Les fastes, ou Les usages de l'année , poëme en seize chants. Par M. Le Mierre

De
Publié par

A Paris, chez P.-Fr. Gueffier, libraire-imprimeur, rue de la Harpe, à la Liberté. M. D. CC. LXXIX. Avec approbation, & privilege du Roi. 1779. XVI-315-[1] p. ; in-8.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1779
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LES US A G ES
LES FASTES,
LES USAGES
DE L'ANNÉE.,
POEME EN SEIZE CHANTS.
A
Chez
rue de la la Liberté.
M. D. CC. LXXIX.
Avec Approbation, & Privilège dit Roi,
A VE R TJSS E MENT:
l'autre je voyois plus de philofophie à ré-
pandre. Ma patience étoit alarmée, mais mon
amour-propre était piqué. Moins mon fujet
prqtoit à l'imagination plus il yauroitde
mérite k le créer. Le Poëte par l'invention
doit reJTembler à UlyfTe qui brûlant de
revoit fa patrie, conftruifit lui-même le vàif-
feau fur lequel il en entreprit le voyage.
D'ailleurs les coutumes que j'avois de-
crire, étant appuyées Jiécelïairement fur
quelqu'une des faifes de l'année je pou-
des peintures fommaires de ces
la bafe de nos
-Plus heureufe que nos ufages même,
in*a|tiroit
de lier les objets que
L'année dans fes époques
point de tran fitions les Objets, graves ou
frivoles, y font jettes comme au hafard. La
Foire Saine-Germain par exemple ouvre le
lendemain de la Fête de. la Purification te
A V ER T IS S RM E N T. vij
a iv
jour des Morts toùche à la Saint-Martin,
& ces retours de Fêtes fi différentes font
placés dans les mêmes mois. Si j'euile
préfenré l'année telle qu'elle eft, f je n'euffe
fait que montrer un ufage après un autre, je
donnois au lieu d'un Poème, un recueil de
pièces fugitives & difparates; nl falloit donc
chercher des transitions faciles qui fuffent
comme autant de ponts furbaiflés où le
Lecteur pafsât fans fatigue d'un objet à
l'autre il falloit entre un tableau majeftueux
un fujet frivole, ménager des intervalles,
pour ne pas présenter des couleurs trop
heurtées; il falloit quelquefois que le com-
mencement d'im Chant fe fentit encore du
caractère des images qui terminoient le
précédent comme on voit les eaux d'une
rivière laifler au fleuve où elles fe jettent une
demie teinte fenfible qui ne fe perd qu'au
loin dans ton courant. Il falloit enfin dans
d'autres occafions plus rares, favoir violer
r.
je in'itois ?prefcïite & pafTer
d!un fujetà Faùtre fans fi. J'ai donc
Hé, tantôt féparé mes tableaux >
& (ans m'alïajettic à, finir; les 6hants dans
TordEeides mois j-^iluivi feulement l'année.
iLa'raifon dansées objets
avec? chaque mois gaieté dès4orsafe^ai-
rèmeat difpenfé de fuivre la-
l'atinée & j'ai pu -préférer: celk <à& (èize
Chants quatre
des
quatre faifons»
•'̃IiCS^ ne pas
êtr^ï^jifes^puîlque^epeigïioiscraruiiée; elle
dcqupeoït peu; de place dans
plus elles infpirenc de vénération ? moins il
falloit les prodigaeiv Le morceau de la
la: Fête de Râques qui
foit détaillé dans-l'ou=
vcagfi. autres^ comme les objets
M E N T. ix
de la foi exigent la foumifîion de refprit je
lï'ajpris que le côté moral qu'elles pou-
voient préfenter, comme le feul dont on
puiffe tirer des motifs de conduite.
J'avouerai que je ne voyois pas l'étendue
de mon Ouvrage, quand je l'ai commencé;
qu'embarqué fur cette mer & après avoir
long-temps vogué) me voyant encore loin
du port, j'ai été enrayé de la longueur de
la traversée; mais la variété des points de
vue que je reneontroïs allégeoit les fatigues
de la navigation je ehangeois tiiême en
quelque forte de bâtiment fur la routé:
tantôt je montois, le Navire
orné de fleurs & de banderoles dorées tantôt
c'étoit le vaifîbau qu'Egée donna fon fils
& qui portoit des voiles noires tantôt je
me; jettois dans une nacelle de pêcheurs.
Du moment où j'ai pris la plume, je me
fuis attendu a toutes les critiques j*ai vu.
même afe de perfonnes fenfées, prévenue^
ME NT:
au premier cDup-d'œil contre mon fu jet, êc
je me ferois déterminé à, 1.'abandonner fi
j'eufTe eu moins de réfolucion rnais c étoit
un fuiet neuf, & ils font 6 rares côtoie un
fujet national varié à l'infini ,;ou fi d'un côté
j'avois à craindre du'on ne voulût voir plutôt
la bigarrure que la variété, de l'autre j;avois
pour encouragement ces deux vers de
Heurcux qui dans les vers «fait iïùtie voix légère
Pajferdu grave au doux, du, plaifantaufêvere. <̃>:
Il faut convenir cependant que la variété
même pouvoit produire, la monotonie dans
un. Poëme aujîï diverfifié & que la qualité
celle qui fait le charmâmes écrits devendic
pour la première fois récueiï d'un Ouvrage:
pour obyier. cet inconvénient j'ai femé
mon Ppirne de morceaux defentiment &
;de philqfophie • j'ai j etté quelques epiiodes,
^ç j'ai cherché à nous garantir mes lecteurs
& moi de la langueur du genre defcriptif
trop prolonge.
