véhicule, j’avais besoin d’aide.

Voici précisément comment se passa cette rencontre. À y repenser, même presque cinquante ans plus tard, j’en ai les larmes aux yeux, c’est un aveu qui me coûte.

Il arriva habillé comme un pilote d’avion de la première guerre mondiale, sûrement un vétéran.

- Je sais piloter les motos, qu’il me dit, comme ça tu pourras tirer sans te soucier de rien, je suis aussi capable de prendre des chemins tortueux et de me sortir de situations très difficiles.

- Ah bon, Ah bon, eh ben ça m’intéresse, j’aurais besoin de quelqu’un comme toi, et tu saurais aussi te défendre ? Car où je nous emmène, ça va salement camphrer, que je lui dis. Je ne te promets même pas le retour, à priori on ne part que pour des allers simples.

- Ça me va, je suis ceinture noire de Takhinn- Mouapah, un art martial fort redouté d’où je viens, pas de souci de ce côté-là !

- Fabuleux ! Que je lui lance. Et moi je suis ceinture jaune de judo, ceinture jaune deux barrettes, bientôt ceinture orange !

- Sommes-nous donc invincibles ? Qu’il me demande.

- Je le crois, rien ne nous arrêtera, rien, ni personne, je le jure, nous allons faire du bon travail !

- Alors en route, la moto nous fournira l’accessoire providentiel au moment voulu, comme par magie !

- Oui oui, en route, mon ami, nous ferons connaissance !

Le témoin :

- Notre ami Selder vient de se faire son premier ami, un ami imaginaire, bravo. Ce psychopathe notoire ne recherche par-delà ses récits et sa carrière, que la consécration de ses actes. Banal.

- Merci témoin !

- Moteur !

Les aventures de Gnome & Rhône Episode 0

Notre ami Carlos Dasilva alias Joao Dantas de Lima est un fils de famille riche beau et doué, il a vingt et un ans. Ses parents conscients du potentiel ont guidé ses premiers pas vers les meilleures études dispensées uniquement par des professeurs particuliers couteux mais agréés. Diplômes, permis de conduire, argent de poche, copines consentantes et abondantes, cela va de soi… rien ne manque.

Madame Dasilva mère :

- Eh ben quoi ? On n’allait pas se faire chier à l’envoyer chez le gros tas de chouettes copains du privé ni dans le gros et immonde public ça va pas ? Mon Carlos ne supporte que le meilleur, il est comme sa maman, il n’aime pas le médiocre, y’a un problème avec le meilleur ? Je n’ai pas d’autre gosse, je ne voulais pas être déformée par les grossesses, je voulais être la première de ma famille de bovines génitrices. Ce gamin-là est parfait. Sinon son éducation nous coûte la peau du dos; entre le cheval, le dessin et cette connerie de flute traversière, ces dépenses somptuaires prennent des allures africaines. D’ailleurs à ce propos, il va arrêter cette pratique de travelo qu’est la flute traversière, encore une idée de mon mari, je n’aime pas sa façon de prendre sa flute en bouche, on dirait moi avec son père, pas de mauvaises habitudes ! Cependant, ne croyez pas que j’en fasse une tarlouze, loin de là, il pratique le motocross de haut niveau depuis qu’il sait marcher, il court comme un lièvre et mon jardinier qui me sert de tuteur quand mon mari est au taf l’a initié depuis son plus jeune âge au redoutable « Takhinn-Mouapah »

Takhinn-Mouapah Wikipédia : Avant de devenir une marque célèbre de GPS, Magellan revint des Molusques, îles régies maintenant par l’Indonésie, avec dans ses malles un lot de techniques ancestrales de différentes luttes venues du monde entier. Transcrites sur papier, gagnées de haute lutte à la canasta, ces savants mélanges de techniques de combats redoutables se transmettent en secret de jardinier en petit fils d’éboueurs depuis cette époque. Complètes, elle se composent de boxe pieds-poings, coudes-genoux, coups de tête, de combat au sol incluant les clés de membres et les étranglements, de l’énucléation avec l’index, du déchaussage progressif des quenottes à coups de talons, du lancer de canette de bière, du maniement du tabouret de chambrée, et du « jo » (manche à balai en japonais).

