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Les Fleurs de l'arbre de science

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232 pages

Les savants au cœur sec avaient longtemps cherché
Les lois de la matière et les règles abstraites,
Mais la Science en vain fleurissait leurs retraites,
Ainsi qu’un arbre rare en un jardin fermé.

De fabuleux dragons, gardiens des Hespérides,
En défendaient l’accès au rêveur ingénu
Qui, faisant chatoyer les mots, n’aurait pas su
Dire le sens caché des formules arides.

Les poètes, amis du mensonge et des dieux,
Avec leur âme simple et leur esprit crédule,
Imaginaient, qu’au fond du rouge crépuscule,
La blessure du Jour ensanglantait les cieux.

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Henry Muchart

Les Fleurs de l'arbre de science

A la chère mémoire de mon père

POÈMES LIMINAIRES

LES FLEURS DE L’ARBRE DE SCIENCE

Les savants au cœur sec avaient longtemps cherché
Les lois de la matière et les règles abstraites,
Mais la Science en vain fleurissait leurs retraites,
Ainsi qu’un arbre rare en un jardin fermé.

 

 

De fabuleux dragons, gardiens des Hespérides,
En défendaient l’accès au rêveur ingénu
Qui, faisant chatoyer les mots, n’aurait pas su
Dire le sens caché des formules arides.

 

 

Les poètes, amis du mensonge et des dieux,
Avec leur âme simple et leur esprit crédule,
Imaginaient, qu’au fond du rouge crépuscule,
La blessure du Jour ensanglantait les cieux.

 

 

Ils sentaient remuer la vie universelle
Dans la légèreté du vent sur les roseaux,
Dans les saules tremblants, dans les remous des eaux,
Dans le seau qui s’égoutte au bord de la margelle.

 

 

Ils inventaient des dieux cachés dans les échos,
Des Sirènes glissaient sous le reflet des voiles
Et, chantant sur la mer, aux premières étoiles,
Faisaient rêver au loin le cœur des matelots.

 

 

Aujourd’hui, les savants assombris par l’étude
Ont jeté la semence aux quatre vents du ciel
Et l’Arbre de Science a renversé l’autel
Avec le noir serpent de sa racine rude ;

 

 

Il a fait éclater le marbre du tombeau
Où dormaient les dieux morts dans les cryptes du temple,
Et la voûte s’écroule, et le voyant contemple
Un vaste ciel désert plus austèrement beau.

 

 

Mais, si plus rien des anciens Mythes ne persiste,
Si les savants, lassés, graves et recueillis,
Mâchant le goût amer des fruits qu’ils ont cueillis,
S’enferment dans un rêve orgueilleusement triste ;

 

 

Si le monde maudit leur stérile savoir,
Si, nul astre nouveau n’orientant sa marche,
Il attend, anxieux, la colombe de l’Arche
Qui porte dans son bec le rameau de l’espoir ;

 

 

S’il faut édifier pour réjouir la terre
Dans des bois de lauriers d’autres portiques blancs,
S’il faut d’autres trépieds pour brûler d’autre encens
Et de plus larges fleurs pour l’autel solitaire,

 

 

Les Poètes, faiseurs de dieux, vendeurs d’espoir,
Humant déjà le vent d’une nouvelle aurore,
Doivent trouver des mots pour enchanter encore
La vieillesse du monde et son tragique soir.

 

 

Ils doivent annoncer le jour qui recommence
Et, dans les bois sacrés éternellement verts
Pleins de jeune rosée et d’aromes amers,
Cueillir les grandes fleurs de l’Arbre de Science,

DÉDICACE AUX POÈTES FUTURS

Il est vrai que les noms du thym et de la menthe,
Des forts magnolias ou des tendres jasmins
Seront trempés d’une rosée étincelante
Aux guirlandes de vers que tresseront vos mains.

 

 

Sans doute, il est des mots où le soleil ruisselle,
D’autres si colorés, qu’en les prenant au vol,
On se dore les doigts aux poudres de leur aile
Et d’autres aussi purs qu’un chant de rossignol.

 

 

Votre strophe ouvrira des perspectives claires,
Comme une porte bleue en un rempart croulant,
Par où l’on voit la mer se couvrir de galères
Et des voiles briller au large en s’éloignant.

 

 

 — Mais un nouveau frisson agite l’âme ancienne ;
La Science, déesse implacable, viendra,
Pour qui vous renierez la légende payenne,
La grâce de Vénus et de Nausicaa.

 

 

Au lieu de mots ardents, tendres ou nostalgiques,
Elle vous laissera des termes sans beauté,
En qui ne vibrent plus d’émouvantes musiques,
Dont l’image est ternie, ou le sens effacé.

 

 

Il faudra que l’idée incolore, l’exacte,
La sévère, l’abstraite, étincelle à travers
La métaphore et se chamarre et se réfracte
Aux facettes que font les césures des vers.

 

 

La Science est pareille aux mornes étendues
Des plaines d’eau, des grands étangs aux bateaux plats,
Aux rectangles sans fin des salines perdues
Qu’attristent un ciel pâle et des mots sans éclats ;

 

 

Ah ! qui nous donnera la chaude périphrase
Qui pare de reflets ce paysage mort
Et, comme le soleil crépusculaire, embrase
Ces salines de pourpre et ces lagunes d’or !

PROMESSE A LA MUSE

Plus tard, nous reviendrons à l’abri des collines
Vers le port catalan et ses tranquilles eaux,
Afin que des parfums d’oranges majorquines
Vous arrivent dans le sillage des vaisseaux.

 

 

Nous ferons halte à cette blanche hôtellerie
Où la treille se tord contre un mur éclatant,
Où, dehors, dans un angle d’ombre, vous attend
L’alcaraza d’eau fraîche à la table servie.

 

 

Le macabeu plus doux que le vin de Samos,
Le grenache qui tremble aux facettes du verre
Scintilleront à tous les jeux de la lumière,
Et l’indulgente mer qui baigne Palamos

 

 

Agitera ses flots pour rafraîchir la brise,
Tandis que montera le chant des mariniers
Et que le soir, mourant sur les mandariniers,
Fera poindre au ciel pur une étoile indécise.

 

 

Puis, ce sera la lune, en un cloître espagnol,
Plaquant les grands effets des ombres ogivales,
Ou le frère portier qui fait sonner les dalles
Et promène un rayon de lampe sur le sol.

 

 

Vous verrez des torrents desséchés aux eaux mortes,
L’ombre grêle que fait un liège au tronc sanglant,
Gérone et son église à l’escalier géant,
Avec les fleurs de fer qui hérissent ses portes.

 

 

Les poètes de Catalogne vous diront
Leurs refrains saccadés comme des trots de mule,
Où la rime, parfois s’exaspère, ou s’annule,
Comme un bruit de grelots... qui tinte... ou s’interrompt.