J'ai employé ierithm'e alexandrin, quelque
matière que j'aie eue a traiter, persuade qu'il
fuffifoit de changer de ftyle, fans changer de
mefure. J'ai tâché autant que je l'ai pu de
donner la forme dramatique à mes images
f la peinture vaut mieux que la defcription,
fanion eft encore au-deflus de la peinture,
&'rien<n*anime la poéile comme d'intervenir
foi -même à la fête qu'on préfente ainfi en
parlant du bal je ne l'ai ni décrit ni peint,
j'y étois.
J'ai copié ou vérifié fur les modèles plu-
lieurs de mes tableaux, fur-tout les tableaux
champêtres, pour ne pas peindre la campa-
gne en citadin qui faute de l'avoir observée
manqueroit la reflemblance & paroîtroit
n'av oir connu la nature que par tradition.
Je ne me fuis pas contenté de lier par des
crantions tant d'objets différens; & même
xij AVERTISSEMENT.
opposes, de manière qu'ils défi vaifent les.
uns des autres, au lieu de le fliceéder froide-
ment & fans connexion, J'ai cru qu'il fal-
loit laifler entrevoir dans l'ouvrage un fil
moral & philofophique qui reparoilTant de
tems en tems fût la liaifon générale du Poëme
& fuppîéât a Tuoicé qui lui rnanquoit.
Il iklloîc fur tout en ? montrer le but.
hommes
c^irttedesVilics loix ̃ pour
fé gouverner, ce ne, fut la qu'une première
union des familles entr'elles !es ufages an-
niversaires en convoquant le peuple
î^lns'lfeûx >$k certains teins en ajournant les
leurimontrerent qu'elles? ne font: qu'une fa-
mille; i fubdiyifcé branches
les mêmes intérêts les mêmes
devoir^ j ,1a
Quelques-uns de ces ufages de ralliement
avoient encore-une utilité plus immédiate, iis
AVERTISSEMENT, xiïj
fervoient à rapprocher ceux qu'une indo-
lence naturelle ou même des refTeotimens
fecrets auraient tenus éloignés pour toujours.
Forcés de s'afTembler de fe revoir a des
jours marqués; ne pouvant du moins s'endifc
penfer fans choquer les bienféances le pro-
cédé les ramenoit au fentîmenc ils repre-
noient iiéceffairement les uns pour les autres
la bienveillance & la cordialité mutuelles
que ces points de réunion faifoient renaître.
Ceux qui ont remonré jurqu'à l'origine
des fociétés, n'ont peut-être pas afTez fait
obferver cette influence fecrette des ufages
de ralliement fur les hommes rafFemblés, &
ce feroit peut-être la matière d'un Ouvrage
a part. Tous ont parlé des loix, des mœurs
des inftitutions fociales aucun d'eux n'a dé-
veloppé l'avantage des coutumes qui raflèm-
blent les familles entr'elles ou toutes les
familles en même tems: quelle force cepen-
dant, quelle utilité ces coutumes n*6nt-
elles pas eue dans tous les pays du monde ?
L'Empereur de la Chine fuivi de toute fà
cour, va labourer lui-même un jour dans
l'année cet exemple vaut feul tous les encou·
rtgemens qu'on peut donner, à l'agriculture.
En France l'usage des Cours plénieres
d'admettre en préfence de la nation deux fois
par an les plaintes des vaffaux & des cliens,
n'étoit-il pas le frein le plus fort qu'on pût
mettre aux prévarications des Juges & au
defpotifme des Seigneurs ? Les ufages les
plus utiles ne font pas ceux que les hommes
fuivent en filence chacun de leur côté & d'une
maniere ifolée ce font ceux qui ont une pu-
blicité locale, & qui les réunifient fous le
même drapeaù.Les occafions d'être enfemble
établirent entr'eux une forte d'égalité dont
les avantages font fenfibles un même efprit
les anime, ils abandonnent les fentimens
perfonnels pour s'unir aux afFe£lions géné-
l'ales; chacun tient à tous, & tous ne font
qu'un on fe quitte foi-même fans effort, fans
xw
facrifices; on eft ce que font les autres,
on fe retrouve en eux il n'y a plus qu'une
exigence publique, nationale commune,
indivifibl e on fe concentre tous à la fois
dans l'objet qui raiTemble il n'y a plus qu'un
fentiment, qu'une idée.
Qu'eft-ce qui foutient la Religion ? ne
font-ce pas les aflembîées du peuple dans
nos temples ? Croira -t -on que les mêmes
exercices de piété pratiqués féparément
dans l'intérieur des maifons, excitaient le
même zèle, la même ferveur ? Les Contem-
platifs ont beau vanter le recueillement de
la retraite les avantages de la méditation
ce n'eft point dans la folitude c'eft dans le
concoures général que les âmes s'échauffent,
s'éle&rifent quel eft le coeur fenfible qui
n'eft pas touché dans nos Eglifes des élans
afFeâueux de la piété communicative &
de la priere générale ?
Je n'ai point rappelle tous les ufages de
mm m m..
Vm®é% il f en a peut>ê%e mutant ^qùe 4è
jours & j'aurois fou vent retracé des tableaux
peu intéreuans je me fuis borné aux ufages
quels qu'ils fufTent qui étaient fufceptibles
d'être ornés parla Poéfîé. Qu'aurois-je pu
tirer en effet de poétique de Fumage des
Péniteiis bleus oublanesy filpng^teittps füivi
dans les Provinces méridionales ?
Les anciens ne faifoient ni préfaces, ni
avertiflements
imiter, inais la tête d'un Poëmefun lés
ufages je me fuis conformé à celui de mon
J'ai mis des remarques a la fin de chaque
Chant mais courtes, en petit nombre ne
voulant pas trop empietter fur le terrain des
Gomineirtaleurs.