Notre ami Carlos s’ennuie grave dans son monde de bigorneaux comme le papa pingouin qui s’étiole sur la banquise en rêvant à d’autres décors. Comme un bon garçon conscient de la chance qu’il a d’être né dans une famille aisée d’un pays à l’économie très moyenne, il étudie avec conviction et ne déçoit jamais. Jamais un mouvement d’humeur, il sait qu’il n’en a pas le droit, sa vie est abondance, les gens qui l’accompagnent ne sont là que pour l’aider. Se révolter ? Mais contre qui, contre quoi et pourquoi ? Même l’avenir est assuré par les relations des parents. Un rêve alors ?

Carlos a entendu parler d’une armée en France, une armée composée d’étrangers, une armée d’aventuriers et de repris de justesse, la Légion Etrangère. Le jardinier qui s’occupe de sa mère en l’absence de son père et qui l’instruit en les choses du Tackhinn-Mouapah est un ancien légionnaire. Après la leçon quotidienne, le rustique se lâche et lui parle de ses anciens frères d’armes et ses campagnes à travers le monde, ses anecdotes, ses amours, ses bagarres, sa dure vie de soldat qui ne font que lui manquer tous les jours de sa vie…

- Raconte-moi encore ! Depuis qu’il a cinq ans il entend les histoires de son maître d’armes, aujourd’hui il est prêt. Prêt à quoi ? Prêt à se barrer, tout simplement, tailler la route, faire sa vie ailleurs mais pas ici. Son père lui a dégoté un boulot dans sa boite, un taf étonnamment bien rémunéré pour un débutant, avec grande, mais très grande possibilité d’évolution à moyen terme. Cette place l’attend depuis son diplôme, avec ses camarades de classe qu’il aurait dû avoir, enfants de dirigeants comme lui, un petit peu bien moins nés que lui quand même.

Le père :

- Tu iras te présenter lundi matin dix heures à l’adresse que voici, le nom de l’entreprise est Ghore-Mône SA, une boite d’import-export, une filiale de mon entreprise.

- Une fois ma journée terminée et enfin seul, pensa Carlos, je prendrai le train pour la France et m’arrêterai à Perpignan, de là, j’irai à ce fameux poste d’information de la Légion Etrangère d’où je pourrai m’engager et partir à l’aventure et au danger. Je ne prendrai qu’un simple sac de sport avec un peu de rechange, je ne reviendrai ni à la maison ni à ce travail qui déjà m’exaspère, je vais appliquer un vieux précepte très français qui affirme que l’ingratitude est la grandeur des peuples. Comme les femmes ont des montées de lait, je sens monter en moi l’ingratitude, waouh, c’est bon la honte !

Jour J, heure H. Complètement à l’ouest, Carlos Dasilva arrive au pied d’une tour dans un quartier industriel de Lise Bonne et cherche un nom d’entreprise qui s’apparente à quelque chose comme « Ghore-Mône ». Ce que ne sait pas notre jeune ami, c’est qu’il s’est complètement gouré d’adresse tellement il n’est pas concentré; il n’a qu’une envie, c’est de prendre son train pour la France et ce sera seulement ce soir. Il cherche, il cherche et il voit sur un post-it mal placé sous les boites aux lettres « Gnome &Rhône ». Enfin !

- Me voilà rendu, c’est étrange, rien n’indique l’étage, putain, ça commence bien, je vais monter à pieds et inspecter les portes et les couloirs, je finirai bien par trouver. Dix étages plus tard, rien, il est arrivé au niveau de l’échelle rouillée qui permet d’accéder au toit. Il se met à parler tout seul.

- Mais c’est où, « Gnome &Rhône »? Merde !

- La trappe - trou d’homme - qui permet l’accès au toit s’ouvre brusquement, une voix l’interpelle…

- C’est ici, vous venez pour quoi ?