LES FASTES
A
LES FASTES,
ou
L E S USAGES
DE 'L'dNNÉE,
En M E.
I.
IVl use qui par la voix d'un Cygne harmonieux,
Né fur les bords du Tibre & Chantre de fes
Dieux,
Des jours fameux dans Rome enfeignas l'origine j
Échauffé comme lui par ta flâme divine,
2 ^r.
Invocation
à la variété.
J'ofe porter mes pas dans des Rentiers nouveaux j
Je chante des François les jeux & les travaux,
Les jours que mon Pays du nom de fête honore,
Et ce qui difparaît pour reparaître encore
Le tems au double vol, qui même, lorsqu'il fuit;
Ramené dans fon cours les momens qu'il détruit
L'homme, par le lien des coutumes publiques
Peut être mieux uni que par les loix civiques.
Je peindrai les humains dans des rangs inégaux;
Et parcourant l'année en mes divers tableaux,
Je montrerai nos moeurs dans ce champ circulaire,
Que forme, par Ion tour, l'aftre qui nous éclaire.
Fille de la nature, éternelle beauté,
Des mortels inconftans piquanre Dette,
Toi- qui, dans l'arc dès deux, fufpendis ton
emblème
Et --portes fur te front un prifine en diadème,
Toi ^ui, de tes pinceaux, ou gracieux ou tiers,
CHANT 7. 3
Aij
Colores les objets épairs dans ]'univers,
Et qui., dans ce tableau fi mouvant Se fi vafte
Vis- par le changement regnes par le contrafte
Riche variété, mon fujet t'appartient;
D'autres te chercheront, ta faveur me prévient:
.L'année à tous momens par toi change de face
Mes vers feront comme elle, en courant fur fa
trace
Humbles j majeftueux, frivoles quelquefois;
Fais qu'aucun de ces fils ne fe mêle en mes doigts j
Dans des chemins rompus, incultes ou fauvages,
Toi-même avec adreflè applanis les paflages.
Pour qu'un-nouveau laurier puiffe parer mon front;
Teins mes écrits changeans de l'objet qu'ils
peindront
Si la trace des Dieux fut, dit-on, reconnue
Aux parfums qu'après eux ils lailToient dans la
nue,
Que dans mes vers ainfi chaque trait apperçu,
4 LE S F A S T E S.
Premiet de
l'au.
Se fente du trépied où je l'aurai conçu;;
Que le plus humble objet brille encor -d'étincelles;
Même quand rodeau marche on fent qu'il a
des ailes,
Tandis que 'le Soleil à travers les frimais,
Par d'obliquer rayons effleure nos climats,
Quelle main confacrant la premiere journée,
Vient ouvrir devant moi les portes de l'année?
C'éft toi, Religion le front ceint d'un bandeau
Ton calice eft auprès de l'urne du V erfeau
L'homme, 6 Traverse dans fa courfe pénible,
Eft rappelle vers toi, s'il porte un cœur fenfible
Comme tout eft fournis aux divers changêmens,
Que tout eft pafTager, que la mort fuit le tems;
Comme il n'eft point d'année où l'homme exempt
• d'alarmes, *t; :̃' y. -]-̃̃ vv
Sur les fiens ou fur lui n'ait à verfer des larmes,
Nous demandons au Dieu:, moteur de nos deftins,
CHANT L 5
A iij
Qu'il prenne en main le fil de nos jours incertains
Et qu'il conferve encôr par fa bonté fuprême
Dans ceux qui nous font chers, la moitié de nous-
xnêrne»
Ces prémices de l'an ne font. point fans appas,
Le tems paroît alors retourner fur Ces pas j
Des fleurs dont l'efpérance eft toujours couronnée»
Allons orner le front de la naiflante année
Peut-être elle réferve à nos voeux aflidus r
Des fuccès jusqu'ici vainement attendus.
Nous aimons l'avenir) c'eft fin lointain magique
Où l'objet s'offre â nous fous l'attrait qui nous pique
L'efpoir a beau, tromper;, toujours l'homme
incertain
Prend l'appui du rofeau qui rompit fous fa main.
Ou s'enrôlent j,adis nos crédules ancêtres ?
La, veille de ce jour ( i ) à la voix de leurs Prêtres.,
Ufage de»
Gaulois.
6 L E S F A S T ES.
Palais Mac»
chaud.
Le Peuple défertoit fes foyers fur le foir
Le Gaulois infehfé, trop jaloux de prévoir,
S'enfonçoit aux forêts, ou là nuit même encore
N'en figuroit que mieux l'avenir qu'on ignore
Là, parmi de vieux troncs, emblème naturel
Du long âge obtenu f- rarement du Ciel
Le Druide, monté fur un aûtel riiftiqne
Détachait du rameau là plante prophétique
Qui germe fur h ëhênë s Se fembloit dans fa
Être un feuillet facré du Livre du deftin.
Des fuperftitions l'homme a brifé la chaîne,
It nïritèrroge plus le dellin fur un chêne;
Et fans toàrir au loin dans le fond des forêts
Plus frivole & plus fage il vole à dlës hochets.
Au centre de Paris eft une antique enceinte
Où l'ardente chicane a mis fon labyrinthe:
Tout le Peuple à fês murs livre un joyeux aHaut j
C H A N T 7
Aiv
Des dons du nouvel an, la. brille le dépôt;
La mode en vingt endroits, fur un pivot affife
Un moulinet au front, je change pour devife
Étale tous l'abri du verre crânèrent,
De cent colifichets le mélange attirant;
Bagatelles de prix $ joyaux > léger bagage,
Que fur fon aile Ainour va porter en hommage.
Pat- tout le lendemain, autres foins
Et d'une même ardeur les efprits font pouffes
C'eft un Peuple enfantin que la foif des étrennes
Fait, à pas alongés, trotter vers leurs maraines
Ce font des fanfonnets fifïlés par des pédans
Qui vont en vers d'emprunt haranguer leurs.
mamans,
Et de l'air, dont en- cla(ïe ils récitent le thème,.
Bégayer les tranfports de leur amour extrême.
Ce font des protégés qui, vers le prote&eur,
Courant fe proftefînet avec un ton flateur,
8 L E S F A S T E S.
Pour avoir au befoin audience apurée.,
Dans la maki des valets gliffent le droit d'entrée
Le marteau retentit aux portes des Palais,
On députe Ces noms, on fe voit par billets,
Et l'on croit du logtelë maître affez honnête (z),
Pour vous fermer la porte;1 pareil jour de fête.
Le Peuple moins bifarej & fur-tout plus aimant,
Tout le jour eft en courfe & fe cherche vraiment
̃Oeft l'Hôte qù'il vifite, non le 'domicile:
Parmi les chars roulans le fantaflïn défile;
On s'éloigne f cuvent de ceux que l'oir pourfuir,
On s'embrafïe à la hâte, on fe quitte & l'on
fuit
Ce jour fait pour la joie & pour fa douce ivreffe,
N'admet point de difcorde avec fon allégrefïè
La paix, en embufcade au détour d'un chemin,
Force ici deux rivaux à fe tendre la main;
Là. les inimitiés paroilfent fe fufpendre,
La haine cache au moins fon cifoh fous la cendré;
Z TZ I. 9
Mais fi l'accueil eft feint c'eft fur-tout à la Cour
Où l'on prend double manque en l'honneur de
ce jour,
Où vers l'heureux en place àl'envi chacun vole
Devant le piéde&al plus que devant l'Idole.
Janus toi dont le nom par le Tibre inventé,
En têts de ce m.ois parmi nous eftrefté
Toi qui permis toujours ces perfides ufages,
La fable, avec raifon, te donna deux vifages(^).
O vous qui loin des Cours fous le chaume
êtes nés >
Ces mafqùès nè font point fur vos fronts bafannés;
Sous la bure en effet vous déguifez moins
l'homme
Dans les murs des hameaux, quelque tête qu'on
chomme
Rarement vous preflTez contrepn perfide féin.
Celui qui vous aborde en vous ferrant la maiu:
io LE St
poiir Vous
I/ârt n'en profane point les
fête dt Sainte
Geneviève-
G*e& là que tu naquis toldont lis fiôtn Vanté »
Des échos déNanterrê^eftençoc l •
Habitante des Cieux, |a4isiîmplè Bergère,
Aujourd'hui de Paris FétoUe tutélaire ï
Sixte né çommt toi dans le fein des hameaux
Mercenaire gardien du plus vil des tronpea ux 3.
Que depuis, la fortune en miracles féconde
par degrés au pretrii:er rang du monde 9
Au faîte éblouifTant de fa profpérité
Mrëtonnehîoins que toi dans ton obïcurité I4}»
eft loin de la gloire
Qu'une innocente vie affure à ta mémoire: iù'ï
Iji dois 4 ta vertu ce temple iî pompeux ( 5^,
Placé fur la montagne où tu reçois nos voeux:
Si tu vécus SoWcure^ & ̃;̃••: il
En fceptre, après ta mort 3 ta houlette efi:
L il
Qu'entesds-je? un cri joyeux forci de mille enclos, Les Rois.
Dans l'air qu'il a frappé, fe prolonge en échos;
Quelle fosîe de Rois femble être proclamée?
Je reconnois là fête antique, accoutumée
De ces Rois qu'une étoile errante dans les Cieux,
G uide au berceau du Chrifta en marchant devant eux.
Auprès d'eux les Bergers venus dû voifînage,
Simples dans leurs préfens apportent en hommage
Le feigle & le froment, par le lait détrempés,
Des mets pétris des fucs que l'abeille a pompés.
Aux fefli-ns de ce mois, c'eft ce mets qui domine
Uiage d'une antique Se modèle origine,,
Qui, jusqu'en nos Palais, nous retrace les mœurs
Du monde en fon enfance & des premiers Payeurs.
A la table frugale, à la table fplendîde
Au gâteau qu'on partage une fève réfide
Sous le tranchant acier qui la rencontre eft Roî j
Le convive lui-même en a prefctit la loi
Jadis l'urnedu fort fur aux mains des Sibylles,
Il LES FASTES.
Vieux fantômes l'effroi des Peuples imbéciles
Un ufage oppofé règne dans nos feftinsj
On s'écrie au plus jeune, il fe'ga nos
L'enfant tire en riant les parcs qu'il diftribue;
On effeuille avec foin la part qu'on a reçue;
Tout- à-coup, j e fuis Roi (6) crie un des conviée
Son titre eft reconnu, fes droits font publics r.
A boire au nouveau Roi la table eft fon empire i
Minifixes ^Chambellans lui feul peur tout élire
Et cri Roi boit, répété par éclats,
Retentit. aux deux boucs de fes nouveaux États.
La Reine, par le fort, treft pas moins Souveraine;
Toujours à nos banquets la Loi Salique eft vaine.
On ne contefte point fur les plaifirs des Rois.,
Ici c'eft d'attraper tout fon Peuple à la fois;
C'eft de boire à l'infçu de la table diftraite
Et les cris oubliés, l'amende eft d'étiquette
La Reine abufe mieux le convive aux. aguets
CRAINT L a3
Boit gît aux yeux, trompés 9 & gaiment ftupéfaits:
La- femme repréfente & la fête eft plus belle
Elle donne aux plaifirs une pointe nouvelle.