- L’annonce, c’est mon père qui m’envoie.

- Ah bon ?! Montez rapidement s’il vous plait, vous fermerez derrière vous !

Sur le toit, Carlos est très intrigué par l’endroit qui ressemble à un surplus de l’armée et l’apparence de son employeur qui lui fait penser un aborigène.

- J’ai besoin d’un collaborateur, ça urge, un gars en qui je dois avoir une confiance absolue, pas un mouton suiveur, un sujet à part entière; qu’est ce que vous savez faire et uniquement de vos dix doigts, parlez, faites bref.

- Concrètement pas grand chose, si ce n’est que je suis habile à la bagarre, je sais piloter des motos de cross, j’ai des diplômes qui attestent que j’apprends facilement des choses compliquées et que je restitue assez bien ce qu’on m’enseigne.

À propos, je suis bien chez Gore-Mône, vous travaillez pour mon père, qu’attendez-vous de moi ? Je vais être franc avec vous, je ne vais pas m’éterniser ici, j’ai des projets d’aventures, de voyages et de combats dans les rangs de la Légion Etrangère, et ce dès ce soir.

- Je bosse pour moi et personne d’autre, ici c’est Gnome&Rhône, je fais du transport parallèle et pour ce que tu viens d’énumérer à propos d‘évasion, pas besoin d’aller en France, je suis en mesure de t’offrir de vivre tes rêves à partir d’ici même !

- Je crois que je me suis trompé d’adresse, je vais y aller.

- Attends, peut être pas… Écoute et regarde, je vais faire les questions et les réponses. Vois le matériel sur ce toit, la trappe ne peut faire passer que des petits outils et des hommes, vois la moto et interroge toi sur sa place, son usage et surtout comment est- ce possible. Si tu décides de m’assister, je t’emmènerai partout dans le monde, au danger souvent, dans l’illégalité toujours, gagner parfois des sous à faire le taxi et la messagerie. Si tu ne veux pas rentrer chez toi, j’ai tout le dernier étage que je squatte avec ma mère, tu es le bienvenu. Ma mère travaille comme femme de ménage dans des bureaux et dame pipi à la gare Santa Apollonia de Lisbonne, c’est elle qui récupère le téléphone des clients à contacter dans les toilettes des hommes et qui les efface aussitôt après me les avoir transmis. Tiens, là, tout de suite, on va aller au Japon, on sera revenu dans une heure, le temps de t’expliquer le procédé nécessaire. Viens !

- Je ne vous connais pas et vous me faites déjà confiance alors que vous, vous ne me connaissez pas.

- C’est pas vrai, j’ai l’impression de t’avoir toujours connu, si tu es là, ce n’est pas par hasard… je crois au destin et ton destin, c’est moi. Qu’as tu à perdre, qui t’attends, viens, as-tu peur ?

- Même pas, je ne sais pas pourquoi.

- Je t’emmène au Japon pour définitivement te motiver sur l’heure, embarque ! Tu sais piloter des motos, ce n’est pas mon fort la moto, pilote, toi !

Une heure plus tard…de Retour sur le toit.

- Alors mon pote, qu’est ce que tu dis de ça ?

- Putain, c’est génial, j’y crois pas, je suis ton homme !

- À la bonne heure, au fait, moi c’est Gnome, tu seras Rhône à partir de tout de suite. En attendant un client, une fois posé ton sac dans ton nouveau chez toi, je te brieferai sur le matos et le minimum de sécurité qui fera qu’on sera crédibles…

- Et quand on n’aura pas de travail qu’est ce qu’on fera ?

- Plomberie, carrelage, plâtre, divers travaux de maçonnerie, au black naturellement, je ne paye pas d’impôt; si tu veux je t’apprendrai. On va aussi parfaire ton habilité et ton agressivité en combat, tu vas voir, tu vas salement progresser !

- Ah ouais, bon plan le bagage manuel et technique, je marche !

La mission : Le contrat immobilier.