Qu'on vante des Romaines les fuperbes irepa-s,
Glycere y paroifîbic, mais n'y pré6doit pas?
IIs y nommoient un Roi; mais ces âmes hautaines
Sembloient, même en riant, n'ofer nommer des
Reines
La table émit couverte 8c de rofe & de thym
Et les plus belles fleurs manquoient à leur feftin.
Allume tes flambeaux (7) aux flambeaux de i«nocm.
ces tables
Hymen de jeunes coeurs impatiens aimables,
Attendaient le lien que tu vas leur trefTer
Dans la faime tribune vient de, l'annoncer
Chaque jour va t'offrit de nouvelles conquêtes
L'oranger j dans la ferre a fleuri pour tes fêtes
Mais fous cet appareil des. noces, des concerts,
i4 LES FASTES.
Qui fait pour les époux quels deftins font
couverts ?
Amans vous chéritfez la chaîne qui vous lie,
Sur ces premiers momens vous mefurez la vie;
L'heureux fort quand deux coeurs. ont pu fë
rencontrer,
Pours'almer dans un nœud qui doit toujours durer
Je ne viens point flérrir les myrthes fur vos têtes,
Puifïè un doux avenir Cuivre ces jours de fêtes!
Mais' Dieu! combien de fois la foule des amans
Prit pour le vœu du coeur, le délire des fens
L'Amçittr n'eft bien fouvent que; fiuffe fympathie
Sa flâme la plus vive eft bientôt amortie-; 4
crains tes droits abfolus,
Elle a trop à fouffrir quand plus;
pouvoir qui t'en: donne fur elle
loi, mais ton coeur en appelle'
Et ït tu ocrois; devoir dominer dans ces noeuds
Mets l'orgueii de ton (exé a rendre l'autre heureux.
C H A 2V T h i5
Et vous de vos enfans les refpe&ables guides
Cherchez à leur bonheur des appuis plus folides
Que l'ambition folie Se le vil intérêt
Souvent de leur malheur vous prononcez l'arrêt j
Aimez-vous vos enfans, pour les rendre victimes
Des nœuds les plus chéris Se les plus légitimes ?
Ou pour les opprimer êtes- vous leurs parens ?
Mères, garantie vos filles des tyrans:
La loi fit éternels ces liens volontaires
Cônfultez les penchans mais plus les caraéfcéres
On doit trembler encor quand on choifit pour foi
Qui choifit pour un autre, ofe plus que la loi.
Mais tandis que ma Mufe à ces confeils
L'heure vole, & la nuit avance fur la fête
On va fe féparer, & les jeunes époux
Vont chercher, loin du bruit, d'autres momens
jplris doux
%6 LES FA SX ES.
Mais toi, qu'avant la. noce peine ton épouse
Apperçut au travers d'une grille jaloufe
Toi qui n'as préparé par aucun foin touchant
Je ne dis pas l'amour, mais le moindre penchant;
Quels font ici tes droits ? d'un objet plein de
̃Ménages- m fi peu les pitdiques alarmes ?
Iras-tu profaner les timides appas
De celle que l'hymen jette ainfi dans tes btas ?
Sa jeune ame aux defirs n'eff pas ouverte., encore i
Et loin de ramener l'amqur qu'elle ignore,
Tu perds, auprès d-,un coeur, qui refte inanimé,
L'itiftant dont tu jouis & l'efpoîr d'être aimé.
Ah! vois, loin des Palais ou l'amour n'entre
gueres
Defcendre le bonheur fur des noces vulgaires;
Hors du bal à l'époufe on fourit en partant
Quel modefte embarras dans fon cœur palpitant!
Par les plus tendres foins ramant l'a prévenue,
L'époux
C H A NTL '7
L'époux avec tranfport la dérobe à la vue
Avec ce couple heureux l'Amour feuf refte en
tiers
Du je peindrois dans mes vers,
L'Amour fous les berceaux de Gnide ou de Cithere;
Mais quand l'hymen le fuit c'eft dans un
Sanduaire;
des momens û doux:
Ne peignez rièii ici mes vers arrêtez-vous»
fin du premier Chant.
NOTES
D Û C H A N T 1.
Page 5.
( 1 ) La veille de ce jour à la voix de leurs
Prêtres.
On alloic cueillir le gui de chêne en cérémonie
dans les forêts de Chantes, de Marfeille, &c.
Le. Druide le coupoir avec une ferpe d'or, & on
immoloit deux taureaux blancs au pied de l'arbre.
Page 8.
( z ) Et l'on croit du log is le maitre affe^ honnête,
Pour vous fermer la porte pareil jour de fête.
On paie au Bureau de la petite pofte, pour
faire faire des vifites de bonne année, à deux fols
pièce. Le Député, dit-on eft habillé de noir,
l'épée au côté.
Cette invention rappelle Tufage qui ctoit a
Rome & qui eft à Genève, des louer des femmes
pour pleurer aux enterremens.
Page 9.
( 3 ) La fable avec raifon, te donna deux vifages.
Ovide a mis dans fes Faites, liv. Iet. ce vers
burlefque, en parlant de Janus.
Sous de Superis qui tua terga vides.
NOTES DU CHANT i9
B ij
Janus étoit repréfencé avec deux vifages pour
montrer qu'il voyoit le pane & l'avenir) i cette
allégorie ne me paroît pas heureufe.
Le vifage antérieur de Janus étoit comme celui
de l'homme qui voit devant lui, fans voir l'avenir
& à l'égard du l'autre vifage quel privilège y
a-r-il à voir le paflfé? La fiction du Dante eft bien
plus ingénieufe il dit dans fon Enfer, propos
d'un Aftrologue qu'en punition de fa cùrioiïté fur
il a la tête retournée vers le dos.
Page 10.
(4) II fe camptoit lui-même entre les plus grands
Rois
Sixte V difoic qu'il n'y avoit en Europe que
trois perfonnes dignes .de régner Elizabech,
Reine d'Angleterre lienri IV & lui.
Page 10.
(5) Tu dois à ta vertu ce Temple Ji pompeux.
M. Source, connu par l'élévation & la noblelfe
de fes idées eft TArchiteûe de la nouvelle Eglife
de Sainte Genevieve elle eft bâtie dans le goîu
des Temples Romains le plan intérieur de ce
beau VaiÛTeau eft fur-tout d'une grande entente.
xo N0 T ES DUC HA N T I.
Page ix..
(6) Tout" à- coup j-e fuis Roi crie un des
Fontenelie ayant un jour la fève vous êtes Roi
lui dit-on Belle demande
(7) Allume us flambemx aux flambeaux de
ces tables.
On ne Ce made point pendant l'Avent; il n'eft
permis de faire publier des bancs que le lendemain
des Rois.
B iij
CHANT IL
QUEL froid a pénétré dans le fein de nos Lares ? l'hiver.
Ces êtres qu'on nous peint fous des formes bifares,,
Ces vifages bouffis fâns corps qui, dans les airs
De leur cuifânte lvaleine enfantent les hivers
Ont accouru du Nord ont partout, fur nos têtes,
Déchaîné les fureurs de leurs lourdes tempêtes
La bifè entre nos murs. d'un fouffie rigoureux
A féché les chemins de les nnlïeaux fangeux;
Le fleuve en une naît, & d'efpace en espace.,
S'eft couvert de glaçons voguant à la furface
Son canal condenfé par cet inerte amas,
Forme un terrein folide où j'affermis mes pas j
Et la barque &. la rame également oifives
Abandonnent aux chars le trajet des deux rives.
C'eft peu de ces objets les hivers redoutés
Ne tournent qu'à demi dans le feiu des Cités
ïi LESfl T E sT
les Patins.
Tant de murs & d'abris par leur yaffie affembiage,
Des vents interceptes tempèrent le ravage
C'eft hors de toute enceinte & loin de nos remparts
Qu'un changement de fcene étonne nos regards
Les forêts que bêtifie une; cîme infertile
Les chênes ébranlés que l?Àquilon mutile
Les tôrrens qui du haut des rochers & des monts,
S'arrêtent dans le vuide & pendent en glaçons >
La campagne un defert dont la lugubre enceinte
D'une morne trifteiTe offre par-tout l'empreinte
Un étroit horifbn voilé pari les brouillards,
Les finiftres corbeaux qui fur, la glace épars
Percent d'un cri funèbre une atmofphere obfcure
Et ferftblent annoncer la mort de la nature..
Au plus fort dès hivers fous l'âprêté, des vents,
La jeuneflTe au front gai, pour qui tout eft primeras,,
Sous fes pieds place un fer & de Ci lame
CHANT II.
B iv
Sillonne des étangs la furface immobile
Sur cette trifte arène elle amené les ris,
Comme dans les.- beaux jours fur les gazons
flenris
Par cent divers détours, jeux légers du caprice
On fe crotfe, on fe Fuit fur la glifïante lice;
L'an tout prêt à tomber de fou bras étendu
Regagne en un clin d'oeil l'équilibre perdu
Un autre dans {on, cours, fur la glace infidelle,
S'arrête tout-à-coup fe débat & chancelle r
Il.tombe chacun rit, fes compagnons joyeux
Le malin fpectateur y & lui-même avec eux.
Comme on vitaufortir de fa grotte profonde
Cette Divinité fille & Reine de l'Onde,'
Sur un trône de nacre, un voile dans les airs
Effleurer en courant, les espaces des mers
Telle on voit dans nos inurs quelque jeune
Euphrofine»
Les Traî-
neaux.
i4 LE S F A S TES.
Hiver du'
R iche.
Dans un tîaîneaa galant s'hiverner fous l'hermine}
D'un agile coiirfier les jarrets élancés
L'emportent far le nos ruiflTeaux glacés
La machine eft fans roue en
.Un pavillon léger y flotte fur la
Et
uh ̃e(qùi£
ces ruffes bu (armâtes^,
Ce fôhtfd?aittres plàiiîrs auprès de nos Pénates
«Lé chêne qui s*ernBrâfe en nos Foyers brûfahs
Anime nos
La flâme hofpitaliere aux amis de l'étude
pour 'àbïf déployé
Intefdifant au
En écarte de$
D'autres dépôts de feux par
C HA N T 1 l 15
Transmettent la chaleur de réduits en réduits;
Et taillant ignorer la plus âpre froidure,
Forment une autre Zone & changent la nature.
La martre naît pour nous dans le fond des deferts,
fous fa dépouille affronte les hivers
Aux lacs Helvétiens lis grebes chaleureufes-
Se couvrent de duver pour nos beautés frilleùfes.
Le jour trifte au-dehors eft beau fous nos lambris
La pompe manque aux Cieux, mais elle eft dans
Paris.
Euterpe MeTpomene & la Mufe folâtre
Attirenc tour-àtour à leur brillant théâtre
L'Élite de la Ville & cent jeunes objets
Dont un galant paiiâche émbellit les attraits:
ïéls 'qû'aà mur d'un jardin l'arbre en fleur qu'on
pâlifïe, "̃'̃•
Mille appas les uns vrais les autres d'artifice
Brillent de logé en loge avec grâce alignés
Par un oeil curieux tous ces objets lorgnes,
z6 L E S F A S TE S.
tliret du
Pauvre.