Amalia Pereira vient de terminer de brillantes études de commerce, elle parle trois langues avec une facilité qui agace, elle traduit simultanément, et négocie avec la diplomatie et la gentillesse d’une jeune personne intelligente. Elle vient d’être embauchée à l’essai dans une grande agence immobilière de Lisbonne. Aussi, pleine d’enthousiasme, chose si naturelle chez une jeune, elle se donne sans compter; les clients l’adorent, surtout les asiatiques qui raffolent des blondes bien blanches avec des gros tétés !

Michel Onfray :

- Brune et velue aurait été plus convaincant, surtout pour une portugaise !

- Merci Michel !

Jolie et intelligente, c’est décidément trop pour le troupeau de nuisibles quadragénaires qui lui servent de collègues, ou plutôt de simples relations de travail imposés par la boite.

- Il faut laisser sa chance aux jeunes, pas la leur donner, on ne peut tout de même pas tout leur mettre dans le bec, nous qui avons eu si peu !

C’est donc en conformité que tous les matins depuis deux mois, on laisse de petits travaux de traduction et de paperasses à notre Amalia, il faut bien commencer. La valeur n’attend pas le nombre des années, c’est le père Corneille qui l’a dit, Corneille, le dramaturge pas le chanteur, j’entends. Néanmoins, le staff de commerciaux de la boite ne l’entend pas de cette oreille, ça jalouse sec ! On la trouve un peu jeune, prétentieuse, avide et vulgaire comme cette cuistre de Lara Fabian, on l’aimerait mieux borgne et mongolienne, parce qu’on trouve toujours des qualités ou une beauté intérieure aux bancales, z’avez qu’à demander à Laurence !

Michel Onfray :

- Putain de facho !

- Merci Michel !

Par contre, on trouvera formidable et bouleversant, un trisomique que l’état exige d’embaucher et qui triera des étiquettes rouges et pas jaunes. La jeune Amalia se remémore quelquefois, en rentrant chez elle, le doux temps de l’insouciance, à l’école de commerce de Lisbonne, d’ailleurs elle en sanglote d’émotion, toute seule dans sa kitchenette de débutante dans la vie, qui doit en chier salement sa race avant de mériter un regard compatissant d’un de ses aînés (Attention, c’est le passage Cosette !)

Eh oui, la miss, si le simple talent suffisait, ça se saurait !

La période de Noël approchant, une affaire juteuse est proposée à un ancien par le patron de l’agence :

- Licurgo, je m’adresse à vous comme le plus expérimenté et aussi le plus ancien de la maison, il s’agit de fourguer des locaux neufs à un bandit local en Angola, au centre de la capitale. Il me faut un diplomate : j’ai pensé à vous, car vous représentez la magnificence de la culture portugaise, dites moi oui !

- Franchement non, patron, Noël approche, je voudrais ne pas manquer l’anniversaire de la naissance du Christ, faire baptiser mon dernier fils par la même occasion; ma fille vient de se convertir à l’islam, on circoncit son fils le lendemain de Noël en même temps qu’on excise sa fille cadette, alors vous voyez, votre bandit, il peut aller au diable !

- En effet, dites donc, c’est fou ce que les fêtes religieuses ralentissent la bonne marche du monde.

- Par contre, dit Licurgo, la petite Amalia est just-baptised, et pas pratiquante du tout, elle est un peu mal vue par les autres à cause de ça; je propose comme ça en passant, afin qu’elle fasse un peu ses preuves, surtout en matière de disponibilité, qu’il serait de bon ton de l’envoyer tester sa loyauté en même temps que ses compétences, hmmm ?

- Puissamment raisonné, je vais de ce pas la stresser et la mettre sous tension, j’en profiterai pour lui gonfler la patate sur son avenir dans la société, ainsi que l’honneur qui lui est chu d’une mission de mouise pareille.

Le patron se fige devant son miroir et prépare le faciès qui doit convaincre et impressionner la jeune Amalia. Eugène – le patron s’appelle comme ça, sans doute en remerciements de l’accueil reçu en France par son grand-père…

...

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