Et même à leur infa rapprochés par un verre,
Montent au paradis descendent au parterre
Partagent nos regards avec l'éclat des jeux,
Et charment les langueurs d'un entr'a&e ennuyeux.
Au drapeau des hivers les plaifirs fe rallient
Les cercles j les banquets les jeiix fe multiplient
Paris en eft la fcene & rhiver la moiflTon i
Du mortel opulent l'hiver eft la faifon
Quand, tout eu: dépouillé par les Autans en
guerre
Il paroît s'enrichir des pertes de la terre
Tout en: mort ou languit, .& lui feul eu: vivant.
O contrafte i ô deftin à fa porte fouvent
Un mortel malheureux, né fous de durs aufpices.,
Par un mm feulement féparé des délices j
Surcharge des befoins qu'apportent les hivers»
Sous de fragiles toits la bife entrouverts
Ignoré fans recours languit, périr peut-être t
CHANT IL. 27
Dieu maître des citons pourquoi l'as tu fait
naître ?
Pardonne ce reproche àfon affreux danger;
C'eft t'implorer pour lui plus que t'interroger.
Quand, par l'humide albâtre étendu fur la terre;
Les germes font fauvés du froid qui la relferre..
Sur fa. trifte furface elle a donc des- enfâns
Expofcs prefque nuds à la rigueur du tems ?
Quoi lorfque des hivers la violence utile
Vient détruire en nos champs l'infenfîble reptile
L'homme va-t-il périr fous les mêmes glaçons,
Avec le vil infecte ennemi des moiflbns ?
L'indigent Voyageur frappé par la froidure,
Aux corbeaux fur fa route a fervi de pâture;
Le Laboureur lui-même, enclave des travaux,
De la herfe du van, du foc & de la faulx,
A peine dans la nuit peut fermer la paupière
Tant le fouffle des vents ébranle fa chaumière
Sur la terre conte eux il n'a qu'un frêle abri i
ag LE S FA S TE s.
S. Antoine,
1 7 Janvier.
Celui qui la cultive à peine eneft nourri;
De fon front jauniflTant la fueur méprise
Eft le premier engrais qui Ta fertilise;
Et ce n'eft qu'en fouffrant qu'il arrive au trépas
Tributaire du riche Se bienfaiteur d'ingrats*
Punie aux chefs des Cités ma voix fe faire entendre
Dans le cours que ma Mufe ofa feule entreprendre,
Je te rencontré, Antoine, au milieu des hivers (i)
Reçois ô mon Patron l'hommage de mes vers
Habitant des rochers 3 & transfuge du monde,
Laifïè moi pénétrer ta retraite profonde;
L'efprk toujours rempli des objets les plus faints
Tu fuis- dans les déferts les profanes humains
Aux folitaires lieux comme toi je médite,
Et le Poète ainfî tient aux moeurs de l'Hèémite.
Mais fur d'humbles vertus conftàmment appuyé
Tu fuis loin des mortels pour en être oublié
D'aucunes vanités ton coeur ne s'inquiète
T ï L *9
Moi par ambition je cherche la retrace
La folitude échauffe un enfant d'Apollon s
Du calme autour de moi, mais du bruit pour
mon nom.
Le tems coule & malgré les ravages d'Éole
Du creux qu'elle habicoit l'alouette' s'envole j
Par la nature inftruit fiur la marche du tems,
L'oifeau donne aux humains des avis importans;
Le jour fous les frirnacs que l'hiver accumule,
Tenant des nuits encor ,n'eft qu'un long crépuscule
L'alouette pourtant hors de fon nid pierreux,
Annonce par fon vol un Ciel moins rigoureux
Elle avertit déja que le Soleil remonte,
Et qu'il va prolonger les momens qu'il nous compte
Infenfîbles clartés, fbibjes accroiuemens,
Le mouvement fubfifte & les re (Torts font lents
La nature agiflant dans le long cours des âges,
En montrant les progrès dérobe les paflàges;
Vol deï'A-
lavette.
7©" L E S F A S TES.
S. Chatle-
fflagne 18
Janvier.
Tout fe forme en filence Se fous la main du tems,
Les îles Se les lacs, les dunes les volcans,
L'écincelant .caillou qui durcit, vers Golconde,
Le grain que la culture & prépare & féconde
Par nuance ô mortels! vous croiffez, décroisez,
Les fiécles font l'amas des momens entafles.
Ainfi l'efprit humain dans tes progrès pénibles
N'arrive aux vérités qu'à pas imperceptibles;
,La lumiere des Arts aujourd'hui raffemblés,
N'étoit qu'une aube obfcure en des tems reculés.
Ainfî fous le Héros que ce mois nous prcfente
La fcience parut mais foible & languifiànte
François, tu vis fonder les Écoles des Arts,
Par le fier deftrudeur du Pays des Lombards;
Charlemagne, vainqueur des Hordes Germaniques,
Des fources du Danube aux rivages Baltiques,
Étendant fes États & fon nom redouté,
Au Trône d'Occident, comme Augufte, monté,
Sentir pour expier les fureurs de la guerre,
Cft A NT IL ji
Qu'il devoir être encor l'oracle de la terre.
La plume du Romain qui vainquit les Gaulois (z)
N'enfeignoit que la guerre en traçant fes exploits >
La plume du Héros dont la France s'honore,
Quoique moins éloquence eft plus fameufe
encore
Elle a tracé ces Loix ces précieux Statuts (3),
Éternel fondement de l'ordre & des vertus.
O volonté publique! 6 Loix! fublime ouvrage,
O du bonheur de tous infaillible & faint gage,
L'homme au plus bas des rangs, les- Rois fur
la hauteur.
Tout doit vous obéir, jufqu'au Légitlateur.
Le Soleil en touchant le feuil d'un nouveau
ligne,
Ouvre en l'honneur des Loix le jour le plus
in6gne.
}z LES FASTES.
Terre, admire en fîlence, admire & confonds toi (4)»
Le genou du Très-Haut fléchit devant la Loi
Une Juive fans tache a fuivi l'humble exemple
De*, s'exiler un tems de l'enceinte du Temple
Que. craignois-tu d'entrer dans cet augufte lieu ?
Toi dont le fein d'avance eft le temple d'un Dieu ?
Les meres parmi nous fous de nouveaux ufages
De l'hymen en tout tems offrent à Dieu les gages;
Tendre enfant tu vas croître ah fitôt que ton
coeur. à
hourra du fentîment connoître la douceur.
Retourne ton berceau retourne' ta naiflance
1À contemple ta mère, après que la fouffrance
A déchiré ton fèin ce fein qui t'a porté 3
Du Ciel à peine a-t-elle obtenu la fanté
Des fôrces. qu'il lui rend vois le premier ufage
Elle vient aux Autels confacrer ton jeune âge
Entends fes voeux ardens, & vois-la s'enfoncer
Dans un. fombre avenir qu'elle cherche. percer
Combien
IL 35
combien elle voudroic dans 1 amour qui la preile,
Tourner ta devinée au gré do fa tendrefTe
Qu'il-foit heureuxi dit-elle & qu'il foit vertueux
Que pourrois-tu toi-même ajouter à fes voeux'?
Sois touché de fes foins, n'oublie en aucun ;age
Quels refpeds tu lui dois, combien- fon voeu
t'engage.
Un jour tu feras père Se ton coeur attendri
Fera les mêmes voeux pour un entant chéri.
Comimence donc toi-même à diflïper les craintes.,
Dont ta mère a pour toi reifenti les atteintes
Objet de tous fes foins ah cruel pour retour,
N'afflige point fon coeur Se reffèns fon amour
D'un fils respectueux montre lui la tendre(Te
Pour en mériter u%j l'appui de ta vieillelFe.
Fin du fécond Chant.
c
NOTES
DU CHANT,IL
Page iS.
( i ) Je te rencontre Antoine* au milieu des hivers.
C'eft le feul Saint de la Légende qui fe trouve
dans mon Poëme fans être national & fans faire
époque. Ses tentations ont acquis de la célébrité
par l'eftampe que Calot nous en a laiflee.
M. Sedaine a peint auffi ces tentations d'une
maniere très-originale dans un bouquet en vers
donné à une Antoinette; tout le monde chante
& fait par,coeur ces couplets deFAuteur vraiment
dramatique du Philofophe fans le /avoir 6c de
Rofe & Colas' une des meilleures Comédies
qu'on ait faites dans ce liécle.
( 2 ) La plume du Romain qui vainquit les Gaulois.
Les Commentaires, de Ccfat me rappellent les
Rêveries du Maréchal de Saxe; on aimera toujours
à Voir les grands Capitaines être leurs propres
Historiens, & l'on regrette que le Grand Condé »
qui joignoit aux calens miliaires tant de culture
NOTES DU CHANT- Il. 35
dans l'efprit & de connoinances dans les arts
n'ait point écrit l'hiftoire de fes Campagnes.
Page. 51.
(5 ) Elle a tracé ces Loix > ces précieux Statuts.
Les Capitulaires de Charlemagne font les ré-
fultats écrus des Délibérations prifes dans les
A Semblées du Champ de Mars la volonté pu-
blique eft confignée dans ces précieufés Archives.
Page 31.
(4) Terre admire enfilence^ admire & confonds toi.
Ces vers & les fuivans font traduits librement
de la belle Hymne de Santeuil.
Stupete Gentes
Se fponte legi Legifer obligat
Teraplo ftatutos abftinuit dies
Intrare fandlum quid pavebas
Fada dei prids ipfa templum ?
t C ij
CHANT III.
Ouverture
de la Foire
S. Germain
i Fvuer.
o ù court donc tout ce Peuple au bruit de ces
fanfares ?.
Viens ma Mufe, fuivons ces Juges en fimares (i) j
Ils ouvrent dans Paris un enclos fréquenté
Afyle de paffàge au marchand préfenté
Le Peuple allant, venant, fait foule en cet afyle
J'efface pour pafîêr une épaule docile
Le Wauxhaal anglican les cafés attentifs
Ont dreffé leur orcheftre & regorgent d'oiiîfs.
Pour fixer en ce lieu la troupe vagabonde
Qui s'écoule fans celle & qui fans celfe. abonde
Vingt théâtres dreffés dans des réduits étroits,
Entre des ais mal joints font ouverts à la fois
Il en eft un fur-tout à ridicule fcene
Fondé par Brioché haut de trois pieds à peine
Pour trente magoths conftans dans leurs emplois;
CHANT III. 37
C iij
Petits accours charmans que l'on taille en plein bois
Trottant le tout par artifices,
Tirant leur jeu d'un fil 3c leur voix des couliflès,
Point fouillés, point fifflés de douces mœurs
entr'eux
Aucune jaloufie aucuns débats fâcheux
Cinq ou fîx fois par jour ils fortent de leur niche
Ouvrent leur jeu jamais de rhume fur l'affiche
Grand concours on s'y preffe & ces petits
acteurs
Fêtés courus, claqués par petits Spectateurs
Ont pour premier foutien de leurs fcenes bouffonnes,
Le fuffrage éclatant des enfans & des bonnes.
Je vois après ces jeux fur le chanvre tendu
Le Farceur voltigeant Se dans l'air fufpendu
Des Saturnes nouveaux qui dévorent la pierre
Des Géans nés pareils aux enfans de la terre
Un Nain fut un tréteau, plus grave qu'un Régent

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